LE CH£V4^I£B
Assurëment, et ses ennetnis mêmes convienslient que hauteur étoit plein de -son sujet\ ina» les critiqués n'en sont pas moins sévères.
l'abbé GAGLIAWI.
Il est certain que le censeur a perdu sa plaoe pour avoir approuvé l'ouvrage.
DIDEROT
Quel infâme et sot despotisme (a) !
Vous savez que ce censeur étoit un commis des affaires étrangères, et l'on a fait là- dessus, un couplet qui est assez plaisant et que voici ;
Admirez cet ëcrivaîn-là , Qui de l'Esprit intîtala Un livre qui n*est ipie matière , Laire, là, etc..
Le censeur qui Texamina, Par habitude imagina Que c'étoit affaire étrangère, Laire , là , etc (3).
Le fonds de l'ouvrage est excellent*
LE CHEVALIER
Mais il scandalise l^^ faibles et toutes ks dénies sentimentales, et si ce n'est pas. un grand mal c'est du moins une petite: maladresse. Que pensez-vous, Messieurs, de la réponse de J.-J. Bousseau au mandement de M. Tàrchevéque? Les gens du monde ne la trouvmt pasdeBon^goût : ils pensent qu'elle n'a pas le ton qu'tm doit avoir lorsqu'on répond à un vieillard aussi respectable par son état , son rang et ses vertus (4)*
Jd'àLEMBERT à part à Diderot,
Respectable; ce monstre mitre! (a)... L'entre* tien n'est plus supportable. ( fl'^e lèvev tous les autres
en font autant ) > > . ; •
tu
(a) C'est ainsi que d'Alembert désîgnoit le vertueux et saint archeréque de Paris ^ M. de Beaumont! Dans toutes ses conversations intimes^ et dans toutes ses lettres au roi de Prusse , il l'appeloît constamment ce monstre mttré. On n*a jamais poussé plus loin rinsolence de la plus extravaganlQ çfUomme.
DIDEROT
Nous reprendrons cette conversation jeudi ; M. le baron, c'est aujourd'hui votre jour de loge; il est près de six heures , il y auroit de l'indiscrétion à vous retenir plus long-temps.
us BABjOir. .
Il ne tiendroit qu'à vous de me faire oublier l'Opéra.
LE CHEVALIER
Puisque M. Diderot a eu la générosité de vous ^ le rappeler , nous devons prendre congé de vous.
^ LE BARON
Ainsi, nous allons donc sortir ensemble.
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NOTES
DU C1HAPITRE VII.
(i) Un philosophe (Montesquieu) a dit que, sans la Religion, une grande partie de ceux.q^i gourement, princes, rôis^ sôuyerains , deyiendrojleiit^^^es tigrfs , mais que la Religion ies enchatne et leur, coupe les griffes. On peut dire aussi qu.e les sermons prêches dans les Cours n'y peuvent jamais être inutiles y et qu'ils ont souvent produit des effets admirables. On |ie sauroit trop louer la hardiesse évangéliqae , à la fois courageuse et modeste, avec laquele les prédicateurs ont osé détailler aux rois , aux princes et aux ministres , les devoirs sacrés de ces places éminentes; ils étoient écoutés avec respect, avec fruit, parce que leurs exhortations étoient fondées sur une autorité divine , et qu'il ne s'y méloit ni personnalités , ni sentimens séditieux. Ils n'ont point craint de prêcher avec la plus grande force contre la guerre et les conquêtes , et même sous un roi conquérant (sous Louis XIY); ils n'ont point eu la lâcheté (comme tous les philosophes modernes} de n*oser parler contre le duel et le jeu* Ce n'est que dans leurs sermons et dans leurs écrits que se trouve la véritable morale , c'est-à-dire la morale toujours pure, sutUme , parfaite, parce qu'ils lont puisée dans l'Evangile; il
y a même pflnni eux une foule d'atitenrs peu connus, qui shériteroient de l'être sous le rapport du talent , et dont les philosophes ont éfouffë la réputation on ridiculisé les noms estimables, que l'on ne craindra pas de' citer ici : Gauchat^ SonoUCy Péier^ ffouet y Beréhier^ le père Médaille , etc.
Nous terminerons cette note en rappelant un exemple bien frappant de l'utilité des sermons, et tout ce morceau sera tiré de l'excellent Ck>urs de Littérature de M. de La Harpe. Nous ne pouvons mieux faire que de le copier littéralement.
« L'abbé de Besplas atoit été long-temps chargé du mi- » nistère douloureux d'exhorter à la mort ces malheureuses » victimes des lois , qui ne sont pas toujours celles de la jus- » tiee. n aYoit entendu parler la coniscience , qui ne trompe » guère à la vue de l'échafimd, et avoit été à portée d'ob> » serrer le» méprises ftmestes , «lite d'une procédure vicieuse. » Il étoit descendu souvent dans Fhorreur des cachots; elle x^aroit passé tout entière dans son Ame honnête et sensible, i> et, oppressé de ce poids afireux, il n'avoit pu s'en soulager 9 qu'en promettant au Ciel et à son cœur de révéler des vé- » rites effrayantes à la bonté reconnue d'un jeittieroi, qui » dès4ors ne demandoit qu'à conn<^tre le' bien pour l'^é- »cuter. L'oceasîon se présenta; et, nommé pour prêcher de- » vanl le monarque, il s'aéquitta de son vœu de la manière » que vous allez entendre.
«Pardonnez, 9ire, la confiance et le poids de notre mi- » nistère; notre cœur déchiré nous force à vous révéler ici
* le plus gîrand sujet de notre tristesse : on n'offense pas votre
* clémence quand on met votre cciéur magnanime sur la roufe » des bienfaits et de la vérité. Pauvres infortunés I que ma » bouche n'a-t-elle l'éloquence de Ghrysost^me pour défen- » drè vos droite! Si le trait qui perce nôtre âme arrive à celle 4 dé ce gtand piitice, quel 5oulàgement à notre douleur 1 0ui ,
«Sire, rétat des cachots de votre royaiune arrackevoit, des » lamies aux plus ùasensibjes qui' les visiteroient; un lieu de
> sûreté ne peut, sans une énorme injustice , devenir un se- » jour de désespoir ; vos magktrats s'efibrcent d'y adoucir >» Fétat' des' malheureux > . mais^ privés des secours nécessaire » pour la réparation de ces antres infeets, ils n'ont qu'un » morne silence à opposer aux plaintes des infortunés. Oui,
. » j'en ai, vu, Sire (et mon zèle me force, comme saint Paul,, à » honor^rnloB ministère), oui j'en ai vu qui, couveite d'une «lèpre uiiiverseUe,.par l'infection de ces repaires hideux,
> hénissoient mille fois d^ns nos bras le moment fortuné où mils alloient subir le supplice. Grand Dieu! sous un bon » prince, des sujets qui envient l'échafaudl Jour immortel, » soyez béni; j'ai acquitté le vœu de mon coeur, de déchar- » ger le poids d'une si grande douleur dans le sein du meil--
» leur des monarques! — Et soit bénie aussi la charité évan- ' Xi gélique et à la fois patriotique de cet» apôtre, de l'humanité! » C'est l'humanité , en effet, c'est la Religion, qui n'est* que 3» l'humanité élevéejusqu'à Dieu , qui lui inspira le beau mou- » vemetit qui termine ce beau morceau* C'est ainsi qu'avec » un bon cœur et de la piété on ne: peut manquer d'étx^ élo- • » quent^ et que l'on est sûr d'émouvois quand .on* est puis- » samment ému. Le Eoi le fut autant qu'il est possible de l'être; » l'impression qu'il éprouvoit fut marquée et devint gêné- » raie : il s'écria , dès qu'jil lui fut permis de parler apr^ l'oit rateur, qu'il avoit toujours ignoré ces abominations ; que » son intention n'étoit pas que ses sujets , mém^les plus couik pables, fussent traités avec tant d'inhumanité; et ce ne lut » pas le mouvement passager d'une pitié stérile : des ordres y» furent donnés sur-le-champ au grand aumônier de France, » de remédier à cet horrible abîis ; une commission, fut étar > bUe pour veiller, sous ses ordres, à l'inspection et à là. t^*-
» parationdes prisons publiques ; des cachots forent eombUsi » d'autres furent au moins rendus supportables*»
Yoilà, et la vraie philosophie même en conviendroit, voilà un discours utile; et tant d'autres de ce genre Tont été! Ceux de tous les pères de TÉglise , ceux de saint François de Sales , ceux de saint Vincent de Paul , ceux de tous nos grands orateurs chrétiens, ceux d'une multitude de missionnaires anciens et modernes, etc., etc.
(a) A propos de la liberté indéûnie de la presse , nous ne nous permettrons point de détailler ici nos propres opinions, celles d'une femme n'ont aucun poids en politique; mais nous allons transcrire sur ce ^ujet un passage remar-' quable tiré, du Cours de Littérature de M. de La Harpe; le Toici fidèlement copié :
«On sait que les méchans aiment à faire la guerre dans la «nuit; mais l'autorité doit la faire au grand jour, fille ne » sauroit leur 6ter la volonté de nuire ; il faut donc leur en ôter » les moyens , et c'est pour cela même qu'elle a de son côté » tous ceux de la loi; si elle néglige d'en faire usage, elle sera » toujours méprisée , même de ceux qu'elle aura épargnés ; si » elle s'en sert avec vigueur, elle sera toujours applaudie de » tous les bons, citoyens , et obtiendra des mauvais la seule » chose qu'elle en doive attendre , la crainte et la haine, qui 9 l'honorent par leurs motifs, et qui rassurent tout l'État, » en attestant l'impuissance de ses ennemis,
» Quant aux intérêts mercantiles de la librairie, peuvent- » ils jamais entrer en comparaison avec ceux de l'État , tous » évidemment exposés par une licence impunie qui étn sape » continuellement les premières bases ? La librairie n'est-elle » pas tombée avec le reste , quand les mauvais livres qu'elle »avoit multipliés eurent tout renversé? Est-il permis, pour % favoriser le commerce , d'autoriser la vente des poisons? De
»,{>liis, qu'étoit-ce t^e cet intérêt de ccMiiinercé? Celui de » rendre aux presses françaises ce qu'on ôtoit aux presses étraa- » gères, ou d'en regagner une partie par l'introduction et le i>.débit des livres imprimés ailleurs. Comment un si mince » calcul a**t-il pu séduire le ministre d'un royaume tel que la «France, et nommément un homme si respectable par son » courage et son infortune, Malesherbes? Ce fut pourtant le «prétexte politique de cette tolérance si peu politique, et •i) qui ne prouvoit que ce qui a été dit ci-dessus de ce fa- » neste règne de l'argent. L'argent peut servir à tou^, comme « moyen; mais s'il est avant tout, comme principe, il détruira » tout et ne réparera rien. Pourquoi le trafic des mauvais » livres étoit*il si lucratif ? Parce qu'ils étoient à la fois pro- » hibés et soufferts , et par conséquent mieux vendus. Qu'ils a> eussent été absolument écartés pa)r une vigilance séyère et » des exemples de rigueur, ce qui étoit aussi aisé en France » que dans les États de la maison d'Autriche ; que Maies- » herbes eût pensé comme Yan-Swieten, bientôt le d^it des » bons ouvrages eût gagné ce que celui dés mauvais eût y» perdu, par cette pente naturelle qui pousse l'activité corn- » merçante d'un côté, quand elle est repoussée d'un autre.
» A l'égard des gens de lettres , le talent , qui est un don de la » sature , n'a de prix réel que par l'usage qu'on en fait : digne » de récompense et d'honneurs, si l'usage est bon; il ne mé- » rite que flétnssure et punition , si l'usage est mauvais.
» Ce n'est alors qu'un ennemi d'autant plus à craindre, » qu'il est mieux armé; du reste, jamais il ne sera ni cruel, » ni odieux de dire à un homme de talent , quel qu'il soit : « sortez d'un pays dont vous haïssez les lois , et n'y rentrez ja- « mais. Que de maux on anroit prévenus, si Ton avoit su » parler ainsi !
(3) f/l, Helvétius n'est point l'inventeur du mauvais sys-
léme qui forme le fonds de son lirre intitulé d& t Esprit. Oa trouTe cette idée dans plusieurs vieux ouvrages, et, entre autres , dans quelques maximes de Larochefoucauld , et dans une ode de LaMothe, adressée à M. île Brulart , évéque ds Soissons. £ln voici quelques vers :
Mortels, nous nous aimons noiu-iiièmes ,
Et nons n*aimoiis rien que pour nous.
Die quelque veita qa^on se pique ,
Ce n'est qa*im voile chimérique
Dont l'amonr-propre nous sédnit ; ctff •
Que nos amis , que nos maîtresses ,
Objets apparens de nos yœox ,
Ne pensent pas qoe nos tendreases
Et que nos yrais soins soient pour eux;
Nos plaisirs font notre constance*
Pourquoi de leur reconnoissance ,
Exigeons-nous Tinjuste honneur ?
Que doivent-ils à notre ivresse ?
Lear bonheur ne nous intéresse
Qn autant qu'il est notre bonheur.
Après ces mauvais vers qui contiennent tout le fonds du livre de f Esprit^ il explique religieusement ce pitoyable sj^ tème (o).
Toi qui dois.aux vertus fardées Livrer des combats assidus, Docte Bmlart , dans ces idées , Ne crois pas les saints confoudm; Je connois la source étemelle D'où coule la vertu réelle ,
(s*) Si bien combattu dans le Cours d» Littérature de M. de La Uarpe •
' £t j ed respecte ta toi Teifet ; JMIais j*ai peint de notre âme impure Ce qu^elle tient de la nature Et non ce que la grâce en fiât.
(4) Voici un portrait de J.-J. Rousseau, tracé par M. de Maistre (a),
«c J.-J. Rousseau est l'un des plus dangereux sophistes de son » siècle ; et cependant il est en même temps le plus dépourvu 3> de véritable science, de sagacité, et surtout de profondeur ^ » avec une profondeur apparente qui est toute dans les mots.
» Le mérite du^style ne doit pas être accordé à Rousseau » sans restriction. H faut remarquer qu'il écrit très-mal la v langue philosophique , qu'il ne définit rien , qu'il emploie ^ mal les termes abstraits , qu'il les prend tantôt dans un 3>sens poétique, et tantôt dans le sens des conversations. » Quant à son mérite intrinsèque, La Harpe a dit le mot : » tout y jusqu'à la vérité , trompe dans ses écrits, »
M. de Maistre pouvoit ajouter que Rousseau, qui a écrit beaucoup de pages très-éloquentes , est souvent emphatique , puéril et incorrect : on trouve dans ses écrits un grand nombre dç fautes de langage et des phrases du plus mauvais goût.
(a) Soirées de Saint-Pétersbourg^ tonf. V' . (Notes du second entre" tien, )
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