DA.MIL A VILLE
Oui , entre autres , celui-ci : « Notre ^me im" TS mortelle a besoin de la garde-robe pjbur bien M penser. C'est dommage que La Mfétrie ait fait » un assez mauvais ouvrage sur l'homme ma- » chine ; le titre étoit admirable (a). »
TOUSSAIIfT.
Comme cela est originalement dit !
damilaVille.
Et profondément vrai.
d'alembert.
« A propos , Messieurs , savez-vous qu'il y a « actuellement à Berlin un fort honnête circoia- » cis qui est venu voir l'ancien disciple de Voltai- » re (è), de la part du sultan Moustapha; j'écrivis » l'autre jour en ce pays-là , que si le Roi vouloit » seulement dire un mot , ce seroit une belle » occasion pour engager le sultan à faire rebâtir » le temple de Jérusalem. Que pensez-vous de ce » projet ? »
[a) Quel dommage y en effet, de n'avoir pu nous prouver que nous ne valons pas mieux qu'une huître ou un porc ! Comme une telle conyiction éleveroit Tâme et perfectîonneroit la vertu ! et combien une idée si noble et si riante contribueroit à notre bonheur f
(ô) Le roi de Prusse.
TOUSSAINT
L'exécution en seroit fort divertissante. (On rit)
DAHILAYILLE.
« Je m'étonne que ces bons Turcs n'y aient » pas encore pensé (a). »
riELVÈTIUS,
<c Nous détruirons le temple de Terreur à moins » de frais (è). )i
l'abbé baynal.
Quel service à rendre au genre humain ! c'est alors qu'on verra naître un véritable âge d'or, lorsque nous serons débarrassés des princes , des nobles , des prêtres et du culte.
d'alembert.
a Fanatiques papistes , fanatiques calvinistes , » tous sont pétris de la même boue détrempée de » sang corrompu (c). m
LE baron.
<r C'est dans Palelier de la tristesse que i'hom- » me malheureux a façonné le fantôme dont il
i> a fait son Dieu. La même cause à formé
» ses tyrans et son esclavage Le véritable
(a) Correspondance f tom. XX, pag. a6i. {b) Même ouvrage et même volume , pag. a63. (c) Même ouvrage et même volume, pag. 6p.
» ami des hommes ( le Philosophe) vient à son » secours , et l'encourage à briser l'un et l'autre » joug {a).
DAMILAVILLE.
» Sitôt qu'on peut désobéir impunément , on » le peut légitimement {b).
HELVIÉTIUS.
>» L'homme n'est presque en tout climat qu'un w captif dégradé , dépourvu de grandeur d'âme, w de raison , de vertu , à qui des geôliers in- » humains (^les rois et les prêtres) ne permettent » jamais de voir le jour (c). »
CONDORCET
On ne verra naître et briller l'âge d'or philosophique que lorsqu'on aura supprimé toutes les fondations. « Point d'hôpitaux qui ne peuvent 5> servir qu'à entretenir la fainéantise (d). Point yy de médailles , point de ces honneurs subalter- » nés, avec lesquels la charlatanerie cherche à » payer la vanité ; il faut encourager et non cor- >ï rompre ; on ne devroit donner que des grati-
{a) Système de la Nature, {b) Contrat social de J.-J, Rousseau.
[c) De VEsprit,
{d) La fainéantise des blessés , des vieillapdft , des estro- X)iés, des impotens, des enfans au maillot!...
» fications et des pensions (a). Remarquons )) encore que la bienfaisance n'est qu'une foi- » blesse , à moins qu'elle ne serve à l'utilité pu- » blique(^).
HELVÉTIUS
» Cependant il faut convenir que l'homme » qui sacrifie ses plaisirs , ses habitudes et ses
» plus fortes passions à l'intérêt public est
» impossible ; et , en s'abanrdonnant à son ca- » ractère, on s'épargne au moins les efforts inu- » tiles qu'on fait pour y résister (c). (On rit.)
TOUSSAIPît.
D'ailleurs , convenons-en , « une âme mortelle w n'a point de devoirs ; on croit lui faire beau-
{a) Cela est en effet plus solide; mais il nous semblé que Targent corroi^pra toujours beaucoup plus q;vLe des marques de distinction. , ,
{b) Quoi ! ces actes isolés de charité qui n'ont aucune influence générale , comme , p;ir exemple , de soigner en secret des individus inutiles et soufFrans ^ et tant d'autres actions de cette espèce^ ne sont pas vertueuses et ne prouvent que de la/oil/lesse P Voilà une idée neuve, elle ne séduira pas les bons cœurs. Quel homme seroit-ce que celui qui , lorsqu'il s*agit de donner , de secourir , de faire du bien , calculeroit froidement si ce qu'on lui demande peut servir à V utilité publique ? Tout ce que vient de dire M. de Condorcet, est tiré de son Eloge de, M, Turgot,
{c) De VEspriu
» coup d'honneur de vouloir la décorer d'une » prétendue loi née avec elle , comme de tant » d'autres idées acquises; elle n'est point la dupe » de cet honneur-là. Une âme biefit organisée , » contente de ce qu'elle est , et ne poussant pas » ses vues plus loin , dédaigne tout ce qu'on lui » accorde au-dessus de ce qui lui, appartient en » propre , et se réduit au sentiment (a). »
d' ALEMBERT , en riant.
C'est parler un peu crûment.
GRIMM
Crûment est le mot.
l'abbé MORELLEt.
c'est parler très-consécjuemment, lorsqu'on ne croit point à l'immortalité de l'âme.
CONDORCET
On peut cependant combattre de telles idées , qui anéantirdient 1 amour de la patrie.
d'alembekt.
Bon ! la patrie , c'est un mot bien vide de sens {b).
{a) Discours sur la Vie heureuse.
[b) C'étoit l'opinion des principaux philosoplies; d'Alembert répète dans ses Lettres qu'il ne va pas en Russie, parce qu'il craint le froid > il ajoute toujours quil déteste Ut
HELVÉTIUS
ce Au fail, Messieurs y Tintera est l'unique juge
» de probité On doit regarder les actions
9 comme indifférentes en ellesi-mémes, sentir que » c'est au besoin de l'État à déterminer celles n qui sont dignes d'estime ou de mépris , et en- » fin au législateur, par la donnoissance qu'il doit » avoir de l'intérêt public , à fixer l'instant où » chaque action cesse d'être vertueuse et devient » vicieuse (a).
. ToussAiurr.
» Le bonheur est une sensation agréable , un TD bien-être , un plaisir , en un mot tout ce qui 3> flatte le corps t voilà le seul pilote qui conduise » à la félicité. Les objets étrangers , la vérité , le » savoir , la vertu ne sont que des biénà d'idée , » des causes intrinsèques (b).
DIDEROT
n II faut au philosophe , outi'e le nécessaire
France, le pays des singes ; lui et M. de Voltaire, n'appellent jamais les Français que des Seiches , et ils se plaisent à les rabaisser en toute occasion, en élevant sans .cesse axt^ dessus d'eux les Anglais. M. de Voltaire traite ouvertement de sottise l'amour de la patrie ^ dans son Dictionnaire philosophique (Voyez dans cet ouvrage le. mot Patrie).
{a) De VMsprit. . ^
(6) Les Mœurs.
» précis, un honnête superflu nécessaire, par » lequel seul on. est heureux. La pauvreté nous » prive du bien-être , qui est le paradis du philo- M sophe {a) (3). »
l'abbe baywal.
Parlons un peu de ce qui nous intéresse tous. Savez-vous , M. Diderot , que tous les gens de goût se moquent de plusieurs articles de FEncjr' clopédiCy et franchement, ils n'ont pas tort. La hardiesse réussira toujours, il n'en faut rien rabattre ; mais il ne faut pas prêter au ridicule , il faut plaire aux gens du monde , et surtout aux femmes.
DIDEROT , avec emphase.
Ah ! oui aux femmes !...«
LE BABON, en souriant. ^
Ce nom seul excite son enthousiasme.
DIDEROT
« Lorsqu'on veut parler des femmes, il faut
(a) Voilà du moins tm style bien assorti aux sentimens ; de telles idées doivent être exprimées ainsi. Le passage se trouve dans VEmy^clopédie.
Nous possédons de madame du Qiâtelet (qui étoit une femme philosophe), un Traité du Bonheur ^ dans lequel l'auteur place au rang des choses qui contribuent le plus au bonheur l'état de santé qiii fait aller régulièrement à la garde-robe*
» tremper sa plume dans Tarc-en-ciel, et jeter sur » sa ligne la poussière des ailes d'un papillon (a),»
L ABBE MOBELLET, parlant à son voisin , en regardant
Diderot.
Il est admirable par son abondance^ sa faconde , son air inspiré ! {h)
l'abbé BATITAL.
Revenons à TÉncyclopédie ; songez, M. Diderot , à ce que je viens de vous dire: il ne faut assurément pas céder aux criailleries des bigots et des prêtres , je le répète; usons toujours avec courage de la liberté de penser , en même temps ne choquons point dans les choses indifférentes ce que les esprits superficiels appellent le bon goût.
DIDEROT
Que voulez-vous mon ami , « TEncyclopédie- M est un gouffre où des espèces de chiffonniers
(a) ( Œuvres de- Diderot, ) Le conseil n'est pas facile à suivre ; car il n*est pas donné à tout le mondé de pouvoir tremper sa plume dans Varc-en-ciel; mais les ëcriyains qui n'auront pas le génie de Diderot, se borneront à jeter sur leur ligne la poussière des ailes d'un papillon , ce qui certainement doit suffire pour parler des femmes avec beaucoup d'agrément.
{b) Propres paroles de l'abbé Morellet sur Diderot ( Voy, ses Mémoires, tom. I^'^pag. x34, seconde édition).
9» jettent péle-méle une infinité de choses mal » vues, mal, digérées, bonnes, mauvaises ^ d^tes- » tables , vraies , fausses^ incertajines, et toujours » incohérentes et disparates (a). » Il n'en est pa^ moins vrai que cette entreprise immortalisera ses auteurs.
d'alemsert.
« Sans doute, mais on a employé trop de ma- » nœuvres à cet ouvrage , et on y a mis trop de » déclamations ; c'est un habit d'arlequin , où il « y a quelques morceaux de bonne étoffe et trop >» de haillons (b). »
DAMIIiAVILLE,
Elle rendra du moins l'important service dV néantir la superstition (c).
(a) Encyclopédie, mot Encyclopédie, de Bîderot. '
(b) Correspondance y tom. XXI, pag. 38.
(c) G'^st ainsi que ( par un reste de respect qu^tls ne s'avouoient pafe), ils étoieni: GOBvenns d'appeler la Religioii. tt C'est une remarque qui.n'édtappera pas à l'Histoire, dit » M. de La Harpe (Cpurf de XdUérature.) ,. que quand les «-pj^losoplies sans-culottes- apt^ortoient tous les j<>urs àja* » barre, les vases $mté& et les otoeméns du culte > jamata » ils ne se sontaTisés.deilirfiiesidépouilles du culte; ils's'en ugardoient faten. CétoitAtloiiiburs.les dépouilles du faniH b tisme ; que de choses là-ded«ns <pQur quiiepn(J[Ue est en ét^t >de réfléehk U .
ToussAiirr.
Tous les hommes doivent être égaux , tous les biens doivent être en commun , toute propriété est wie usurpation , tout maître est un tyran. Les peuples qui souffrent cette tyrannie sont des imbécilles {a).
DA»tlLAVILL£.
a Le christianisme n'a pas proprement pour « objet de peupler la terre.... Ce culte proscrit le )» divorce que permettoient les anciens, et en cela » il devient un obstacle aux fins du mariage (é). » Le dogme de l'immortalité de l'âme pouvoit » être utile à Fhumanité ; il est pourtant d'ex- » périence qu'il lui a toujours été funeste: cela H prouve que , dans le sens où ce dogme a été » reçu parmi les hommes , son seul effet est de » flatter leur orgueil ; il les rend ingrats envers » la nature (c) ^ ils croient ne tenir d'elle que
(a) Voîlà les grandes idées que donne la philosophie (Voy. le Discours sur V Origine de l'Inégalité des Hoinmes, de^ Rousseau; le Code de la nature^ les ouvrages intitules de i Esprit, Révolution de t Amérique , et tant d'autres ou* vrages de ce genre, non'«eulement remplis d'impiété, mais *encore des déclamations les plus séditieuses.)
{b) (Encyclopédie , mot Population^ article de Daniilaville. ) C'est ce (jue les JacobûiB ont répété d'après leurs maîtres ) et c'est à quoi ils ont remédié.
(c) Qu'est-ce donc que cette respectable nature? qu'est*ec
M des choses méprisables quHls ne doivent cher-* » cher, ni à conserver , ni à transmettre. Quel in- » térêt des êtres pénétrés de ces idées pourroient- 3) ils prendre au maintien et à la propagation » d'une société dans laquelle ils ne se considèrent » que comme des passagers ; qui ne regardent ce » monde que comme uii vaste caravansérail dont 1* ils ont grand'hâte de sortir ? Pour eux la Pro- » vidence fera tout ; ils ne se mêleront de rien (a).
que cet être abstrait, qui n'est pour les aJthëes que le hasard ? et comment lui doit-on de la reconnoissance ?
(a) Ils ne se mêleront que de soulager les infortunés , de les chercher, de les découvrir, de se dépouiller pour eux } il est vrai qif ils attendent dans une autre yie le dédommagement des injustices et des absurdes calomnies que souffre si souyenb sur la terre la piété parfaite d'un véritable chrétien; niais ils savent que les récompenses immortelles, destinées à la vertu , ne seront accordées qu*à la bonté , à la charité constante et au dévouement généreux pour ses semblables , pour la patrie et pour ses ennemis mêmes. Prétendre que la loi des chrétiens ne peut que rendre insensible, égoïste , indifférent au bien public , c'est pousser Tanimosité jusqu'au dernier degré de l'aveuglement et de la démence. On a déjà vu dans cet ouvrage , par des faits irrécusables, que l'on doit au chrifr* tianisme , l'abolition tle l'esclavage , la civilisation . européenne , et que , particulièrement en France , on doit à des religieux la restauration des lettres, le défrichement des terres , tous les établissemens de bienfaisance et les progrès de tous les arts utiles. Quoi ! cette foule de saints se dévouant, dans les calamités publiques , au soulagement d<»
« Le plus grand des vices est de tromper la n^- » ture (a).
DIDEROT
» Plus d'excellence en poésie , en peinture , M en musique, quand la superstition aura fait » sur le tempérament , l'ouvrage de la vieil- » lesse (b). »
de leurs frères l Quoi! les frères et les sœurs de la Charité , et les prêtres qui vont porter des secours et des consolatioiis i^vînes aux pestiférés abandonnés de leurs parens mêmes! Quoi ! tous ces héros de la Reli^on et de l'humanité ne sont qAe ^éif égoïstes qui ne prennent aucun intérêt au bien de la société ? Exposer sa vie , donner ses biens , $e refuser fiburent le nécessaiiîe/ compatir à toutes les doukurs, même à cdks du TÎce , passer les mers ou parcourir les villes et les ^mpagnes , pour r^ahdre les lumières d'une morale angéllque j ' sacrifier le sommeil et le repos , pour aller reeueilUr les derniers soupirs du mourant ; voOà ce que la philosophie appelle de tégoïsme!.,. Il est vrai que ces hommes apostoliques, loin de respecter la nature,^ combattant les passions désordonnées qu'elle inspire ; et c'est là le plus grand crime aux yeux des philosophes modernes , puisque (comme ils le disent eux-mêmes ) le bien-être personnel sur la terre est le seul paradis réeL
(â) Ettçychpédie y mot Population.
{b) «Je défie, dit M. de La Harpe, qu'on trouve dans y cette phrase de Didçrot , l'ombre de bon sens. S'il s'agit » de la superstition proprement dite , je ne rois pas pour- » quoi dans ce cas même , un poète ,' un peintre^ un musicien » perdroit son talent ayant le temps , parce qu'il seroit supers-
CONbORCET.
ïl est certain que totite doctrine religieuse est €onti*aire au bonheur deâ nation^ ^ et que l'a morale n est corrompue que par son mélange ai^ec
% titîeax; et quand Rapliaël et Pergolèse auroîent été supets*
>» titLenx , je ne crois pas que cela eût empêché le premier
» de faire son tableau de la Transfiguration y ni l'autre son
D Stabat; si la superstition signifie (comm'e on a droit de le
» penser , et comme tous ces philosophes-là , sans exception ,
> veulent qu'oU le pense ) , la Religion , c'est encore ( il faut
» trancher lé mot) une bêtise ; car qtl'y â-t-il de plus bête ,
tt,que de démentir des faits sans nombre ^ qui vous écrasent
» dès qu*on les articule ; de démentir tous les chefsHl*œuvre
» de tous nos grands artistes en tout genre , dans le siècle
» dernier , et leur invariable attachement à la Religion qui
» n'est .pas plus douteux que leur mérite? Il faut avoir im
' » front de philosophe pour s'exposer à cet inévitable excès
» de confusion : mais je vais plus loin ^ et je vais montrer vu;
» efïet tout opposé dans ce qu'il plait à cette tourbe insolente
» d'appeler superstition» Je veux montrer dans le progrès
» de la piété , le progrès du génie ; ce qui est si loin de son
» affoiblissement. Jusqu'à Phèdre , Racine avoit toujours été
» très-bon chrétien , cela n'est pas équivoque ; mais il étoit
» jilus , il étoit dévot et dévot jusqu'à renoncer au théâtre
y> quand il fit ( ce qui est universellement reconnu pour son
» chef-d'oèttvre, et celui de la scène, de Taveu même de Vol-
>» taire) Jthaîie; quicroitoit, sî un philosophe ne nous l'ap^
ï» prenoit pas , qu'un hoiiiihe est si prbdlgieusertient déchu
« quand il fait ime Athdiie; et Descartes ? Vous irerrez qu'il
» étoit devenu imbécill^ , quaid il laissa* un €X-votù à Notre^
» Danie-di>-ibdrette. »
la Religion (a);mais j'ailà-dessus. Messieurs, un problème fort extraordinaire à vous proposer, et qui mérite toute votre attention : dîtes*moi , je vous prie, pourquoi « la Religion de Mahomet , » qui est la plus simple dans ses dogmes , la moins » absurde dans ses pratiques , la plus tolérante » dans ses principes, semble condamner à une )) incurable stupidité , toute cette vaste portion » de la terre où elle a étendu son empire , tandis 3> que Ton voit briller le génie des arts et des ïè sciences sous les superstitions les plus absur- » des {b) , et au milieu de la plus barbare intolé- » rance. (c) . »
{a) CFîe àe Turgot^ pag. 178.) Les maximes de l'Évangile qui corrompent la morale!... Est-il concevable que lar haine de la Religion puisse conduire un homme d'esprit à cet excès d'absurdité? mais il est juste qu'un sentiment si dépravé , si exécrable puisse priver celui qui l'éprouve des lumières les plus communes de la raison , et c'est ce que nous trouvons continuellement dans les écrits des plus célèbre^ philosophes modernes.
{b) Parmi les chrétiens,
(c) f Esquisse sur les Progrès de V Esprit humain, par IME. . le marquis de Condorcet. ) L'auteur de l'un des plus beaux ouvrages que Ton ait publiés dans ce siècle (i!a Légis^ lation primitive) ^ cite ce passage , et il ajoute : « II n'y a qu'à « lire le Coran, pour savoir ce qu'on doit penser de la ^i>»- 9plicité de cette croyance, de la sagesse de cç culte, de U
d'alembeat.
La question est en effet difficile à résbuclre.
HELViTIUS.
Ce qui est évident , c'est que nous sommes courbés sous les préjugés les plus intolérables ; par exemple , dans les grands principes de F intérêt de la patrie y il seroit utile d'anéantir l'amour
paternel et filial. « Tous ces liens de père et d'en- » fant peuvent nuire à ceux des citoyens , et pro- 0 duisent seulement des vices sous l'apparence » de vertus, de petites sociétés , dont les intérêts » presque toujours opposés à l'intérêt public ^ 3> éteindroient à la fin dans les âmes, toute espèce » d'amour de la patrie !.... On ne peut sçustraire^ » les peuples à ces calamités , qu'en brisant entre » les hommes tous les liens de parenté , et en dé- » clarant les citoyens enfans de l'Etat; c'est le seul » moyen d*étouffer les vices (a). Les sentimens » de la nature ne sont que des illusions^ des pré<*
y» tolérance^ etc. Condorcet ne donne point l'explication de » ce prétendu phénomène. »
M. de Bonald fait encore snr cet étrange paragraphe d'excellentes réflexions qu'il termine ainsi :
« J'ose dire qu'on chercheroit en yain un autre exemple de » préjugés philosophiques plus absurde, et d'une déraison » plus complète. » * ^ .^
\p) De V Esprit,
9 jugés ; on n'aime plus ses enfans dès qu'ils ont » atteint l'âge de l'indépendance.*.. Alors le père » ne voit en eux que des héritiers avides.... et s'il » aime ses petits-fils, c'est qu'il les regarde comme » les ennemis de ses ennemis (a\ D'ailleurs toute >• espèce de dépendance étant injuste , le fils ne » dépend pas plus du père que celui-ci de sa » progéniture (^). ...
M. •• ÏOWSSAiBTT.'- •
• >> L'àttlôir filial n'est pa^ d'tttie obligation si » générale '^'il rie puisse êtresùsceptiblede dis- » peAs^ tJn père dotot oti rféprorive que des té-' »^ mbignagés de haine , tôtrté la distinction qu'on » lui iiàiti, if^st dé le traiter crn ennetni respec- » table (e)r. i,' ; '
HELVETIUS. '
Conçoit-on l'indignation qu'inspirent aux esprits vulgaires des maximes fondées sur l'expérience et sur des faits.
GRIMIklÇ.
Et ils croyent bonnement rènvéràer cet ordre
(a) De r Esprit,
{b} i^ode de là Nature,
(c) fLes Mœurs, ) Comparez tous ces préceptes philosopliiques à ceux de l'Ancien et du Nouyeau-Testaunent recueillis dans le chapitre précédent.
invariable de choses , par quelques phrases sottement sentinlentales.
riELvérms.
Rien n'est stupide comme leurs thèses sut l'âmitié. « Il n'en est pas moins vrai qu'un homme » d'esprit, en prédisant l'iiistant où deux amis » cesseront de s'être utiles, peut calculer le » moment de leur rupture, comme l'astronome » calcule le ïnoment de l'éclipsé (a). »
CONDORCET
Ajoutons à tout ceci une grande vérité : c'est que « les grandes âmes sont les se\^les qui ne se M réconcilient jamais ; les fripons savent nuire » ou se venger , mais ils ne savent pas haïr (b), »
(a) De r Esprit,
(b) CFie de M, de Turgot, par M. le marquis de Condprcet.) Qu^ sèntimeDs ! quelles maximes î... U y ^ de 'la noirceu): ;et de Ik cruauté dahs la haine, puisque toutes ses pensées , tous ses désirs sont barbares. Quel état qu^ celui d'une âme qui maudit constamnient une créature bumàine, qui s'afïïîge du bien qui lui arrive, qui ne lui souhaite que du mal , et dont les vœux secrets sont des attentats ! La haine n'est jamais exempte de bassesse, parce qu'elle ne sauroijt Tétre de perfidie ; c^ar alors même qu'elle se déclare , elle est 'toujours forcée par les bienséances sociales , de dissimuler ses mouyemens les plus coupables ; elle hroii horreur, sr elfe se nîontt'oît sans déguisement. En^sûp* posant qu'dle s'îAterdîse de mauvaises actions , elle est toujours une férocité concentrée. Il n'existe point ^e faàinft
LE BiLRON*
Ceci rappelle naturellement la belle épitaphe de Sylla y qui ordonna de tracer sur sa tombe ces paroles remarquables :
« n rendit toiqoiirs an oentnple k bien et le mal qa*oii lui fit. »
L^BBE JffORELLET.
Avouons pourtant que , si chacun rendoit le mal au centuple , le monde deviendroit un théâtre de vengeance et de carnage^ et la clémence cesseroit d'être une vertu. .
/ DAMILA VILLE.
Le mal ne seroit pas grand , car c'est la vertu des dupes.
LE BARON
lie pour et le contre peuvent se soutenir, comme dans toutes les discussions philosophi-^ ques, mais nous pouvons employer mieux notre temps , si M. d' Alembert a reçu des nouvelles de Femey.
THIRIOT
Assurément il en a reçu , car je lui ai porté ce
platonique. Quand on se livre à cette affreuse passion , il est possible de ne pas faire des crimes dignes de mort , maia on fait toujours des méchancetés.
matin deux gros paquets dont l'un a traîné long-* ^ temps en route.