‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels de trouvent rassemblés, sous leurs noms, une partie des gens de la cour et des littérateurs les plus remarquables du 18e siécleChapitre 25 sur 41 · DA.MIL A VILLE · texte numérisé non relu

DA.MIL A VILLE

Oui , entre autres , celui-ci : « Notre ^me im" TS mortelle a besoin de la garde-robe pjbur bien M penser. C'est dommage que La Mfétrie ait fait » un assez mauvais ouvrage sur l'homme ma- » chine ; le titre étoit admirable (a). »

TOUSSAIIfT.

Comme cela est originalement dit !

damilaVille.

Et profondément vrai.

d'alembert.

« A propos , Messieurs , savez-vous qu'il y a « actuellement à Berlin un fort honnête circoia- » cis qui est venu voir l'ancien disciple de Voltai- » re (è), de la part du sultan Moustapha; j'écrivis » l'autre jour en ce pays-là , que si le Roi vouloit » seulement dire un mot , ce seroit une belle » occasion pour engager le sultan à faire rebâtir » le temple de Jérusalem. Que pensez-vous de ce » projet ? »

[a) Quel dommage y en effet, de n'avoir pu nous prouver que nous ne valons pas mieux qu'une huître ou un porc ! Comme une telle conyiction éleveroit Tâme et perfectîonneroit la vertu ! et combien une idée si noble et si riante contribueroit à notre bonheur f

(ô) Le roi de Prusse.

TOUSSAINT

L'exécution en seroit fort divertissante. (On rit)

DAHILAYILLE.

« Je m'étonne que ces bons Turcs n'y aient » pas encore pensé (a). »

riELVÈTIUS,

<c Nous détruirons le temple de Terreur à moins » de frais (è). )i

l'abbé baynal.

Quel service à rendre au genre humain ! c'est alors qu'on verra naître un véritable âge d'or, lorsque nous serons débarrassés des princes , des nobles , des prêtres et du culte.

d'alembert.

a Fanatiques papistes , fanatiques calvinistes , » tous sont pétris de la même boue détrempée de » sang corrompu (c). m

LE baron.

<r C'est dans Palelier de la tristesse que i'hom- » me malheureux a façonné le fantôme dont il

i> a fait son Dieu. La même cause à formé

» ses tyrans et son esclavage Le véritable

(a) Correspondance f tom. XX, pag. a6i. {b) Même ouvrage et même volume , pag. a63. (c) Même ouvrage et même volume, pag. 6p.

» ami des hommes ( le Philosophe) vient à son » secours , et l'encourage à briser l'un et l'autre » joug {a).

DAMILAVILLE.

» Sitôt qu'on peut désobéir impunément , on » le peut légitimement {b).

HELVIÉTIUS.

>» L'homme n'est presque en tout climat qu'un w captif dégradé , dépourvu de grandeur d'âme, w de raison , de vertu , à qui des geôliers in- » humains (^les rois et les prêtres) ne permettent » jamais de voir le jour (c). »

CONDORCET

On ne verra naître et briller l'âge d'or philosophique que lorsqu'on aura supprimé toutes les fondations. « Point d'hôpitaux qui ne peuvent 5> servir qu'à entretenir la fainéantise (d). Point yy de médailles , point de ces honneurs subalter- » nés, avec lesquels la charlatanerie cherche à » payer la vanité ; il faut encourager et non cor- >ï rompre ; on ne devroit donner que des grati-

{a) Système de la Nature, {b) Contrat social de J.-J, Rousseau.

[c) De VEsprit,

{d) La fainéantise des blessés , des vieillapdft , des estro- X)iés, des impotens, des enfans au maillot!...

» fications et des pensions (a). Remarquons )) encore que la bienfaisance n'est qu'une foi- » blesse , à moins qu'elle ne serve à l'utilité pu- » blique(^).

HELVÉTIUS

» Cependant il faut convenir que l'homme » qui sacrifie ses plaisirs , ses habitudes et ses

» plus fortes passions à l'intérêt public est

» impossible ; et , en s'abanrdonnant à son ca- » ractère, on s'épargne au moins les efforts inu- » tiles qu'on fait pour y résister (c). (On rit.)

TOUSSAIPît.

D'ailleurs , convenons-en , « une âme mortelle w n'a point de devoirs ; on croit lui faire beau-

{a) Cela est en effet plus solide; mais il nous semblé que Targent corroi^pra toujours beaucoup plus q;vLe des marques de distinction. , ,

{b) Quoi ! ces actes isolés de charité qui n'ont aucune influence générale , comme , p;ir exemple , de soigner en secret des individus inutiles et soufFrans ^ et tant d'autres actions de cette espèce^ ne sont pas vertueuses et ne prouvent que de la/oil/lesse P Voilà une idée neuve, elle ne séduira pas les bons cœurs. Quel homme seroit-ce que celui qui , lorsqu'il s*agit de donner , de secourir , de faire du bien , calculeroit froidement si ce qu'on lui demande peut servir à V utilité publique ? Tout ce que vient de dire M. de Condorcet, est tiré de son Eloge de, M, Turgot,

{c) De VEspriu

» coup d'honneur de vouloir la décorer d'une » prétendue loi née avec elle , comme de tant » d'autres idées acquises; elle n'est point la dupe » de cet honneur-là. Une âme biefit organisée , » contente de ce qu'elle est , et ne poussant pas » ses vues plus loin , dédaigne tout ce qu'on lui » accorde au-dessus de ce qui lui, appartient en » propre , et se réduit au sentiment (a). »

d' ALEMBERT , en riant.

C'est parler un peu crûment.

GRIMM

Crûment est le mot.

l'abbé MORELLEt.

c'est parler très-consécjuemment, lorsqu'on ne croit point à l'immortalité de l'âme.

CONDORCET

On peut cependant combattre de telles idées , qui anéantirdient 1 amour de la patrie.

d'alembekt.

Bon ! la patrie , c'est un mot bien vide de sens {b).

{a) Discours sur la Vie heureuse.

[b) C'étoit l'opinion des principaux philosoplies; d'Alembert répète dans ses Lettres qu'il ne va pas en Russie, parce qu'il craint le froid > il ajoute toujours quil déteste Ut

HELVÉTIUS

ce Au fail, Messieurs y Tintera est l'unique juge

» de probité On doit regarder les actions

9 comme indifférentes en ellesi-mémes, sentir que » c'est au besoin de l'État à déterminer celles n qui sont dignes d'estime ou de mépris , et en- » fin au législateur, par la donnoissance qu'il doit » avoir de l'intérêt public , à fixer l'instant où » chaque action cesse d'être vertueuse et devient » vicieuse (a).

. ToussAiurr.

» Le bonheur est une sensation agréable , un TD bien-être , un plaisir , en un mot tout ce qui 3> flatte le corps t voilà le seul pilote qui conduise » à la félicité. Les objets étrangers , la vérité , le » savoir , la vertu ne sont que des biénà d'idée , » des causes intrinsèques (b).

DIDEROT

n II faut au philosophe , outi'e le nécessaire

France, le pays des singes ; lui et M. de Voltaire, n'appellent jamais les Français que des Seiches , et ils se plaisent à les rabaisser en toute occasion, en élevant sans .cesse axt^ dessus d'eux les Anglais. M. de Voltaire traite ouvertement de sottise l'amour de la patrie ^ dans son Dictionnaire philosophique (Voyez dans cet ouvrage le. mot Patrie).

{a) De VMsprit. . ^

(6) Les Mœurs.

» précis, un honnête superflu nécessaire, par » lequel seul on. est heureux. La pauvreté nous » prive du bien-être , qui est le paradis du philo- M sophe {a) (3). »

l'abbe baywal.

Parlons un peu de ce qui nous intéresse tous. Savez-vous , M. Diderot , que tous les gens de goût se moquent de plusieurs articles de FEncjr' clopédiCy et franchement, ils n'ont pas tort. La hardiesse réussira toujours, il n'en faut rien rabattre ; mais il ne faut pas prêter au ridicule , il faut plaire aux gens du monde , et surtout aux femmes.

DIDEROT , avec emphase.

Ah ! oui aux femmes !...«

LE BABON, en souriant. ^

Ce nom seul excite son enthousiasme.

DIDEROT

« Lorsqu'on veut parler des femmes, il faut

(a) Voilà du moins tm style bien assorti aux sentimens ; de telles idées doivent être exprimées ainsi. Le passage se trouve dans VEmy^clopédie.

Nous possédons de madame du Qiâtelet (qui étoit une femme philosophe), un Traité du Bonheur ^ dans lequel l'auteur place au rang des choses qui contribuent le plus au bonheur l'état de santé qiii fait aller régulièrement à la garde-robe*

» tremper sa plume dans Tarc-en-ciel, et jeter sur » sa ligne la poussière des ailes d'un papillon (a),»

L ABBE MOBELLET, parlant à son voisin , en regardant

Diderot.

Il est admirable par son abondance^ sa faconde , son air inspiré ! {h)

l'abbé BATITAL.

Revenons à TÉncyclopédie ; songez, M. Diderot , à ce que je viens de vous dire: il ne faut assurément pas céder aux criailleries des bigots et des prêtres , je le répète; usons toujours avec courage de la liberté de penser , en même temps ne choquons point dans les choses indifférentes ce que les esprits superficiels appellent le bon goût.

DIDEROT

Que voulez-vous mon ami , « TEncyclopédie- M est un gouffre où des espèces de chiffonniers

(a) ( Œuvres de- Diderot, ) Le conseil n'est pas facile à suivre ; car il n*est pas donné à tout le mondé de pouvoir tremper sa plume dans Varc-en-ciel; mais les ëcriyains qui n'auront pas le génie de Diderot, se borneront à jeter sur leur ligne la poussière des ailes d'un papillon , ce qui certainement doit suffire pour parler des femmes avec beaucoup d'agrément.

{b) Propres paroles de l'abbé Morellet sur Diderot ( Voy, ses Mémoires, tom. I^'^pag. x34, seconde édition).

9» jettent péle-méle une infinité de choses mal » vues, mal, digérées, bonnes, mauvaises ^ d^tes- » tables , vraies , fausses^ incertajines, et toujours » incohérentes et disparates (a). » Il n'en est pa^ moins vrai que cette entreprise immortalisera ses auteurs.

d'alemsert.

« Sans doute, mais on a employé trop de ma- » nœuvres à cet ouvrage , et on y a mis trop de » déclamations ; c'est un habit d'arlequin , où il « y a quelques morceaux de bonne étoffe et trop >» de haillons (b). »

DAMIIiAVILLE,

Elle rendra du moins l'important service dV néantir la superstition (c).

(a) Encyclopédie, mot Encyclopédie, de Bîderot. '

(b) Correspondance y tom. XXI, pag. 38.

(c) G'^st ainsi que ( par un reste de respect qu^tls ne s'avouoient pafe), ils étoieni: GOBvenns d'appeler la Religioii. tt C'est une remarque qui.n'édtappera pas à l'Histoire, dit » M. de La Harpe (Cpurf de XdUérature.) ,. que quand les «-pj^losoplies sans-culottes- apt^ortoient tous les j<>urs àja* » barre, les vases $mté& et les otoeméns du culte > jamata » ils ne se sontaTisés.deilirfiiesidépouilles du culte; ils's'en ugardoient faten. CétoitAtloiiiburs.les dépouilles du faniH b tisme ; que de choses là-ded«ns <pQur quiiepn(J[Ue est en ét^t >de réfléehk U .

ToussAiirr.

Tous les hommes doivent être égaux , tous les biens doivent être en commun , toute propriété est wie usurpation , tout maître est un tyran. Les peuples qui souffrent cette tyrannie sont des imbécilles {a).

DA»tlLAVILL£.

a Le christianisme n'a pas proprement pour « objet de peupler la terre.... Ce culte proscrit le )» divorce que permettoient les anciens, et en cela » il devient un obstacle aux fins du mariage (é). » Le dogme de l'immortalité de l'âme pouvoit » être utile à Fhumanité ; il est pourtant d'ex- » périence qu'il lui a toujours été funeste: cela H prouve que , dans le sens où ce dogme a été » reçu parmi les hommes , son seul effet est de » flatter leur orgueil ; il les rend ingrats envers » la nature (c) ^ ils croient ne tenir d'elle que

(a) Voîlà les grandes idées que donne la philosophie (Voy. le Discours sur V Origine de l'Inégalité des Hoinmes, de^ Rousseau; le Code de la nature^ les ouvrages intitules de i Esprit, Révolution de t Amérique , et tant d'autres ou* vrages de ce genre, non'«eulement remplis d'impiété, mais *encore des déclamations les plus séditieuses.)

{b) (Encyclopédie , mot Population^ article de Daniilaville. ) C'est ce (jue les JacobûiB ont répété d'après leurs maîtres ) et c'est à quoi ils ont remédié.

(c) Qu'est-ce donc que cette respectable nature? qu'est*ec

M des choses méprisables quHls ne doivent cher-* » cher, ni à conserver , ni à transmettre. Quel in- » térêt des êtres pénétrés de ces idées pourroient- 3) ils prendre au maintien et à la propagation » d'une société dans laquelle ils ne se considèrent » que comme des passagers ; qui ne regardent ce » monde que comme uii vaste caravansérail dont 1* ils ont grand'hâte de sortir ? Pour eux la Pro- » vidence fera tout ; ils ne se mêleront de rien (a).

que cet être abstrait, qui n'est pour les aJthëes que le hasard ? et comment lui doit-on de la reconnoissance ?

(a) Ils ne se mêleront que de soulager les infortunés , de les chercher, de les découvrir, de se dépouiller pour eux } il est vrai qif ils attendent dans une autre yie le dédommagement des injustices et des absurdes calomnies que souffre si souyenb sur la terre la piété parfaite d'un véritable chrétien; niais ils savent que les récompenses immortelles, destinées à la vertu , ne seront accordées qu*à la bonté , à la charité constante et au dévouement généreux pour ses semblables , pour la patrie et pour ses ennemis mêmes. Prétendre que la loi des chrétiens ne peut que rendre insensible, égoïste , indifférent au bien public , c'est pousser Tanimosité jusqu'au dernier degré de l'aveuglement et de la démence. On a déjà vu dans cet ouvrage , par des faits irrécusables, que l'on doit au chrifr* tianisme , l'abolition tle l'esclavage , la civilisation . européenne , et que , particulièrement en France , on doit à des religieux la restauration des lettres, le défrichement des terres , tous les établissemens de bienfaisance et les progrès de tous les arts utiles. Quoi ! cette foule de saints se dévouant, dans les calamités publiques , au soulagement d<»

« Le plus grand des vices est de tromper la n^- » ture (a).

DIDEROT

» Plus d'excellence en poésie , en peinture , M en musique, quand la superstition aura fait » sur le tempérament , l'ouvrage de la vieil- » lesse (b). »

de leurs frères l Quoi! les frères et les sœurs de la Charité , et les prêtres qui vont porter des secours et des consolatioiis i^vînes aux pestiférés abandonnés de leurs parens mêmes! Quoi ! tous ces héros de la Reli^on et de l'humanité ne sont qAe ^éif égoïstes qui ne prennent aucun intérêt au bien de la société ? Exposer sa vie , donner ses biens , $e refuser fiburent le nécessaiiîe/ compatir à toutes les doukurs, même à cdks du TÎce , passer les mers ou parcourir les villes et les ^mpagnes , pour r^ahdre les lumières d'une morale angéllque j ' sacrifier le sommeil et le repos , pour aller reeueilUr les derniers soupirs du mourant ; voOà ce que la philosophie appelle de tégoïsme!.,. Il est vrai que ces hommes apostoliques, loin de respecter la nature,^ combattant les passions désordonnées qu'elle inspire ; et c'est là le plus grand crime aux yeux des philosophes modernes , puisque (comme ils le disent eux-mêmes ) le bien-être personnel sur la terre est le seul paradis réeL

(â) Ettçychpédie y mot Population.

{b) «Je défie, dit M. de La Harpe, qu'on trouve dans y cette phrase de Didçrot , l'ombre de bon sens. S'il s'agit » de la superstition proprement dite , je ne rois pas pour- » quoi dans ce cas même , un poète ,' un peintre^ un musicien » perdroit son talent ayant le temps , parce qu'il seroit supers-

CONbORCET.

ïl est certain que totite doctrine religieuse est €onti*aire au bonheur deâ nation^ ^ et que l'a morale n est corrompue que par son mélange ai^ec

% titîeax; et quand Rapliaël et Pergolèse auroîent été supets*

>» titLenx , je ne crois pas que cela eût empêché le premier

» de faire son tableau de la Transfiguration y ni l'autre son

D Stabat; si la superstition signifie (comm'e on a droit de le

» penser , et comme tous ces philosophes-là , sans exception ,

> veulent qu'oU le pense ) , la Religion , c'est encore ( il faut

» trancher lé mot) une bêtise ; car qtl'y â-t-il de plus bête ,

tt,que de démentir des faits sans nombre ^ qui vous écrasent

» dès qu*on les articule ; de démentir tous les chefsHl*œuvre

» de tous nos grands artistes en tout genre , dans le siècle

» dernier , et leur invariable attachement à la Religion qui

» n'est .pas plus douteux que leur mérite? Il faut avoir im

' » front de philosophe pour s'exposer à cet inévitable excès

» de confusion : mais je vais plus loin ^ et je vais montrer vu;

» efïet tout opposé dans ce qu'il plait à cette tourbe insolente

» d'appeler superstition» Je veux montrer dans le progrès

» de la piété , le progrès du génie ; ce qui est si loin de son

» affoiblissement. Jusqu'à Phèdre , Racine avoit toujours été

» très-bon chrétien , cela n'est pas équivoque ; mais il étoit

» jilus , il étoit dévot et dévot jusqu'à renoncer au théâtre

y> quand il fit ( ce qui est universellement reconnu pour son

» chef-d'oèttvre, et celui de la scène, de Taveu même de Vol-

>» taire) Jthaîie; quicroitoit, sî un philosophe ne nous l'ap^

ï» prenoit pas , qu'un hoiiiihe est si prbdlgieusertient déchu

« quand il fait ime Athdiie; et Descartes ? Vous irerrez qu'il

» étoit devenu imbécill^ , quaid il laissa* un €X-votù à Notre^

» Danie-di>-ibdrette. »

la Religion (a);mais j'ailà-dessus. Messieurs, un problème fort extraordinaire à vous proposer, et qui mérite toute votre attention : dîtes*moi , je vous prie, pourquoi « la Religion de Mahomet , » qui est la plus simple dans ses dogmes , la moins » absurde dans ses pratiques , la plus tolérante » dans ses principes, semble condamner à une )) incurable stupidité , toute cette vaste portion » de la terre où elle a étendu son empire , tandis 3> que Ton voit briller le génie des arts et des ïè sciences sous les superstitions les plus absur- » des {b) , et au milieu de la plus barbare intolé- » rance. (c) . »

{a) CFîe àe Turgot^ pag. 178.) Les maximes de l'Évangile qui corrompent la morale!... Est-il concevable que lar haine de la Religion puisse conduire un homme d'esprit à cet excès d'absurdité? mais il est juste qu'un sentiment si dépravé , si exécrable puisse priver celui qui l'éprouve des lumières les plus communes de la raison , et c'est ce que nous trouvons continuellement dans les écrits des plus célèbre^ philosophes modernes.

{b) Parmi les chrétiens,

(c) f Esquisse sur les Progrès de V Esprit humain, par IME. . le marquis de Condorcet. ) L'auteur de l'un des plus beaux ouvrages que Ton ait publiés dans ce siècle (i!a Légis^ lation primitive) ^ cite ce passage , et il ajoute : « II n'y a qu'à « lire le Coran, pour savoir ce qu'on doit penser de la ^i>»- 9plicité de cette croyance, de la sagesse de cç culte, de U

d'alembeat.

La question est en effet difficile à résbuclre.

HELViTIUS.

Ce qui est évident , c'est que nous sommes courbés sous les préjugés les plus intolérables ; par exemple , dans les grands principes de F intérêt de la patrie y il seroit utile d'anéantir l'amour

paternel et filial. « Tous ces liens de père et d'en- » fant peuvent nuire à ceux des citoyens , et pro- 0 duisent seulement des vices sous l'apparence » de vertus, de petites sociétés , dont les intérêts » presque toujours opposés à l'intérêt public ^ 3> éteindroient à la fin dans les âmes, toute espèce » d'amour de la patrie !.... On ne peut sçustraire^ » les peuples à ces calamités , qu'en brisant entre » les hommes tous les liens de parenté , et en dé- » clarant les citoyens enfans de l'Etat; c'est le seul » moyen d*étouffer les vices (a). Les sentimens » de la nature ne sont que des illusions^ des pré<*

y» tolérance^ etc. Condorcet ne donne point l'explication de » ce prétendu phénomène. »

M. de Bonald fait encore snr cet étrange paragraphe d'excellentes réflexions qu'il termine ainsi :

« J'ose dire qu'on chercheroit en yain un autre exemple de » préjugés philosophiques plus absurde, et d'une déraison » plus complète. » * ^ .^

\p) De V Esprit,

9 jugés ; on n'aime plus ses enfans dès qu'ils ont » atteint l'âge de l'indépendance.*.. Alors le père » ne voit en eux que des héritiers avides.... et s'il » aime ses petits-fils, c'est qu'il les regarde comme » les ennemis de ses ennemis (a\ D'ailleurs toute >• espèce de dépendance étant injuste , le fils ne » dépend pas plus du père que celui-ci de sa » progéniture (^). ...

M. •• ÏOWSSAiBTT.'- •

• >> L'àttlôir filial n'est pa^ d'tttie obligation si » générale '^'il rie puisse êtresùsceptiblede dis- » peAs^ tJn père dotot oti rféprorive que des té-' »^ mbignagés de haine , tôtrté la distinction qu'on » lui iiàiti, if^st dé le traiter crn ennetni respec- » table (e)r. i,' ; '

HELVETIUS. '

Conçoit-on l'indignation qu'inspirent aux esprits vulgaires des maximes fondées sur l'expérience et sur des faits.

GRIMIklÇ.

Et ils croyent bonnement rènvéràer cet ordre

(a) De r Esprit,

{b} i^ode de là Nature,

(c) fLes Mœurs, ) Comparez tous ces préceptes philosopliiques à ceux de l'Ancien et du Nouyeau-Testaunent recueillis dans le chapitre précédent.

invariable de choses , par quelques phrases sottement sentinlentales.

riELvérms.

Rien n'est stupide comme leurs thèses sut l'âmitié. « Il n'en est pas moins vrai qu'un homme » d'esprit, en prédisant l'iiistant où deux amis » cesseront de s'être utiles, peut calculer le » moment de leur rupture, comme l'astronome » calcule le ïnoment de l'éclipsé (a). »

CONDORCET

Ajoutons à tout ceci une grande vérité : c'est que « les grandes âmes sont les se\^les qui ne se M réconcilient jamais ; les fripons savent nuire » ou se venger , mais ils ne savent pas haïr (b), »

(a) De r Esprit,

(b) CFie de M, de Turgot, par M. le marquis de Condprcet.) Qu^ sèntimeDs ! quelles maximes î... U y ^ de 'la noirceu): ;et de Ik cruauté dahs la haine, puisque toutes ses pensées , tous ses désirs sont barbares. Quel état qu^ celui d'une âme qui maudit constamnient une créature bumàine, qui s'afïïîge du bien qui lui arrive, qui ne lui souhaite que du mal , et dont les vœux secrets sont des attentats ! La haine n'est jamais exempte de bassesse, parce qu'elle ne sauroijt Tétre de perfidie ; c^ar alors même qu'elle se déclare , elle est 'toujours forcée par les bienséances sociales , de dissimuler ses mouyemens les plus coupables ; elle hroii horreur, sr elfe se nîontt'oît sans déguisement. En^sûp* posant qu'dle s'îAterdîse de mauvaises actions , elle est toujours une férocité concentrée. Il n'existe point ^e faàinft

LE BiLRON*

Ceci rappelle naturellement la belle épitaphe de Sylla y qui ordonna de tracer sur sa tombe ces paroles remarquables :

« n rendit toiqoiirs an oentnple k bien et le mal qa*oii lui fit. »

L^BBE JffORELLET.

Avouons pourtant que , si chacun rendoit le mal au centuple , le monde deviendroit un théâtre de vengeance et de carnage^ et la clémence cesseroit d'être une vertu. .

/ DAMILA VILLE.

Le mal ne seroit pas grand , car c'est la vertu des dupes.

LE BARON

lie pour et le contre peuvent se soutenir, comme dans toutes les discussions philosophi-^ ques, mais nous pouvons employer mieux notre temps , si M. d' Alembert a reçu des nouvelles de Femey.

THIRIOT

Assurément il en a reçu , car je lui ai porté ce

platonique. Quand on se livre à cette affreuse passion , il est possible de ne pas faire des crimes dignes de mort , maia on fait toujours des méchancetés.

matin deux gros paquets dont l'un a traîné long-* ^ temps en route.

Page 1