‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels de trouvent rassemblés, sous leurs noms, une partie des gens de la cour et des littérateurs les plus remarquables du 18e siécleChapitre 26 sur 41 · RAYNAL · texte numérisé non relu

RAYNAL

Ainsi donc , il en a une provision toute fraîche.

LE BARON

Quel bonheur !

d'alembert.

J'en ai apporté cinq ou six bien choisies, dont j e vous lirai des fragmens.

LE BARON

Rapproôhons-nous de lui.

d'alembert.

Ecoutez donc : (U déploie une lettre.) Je VOUS ai

prévenu que je ne lirois que des morceaux détachés , afin de vous faire part dans une seule, séance de ce qu'il y a de plus saillant dans ces lettres. ( n lit tout haut.) « Mlle Corneille est bien » élevée ; il faut remercier Dieu d'avoir arraché » cette âme à l'horreur d'un couvent (4).

)) O mes frères, travaillez sans relâche ; semez . le bon grain (a).

» Sans doute, il faut se réjouir que JjBan-Jac- » ques ait osé dire ce que tous les honnêtes gens » pensent , et ce qu'ils devroient dire tous les

(a) Correspondance, tom. XX, pag. 192.

» jours {a) ; mais ce misérable n'en est que pîttsr » coupable d'avoir insulté ses amis , ses bienfai- » leurs ; sa conduite fait honte à la philosophie. » Ce petit monstre n'écrivit contre vous et con- » tre les spectacles ^ que pour plaire aux prédi- » cans de Genève , et voilà ces prédicans qui » obtiennent qu'on brûle son livre et qu'on dé- ^ » crête l'auteur de prise de corps. Vous m'a- » vouerez que le magot s'est conduit comme un

» fou {b). ( On rit. •)

» A l'égard de Luc (c) , tantôt mordant , tantôt >i mordu , c'est un bien malheureux mortel , et » ceux qui servent ces Messieurs-là , sont de ter- >î ribles imbécilles. Gardez-moi ce secret avec » les t'ois et avec leà |)rétres {d).

» Ma mission va bien, et la moissbd est assez 3» abondante; tâchez de votre côté d'éclairer la » jeunesse autant que vous le poiirrèsi (e). (On rît). » Comment donc , ce Lebrun me pi^ue de ses

(fl) Les impiétés qui se trouvent dans Emile , quelques pages après les plus grands éloges donnés ai la' Religion , à sa morale et à la vérité frappante des preuves de la révélalion...

[b) [Correspondance, lom. XX, pag* ao3.) Quel style et quelle bassesse d'expressions!

(c) Le roi de Prusse.

{d) Correspondance , tom. XX, pag. 6o, (e) Même volume, pag: 214.

V épines , lui qui m'a fait une si belle ode pour » m'engager à prendre la i^ ièce à Pierre ? mon » cher philosophe, je vous embrasse de tout » mon cœur, et je vous serai attaché tant qiie je ï» végéterai sur notre g]obule terraqué (a). »

d'alemberT , continuant.

En voici une autre. ( II déploie une autre lettre. )

« Mon cher et grand philosophe, il faut que je vous » parle morale ; il y en a tant dans ce diaboli- » que dictionnaire (^), que je tremble que l'au- » teur et l'ouvrage ne soient brûlés par les en- » nemis de la morale et de la littérature. Le plus » grand service que vous puissiez me rendre est » de bien assurer sur votre part de Paradis, »» que je n'ai: aucune part à cette œuvre d'Enfer; w il y a trois ou quatre personnes qui crient, que M j'ai soutenu la bonne cause, que je combats M dans l'arène jusqu'à la mort contre les bêtes » féroces (c). Ces bonnes âmes me bénissent et » me perdent ; c'est trahir ses frères que de les i> louer en pareille occasion; il faut agir en conw juré et non pas en zélé (^d). Si jamais vous ren-

(a) Correspondance, tom. XX, pag. 24a et suiv.

[b) Son Dictionnaire philosophique,

{c) Les bétes féroces combattoient de leur côté contre les obscénités et les turpitudes de tous genres , les plus infâmes.

[d) En conjuré est un mot précieui:.

» contrez quelque pédantàgrandrabatouàpetît » rabat, dites leurbien, je vous en prie, que jerenie

M tout dictionnaire (a) Je crois qu'il y a dans

» Paris très-peu d'exemplaires de cette abomina- » tion alphabétique , et qu'ils ne sont pas entre » des mains dangereuses ; mais dès qu'il j aura M le moindre danger , je vous demande en grâce » de m'avertir, afin que je désavoue l'ouvrage » dans tous les papiers publics avec ma candeur M et mon innocence ordinaires (b). J'attends cer- » tains papiers dont vous ne me parlez pas , et » dont je vous rendrai bon compte, quand ils » me seront parvenus (c) ; on gardera le secret » comme chez d.es initiés et des conjurés.

» Je crois que les malins et les gens à réquisi- M toires, sont trop occupés de finances pour » brûler de la philosophie. C'étoit , comme je » vous l'avois dit, cet honnête abbé d'Estrées, n qui avoit été le premier délateur. Vous savez M qu'il est généalogiste ; c'est une belle science. » Il étoit à la campagne en qualité de généalo- » giste et de polisson , chez M. de la Roche-

(a) On supprime ici une impiété. ,

{b) Phrase banale qu'il répète souvent dans ses Lettres. Se glorifier de la lâcheté, de la duplicité , quel excès d'avilissemei/t! ( Correspondance ^ to;n. XX, pag. 3x6.)

(c) Ce mystère n'est poin| expliqué dans la Lettre.

» Aymon , dont la terre touche à celle du pro- » cureur-général (a).»

GRIMM

Polisson est charmant!

l'abbjé morellet.

Il est unique !

d'alemBERT, continuant

« Ma reconnoissance est vive , je l'avoue {b) , » mais ce n'est pas elle qui fait mon enthou- » siasme pour vous ; c'est votre zèle aussi intré- » pide que sage; c'est votre manière d'avoir M toujours raison ; c'est votre art d'attaquer le » monstre , tantôt avec la massue d'Hercule , » tantôt avec le stylet le plus affilé; et puis, M quand vous l'avez mis sous vos pieds, vous » vous moquez de lui fort plaisamment. Que » j'aime votre style ! que votre esprit est net et » clair (c)\

n' ALEMBERT , s'interrompant.

C'est l'amitié qui parle.

LE BAROir.

Et Ifi vérité.

{a) (Correspondance^ tom. XX, pag. 3Si.) Qu'est-ce que remploi de Polisson chez un archevêque ?

{b)' Sur un éloge public de Voltaire fait par d'Alembert. (c) Suppression d'un blasphème.

[Correspondance^ tom. XX, pag. 25i.}

d'al£MBERT9 continnatit. .

» Le monde se déniaise furieusement; une » grande révolution dans les esprits s'annonce » de tous côtés; vous ne sauriez croire quels >' progrès la raison a faits dans une partie de » l'AUemagne (a). Je ne parle pas des impies M qui embrassent ouvertement le système de » Spinosa ; je parle des honnêtes gens qui n'ont » point de principes fixes sur la nature des M choses, qui ne savent pointée qui estimais » qui savent très - bien ce qui n'est pas ; voilà » mes vrais philosophes (b).

» Mon cher appui de la raison, fournissezw nous souvent de ces petits stylets mortels, à M poignée d'or, enrichie de pierreries (c)... Vous M avez bien raison de citer le vers des Plaideurs : » Que de fous ! etc. ; mais il ne tiendra qu'à vous » de dire bientôt : Que dejbusj'sii guéris ! Tous » les honnêtes gens commencent à entendre » raison ; il est vrai qu'aucun d'eux ne veut être » martyr, mais il y aura secrètement un très- » grand nombre de confesseurs , et c'est tout ce » qu'il nous Êiut. Frère Helvétius, réussira sans

(a) Ce qui a produit les sociétés secrèies,

(b) CCorrespondance y tom. XX, pag: S52.)Lé reste de cette lettre est d'ime telle impiété , qu'oa ne peut le trans- 1 crire.

(c) Suppressipa d'un Uasphème.

Y> doute auprès de Frédéric (a); s^l pouvoit j> partir delÀ quelques traits qui secondassent » les vôtres, ce seroit une bonne affaire (b).

» J'aime à vous voir rire au nez de vos poli* » cïiinelles (c) à qui vous donnez tant de nasar* » des d.... Les croquignoles aux cuistres théo- >> logiens sont, je crois, parties (e). Courage, » Archimède ; le ridicule est le point fixe avec le- » quel vous enlèverez tous ces maroufles , et les » ferez disparoître (/).

M Je suis bien sûr que vous approuverez qu'on » estime , qu'on méprise , qu'on aime ou qu'on » haïsse, très-indépendamment des titres; je » vous aimerois et je vous louerois , fussiez-vous » pape ; et tel que vous êtes , je vous préfère à >> tous les papes , ce qui n'est pas coucher gros, u (On rit.) (gr). Mais je vous aime et vous révère » plus que personne au monde (5).

THIRIOT

Il a des expressions si plaisantes (Ji) ?

(a) Il alloît à Berlin.

(b) Correspondance, tom. XX , pag. 356 et soiv,

(c) C€st ainsi qu'il désigne les Jésuites.

(d) Suppression d*un blasphème.

(e) Des libelles contre les Jésuites.

(/) Correspondance^ tom. XX, pag. SSg et suiv. (g) Même volume, pag. 3&a.

(h) Et de si bon goût.

(570) cf Le petit-fils de mon maçon , derenu évéque M d'Annecy , joint aux fureurs du fanatisme >> une mauvaise foi consommée (a)*..... Vous safi vez qu'il écrivit contre moi au Roi l'année » passée ; mais ce que vous ne savez pas , c'est » qu'il écrivit aussi à (^)..... Rezzonico ; il y eût » un bref du pape , dans lequel je suis très-clai- )> rement désigné (c), de sorte que je fiis à la fois » exposé à tme lettre de cachet et à une excom- )) munication majeure. »

l'abbé ratiTal. Quelle horreur !

GRIMM

Et quelle niaiserie !

DAMILAVILLE.

Et dans le xvm** siècle.

CONDOR CET

Cela fait pitié.

b'aleMBERT^ ponrsuiTant.

« Mais q|ue peut la calomnie contre l'inno-

(a) Cet évéque d'Annecy ëtoit Fun des plus respectables prélats qui aient existé; on a de lui des lettres à M. de Yol' taire , qui sont des modèles par£skit8 de douceur f de raison et de dignité.

(b) On supprime une ^thète infôme.

(c) Pour avoir publié des.écâts obscènes remplis d'impiété . Quelle injustice ! . . .

M cence ? (On rît.) Je reçois dans mon lit le viati* » que que m'apporte mon curé , devant tous le$ » coqs de ma paroisse^ et je déclare que l'évéque y» d'Annecy est un calomniateur , et j'en passe M aclepar-devant notaire. Voilà monmaçon d'An<^

» necy, furieux y désespéré comme un damné

« menaçant mon pieux confesseuir et mo^ no-^ M taire. Quoique cet én^rgu^nène soit Savoyard, » et moi Français , cependant il peut me nuire » beaucoup, et je ne puisi que le rendre pdieui^ » et ridicule : ce n'est pas jouer à un jeu égal. » Toutefois , j'espère, que je ne perdrai pas la » partie ; car , heureusement , nous sommes au » dix-fhuitième siède , et le maj^ouffle crçit être » au quatorzième. Vous avez encore à Paris des » gens de ce temps-là ;! c'est sur quoi nous gé- » missons. II estjlur d'être borné aux gémisse- % mens ; mais il faut au moins qu'ils se Êissent » entendre, et que le bœuf-tigre (a) frémisse. Ou » ne peut élever trop haut sa voix en faveur de » l'innocence opprimée (^).-

» L'évéque d'Annecy, soi-disant prince de » Geaève , a voulu non-«eulement me damner » dans l'autre monde , mais me perdre dans ce-

fti) Çest ainsi quUl désignoit Féréque.

(b) Tome XXI de r^uvrage et %&me II de la Correspond dance y pag. lo.

» lui-ci. Ilin^a calomuié auprès du Roi; il a » conjuré Sa Majesté trës - chrétienne de me » chasser de la terre qqe je défriche ; il a » employé contre moi ^ sa timelle , sa crosse , sa •> croix y sa phime , et tout l'excès de son ab-* » surde méchanceté ; c'est le calomniateur le » plus bete qui soit dans l'Église ; je n'ai pu le » chasser d'Annecy , parce que je n'ai pas douze 3> mille hommes à mon service. Je n'ai pu com* » battre l'excès de son insolence et de sa bêtise, » qu'avec les armes défensives dont je me suis » servi. J'ai agi en citoyen ^ en sujet du Roi , qui ^ doit être de la religion de son prince , et je )» braverai les scélérats persécuteurs jusqu'à mon 3» dernier moment (a).

» Je nedois pas être content du procédé de(b).... y Je lui pardonne 9 à condition qu'il assommera » un bœuf-tigre, quand l'occasion s'en présentera; » mais je ne4ui pardonne qu'à cette condition (c^.

(Rire général.)

» Vous savez peut-être que non-seulement » j'ai reçu mes lettres-patentes, de frère Amatus » de Lamballa , notre général, résidant à Rome , )» mais que je suis père temporel des capucins

(a) Scélérat , parce qu'on lui avoit demandé une rétractadon de ses infamie (^Correspondance , tom. XXI, p. i^^. (6) Le nom de la personne n'est pas dans la lettre J (c) Correspondance ^ tom. XXI, pag. 32.

(375) » de mon petit pays. Je vous donne mamalédie* » tion si vous ne m'écrivez pas et si vous ne me » mandez pas ce que vous savez de l'assemblée

» du clergé («).(Onritaiix éclats.)

» Je me regarde dans votre entreprise illus- » tre (b) comme votre prête-nom ; on veut dresy^ ser un monument contre le fanatisme, contre 1^ » persécution j c'étoit vous , c'ëtoit Diderot qu'il » falloitmettrelà ;mais jeme tiens pierre d'atten- » te ; il ne seroit pas mal qu^e Frédéric se mit au » rang des souscripteurs ; cela épargneront de D l'argent à des gens de lettres trop généreux » qui n'en ont guère ; il me doit cette répara- ». tion (c) , et vous êtes le seul qui soyez à portée » de lui proposer cette bonne œuvre philoso- » phique(^. »

d'alemberT, s*interrompant.

Ce n'est pas sans dessein , Messieurs ^ que je vous lis de suite les passages de ces lettres y

(a) {Correspondance ^ tom. XXI , pag. 40.) U eut en efifet trè»-sërieusement cette ridicule hypocrisie ; il sollicita TÎvement ce titre , et il obtint les lettres-patentes.

(b) La statue que les amis de M. de Voltaire youloient lui faîïte élever par souscription.

(c) Du tort d'avoir trouvé mauvais que riiomm&qu*il avoit comblé de bienfaits , Teût déchiré de mille manières dans ses lettres et ses libelles.

{d), Correspondance y tom. XXI, pag. 53 , 54^

relatifs à sa statue; il est bon que vous conno^siez l'intérêt extrême qu'il y met , car c'est un coup de partie pour la philosc^hie. Cette imposante statue donnera le plus grand éclat à la cause de la raison^ et en la contemplant , l'imagination de tout penseur verra autour d'elle tous les préjugés endiaînés et tenrassés , et tous les cuistres de l'Europe démasqués et confondus.

' LE BA.ROW

Oui , c'est un coup de partie.

p'alemBERT, reprenant sa lecture.

« .Vous êtes ami de l'archevêque do Toulouse , » je suis persuadé que voiis l'avez mis au rang 2) des souscripteurs ; mandez - moi , s'il vous 3> plaît , si M. et madame de Choiseul ont sous^ » crit , ou s'ils l'ont oublié ; il est très-nécessaire » qu'ils souscrivent (à). Je vous recommande » surtout Frédéric , non pas parce qu'il est rôî , iù mais parce qu'il me doit une réparation.

)) Il ne me sied pas d'en parler à Catherine ^ » l'héroïne ; ce seroit à Protagoras Diderot d'en 3> écrire à cette amazone , mais surtout il faudroit » dire qu'on ne recevra que peu ; on doit ména- » ger sa bourse, que Mustapha épuise {b). Le roi

[a) Correspondance y tom. XXI, pag. 65 et STÛVr^

{b) (Même volume^ pag. 71. } CÏe <jiii signifie qu'on n'o^

( 375 ) » philosophe de Danemarck a-t-il fait ce qu'il » disoit (a)? »

d'alembeRT, s'interrompant.

J'ai fait tout ce qu'il desiroit : j'ai écrit plusieurs fois au roi de Prusse ; je viens enfin d'obtenir ime réponse ; il donnera 200 louis. Le roi de Danemarck souscrira. J'ai fait encore beaucoup d'autres démarches , et vous devez tous vous unir à moi , pour une chose d'un si grand intérêt * ^

LE BAROW.

Assurément.

GRIMM

C'ost ce que nous ferons certainement , et j'ai déjà commencé (b).

soit pas demander beaucoup d'argent , dans la crainte de ne pas avoir la sonst^ription.

(a) (^Correspondance, tom. XXI, pag. 90.) Cest-à>-dire a-t-il souscrit pour la statue ?

(b) Tous ces détails et beaucoup d*aatres se trouvait dans le même volume de la Correspondance. La gloire humaine est bien peu de chose, mais qu'elle est méprisable lorsqu'on emploie, pour Tacquérir^ des intrigues aussi viles!... On voit dans cette Correspondance les m^es manœuvres pour obtenir des pensions du ministère français et des princes étrangers , et pour les places à TAcadémie, qu'on vouloit ne donner qp!aL\ai frères et amis. On cabaloit avec fureur , pour en écarter tous les gens religieux , quoique mérite qa'Hs

B ALEMBERT, continuant»

« Il s*élève une génération nouvelle qui a le » fanatisme en horreur. Les premières places » seront un jour occupées par des philosophes , i» le règne de la raison se prépare ; il ne tient » qu*à vous d'avancer ces beaux jours, et de faire )» mûrir les fruits des arbres que vous avez » plantés. Confondez donc ce maraud de Gré- » vier (a) ; fessez cet âne qui brait et qui » rue (b).

» Cinq ou six personnes de votre trempe sul- 1» firoient (c) et pour éclairer le monde.

i> C'est Une pitié que vous soyez 'dispersés,

eussent , entre antres le savant et respectable président de- Brosses j Fun des hommes qui a fait le plus d*honneur à sa proyince (la Bourgogne). Comme il avoit réfuté quelques mauvais ouvrages de M. de Yoltaire , ce dernier en conservoit , suivant sa coutume , un ressentiment implacable , qu'il poussa jusqu'à déclarer. à l'Académie, par l'organe de son confident d'Alembert , qu'il renonceroit à son titre d'à-' cadémicien, si l'on recevoU le naziUonneur; c'est ainsi qa*il désigne le président. L'Académie eut la foiblesse de céder à cette menace, et, malgré le cri public, le président ne foX pas reçu.

(a) Continuateur de V Histoire romaine, qui avoit eu l'andace de parler avec beaucoup de raison et de talent contre l'impiété.

(6) Correspondance y tom. XX, pag. 290.

^e) Ici l'on supprime xm horrible blasphème^

' (377) » sans étendard et sans mot de ralliement. Si ja- » maïs vous faites encore quelqu'ouvrage en fa- » veur de la bonne cause , frère Damilaville me » le fera tenir avec sûreté.... »

DAMILAVILLE.

Oui , j'en réponds ; j'ai pris des mesures certaines contre l^. féroce inquisition des ci^strès.

LE BARON

Nous nous en rapportons à vous.

b'alembert.

C'est une confiance qui lui est bien due. (il

reptend sa lecture. )

« Vous ne serez point compromis par des » bavards comme vous l'avez été. On mettra le » nom de feu M. Boulanger à la tête de l'ouvrage. » Vous êtes comptables de votre teoips à la rai-^ M son humaine (a) (6).

M Avez-vous entendu parler de ce nouveau lé- » gislateur de la littérature, nommé Clément (b)} M J'ai lu cet animal ; j'admire ce ton décisif que » prennent aujourd'hui les gredins de la littéra- » ture. Ce polisson qui juge si impérieusement

(a) Suppression de plusieurs blasphèmes (Correspon" dance, tom. XX, pag. 3oa).

(b) Qui, par ses excellentes critiques | excita dans le public une si vive sensation ^

(378) M ses maîtres , présenta, il y a deux ans , une tra* » gédie aux comédiens qui ne purent en lire que » deux actes. Ne pouvant parvenir à l'honneur » d'être jugé, il s'est mis à juger les autres ; c'est » un petit élève de Fréron (a).

ce Tous les philosophes sont trop tièdes; ils » se contentent de rire des erreurs des hommes, » au lieu de les écraser (bj. Les missionnaires 3^ courent la terre et les mers ; il faut au moins » que les philosophes courent les rues ^ il faut 9> qu'ils aillent semer le bon grain de maisons en » maisons. Acquittez-vous de ces deux grands » devoirs , mon cher frère ; prêchez et écrivez ; » combattez , convertissez ; rendez les fanatiques M si odieux et si méprisables, que le gouveme- » ment soit honteux de les soutenir. On pensera » un jour en[ France , comme en Angleterre , où » la Religion n'est regardée par le parlement que » comme une affaire de politique ; mais pour en » venir là, mon cher frère, il faut du travail et » du temps (c).

y> Je prie l'honnête homme qui fera matière ,

[a) Les comédiens n'ont jamais fait Timpertinence de refuser d'entendre une pièce jusqu'au bout , et Clément n'a jamais été l'élève de Yvétofti.

( Correspondance y tom. XXI , pag. gS. ) (6) Sont-ce les erreurs oa les hommes qu'il îwaX écraser P' (c) Correspondance j tom. XX» pag. 3^. ^

M (on rît) de bien prouver que le je ne sais quoi, 33 qu'on nomme matière^ peut aussi-bien pen- » ser que le je ne sais quoi qu'on nomme » esprit (a). » •

d'alemBEBT, s'interrompant, et s'adressant à Fabbé

Morellet.

Voici quelque chose de joli pour vous : « Je l'ai vu ce brave Mords-les , qui les a si bien » mordus; il est du naturel des vrais braves , » qui ont autant de douceur que de courage ; il » est visiblement appelé à l'apostolat (b), »

l'abbé mobellet.

Il est bien '^doux d'être désigné avec un tel éloge dans de telles lettres.

(a) Dans d'antres lettres et dans plusieurs de ses ouvrages, il déclare nettement qu'il croit le monde éternel , c'est-à-dire qu'il n'a point eu de commencement et qu'il n'aura point cle fin : qu'ainsi la matière n'ayant pas été créée (ce qui anéantit toute idée de l'existence de Dieu), c'est le hafiard qui a tout fait , et qui , en se jouant , a produit les cieux , les astres, la terre, les végétaux , les animaux et l'homme : sys» tème qui rappelle ce mot de Pascal qui , à propos du pou- Voir merveilleux que l'impiété attribue au hasard , dit que l'on pourroit au&si-bien soutenir qu'il seroit très-possible qu'un cornet d'encre tombé accidentellement sur des feuilles •de papier blanc , formât , en très-belle écriture le ï)iscours de trente pages ^ prononcé par M. le premier Président, à la d* "ière séance du parlement.

{b) Correspondance^ tom. XX, pag. 397.

Je ne puis me refuser à la petite vanité de rappeler une de celles où il a écrit à Thiriot (a) : « Embrassez pour moi l'abbé Mords-lesj Je ne » cannois personne qui soit plus capable de ren- » dre service à la raison.

M Voilà certes un éloge dont je puis être vain, » et je le conserve pour que mes amis et ma )) famille , en fassent honneur à ma mémoire, » quand je ne serai plus (^). »

DAMILA VILLE.

Cela en vaut la peine.

d'alembert^

Je reprends ma lecture, qui sera bientôt finie.

LE BARON

Tant pis.

d'alembert, lisant.

a Je vous prie de me dire le nom d'an an- » cien recteur du collège du Plessis, auteur des » trois volumes de Lettres sous le nom de quel- » ques Juifs. Cet homme est un des plus mau- 3> vais chrétiens et des plus insolens qui soient » dans l'Église (c). (On rit.) »

(a) Lettres qui ont été recneillies en date du ignov. 1 760.

{b) ( Mémoires de Vabbé Morellet, tom. 1" , pag. 241* )

(c) [Correspondance ^ tom. XXI , pag. a6i. ) C'est ainsi

qn'ii désigne l'abbé Guénée, auteur des savantes et spiritaelltt

2>\lÉHBERT, s'interrompant*

Je lui ai répondu que « l'auteur, secrétaire de » ces Juifs, est un pauvre chrétien nommé Gué- » née , ci-devant professeur au collège du Plescâis, » et aujourd'hui balayeur ou sacristain de la cha- » pelle de Versailles (a). (Nouveaux rires.) On as- » sure que ce saint Ambroise (bj, qui, par hu- » milité, a oublié d'apprendre l'orthographe (ce » qui nous a empêché de lui donner un de j) nos fauteuils dont il avoit grande envie , et » nous fort peu) ; on assure donc que ce Chry-" » sostôme non lettré a représenté au gouveme- » ment que , choisir pour ministre des finances » un homme qui ne va pas à la messe est un » crime qui tient de la bestialité ; on lui a ré- » pondu que sa rei^lontranee tenoit de la bêtise^ » et on l'a renvoyé dire la messe, et Guénéehi ser-

M vir (c). (On rit.) »

Lettres de quelques Juifs; ouvrage qui a eu tant d'éditions, et qui est encore aujourdliui si universellement estimé. L'au* teur étoit aussi distingué par ses vertus que par ses talens , et il a laissé la mémoire la plus justement honorée.

[a) Seicristain ou balayeur!,.. Ecclésiastique qui occupoit les places les plus honorables!

{h) Il parle du cardinal de la Roche-Aymon. Le style de V€ic€ulémicien est si obscur et si incorrect que cette explication est nécessaire.

(c) {Correspondance, tom. XXI ^ pag. ao3.) On sait ce

b'auembert , s'inteiTOiiipaiit

Mais à présent , venons à' la fin de la lettre.

{ n Ut. )

^ Mon adorable philosophe , vous me comblez » de joie y en me Êdsant espérer que vous ne » vous en tiendrez pas aux Jésuites. Un homme » qui a des terres près de Citeaiix^ me mande M que le chapitre général va s'assembler : on » donne à chacun six bouteilles de vin pour sa n nuit (a) : ces moines-là ne vous paroisseat*ils » pas plus habiles que les Jésuites ? Détruisez , » détruisez tant que vous pourrez, mon cher » philosophe , vous servirez TÉtat et la philoso- » phie (b).

» Dieu vous maintienne , mon cher destruc- » teur , dans la ^oble résorption où vous êtes » de faire main-basse sur les fanatiques , en fai- » sant patte de velours.

» Mon cher philosophe , utile et agréable au

qn'on doit penser de ces jolies moqueries ; tous les vieillafdft de ee temps se rappellent que le cardinal de la Roche«>Aymon n'avoit pas adopté l!orthograpke de Vollaire; mais qu'il ayoit )>eaucoup d'esprit , et que npiéme on citoit de lui une infinité de bons mots.

(a) On ne sait à quoi se rapporte chacun , cela signifie ^ chaque moine. Conte absurde qn*U seroit ridicule de ré-* futer sérieusement. «

(b) CorrespondcMce. , tom. XX, pag. ^42 et suiT.

» inonde y sachez que votre ouvrage est comme » vous , et qu'aucun enfant n'a jamais si bien res- » semblé à son père. Sachez que dès qu'il parut » dans Genève , entre les mains de quelques » amis , tous dirent : il écrit comme il parle ; » le voilà, je crois l'entendre. Quand on l'avoit M lu 9 on le relisoit ; on en cite tous les jours des » passages. J'écrivis à mon ami , M. de Cidei^Ulej » que je le croyois déjà répandu à Paris ; je lui » parlai du plaisir qu'il auroit à le lire; et je lui 2> recommandai , dans deux lettres consécutives y » de ne vous point nommer , précaution entre » nous fort inutile ; il est impossible qu'on ne » vous devine pas à la seconde page. Vous aurez » khi fois le plaisir de jouir du succès le fhxs » complet, et de nier que vous ayez rendu ce ser- » vice au public , devant les fripons et les sots, qui » ne méritent pas même la peine que vous pre- » nez de vous moquer d'eux (a).

» Il y a un déchaînement aussi violent que )9 ridicule , à la Cour , contre les philosophes ; » j'ignore si vous quitterez cette nation de singes, iï et si vous irez chez les ours (è) ; mais si vous » allez en oursie , passez par chez nous (c)^

» Savez-vous bien que nos ennemis sont dé-

(a) Correspondance y tom. XX, pag. 846 et stÛT.

{b) C'est-à-dire en Russie.

(c) Correspondance, tom. XX, pag. 371.

( 384 > » chaînés contre nous d'un bout de l'Univers à » l'autre? Connoissez-Yous le jésuite Iro^ résidant jf> actuellement à Pékin? C'est un petit Chinois, » enfant trouvé , que les Jésuites amenèrent , il y a » environ vingt-cinq ans, à Paris. Il a de l'esprit, » il parle français mieux que chinois , et il est n plus fanatique que tous les missionnaires en- » semble ; il prétend qu'il a vu beaucoup de phi- » losophes à Paris , et dit qu'il ne les aime , ni ne » les estime, ni ne les craint; et où dit-il cela? dans » un gros livre dédié à monseigneur Berlin ; tout » cela est plus dangereux qu'on ne pense (a).

» Mon cher et grand philosophe , je vous con- » jure encore d'affirmer, sur votre part du Para- » dis, que votre frère n'a nulle part au Portati/{b)i » car votre frère jure, et ne parie pas, que jamais » il n'a , composé cette infamie ; et il faut l'en » croire , et il ne faut pas que les frères soient » persécutés. Ce n'est point \e mensonge officieux j) que je propose à mon frère , c'est la clameur » officieuse , le service essentiel de bien dire que » ce livre, renié par moi, n'est point de moi ; c'est DO de ne pas armer la langue de la calomnie et la » m-'^n de la persécution (c).

(a) Correspondance j tom. XXI,. pag. aSg; [h) Dont il étoit Fauteur. Cest son Dictionnaire qu'il apr pelle ainsi.

(c) [Correspondance, tom. XXI, pag. 3i7 et suiv.) U

^ Je suis tombé aujourd'hui sur l'article Dic- » tionnaire, où vous parlez de Bajle en votre » Encyclopédie : Heureux s^il avoitplus respecté » la Religion et les mœurs ! ou quelque chose d'ap- » prochant^. Ah! que vous m'avez contristé! il » faut que le démon de Jurieu vous ait possédé » dans ce moment-là. Vous dc^ez Caire pénitence » toute votre^vte de ces deux lignes. Qu'auriez- » vous ditdeplusde5)omo^a^etdeZâf/b72^a«/2e(ay >> Que ces lignes soient baignées de vos larmes! » Ah ! monstres ! ah ! tyrans des esprits ! quel des- » potisme affreux vous exercez , si vous avez con- » traint mon frère à parler ainsitle noire père (^)! »

ne rerdoU pas et ne çouToit renier ce livre en parlant à son digne confident, qui partageoit toute sa haine contre la Re>lîgion et^ avec ce même confident , il appelle calomnie Topi* nion universelle^ très-fondée, qfoî lui attribue cet ouvrage !..

(<i) La Fontaine ici n'est cité que comme licencieux , et $pi> nosa comme impêe. M. de Voltaire a / dans ce genre ^ renijûibA sur l'un et l'autre , et tous les chefs des philosophes nM>demes ont soutenu mille fois l'afireux système de Spinosa.

(^) (Correspondance , lom. XX , pag. 3iS. ) Ainsi , voilà Baffle déclaré, d'une manière solennelle eX pathétique ^ père des philosophes modernes , et par le chef de la secte ! Cependant le lecteur doit se rappeler que d'Alembert, dans une de ses lettres , s'écrie, avec une vâiémence qui va jusqu'à la fureur, qu'un prêtre, un cuistre ^ un calomniateur a osé, dans un de ses écrits, mettre en accolade Bayle et Foltaire.

D^ALEMBE&T, s'iQlerrompa&t.

Je lui ai répondu qu'il me faisoit une querelle de Suisse (a) : « Premièrement , je n'ai point dit : » Heureux s* il eut respecté la Religion et les » moeurs! Ma phrase est beaucoup plus modeste; M mais d'ailleurs qui ne sait que, dans le maudit » pays où nous écrivons , ces sortes de phrases M sont stjrle de notaite , et ne servent que de pas- » se-port aux vérités qu'on veut établir d'ail- » leurs {b) ? ( On rit. )

HELV^TIUS.

Voltaire est sujet à faire ainsi des querelles de Suisse. Il m'a écrit aussi pour me gronder de ce que ]^diyov& conseillé gravement V adultère y en ajoutant : « qu'U n'est pas temps encore de » dire sérieusement ces choses; que cela choque i> trop les idées reçues; mais qu^ il faut' les dire » gaiement avec le voile de la plaisanterie (c). » Pour moi je trouve qu'il ne £aHit ménager aucun préjugé.

DAMILA.VILLE.

C'est bien mon avis.

(a) Ses propres paroles dans sa réponse.

(fi) Correspomdance , tom. XX , pag. 3a 3.

(c) (Voyez les Lettres de Voltaire à Hehétims*) U ne fiiut qu'un peu de droiture pour être profondément îadigné de tant de duplicité et de corrupâon.

' TOUSSAINT

Et le miea aussL

DiP£EOT«

Et dan^ une de ses lettres^ qu'on m'a communiquée, il me reproche aussi de laisser élever ma fille par ma femme ,^ qui lui donne tous les principes du christianisme {a) , qu'il appelle plaisamment le iait des/uries (b). ( On rit. )

l'abb4 horellet.

L'injustice est ici poussée jusqu'au ridicule.

TOUSSAINT

Je^ ne trouve pas cela.

^ l'abB]É RATNAL à l'abbé Mordlet

Ah! Vohaire vous scandalise?

i l'abbé M0B££L£T.

Je suis son partisan le plus zélé et son plus sincère adorateur; mais celte phrase me déplaît.

d'alembert.

Au £aiit , un mari est le maître et doit l'être ;

(a) Qu'elle a fidèlement conservés.

(b) Les msudmes de TÉvangUe , le iait des/uriesU.. Voici cet exécrable paragraphe littéralement copié : « On dit que » Diderot élève sa fille dans des principes qu il déteste : c'est » Orosmade qui livre ses enfans à Arimane. Ce péché contre » nature est horrible. Je me flatte qu'il sévr^a enfin une en- » Ant- qu'il a laissé nourrir du lait des furies. » (Correspond dance générale, lettre du 3 janvier 1767.)

et M. Diderot n'auroit pas dû abandonner entièrement à sa femme l'éducation <le sa fille.

HELVÉTIUS

Je ne pourrois le désapprouver sans me condamner moi-même ; car j'ai eu la même complaisance [a) pour une femme digne de tout mon attachement.

£h ! bien ^ c'est une foiblesse.

HELVÉTItrs.,

Vous êtes célibataire, et vous ne savez pas l'empire que peut avoir une femme, belle , sensible, sur un mari dont elle est aimée , surtout lorsque cette femme a toujours eu la conduite la plus parfaite et la plus exemplaire.

LE BARON

Oui , oui y voilà ce que des célibataires ^ tels que .Voltaire et M. d'Alembert , ne concevront jamais.

DIDEROT

Pour, vous , M. le Baron , vous devez nous excuser, puisque mâldame d'Holbach est une très-bonne chrétienne.

(a) Heureuse complaisance quiia perpétué dans ses^pe» tites filles les principes les plus purs etks plus vertueux.

LE BAROir.

Et à vous dire le vrai, je m'en trouve fort bien.

• GHIMM , en souriant.

C'est un secret de ménage qu'il ne faudroit pas divulguer; d'ailleurs la chose est si rare, les dévotes en général sont si acariâtres l....

LE BARON

Soyez trËinquille , nous serons discrets sur notre bonheur ; et nous n'eu soutiendrons pas moins que toutes les dévotes sont des épouses insupportables.

Mais, M. d'Alembert, auriez- vous par malheur fini votre lecture ?

d'alembert.

Oui , je n'ai plus rien. "

THIRIOT

Ces lettres-là sont faites pour passer à la postérité.

GRIMM

Avec un choix.

DIDEROT

M. Grimm a raison : Vohaîre s'est livré à une correspondance trop étendue jet, dans ce grand nombre de lettres, il y en a certainemeni qui ne son* pas dignes d*unc telle plume.

THIEIOT.

Toutes ont son cachet.

DIDEROT

Cachet , cachet ! voîlà ce qu'on répète toujours en parlant des écrits de Voltaire, ce qui pourvoit fort bien finir par devenir une critique au lieu d'un éloge.

DAMILAYILLS.

Je soutiens aussi que le moindre billet de lui a du sel et dii charme*

l'abbé ratnal.

Du charme n'est pas^ je crois, le mot.

DIDEROT

Je me rappelle que, pendant que j'étois en Kussie, j'ai entendu plusieurs fois l'impératrice se moquer de quelques passages des lettres de Voltaire.

GRIMM

J'en ai été témoin.

DIDEROT

Entre autres , de ce paragraphe qui ip^est resté dans la tête : a Monlprea^vous seulement à votre » armée, et je vous réponds qu'il n'y a pas ui^ » de vos soldats qui ne soit un héxçB inviocible ^ ]» que Mustapha se montre avx siens, il n'en

( 3^1 ) » fera jamais que de gros cochons comme lui («).>>

(On rit.)

THIRIOT

C'est une saillie de naturel.

UEi BAROK.

Mais quel ton, ^en parlant à une impératrice!

HELVIÉTIUS.

Et même à quelque femme que ce puisse être.

Pardonnons lui ces petits écarts, en faveur du bien incalculable qu'il a fait à la raison, dont il a véritablement établi le règne.

DIÔÏROT.

Il a couvert de ridicule les fanatiques , qui accusent si, légèrement d'impiété des auteurs qu'ils n'entendent pas. « L'impie est celui qui médit » d'un Dieu qu'il adore au fond de son cœur (i); » il ne faut pas confondre l'incrédule et l'im- » pie (c).»

[a) Letttes de VoUaire à Vimpératrice de Russie,

■{b) A<hrer e&t bien fort :- qui jamais a seulement médit

de ee qu'il aime ? ,

(c) Appeler un blasphème une médisance, est une eipre»-

%ïon philosophique qui seroit bien risible, si elle n'étoit pas si

odieuse ; car médire n'est pas mentir , c'est dire le mal qui est.

Cependant) quand on reconnoit un Dieu, on ne peut Tad-

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