‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels de trouvent rassemblés, sous leurs noms, une partie des gens de la cour et des littérateurs les plus remarquables du 18e siécleChapitre 28 sur 41 · TOUS ▲ LA FOIS · texte numérisé non relu

TOUS ▲ LA FOIS

Certainement.

THIRIOT

Ses plaisanteries sont si piquantes !

l'abbé morellet.

Et si agréablement malicieuses!

DALEMBERT

Comment n'être pas gai en écrivant k Voltaire f Voici donc cette lettre : Il faut vous rappeler la fable de La Fontaine.

LE BARON

Oui , les marrons tirés du feu.

B'ALEMBEhX. .

£tque souvent Voltaire prend le nom de Ita^ ton et moi celui de Berthmd : tout ce que je vais vous lire n'est qu'une suite et une imitation de ce badins^e ingénieux , qui remplit une partie de ses lettres. Il Ut. « Il est nécessaire que Raton » vienne au secours de Bertrand \ mais je puis 1» bien vous répoadre que Bertrand n^ nian- » géra pas les marrons tout seul , et qu'il en » laissera même la meilleure part à Raton , pour » la peine de les avoir si bien tirés (a). Bertrand » a reçu tous les sacs de marrons que Raton

(a) Correspondance, tom» XX, pag. i5i.

( 395 ) » lui a envoyés; mais, quelque plaisir qu'il ait eu j> à les manger , il n'a guère en ce moment » plus d'envie de rire que Maton : cette strau" » gurie maudite l'inquiète et l'alarme. Tous les » Bertrands aimeroient bien mieux {a)... ( Onrit) 30 que de croquer tous les marrons du monde ; » ils ont beau bénir là patte de RaZon (jb).....

(Ou rît aux éclats. )

» Bertrand ne sait pas précisément quels sont » les auteurs. des Trois siècles ; mais il est sùr^ et » même évident , en parcourant cette rapsodie, » que plus d'un polisson y a travaillé, quoi qu'en » dise le polisson qui a bien voulu barbouiller » son nom de toute l'ordure des autres. Bertrand » a entendu nommer Clément^ Palissotj Ldn- ^ guet, l'abbé Bergier, Pompignan^ le jésuite )> Grou, auteur d'une mauvaise traduction de » Platon , auquel on ajpute beaucoup d'autres » jésuites 9 sans les nommer.

» A l'égard de la lettre sur madasioiselle Rau^ » cour y il s'en faut bien que l'histoire" de la leSc- » ture soit telle que la vieille poupée (c) l'a man-

(a) On «apprime la plaisanterie la plus.bas&e ef la plus dé» goûtante.^

(b) Suppression du même |;e&re.

(c) Le maréchal de Richelieu , surnom que Voltaire et ses amis lui donnoient^ en y ajoutant de temps en ten^ps celui de ijrran du tripot^ mais dans d|es lettres de la même date^

» dé apec candeur à Raton. Ce qn'il y a de sm% » c'est que V Histoire de Vjicadémie ire sera pas » dédiée à la vieille poupée , et qu'il y sera £dl » mention d'elle comme elle le mérite (a).

» Bertrand a reçu successivement, et avec une M exactitude édifiante , tous les marrons que Ra- » ton a si délicatement tirés. Tous les Bertrands » les croquent avec délices , et répètent en les » croquant : Dieu bénisse Raton et ses pattes! » Les marmitons (J?) qui avoient enterré les mar* » rons afin de les garder pour eux , voudroient « bien étrangler Raton ; mais Ratori a tiré les » marrons si promptement , que les maîtres de u la maison disent que Raton a bien fait , et se » mocquent des marmitons, qui en seront pour » leurs marrons et pour leurs juremens (c). ( Rires

prolongés. ) ■ • •

» Allons '/'iSOUrag^ /mon cher Raton; je ne » sais si le cœur vous en dit (comme à Bertrand j » mais ce go^iâi^tid! de Bertrand sent déjà de » loin l'odetir 'des mii'tt'<3»nsqùi c^ent^ comme

adressées au même maftéchal de Richelieii , M. de Voltaire

Tappeloît tbiijoûrs'/wo/i iÂ^TtïJ. '

, (a) Correspondance y tom. XXI, pag. i67r

{b) Les philosophes dotinoièat'ce joli ânmom aux ccclé-

siasUqiies.

' . • • . . rf ■ .

(c) "Les juremens des ccclésîastiqaes!..r Quelle rage et

quelle bêtise f'

(397) >* M. Guillaume sent qv!on apprête F oie que Pw » teUn lui a promise* Cependant , tout en cro- » quant les marrons déjà tirés, et tout en en- » courageant Raton à en tirer d'autres^ Bertrand » seroit presque tenté de le gronder de ce qu'il » fait patte de velours au détestable marmiton » Mcibiade (a) , le vil et l'implacable ennemi des » marrons , des Bertrands , des Ratons et du Ra^ Tù ton même, qui ne devroit lui présenter la patte » que pour l'égratigner. Il est vrai que le mar- » miton Alcibiade a plus la rage que le pouvoir » de nuire , grâce au profond mépris dont il est » couvert parmi les marmitons mêmes; mais c'est » une raison de plus pour que Raton ne lui laisse » pas croire qu'on le craint , et encore moins » pour qu'il le flatte. Après tout , Raton sert si 0 bien les Bertrands , qu'il faut lui pardonner » quelques complaisances pour les marmitons ; » mais les Bertrands se croyent obligés d'avertir » Raton que ces complaisances sont en pure perte A pour lui et potir la cause commune. Sur ce, » Bertrand embrasse et remercie Raton de tout »j son cœur {b).

» Vos ordres seront exécutés , mon cher et il- D lustre maître ; je vous lirai à l'assemblée de

[a) Cest encore un surnom dn maréchal de Bickelieu. IJb) Correspondance, tom. XXI » pag* i6o et suir.

n dinmcEteprocham (a) ^ et je vot» Krai de mon » mieux ; je regarde ce jour comme- un jour de » bataille, où H faut tâcher de n'être pas vaincu, » comme à Crécy et à Poitiers , et où le sous- » lieutenant Bertrand secondera de ses foibles » pattes , les griffes du feld-marëehal Bâton. Ber- » trand est seulement bien fâché qu'on ait été » obligé de couper quelques-unes de ses griffes » par révérence pour les dames ; mais Fimpri- » meur les rétablira , et Ratén est prié de les » aiguiser encore. Enfin, mon cher maître, voilà » la bataille engagée et le signal donné ; il faut *> faire voir à ces tristes et insolens anglais {b) , » que nos gens de lettres savent mieux se battre » contre eux que nos soldats et nos généraux ; n malheureusement, il y a parmi ces gens de let- » très , bien des déserteurs et des faux firères , ]» mais les déserteurs seront pris et pendus. Ce » qui me fôche , c'est que la graisse de ces pen-

{a) A l'assemblée de F Académie , où il déroit lire une satire de M. de Voltaire, pleine de fausseté» contre Skakespear.

{b) Malgré ces injures grossièries, les philosophes , avant et depuis , ont tâdbé miUe fois d'élever U nation anglaise audessus de la nôtre. Us ont constamment tour-à>tour prodigué aux nations étrangères l'insulte et l'adulation ; mais ils ont avec persévérance décrié leur propre nation , et ne se font jamais démentis sur ce point»

( 399 ) n dus ne sera bonne à rien, car ils sont bien n secs et bien maigres (a).

M Je suis à la veille de fsûre une perte qui » m'est bien sensible, celle de madame Geoffirin^ » et d'autant plus sensible , que madame de la » Ferf^-Zm^ûM^, quijouela dévote, a écarté du ?» lit de sa mère tout ce qu'on appelle philosow phes {b\ Madame de la Ferté^Imbaut est ven- » due à la cabale dévote , dont elle est la sisrvante; » elle m'a écrit une lettre qui est une pièce rare j» pour l'insolence et la bêtise (c). »

J.JL BARON.

Eh ! bien j voilà tout ?

b'al£]»:bert.

C'est bien assez.

l'abbé MOREtLET.

On ne se lasse point d'entendre la raison s^égayer sous des formes si piquantes.

(a) Correspondance y tom* XXI, pag. 273.

(6) Même volume, pag. I79.

[c] (Même volume, pages 287 et suîv. } Madame de la Ferté-Imbaut ëtoit une personne célèbre dans la société , par son naturel et lés agrémens de son esprit ; mais tel ëtoit le langage des philosophes sur toutes les personnes qui ne partageoientpas leurs opinions. Telle étoit leur gaieté, leur» bons mots et le sel de leurs plaisanteries; voilà les saillies ingénieuses et de bon goût qui «nchanteat eaçoro leurs disciples et leurs partisans.

(4oo)

LE BARON

Quand nous réunirons-nous? car je n^appe&e réunion que la petite assemblée cTélus qui se

trouvent ici.

CONDORGET.

 la quinzaine 9 si vous voulez.

LE BAROir«

Soit

CONIKJRCET.

Mab point d'intrus y point de courtisans.

LE BARON

Soyez tranquille; je n'admettrai pas une personne de plus.

DIDEROT

Dans ce cas , nous discuterons à fond sur les moyens à prendre pour achever d'abattre la canaille fanatique.

HELVÉTIUS

Il faut se distribuer les brochures sous toutes

les formes , et les ouvrages plus considérables.

L^ABBÉ RATNAL.

N'oubliez pas les chansons; cela est essentiel avec des Français.

DIDEROT

Et les épigrammes.

(4oi )

Nous avons tout ce qu'il nous faut , des chansonniers , des poètes , tout l'attirail . nëcessaiiA) dans le pays des singes.

THIRIOT

Habité par les fVelsches.

DAMIL AVILLE , en se frottant les mains.

Et V Encyclopédie , servant de base à ce grand édifice....

DIDEROT

Oui y oui, tout ira bien.

:( 4oa )

NOTES

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