TOUS ▲ LA FOIS
Certainement.
THIRIOT
Ses plaisanteries sont si piquantes !
l'abbé morellet.
Et si agréablement malicieuses!
DALEMBERT
Comment n'être pas gai en écrivant k Voltaire f Voici donc cette lettre : Il faut vous rappeler la fable de La Fontaine.
LE BARON
Oui , les marrons tirés du feu.
B'ALEMBEhX. .
£tque souvent Voltaire prend le nom de Ita^ ton et moi celui de Berthmd : tout ce que je vais vous lire n'est qu'une suite et une imitation de ce badins^e ingénieux , qui remplit une partie de ses lettres. Il Ut. « Il est nécessaire que Raton » vienne au secours de Bertrand \ mais je puis 1» bien vous répoadre que Bertrand n^ nian- » géra pas les marrons tout seul , et qu'il en » laissera même la meilleure part à Raton , pour » la peine de les avoir si bien tirés (a). Bertrand » a reçu tous les sacs de marrons que Raton
(a) Correspondance, tom» XX, pag. i5i.
( 395 ) » lui a envoyés; mais, quelque plaisir qu'il ait eu j> à les manger , il n'a guère en ce moment » plus d'envie de rire que Maton : cette strau" » gurie maudite l'inquiète et l'alarme. Tous les » Bertrands aimeroient bien mieux {a)... ( Onrit) 30 que de croquer tous les marrons du monde ; » ils ont beau bénir là patte de RaZon (jb).....
(Ou rît aux éclats. )
» Bertrand ne sait pas précisément quels sont » les auteurs. des Trois siècles ; mais il est sùr^ et » même évident , en parcourant cette rapsodie, » que plus d'un polisson y a travaillé, quoi qu'en » dise le polisson qui a bien voulu barbouiller » son nom de toute l'ordure des autres. Bertrand » a entendu nommer Clément^ Palissotj Ldn- ^ guet, l'abbé Bergier, Pompignan^ le jésuite )> Grou, auteur d'une mauvaise traduction de » Platon , auquel on ajpute beaucoup d'autres » jésuites 9 sans les nommer.
» A l'égard de la lettre sur madasioiselle Rau^ » cour y il s'en faut bien que l'histoire" de la leSc- » ture soit telle que la vieille poupée (c) l'a man-
(a) On «apprime la plaisanterie la plus.bas&e ef la plus dé» goûtante.^
(b) Suppression du même |;e&re.
(c) Le maréchal de Richelieu , surnom que Voltaire et ses amis lui donnoient^ en y ajoutant de temps en ten^ps celui de ijrran du tripot^ mais dans d|es lettres de la même date^
» dé apec candeur à Raton. Ce qn'il y a de sm% » c'est que V Histoire de Vjicadémie ire sera pas » dédiée à la vieille poupée , et qu'il y sera £dl » mention d'elle comme elle le mérite (a).
» Bertrand a reçu successivement, et avec une M exactitude édifiante , tous les marrons que Ra- » ton a si délicatement tirés. Tous les Bertrands » les croquent avec délices , et répètent en les » croquant : Dieu bénisse Raton et ses pattes! » Les marmitons (J?) qui avoient enterré les mar* » rons afin de les garder pour eux , voudroient « bien étrangler Raton ; mais Ratori a tiré les » marrons si promptement , que les maîtres de u la maison disent que Raton a bien fait , et se » mocquent des marmitons, qui en seront pour » leurs marrons et pour leurs juremens (c). ( Rires
prolongés. ) ■ • •
» Allons '/'iSOUrag^ /mon cher Raton; je ne » sais si le cœur vous en dit (comme à Bertrand j » mais ce go^iâi^tid! de Bertrand sent déjà de » loin l'odetir 'des mii'tt'<3»nsqùi c^ent^ comme
adressées au même maftéchal de Richelieii , M. de Voltaire
Tappeloît tbiijoûrs'/wo/i iÂ^TtïJ. '
, (a) Correspondance y tom. XXI, pag. i67r
{b) Les philosophes dotinoièat'ce joli ânmom aux ccclé-
siasUqiies.
' . • • . . rf ■ .
(c) "Les juremens des ccclésîastiqaes!..r Quelle rage et
quelle bêtise f'
(397) >* M. Guillaume sent qv!on apprête F oie que Pw » teUn lui a promise* Cependant , tout en cro- » quant les marrons déjà tirés, et tout en en- » courageant Raton à en tirer d'autres^ Bertrand » seroit presque tenté de le gronder de ce qu'il » fait patte de velours au détestable marmiton » Mcibiade (a) , le vil et l'implacable ennemi des » marrons , des Bertrands , des Ratons et du Ra^ Tù ton même, qui ne devroit lui présenter la patte » que pour l'égratigner. Il est vrai que le mar- » miton Alcibiade a plus la rage que le pouvoir » de nuire , grâce au profond mépris dont il est » couvert parmi les marmitons mêmes; mais c'est » une raison de plus pour que Raton ne lui laisse » pas croire qu'on le craint , et encore moins » pour qu'il le flatte. Après tout , Raton sert si 0 bien les Bertrands , qu'il faut lui pardonner » quelques complaisances pour les marmitons ; » mais les Bertrands se croyent obligés d'avertir » Raton que ces complaisances sont en pure perte A pour lui et potir la cause commune. Sur ce, » Bertrand embrasse et remercie Raton de tout »j son cœur {b).
» Vos ordres seront exécutés , mon cher et il- D lustre maître ; je vous lirai à l'assemblée de
[a) Cest encore un surnom dn maréchal de Bickelieu. IJb) Correspondance, tom. XXI » pag* i6o et suir.
n dinmcEteprocham (a) ^ et je vot» Krai de mon » mieux ; je regarde ce jour comme- un jour de » bataille, où H faut tâcher de n'être pas vaincu, » comme à Crécy et à Poitiers , et où le sous- » lieutenant Bertrand secondera de ses foibles » pattes , les griffes du feld-marëehal Bâton. Ber- » trand est seulement bien fâché qu'on ait été » obligé de couper quelques-unes de ses griffes » par révérence pour les dames ; mais Fimpri- » meur les rétablira , et Ratén est prié de les » aiguiser encore. Enfin, mon cher maître, voilà » la bataille engagée et le signal donné ; il faut *> faire voir à ces tristes et insolens anglais {b) , » que nos gens de lettres savent mieux se battre » contre eux que nos soldats et nos généraux ; n malheureusement, il y a parmi ces gens de let- » très , bien des déserteurs et des faux firères , ]» mais les déserteurs seront pris et pendus. Ce » qui me fôche , c'est que la graisse de ces pen-
{a) A l'assemblée de F Académie , où il déroit lire une satire de M. de Voltaire, pleine de fausseté» contre Skakespear.
{b) Malgré ces injures grossièries, les philosophes , avant et depuis , ont tâdbé miUe fois d'élever U nation anglaise audessus de la nôtre. Us ont constamment tour-à>tour prodigué aux nations étrangères l'insulte et l'adulation ; mais ils ont avec persévérance décrié leur propre nation , et ne se font jamais démentis sur ce point»
( 399 ) n dus ne sera bonne à rien, car ils sont bien n secs et bien maigres (a).
M Je suis à la veille de fsûre une perte qui » m'est bien sensible, celle de madame Geoffirin^ » et d'autant plus sensible , que madame de la » Ferf^-Zm^ûM^, quijouela dévote, a écarté du ?» lit de sa mère tout ce qu'on appelle philosow phes {b\ Madame de la Ferté^Imbaut est ven- » due à la cabale dévote , dont elle est la sisrvante; » elle m'a écrit une lettre qui est une pièce rare j» pour l'insolence et la bêtise (c). »
J.JL BARON.
Eh ! bien j voilà tout ?
b'al£]»:bert.
C'est bien assez.
l'abbé MOREtLET.
On ne se lasse point d'entendre la raison s^égayer sous des formes si piquantes.
(a) Correspondance y tom* XXI, pag. 273.
(6) Même volume, pag. I79.
[c] (Même volume, pages 287 et suîv. } Madame de la Ferté-Imbaut ëtoit une personne célèbre dans la société , par son naturel et lés agrémens de son esprit ; mais tel ëtoit le langage des philosophes sur toutes les personnes qui ne partageoientpas leurs opinions. Telle étoit leur gaieté, leur» bons mots et le sel de leurs plaisanteries; voilà les saillies ingénieuses et de bon goût qui «nchanteat eaçoro leurs disciples et leurs partisans.
(4oo)
LE BARON
Quand nous réunirons-nous? car je n^appe&e réunion que la petite assemblée cTélus qui se
trouvent ici.
CONDORGET.
 la quinzaine 9 si vous voulez.
LE BAROir«
Soit
CONIKJRCET.
Mab point d'intrus y point de courtisans.
LE BARON
Soyez tranquille; je n'admettrai pas une personne de plus.
DIDEROT
Dans ce cas , nous discuterons à fond sur les moyens à prendre pour achever d'abattre la canaille fanatique.
HELVÉTIUS
Il faut se distribuer les brochures sous toutes
les formes , et les ouvrages plus considérables.
L^ABBÉ RATNAL.
N'oubliez pas les chansons; cela est essentiel avec des Français.
DIDEROT
Et les épigrammes.
(4oi )
Nous avons tout ce qu'il nous faut , des chansonniers , des poètes , tout l'attirail . nëcessaiiA) dans le pays des singes.
THIRIOT
Habité par les fVelsches.
DAMIL AVILLE , en se frottant les mains.
Et V Encyclopédie , servant de base à ce grand édifice....
DIDEROT
Oui y oui, tout ira bien.
:( 4oa )
NOTES