DU CHAPITRE XL
(x) Ow trouve, dans les Œuvres de d*Alembertun nombre infini de passages aussi ridicules, et, entre aatres, celuici , dans ce même Eloge de Despréaux.
« Despréaux , qui ne -vouloit pas ^ on fût tiède pour les » anciens , ne vit , dans Fami de Perrault^ que leur ennemi o déclaré ; il le traita comme le voyageur traite la cigale qu'il » rencontre parmi des sauterelles , et qu'il écrase avec elles » impitoyablement , par la seule raison qu'elle a le malheur 9 de se trouver dans une compagnie qui lui dëplait. »
Aucune relation de voyage ne parle de cette mortelle antipalbîe des voyageurs pour les sauterelles : il est possible . qu'en marchant, un vo^â^ur 'écrase des sauterelles et des cibles , mais sans les poursuivre impitoyablement, et comme on écrase des fourmis, des araignées et d'autres insectes. D'ailleurs, cet ami de Perrault, qui étoit Fontenelle, ne fut nullement écrasé par Despréaux. Les satires de ce dernier n'ont fait tort , ni à la fortune , ni à la réputation de Fontenelle. Enfin Despréaux ne haîssoit pas Fontenelle , par la seule raison qu'il avoit le malheur {le se trouver dans une compagnie qui lui déplcùsoit^; mais il le haîssoit parce que Tontenelle n'aimoit pas les anciens.
Yoici une autre comparaison, plus ridicule encore, au sujet de la pièce de Pyrrhus ( par Crébillon ) , qui fat biea reçue du public :
«Hais Taocueil fut passager, et l'ouyrage a disparu de 9 dessus la scène , comme im collatéral éloigné , intrus dans »-une succession qui ne lui appardent pas, est obligé de re- » noncer au partage qu'il prétendoit faire avec les héritiers w légitimes (a). »
Quel goût! quel style!... Dans TEloge de Bemouilli, M. d*Alembert , pour annoncer qu il ne parlera , ni de Fannée de sa naissance , ni de celle de sa mort, prend cette ingénieuse tournure : « Je laisse à des chercheurs de dates a» et à des compilateurs, le soin de le faire naître et mourir. » Je ne crois pas que Ton puisse trouver dans Voiture une. phrase plus singulièrement ridicule.
Dans FËloge de Destouches, il dit que telle pièce qui a du succès à Paris est peu goûtée en province , « parce que » Tauteur y a peint les mœurs de Paris:plus que celles de la » nation ; celles du moment plus que celles de Vannée , et le t^ jargon du jour plutôt que celui du lendemain» » Voilà une plaisante critique ! A moins d'une révélation , on ne peut peindre que .ce qui existe ; et si les mœurs doivent changer le lendemain , il faut être prophète pour pouvoir peindre cette révolution. Ces petits écarts, ce manque total de sens commun, se retrouvent continuellement dans ces Eloges. On a. dit que Thomas a^oit commencé à gât^ la langue française , par les galimathias emphatiques répandus dans ses écrits. On peut sans doute lui reprocher quelques fanx brillans , et souvent des pensées trop recherchées; m^U du moins cet auteur a plus souvent encore de la grandeur
{a) Éloge de CréhiUoiu
dans les idées. H est toujours noble ; il est qndqtiefois Su^ blime ; il n*est jamais extravagant , comme Diderot , ou puéril , comme d'Alembert : l'exagération peut être excu^sable^ \9i platitude ne sauioit Tétre. On pardonne tout, et même avec estime , à l'élévation d'âme ; mais la fausseté des sentimens , unie à la prétention et à la petitesse , ne peuvent exciter que le méprb.
(a) L'ode que Lebrun adressa à 1ML de Voltaire, avoit pour unique motif de l'engager à tirer de la misère la petite nièce du grand Corneille. Cette ode étoit noble et touchante ; elle, annonçoit un talent que Fauteur a gâté depuis, en le profanant avec indignité.
(3) Diderot , dans tous ses ouvrages , montre la même dépravation de principes. Cest lui qui , dans V Encyclopédie , a donné les extraits de la doctrine des anciens philo-- .sophes ; et toutes les idées du juste et de l'injuste , du bien et du mal , y sont bouleversées. L'éditeur y joint , par ses propres réflexions , tout ce qui peut tendre à diminuer le mépris du vice et le respect pour les idées morales. Partout il insinue ,'ou même il professe le système affreux de la fatalité. Tous ces articles sont révoltans. Il suffira de citer celui àiAristippe^ dans lequel l'éditeur trouve tout simple qu'un philosophe aime des courtisannes » et qu'il aille à la Cour pour y flatter, y dissimuler, etc. Dans ce miême article , il rapporte d'horribles maximes d'Aristippe , qa*il approuve sans restriction ; ^ntre autres^ celle-ci : que la vertu n*est à souhaiter qu'autant qu'elle est un plaisir présent eu une peine qui doit rapporter plus de plaisir; qu'il n'y a rien en soi de juste et d^ injuste , ^honnête et de déshonnéte. La fin de cet article est si infâme , qu'il est impossible de la transcrire dans cet ouvrage.
(4) A. l'occasion des déclaniations de Voltaire contre les
religieux et religienses , voici la lettre que lui écrivit la sœujr des Anges , religieuse de FAnnonciade, et sisi tafite.
« Que vous tenez mal votre parole , mon cher neveu : » vous m'aviez promis de respecter la Religion et ceux qui la » pratiquent; et vous leur faites sans cesse de nouveaux ou- » trages ! Que voulez-vous à ces reHgieuses que vous calom- » niez dans toutes vos brochures , et que vous peignez (très- 30 faussement) comme des esclaves infortunées? Vous qui » vous piquez . d'être humain , pourquoi insultez-vous au » malheur, dont vous supposez qu'elles sont les victimes ? »Si elles supportent le joug avec résignation^: on doit les » admirer ; si c'est avec impatience , il faut les plaindre et » non les outrager. Vous parlez sans cesse de faire du b^çn, » et vous ne cessez de foire du mal; nos villes sont remplies » de vieilles filles , et vous vous plaignez continuellement du )» mal que font les mpnastères. Commencez à sacrifier une » partie de votre fortune à faire établir les célibataires du » siècle , et puis vous parlerez de rehdre utiles les célibataires » de la Religion. Bfais je vous connois, mon cher neveu ; j» vous êtes bien éloigné de proposer ce projet, et de le faire «'valoir à vos dépens. H s'agit bien moins de l'intérêt de la ^X>opulation, dont vous vous souciez fort peu , .que de celui » de votre commerce fypographique , qui vous tient fort à » cœur. Il faut plaire aux gens du monde ,v et .vous cherchez » des ridicules hors du monde. A-t-on jamais vu y dans au-
V cun siècle (grâce à vos apologies du luxe), autant de coa médiens , de baladins , de farceurs , de musiciens, de par- » fiimeurs, de perruquiers , de courtisannes ^ qu'on en voîl » à présent? L'Egypte n'avoit pas autant de sauterelles. » Soyez reconnoissant au moins une fois dans votre vie , et
V convenez que^ si vous ne devez pas beaucoup aux religieuses^
» Vous Ktez de grandes obligations aux relig^ettic* Les Jéstutet )»voiis ont inspiré le goût des BéUes-Lettres et de la veitu; To et si Yons n'avez profité que de la partie la moins impor- %> tante de leurs leçons , ce n'est pas leiir farate. Comment un > anteur pourroit-il écrire l'histoire , sans le secours des re^ T» cherches pénibles et savantes des solitaires , dont vous en^ % viez tant les richesses et si peu les vertus ? Mais il y a plus: n les mains laborieuses de ces vertueux cénobites n'ont-dles ^ pas défriché ' et fertilisé les cantons les plus sternes , et ^peut-être celui qtie vous habitez? Leurs domaines ne sont- '» ils pas encore ia portion dé l'Etat la plus peuplée et la >» mieux cultivée? Leurs maisons ne ' sont--elles pas ïa rès- % source de tant' d'autres, qu'ielles soulagent du poids d'ime 31 trop nombreuse famille ? Beaucoup de familles illustres » n ont-elles pas été relevées dans leur èhuté par elles , et » soutenues dans une splendeur utile au service du Roi et » au bien' du royaume? Quand oh'a de la riùson et de lliu^ 1» manitéy'peut-'bn être jaloux des l)ien^ ecclésiastiques? Ne » sont-ils pas le patrimoine de ces commuiiâutés où la plus » pure charité s'exerce avec une vertu si héroïque ? IPTen a- » t-on pas ^doniié une partie à ces hôpitaux, où Tfadigeiicg » est secourue par un sexe délicat, qui 'sacrifie la beauté et » la jeunesse j et souvent là haute naissance , pour soulager » ce rainas dés misères 'humaines , si humîHantes pour notre » orgueil et si révoltantes pour notre dâîcatesse ?
'»Xes biens ecclésiastiques ne sôht-ils pas encore lepar- » tage dé ces collèges, 'de ces séminaires, de ces écoles ^ plus > que jamais tiécessaiïes à l'éducation de la jeunesse ? L'avan- 1» tàge de l'État, celui de la Religion, se réunissent pfourvous » inifposer silence; Voyez le bien où il est , et ne vous pi- 3> quez pas de chercher un mieux qui seroit peut-être lepire.
« Qu'il est mal adroit de se plaindre sans cesse que l^glist
» dépei^le rÉfiat ! U y .a soixante tfns que chmpié nâkon 1) religieuse ( quoique Je noinlfre :en lui plus grand khm) » comptoit au moins le double de si^jetsiplus qu'aujourd^bui ; »}e royaume n'en|iToitpftsm6i]ùpfaisdHm.niilHàndli6ntniei » qu'il n'en possède* Atouez que ûe "n'est pm ie dergé %édii^ «lier qui nuit à la population ; et vous, qui voultez qu'Oft » tolère les erreur^ monstrueuses des îdolàti^ês',^dés ïui^sî » des quakers » tolères lés vertus de ¥9» concit^efiè-; adou^ » cissez ràcreté de vos déelamations contre les rdigienr; » Tances que tous Vomissez vôtre kile contre etix, il y a » peut-être trois Dnlle solitsares vertueux qtd lèVerit dés » mains pures au €i^ pour détouriier les ûésttk prêts à foÉ^ »dre sur vous.*. Je me'joinsà ces bonnes ^àmes, ieàon ëhet )}-neveu; et cornue je m'mtèrésse toujours à la vôtre, je dois » finir par quelques avis , qui» peut-être , ne seront pas iiiû-» » tUes. - ... *
» Vous déclamez SJins cesse contre des personnes xjtte Vontâ » supposa être malbeureuses , cela n*est pas hvihain; Vous » les. injuriez > cela n'est pas noble; vons^-opposez au tableàtl 9 de leurs vertus celui des bienfaits que vous di^ répandre » sur des infortunés , cela n'est pas modeste. lie chrétien » cache le bien qu'il fait 9 le sage n!en pairie pas.U Cordez ^ » surtout, 1^ silence sut l'église .'que vous avez rëparëe ; câfr 9 il vaudroi^ lit^aucoup mien:i; ne pas déchirer le sein èè 3> l'Église nnivers$)Ue> que d'embellir des ehapielles âc Vil**, «lage* > ^ »v Je suis loilt à vous ,. ete.j etc. »
Soeur des AifOEs(^).
(«) Gette lettn ettlirée d'tm Une tutitiilé : rhltàire, Pieirtiàularités eunau€s de sa "vie eu 4e sa mort ^'pm M. Éiie Har^t-
Tous les pHâosopliisles, tous les' républicains , et les jaco- 1
bins leurs disciples v répètent successivement , et sans interruption , depuis qui|tré-Yingts ans , que toutes les religieuses sont des.imbécilles et des victinies. Qu*e& savent-ils ^ puisqu'ils n'ont jamais pénétré dans les ckitres ? Ils ont vu néan» moins que ces mc^mes , lorsqu^on leur a déclaré qu'elles pottvoient .quitter leurs cloîtres , <ont refusé d'en sortûr, et qu'il a fallu les en chasser avec violence pour les mettre en Ubtrté; et qu'enfin Les regrets d'un très-grand nombre ont été si courageux > qu'après les avoir débarrassées de 4a retraite et desigrilles , on a cru devoir aussi les affranchir de la vie. (a). Quant à l'imbécillité ^ il <$st CÀtain que les religieuses n'ayoient pas.uiie conversation brillante, et qu'elle eussent fort mal soutenu celle des gens du monde; mais pourquoi .ne seroit-il pas possible qu'une religieuse eut , comme tout autre personne , de l'esprit naturel ? On répond que leur genre de vie doit les abrutir. Il est cependant bien dégagé de. toute idée matérielle et grossière. IL sembleroit que lea vériti^les causes qui peuvent *c6rrompre le goût et gâter l'esprit , se trouveroient plàtèt dafis la di^ipàtibn hx^ vole et continuelle qui prive de toute réflétîon, dans les vices qui dégradent l'âme» Une femme qiii a ^ passé toute sa jeunesse à ne s'occuper. que 'de sa toilette/ de sa parure et du ]^:; doit-'die avoir i'esprit' plus eultivë qu'tme reii- ^giçuse? IPTest-il pas , au contraire , beaucoup f»his simple de penser que la solitude et le silence , l'exercice constant et l'habitude de toutes les vertuë , le méprit! du faste et des grandeurs humaines, l'amour de la retraite^ de la fru-
(a) C'est ce qu'on avoit déjà vn à Génère, à la prétendue réfonna* tion fiiite par^dal^in. Toutes. les religieuses lefiosèreaft de sortir de leoi* •ouTents , alors on les pernéouta . et «li^'left chassa.
galitéi de 1« pai|E e| d'ime sainte égalité, doivent natcu*dle-' ment élevet: Tâme et perfectionner la raison. On se récrie sur la profonde ignorance des religieuses ; cependant toutes les maîtresses de classes des Ursulînes et des Filles-Sainte- Marie^, sayoient parfaitement l'histoire sainte, la chronologie de l'histoire profane , la géographie et l'arithmétique ; plusieurs sayoient le latin {a). Il n'y avoit point de couvent où. il n'y eût une bibliothèque. Les gens iu monde , qui n'ont jamais étudié l'Ëcriture^ainte , savent du moins combien le style et les pensées en sont sublimes. Lés religieuses lisent, d'ailleurs, continuellement les ouvrages immortels de noà. grands orateurs chrétiens ; et l'on croit qu'une per-sonne qui ^ dans la retraite et la méditation , nourrit sans cesse son esprit par de telles lectures., a bien autant, d'idées morales et d'instruction que les- femmes qui n'ont lu que des brochures , des feuilles éphémères , et quelques discours académiques»
(5) n faut voir, dans la Correspondance , avec quels artifices,et. quelle; suite, M,> de^ Voltaire, d'Alcmbert et les autres chefs, se faboient valoir mutuellement. Il faut voir comment d'Aieâibert^ qui, dans ses écrits et sa conversation, affectèit un sft grand désintéressement ^ employoit en secret le crédit de Voltaire et de ses amis pour se faire donner des pensions par le roi de Prusise , l'impératrice de Russie , le gouvernement. français, même madame Geoffrin(6). Vol- . taire exigeoit les mêmes intrigues pour se faire élever une
(a) Entre antrçs, madame de Lamoîgnon, snpérîeare des FDles- Sainte-Marie, nne Yérîtable sainte, et l'nne des femmes les plus spiiitndles et les plus savantes que j'aie connues.
(b) De i,5oo liy. viagères; elle en avoit assuré de semblables à IlIM. Morellet et Thomas. ( Mémoires de Morellet, }
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