‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels de trouvent rassemblés, sous leurs noms, une partie des gens de la cour et des littérateurs les plus remarquables du 18e siécleChapitre 31 sur 41 · M. SUARD · texte numérisé non relu

M. SUARD

Soyez tranquille. Madame, nous savons trop ce qui vous est dû, pour entamer chez vous une querelle.

MADAME d'aITÇEVILUËRS.

c'est un égard qu'on auroit pour; quelque femme que ce pût êt^e,>et à plus forte raison pour celle* €[ui nous rassemble ici. (Oa umonce

M. de MarmoQtd. )

(a) Que faisoîent alors M. Suard et Tabbé Amault.

(b) On y dîsoit que Piccini alloît doifner VOrlandino^ et que Gluck se cUsjposoit à faire le Roland.

(4ao)

AADAME d'anGEVILLEBS à Madame Neckeir,

Avez- VOUS lu, Madame , le beau discours de M. de Noé , évêque de Lescar , pour la bénédiction des drapeaux du régiment du RoL

MADAME ITECKER,

Oui^ et je Fai même là sur ma cheminée.

GRIMM

On parle beaucoup de ce discours^ est-il beau en effet?

MADAME ITECKER.

Il m'a paru admirable.

MARMOITTEL.

Ce jugement prononcé par vous^ Madame , est déjà un grand succès.

l'abbé arkault.

Et doit inspirer la curiosité de le lire.

MARMOI7TEL.

Cependant, admirable est bien fort !

MADAME KECKER.

leren^co^ptedertapr-ionqueraireçu,.

GRIMM

Croyez-vous réellement , Madame , que l'évéque de Lescar soit un grand orateur ?

( 4ai )

MADAME TŒCKEJL.

Il en a la réputation 9 et œ discours la confirme,

GfiIMM*

Cettç réputation est un peu contestée^

MADAME ITEGKER, sonnant.

Ouï , par M. de Voltaire ; mais vous conviens drez que celui qui appelle le père Berthier une cruche et une téîe à perruque , n*est pas une autorité dans ce genre ; car certainement le mérite du père Berthier est universellement reconnu (2). Toulez-vous parcourir le discours de M. de Noé ?

MADAME d'aXCGEVILLERS.

Oui y mais tout haut.

l'abbié aritault.

Volontiers. ( U prend le discours. }

MADAME ITEGKER.

J'ai marqué les passages qui m'ont paru les plus éloquens.

l'abbé aritault.

Ils sont certainement les meilleurs ; nous nous bornerons à ceux-là.

M. SUARDU

Nous écoutons.

( 4aa )

l'àBBÉ ÀXmXVLT f lisant.

« Edifiés de votre piété (a) , autant que péné- » très de vénération pour vos verlu^ guerrières, » nous allons immoler une victime pure au Dieu » des armées , prononcer des paroles de bénédîc- » tion sur vos étendards et sur vous, et demander » au Ciel pour nous tous, ou une paix glorieuse , M ou de justes triomphes.... Soldats de Dieu , sol- » dats du Prince , guerriers et chrétiens tout en- ». semble , vous n'avez pas une seule et unique » pbligation à remplir ; vous ne devez donc pas » vous borner à une seule et unique vertu ; mais » réunir celles des deux milices , sous les ensei* » gnes desquelles vous êtes enrôlés. Ces vertus, 3> ces devoirs , loin de se croiser et de se nuire , « se prêtent un mutuel secours, et, pour leur plus » grande sûreté , doivent toujours marcher euw semble. La valeur , cette vertu si nécessaire à )) un guerrier , cette qualité brillante dont vous » avez tant de droit d'être jaloux, puisque vous -i en avez donné, tant de preuves , je viens vous » montrer que la Religion la fortifie et la perfec- » tionne ; qu'elle lui donne une base solide, un » intérêt puissant , des règles sûres ; en un mot, » qu'elle l'anime par ses motifs , qu'elle l'épuje » par son esprit et par ses maximes.... Si la Re-

(a) L'orateur parle aux troupes.

ir ligioa n'influoit eji rien sur les vertus guèiv

» rières , ou si , copime l'ont prétendu quelques

j) faux sages, elle ne pouvoit qu'affaiblir la va-

» leur^ rabaisser les. sentimens, rétrécir Fâme du

» guerrier, effrayé dé leur opposition , je ne ten-

» terois pas de rapprocher ucii?. milices incon-

» ciliables ; j'aurois fui comme prôiarie ce mé-

» lange d'armes , de prêtres et de soldats intro-

» duits dans le lieu saint , et, loin d'avoir regardé yÇp^ /; -

» comme un honneur de concourir à cette ce- /^ *lX

» rémonie, je n'aurois senti que la honte, ou de y ^V

» n'oser parler de Religion, en parlant à des ^^.rp'

» chrétiens , ou de n'oser louer la yaleiu* , en par-

« lant à des braves. Mais , grâces au Ciel , je n'ai

« pas à séparer deux professions qu'un lien sa-

» cré a réunies, ni à vous proposer une vertu ,

D dont la Religion ne seroit pas le principe et le

» terme. Oui, le Dieu de nos temples est le Dieu

» de nos armées ; il règne sur les camps comme

» sur les cloîtres , et préside à tous les états qui

» partagent la société des hommes , les animant

>i par un même principe , les -soutenant par un

» même espoir , leur assurant la même récom- ^

» pense. Eh! quoi, une Religion qui, par les

D mêmes moyens , a formé des hommes de tous

D les états, et fait voir des vertus de tou3 les

» genres , des monarques humains , des sujets

X) fidèles ,de saints législateurs, de pieux pontifefi,

9 de glorieux défenseurs de la foi, ne sanroit for- » mer de généreux défenseurs de la patrie ! Que » dis*je ! une Religion qui a élevé au-dessus de » la foiblesse de leur sexe , au-dessus de la foi- -» blesse de leur âge, des vieillards , des femmes^ M des enfans , au point de leur faire affronter les 9 suj^lices les plus cruels ; cette Religion , déy> gradant le guerrier de la noblesse de son on- 7> gine ou de sa profession , pourroit lui faire re- » douter des périls honorables , et une mort gloj> rieuse qu'il s'est fait une loi de ne pas crain- » dre , et une habitude de braver !....

» Pour juger à quel point la Religion anime » la vertu guerrière , voyons quel grand intérêt , :» quel mobile puissant , quel digne prix elle lui o> otfre. Ce prix , c'est Dieu lui-même ; Dieu qui, M maître absolu de la vie des hommes y ordonne 3> au guerrier d^exposer ses jours; Dieu qui, lui » ayant juré son appui, le soutient dans les pé- » rils , et peut le ramener vainqueur du corn- » bat où il veut qu'il s'engage; Dieu qui juge; yj et témoin de ses actions , tient en ses mains la » récompense de son courage et le châtiment de » sa lâcheté....

» Tout homme, en naissant, contracte l'obliça- » tion d'aimer sa patrie ; et , en se nourrissant » dans son sein , il ratifie l'engagement de vivre 3» et de mourir pour elle. Mais la patrie , ayant

» divers besoins , n'exige pas de tous ses en&ns y> les mêmes sacrifices : les uns versent leur n sang dans les combats ; les autres arrosent nos » campagnes de leurs sueurs ; d'autres, levant les » mains au Ciel, prient pour notre prospérité » ou pleurent sur nos crimes ; tandis que d'au- » très 9 veillant sur le dépôt des lois , maintien* » nent, parmi les citoyens, les droits de l'équité 3» et de la justice. Mais si tout-à-coup , fondant » sur nous , jun ennemi cruel ravageoit nos pos- » sessions, enlevoit ou égorgeoit nos frères, » renversoit nos temples, nos lois^ nos autels, s» et menaçoit l'État d'une subversion entière ; au » premier cri d'effroi et de douleur de la patrie » éplorée, descendant de leurs tribunaux, sus- » pendant leurs sacrifices, s'arrachant de leuts » cloîtres, accourant de leurs déserts, juges, » prêtres, cénobites, solitaires, viendroient gros- » sir la troupe des guerriers , donner l'exemple » du zèl€î et du courage, et s'ils ne savoient com- D battre , du mqins ils sauroient mourir.

» Tout homme naît donc soldat , quoique tout » soldat ne porte point les armes. Mais le jour » que la patrie, croyant avoir besoin de son » bras , appelle un citoyen à son secoiirs , ou » que ce citoyen venant s'offrir de lui-même, » elle veut bien agréer ses services , il reçoit le s caractère de ministre armé pour sa défense^

I) il devient une victime honorable , dévouée à » la sûreté publique ; et, par un engagement so- 3> lennel , il resserre ses premiers nœuds et re-

» tourne à sa destination originaire

3» En effet, quelle hardiesse pour entrepreny> dre, quelle force pour exécuter ne doit pas D inspirer le commandement d'un tel maître ( de n Dieu), et la présenee d'un tel guide! combien » l'intervention du souverain législateur doit j> ajouter à la sanction des lois de la nature , et » fortifier l'engagement pris avec la patrie ! comj> bien l'ordre du dieu des armées doit élever , » agrandir l'âme , ennoblir lés fonctions du sol- » dat , et donner d'autorité au chef qui le com«y> mande! Dès ce moment, tout change de face » aux yeux du chrétien : un dépôt qui n'étoit D que respectable devient sacré , une profession » qui n'étoit que noble devient sainte ; les signes » des combats contractent sous la main du » prêtre une vertu divine comme les instru* )) mens destinés au culte des autels , et de pro- » fane qu'eût été le guerrier , il devient un per- » sonnage religieux. Pour lui, l'abandon du dépôt )> qui lui est confié seroit un sacrilège ; la crainte » en présence de l'ennemi , un renoncement à » sa foi ; la fuite , une apostasie qu'il redoutera » plus que les périls les plus certains et que la > mort la plus cruelle.... Oui, dira quelqu'un^ la

» crainte d'iih Dieu qui poursuit le lâche dès j> cette vie et qui doit le punir si rigoureusement » dans l'autre , retiendra bien dans la mêlée , » sous le feu , au milieu dès coups , le guerrier » qui d'ailleurs n'auroit rien à se reprocher; mais » si, pécheur jusqu'alors intrépide, la crainte » réveille sa foi au moment du combat ; si , au » milieu du péril, le remords Taccuse; si sa côns- » cience le condamné, pourra-t-il soutenir la » vue du danger? Ira-t-il affroûter le trépas au » risque dé tomber en des mains qui ne font » grâce à aucun coupable , et ne fuira-t-il pas » plutôt devant l'ennemi, pour avoir le temps de » pleurer ou d'expier ses crimes ?

» Religion sainte, venez au, secours de cette » âme qui s'agite et qui s'abuse. Vous seule » avez excité , vous seule pouvez calmer ses » craintes ; vous avez ouvert t'abîme sous les pas » du pécheur, refermez-le devant les yeux du » pénitent. Dites-lui que, de tous ses crimes, le » plus grand , le plus irrémissible seroit la fuite » et le désespoir; que fuir, ne seroit pas un » moyen d'apaiser , mais un nouveau grief ca- » pable d'irriter la justice suprême ; que Dieu » préfère l'obéissance au sacrifice; et qu'affronter » la mort pour lui plaire^ c'est la marque la plus » sûre d'un cœur contrit , et l'offrande la plus » puissante sur le cœur d'un Dieu irrité. M«

M voici donc grand Dieu, dira-t-i), je sais quf, « par ma faite et par ma honte, je pourroîs » peut-être échapper au péril qui m'environne, » mais il faudroit toujours retomber entre vos > mains; quand je le pourrois, je ne voudrois j» pas m'y soustraire. Frappez, grand Dieu ! cou- 3» vert de mon sang répandu pour la patrie et j> pour mes frères , j'oserai paroitre devant vous» » Oui , Messieurs , il peut se présenter avec con- » fiance ; la parole de Dieu nous est garant » que son espérance ne sera pas confondue, » et que la grande miséricorde du Seigneur » lui est réservée. Comme il est un baptême 3> de sang , dans lequel , au défaut des eaux sa- » lutaires de la régénération , l'enfant d'Adam » est lavé de la souillure du premier père et de » la sienne propre^ et d'enfant de colère qu'il jD' étoit , devient l'enfant de Dieu , l'objet de ses » complaisances et l'héritier de son royaume,. » il est aussi une pénitence de sang, qui, au M défaut des eaux amères de la réconciliation , }> efface en un instant la tache, expie la peine >i du péché, et rend au pécheur lavé et régénéré » dans son sang, la première intégrité de son » baptême; tel est le prix inestimable que la » Religion offre au guerrier ; de manière qu'une 9 grâce qui coûtera de longues larmes au pé- » nitent, de rudes austérités au solitaire^ le

» guerrier peut la ravir par un heureux effott » dans un instant ; et que le royaume de Dieu, » qui , de tout temps , a souffert violence , peut » encore être appelé la conquête du soldat, la » prix de sa valeur, le fruit de son sang et de

» sa victoire

» Oui, vous êtes les martyrs du devoir, les » martyrs de la charité chrétienne et nationale, » les dignes rivaux des martyrs de la foi , géné- » reux martyrs de la patrie ; et j 'oser ois vous » adresser, au fort de la mêlée, les paroles que 50 Saint-Cyprien adressoit aux défenseurs de la( » foi, au milieu de leurs tourmens : C'est ici un » grand et glorieux combat , où le prix du j> vainqueur n'est pas moindre qu'une gloire » immortelle. Dieu vous voit, généreux combat- » tans, ses anges vous contemplent; quelle » gloire! quelle félicité! un Dieu pour témoin » du combat! Jésus-Christ pour juge delà vieil toire , attendant le vainqueur au bout de la

» carrière pour le couronner!

» La valeur, cette force de l'âme qui s'exerce » contre les obstacles et les périls, qui les ap- » pelle pour les combattre, et ne cherche que » la gloire d'en triompher , ressemble au glaive , » qui, tantôt instrument et tantôt vengeur du » crime , frappe indifféremment sur l'innocent *> et le coupable , selon le bras qui en dirige le&

»' coups. Guidée par la raisou et la justice, elle » fait les héros ; égarée par l'ambition , elle fait » les conquérans, les ravisseurs injustes ; pous- M sée par la vengeance , par l'avarice et par l'or- >»gueil, elle rend le général cruel, le soldat » féroce , à charge aux alliés , difficile avec ses » concitoyens , plus difficile encore avec ses » égaux ; engourdie par la niQllcsse, elle tombe >j dans. la langueur qui dégrade le guerrier, et » perd les plus florissantes armées ; enivrée par M la présomption^ qui i\e ebippte! que. les iras, » elle dégépère ?n un instinct, aveugle qui suc* » combe bientôt sous Iqs effo!*t» meaurés d'une » valeV^r fortifiée et dirigéei par l'instruction. . D Mais sitôt qile la Reli^iQia^'â^efi^p^rQ d'un A. cœur, elle détruit ou erapéchier de naître, par » son efi^rit, les. vides d'où proviejanenl: les dé- 3? sordrea fitrle^abiis;elle oppose lUï esprit d'S mo- » dération à la soif/ des. scouquét^, uri:esprit.'de y d^ ceuii à: la violencei , la feévéïtit é . des , mœurs » à la molesse , le desijr et le de^if idet ^'instruire , p hiyi^n4/x9Xioe >présomptueu^ qui: rdjette. toute » ipgtiîuçtîop; et, paît la réitnionîdec»ègies ausa n sage^que ssMpt^s , elle consef ve à la valeur son » activité, et few é^lat, çt Kread.ufae Tertu di- » ^ goe lie l'admiratian die la terreiettlu cipL- »

» • '♦ 'LE COMTB. - "^" ;• : ^ ' t..

Cçïa est beau, et très-beau! ' ^ i

MADAME d'aNGEVILIERS.

Voilà certainement un noble langage.

MADAME NECKER

Et quel poids la Religion donne à de telles leçons! Il y a souvent de V entfntnement dans la philosophie; mais il y a de la puissance dans la ■Religion. ^ ^

-MADAME d'aT^GÏ^IILÈHS.

La pui^satic^ religieuse- est à la fois calme et véhénienté^; une autorité sâtts bornes doit donnai? une sévérité majestueuse, <b| l'exaltation produit toujours Ténergie. ^

MARMpNTEL. '

Si tons fes prêtres parloient comme l'èvêqile de Lescar, ils tfé s'attireroiërit pas' tant de critiquéssibiéri fondées. ' ' '

M. SUÀRDi

C est comme si l'on disoit^ que si tous les auteiirs écrivoïent avec justesse et avec éloquence, lés journalistes rie seroient pas forcés de censurer leurs productions.

, ,^ ^yiARMONTEL, avec aigrjBur.

; ^ AinM M. SjLiard trouve que je vieyis d'exprimer une vérité triviale. , : .

Madame Necker veut-elle que je continue la Técture? * ' . : ■

MABArïKE NEGKJBB..

Oui^ certainement.

l'abbe ARKAULT, lisant.

a Comme la Religion arrête l'ambition du mo- » narque , et le détourne d'une guerre injuste , la » Religion réprime la violenoe du général et du j» soldat dans une guerre , même légitime. Vous » n'exigez pas^ Messieurs, que je vous retrace A les maux sans nombre , les uns forcés , les au- 9 très inutiles , qu'entraîne une guerre après soi : » les ravages , les incendies , les meurtres 4c sang- » froid , et toutes ces horreurs qui demandent » vengeance au Ciel quand la justice est refiisée » par les hommes : vous ai^lez mieux , sans » doute, le spectacle plus touchant d'un guer- D rier tempérant par sa douceur la rigueur d'un » ordre nécessaire, suspendant la fureur du com- » bat, pour accueillir un ennemi qui rend les a> armes, le relevant quand il est abattu, étan- 2> chant son sang et fermant ses blessures ; épar- » gnant les édifices publics , les monumens des »* arts, l'humble toit du laboureur et ses travaux; » tous ces objets qui, n'étant pas coupaibles de » la guerre, ne doivent pas en être les victimes, 3> et tel est le spectacle que donne le chrétien ly vainqueur de l'ennemi par son courage , et de » lui-même par la charité. Il sait qu'enfans du

» même Dieu, tous les hommes sont frères; que » leurs droits peuvent être suspendus, et ne » sont jamais détruits.

» Rien n'est plus connu que la force et Ta- D dresse qu'étaloient dans les jeux ces athlètes ^ M si honorés chez les Grecs , achetés à si grand 3» prix , entretenus à si grands frais chez les Ro* » mains : on sait quelle vigueur dans les com- » bats , quelle constance dans les travaux , mon* 9 Aoient les soldats des temps heurçux de Rome^ » de Sparte et d'Athènes, et par quelles dures » leçons ils s'élevoient à ce degré de force d'âme » et 4e corps aucpiel nous n^osons plus préten- » dre. Voyez , disoit saint Paul aux fidèles de Co- » rinthe qu'il vouloit prémunir contre les dan- » gers de la mollesse, voyez comment ces athlè- » tes, pour la gloire frivole dé briller à vos yeux » et de vous plaire , travaillent jsans relâche à » se rendre plus forts et plus agiles; ils endurent » la fakn , ils supportent la soif, ils con^battent » contre les! délices* et se défendent, comme » d'un poison mortel , de tout ce qui pourroit » altérer leur force et leur souplesse.

» Ces athlètes, ce& soldats, ne sont plus; nous » ne pouvons donc pas vous les proposer pour » modèles ; mais , au défaut de l'art et du régime » qui les a voient formés, au défaut des exercices

» du Champ de Mars, des lois du Cirque et du

» Gymnase, il nous reste un code sacré, qui

j> les supplée et les remplace; il nous reste les

j» maximes de l'Évangile , les préceptes de Jésus-

j> Christ, ce recueil de lois sages et saintes qui,

» prescrivant la tempérance et la frugalité, l'em-

» pire sur les sens , l'amour du travail , la fuite

» des plaisirs , préservent un guerrier de la mol-

0 lesse , qui trop souvent éteint en lui l'amour

» de la vraie gloire , et qui, plus souvent encore ,

» lui ôte les moyens de l'acquérir. Suivez ces

X» lois, guerriers magnanimes, et vous n'aurez

» plus à regretter les maîtres et les leçons qui

» avoient formé ces invincibles soldats et ces fa-

» meux athlètes : suivez ces lois , soyez chrétiens,

D et bientôt votre troupe y aussi distinguée par

» la force que pat le courage, supériewe à la fa-

» tigue et aux périls, lie redoutera, ni la dia-

» leur des plus longs jours, ni les frimats des

» plus longues nuits, nii'inflfi^nce des climats

x> les plus contrairesyni la faim, ni la soif, ni les

D travaux, que, sans la force , le plus mâle cou-

» rage^ ne sauroit soutenir; et pour mettre en

» fuite un ennemi à moitié vaincu par sa mol-

j» lesse , vous n'aurez qu'à vous montrer; comme,

» pour triompher d'un ennemi aussi robuste que

» courageux, vous n'aurez qu'à vous rendre de

» plus enplusliabiles dans là science des combats. » Suivez donc une religion sainte , guerriers vail- ^ lahi et chrétiens, une i^eiigion si favorable à 9 la valeur^ et si contraire, aux vices qui la dé- » gradent; défendez-vous des maximes perver- » ses qui gagnent tous les états et qui mena- » cent le vôtre ; attachez-vous de plus en plus » à la foi de vos pères, et n'en rougissez pas » en présence des lâches qui l'abandonnent et » des ennemis qui Fattaquent; opposez un visage » d'airain à l'audace des uns; arrêtez, par votre » fidélité, la de'fectîon des dattes ; et que vos œu- 1%-yres, répondaut à votre croyance, et votre » cpuiîage égalant vx)tre piété, leis plus «grands p détracteurs de la. loi que.vous^vez prisa pour » règk, soient. forcés de vous rendre -ce témoi- » gnage, et de dire : Ces hommes que vqu3 voy et » si recueillis dans les temples, si austères dans » leurs moeurs, si fermes dans leur foi, sont en- » core plus fidèles dans leurs promesses, plus » patiens dans les fatigues, plus intrépides dans » les combats. ' ' :'

» Voilà ies>guét!i4ek*s que la patrie avoue pour » ses défenseurs ^ que la Religion reconnoît pour » ses enfans et pour ses élèves ; et c'est alors que » la Religion et la patrie, unissant leurs voix » et leurs .pariâmes, demandent au Ciel de re- » vêtir d'une force victorieuse ces héros chré-

9 tiens , et de les ramenjer vainqueurs de tous les » périls (a). »

l'abiDÊ ARK AULT y ayant fini la lecture.

J'ai lu toutes les pages marquées ; je n'ai passé que les citations latines.

MADAME d'aNGEVILLERS.

Cest un égard dont je remercie M. l'abbé; car il ne peut être que pour moi , puisque madame Necker sait le latin ^ comme elle sait le grec, l'anglais et le français.

MADAME irCG&fiR.

Un mérite acquis seulement par la mémoire est bien inférieur aux dons heureux de l'esprit et à ]a grâce, qui vous rendent si sûre de plaûre et de charmar, dans tous les tem^ et dans tous les lieux.

GBÎMM.

Ces dames ont-elles entendu lire les Confessions de Rousseau?

MADAME irECKER.

Qui, et cette lecture m'a&îtimal; il est pénible de voir un homme de gésâe itVQuer sans nécessité dételles bassesses. ^

(a) Discours tiré d^na' volume in*^ , mlili)lé^ CSRut^res dt Mitrc-'AnÊoin^deNoé, ^èqptie.de l^esctr, édit. de i8i6»

MADAME d'anGEVïLLERS.

Surtout lorsqu'il finif par se proclamer luimême le meilleur des hommes.

l'abbé arwault.

Si cette proclamation est sincère , il faut pardonner à Fauteur sa profonde misanthropie.

LE COMTE

En effet,' celui qui a eu de mauvaises mœurs, qui a changé de religion par des vues d'intérêt, qui a été ingrat pour«tous ses bienfaiteurs, qui a volé, et mis tous ses enfans à l'hôpital, ne doit pas avoir bonne opinion de l'espèce humaine, s'il croit être le meilleur des hommes.

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