M. SUARD
Soyez tranquille. Madame, nous savons trop ce qui vous est dû, pour entamer chez vous une querelle.
MADAME d'aITÇEVILUËRS.
c'est un égard qu'on auroit pour; quelque femme que ce pût êt^e,>et à plus forte raison pour celle* €[ui nous rassemble ici. (Oa umonce
M. de MarmoQtd. )
(a) Que faisoîent alors M. Suard et Tabbé Amault.
(b) On y dîsoit que Piccini alloît doifner VOrlandino^ et que Gluck se cUsjposoit à faire le Roland.
(4ao)
AADAME d'anGEVILLEBS à Madame Neckeir,
Avez- VOUS lu, Madame , le beau discours de M. de Noé , évêque de Lescar , pour la bénédiction des drapeaux du régiment du RoL
MADAME ITECKER,
Oui^ et je Fai même là sur ma cheminée.
GRIMM
On parle beaucoup de ce discours^ est-il beau en effet?
MADAME ITECKER.
Il m'a paru admirable.
MARMOITTEL.
Ce jugement prononcé par vous^ Madame , est déjà un grand succès.
l'abbé arkault.
Et doit inspirer la curiosité de le lire.
MARMOI7TEL.
Cependant, admirable est bien fort !
MADAME KECKER.
leren^co^ptedertapr-ionqueraireçu,.
GRIMM
Croyez-vous réellement , Madame , que l'évéque de Lescar soit un grand orateur ?
( 4ai )
MADAME TŒCKEJL.
Il en a la réputation 9 et œ discours la confirme,
GfiIMM*
Cettç réputation est un peu contestée^
MADAME ITEGKER, sonnant.
Ouï , par M. de Voltaire ; mais vous conviens drez que celui qui appelle le père Berthier une cruche et une téîe à perruque , n*est pas une autorité dans ce genre ; car certainement le mérite du père Berthier est universellement reconnu (2). Toulez-vous parcourir le discours de M. de Noé ?
MADAME d'aXCGEVILLERS.
Oui y mais tout haut.
l'abbié aritault.
Volontiers. ( U prend le discours. }
MADAME ITEGKER.
J'ai marqué les passages qui m'ont paru les plus éloquens.
l'abbé aritault.
Ils sont certainement les meilleurs ; nous nous bornerons à ceux-là.
M. SUARDU
Nous écoutons.
( 4aa )
l'àBBÉ ÀXmXVLT f lisant.
« Edifiés de votre piété (a) , autant que péné- » très de vénération pour vos verlu^ guerrières, » nous allons immoler une victime pure au Dieu » des armées , prononcer des paroles de bénédîc- » tion sur vos étendards et sur vous, et demander » au Ciel pour nous tous, ou une paix glorieuse , M ou de justes triomphes.... Soldats de Dieu , sol- » dats du Prince , guerriers et chrétiens tout en- ». semble , vous n'avez pas une seule et unique » pbligation à remplir ; vous ne devez donc pas » vous borner à une seule et unique vertu ; mais » réunir celles des deux milices , sous les ensei* » gnes desquelles vous êtes enrôlés. Ces vertus, 3> ces devoirs , loin de se croiser et de se nuire , « se prêtent un mutuel secours, et, pour leur plus » grande sûreté , doivent toujours marcher euw semble. La valeur , cette vertu si nécessaire à )) un guerrier , cette qualité brillante dont vous » avez tant de droit d'être jaloux, puisque vous -i en avez donné, tant de preuves , je viens vous » montrer que la Religion la fortifie et la perfec- » tionne ; qu'elle lui donne une base solide, un » intérêt puissant , des règles sûres ; en un mot, » qu'elle l'anime par ses motifs , qu'elle l'épuje » par son esprit et par ses maximes.... Si la Re-
(a) L'orateur parle aux troupes.
ir ligioa n'influoit eji rien sur les vertus guèiv
» rières , ou si , copime l'ont prétendu quelques
j) faux sages, elle ne pouvoit qu'affaiblir la va-
» leur^ rabaisser les. sentimens, rétrécir Fâme du
» guerrier, effrayé dé leur opposition , je ne ten-
» terois pas de rapprocher ucii?. milices incon-
» ciliables ; j'aurois fui comme prôiarie ce mé-
» lange d'armes , de prêtres et de soldats intro-
» duits dans le lieu saint , et, loin d'avoir regardé yÇp^ /; -
» comme un honneur de concourir à cette ce- /^ *lX
» rémonie, je n'aurois senti que la honte, ou de y ^V
» n'oser parler de Religion, en parlant à des ^^.rp'
» chrétiens , ou de n'oser louer la yaleiu* , en par-
« lant à des braves. Mais , grâces au Ciel , je n'ai
« pas à séparer deux professions qu'un lien sa-
» cré a réunies, ni à vous proposer une vertu ,
D dont la Religion ne seroit pas le principe et le
» terme. Oui, le Dieu de nos temples est le Dieu
» de nos armées ; il règne sur les camps comme
» sur les cloîtres , et préside à tous les états qui
» partagent la société des hommes , les animant
>i par un même principe , les -soutenant par un
» même espoir , leur assurant la même récom- ^
» pense. Eh! quoi, une Religion qui, par les
D mêmes moyens , a formé des hommes de tous
D les états, et fait voir des vertus de tou3 les
» genres , des monarques humains , des sujets
X) fidèles ,de saints législateurs, de pieux pontifefi,
9 de glorieux défenseurs de la foi, ne sanroit for- » mer de généreux défenseurs de la patrie ! Que » dis*je ! une Religion qui a élevé au-dessus de » la foiblesse de leur sexe , au-dessus de la foi- -» blesse de leur âge, des vieillards , des femmes^ M des enfans , au point de leur faire affronter les 9 suj^lices les plus cruels ; cette Religion , déy> gradant le guerrier de la noblesse de son on- 7> gine ou de sa profession , pourroit lui faire re- » douter des périls honorables , et une mort gloj> rieuse qu'il s'est fait une loi de ne pas crain- » dre , et une habitude de braver !....
» Pour juger à quel point la Religion anime » la vertu guerrière , voyons quel grand intérêt , :» quel mobile puissant , quel digne prix elle lui o> otfre. Ce prix , c'est Dieu lui-même ; Dieu qui, M maître absolu de la vie des hommes y ordonne 3> au guerrier d^exposer ses jours; Dieu qui, lui » ayant juré son appui, le soutient dans les pé- » rils , et peut le ramener vainqueur du corn- » bat où il veut qu'il s'engage; Dieu qui juge; yj et témoin de ses actions , tient en ses mains la » récompense de son courage et le châtiment de » sa lâcheté....
» Tout homme, en naissant, contracte l'obliça- » tion d'aimer sa patrie ; et , en se nourrissant » dans son sein , il ratifie l'engagement de vivre 3» et de mourir pour elle. Mais la patrie , ayant
» divers besoins , n'exige pas de tous ses en&ns y> les mêmes sacrifices : les uns versent leur n sang dans les combats ; les autres arrosent nos » campagnes de leurs sueurs ; d'autres, levant les » mains au Ciel, prient pour notre prospérité » ou pleurent sur nos crimes ; tandis que d'au- » très 9 veillant sur le dépôt des lois , maintien* » nent, parmi les citoyens, les droits de l'équité 3» et de la justice. Mais si tout-à-coup , fondant » sur nous , jun ennemi cruel ravageoit nos pos- » sessions, enlevoit ou égorgeoit nos frères, » renversoit nos temples, nos lois^ nos autels, s» et menaçoit l'État d'une subversion entière ; au » premier cri d'effroi et de douleur de la patrie » éplorée, descendant de leurs tribunaux, sus- » pendant leurs sacrifices, s'arrachant de leuts » cloîtres, accourant de leurs déserts, juges, » prêtres, cénobites, solitaires, viendroient gros- » sir la troupe des guerriers , donner l'exemple » du zèl€î et du courage, et s'ils ne savoient com- D battre , du mqins ils sauroient mourir.
» Tout homme naît donc soldat , quoique tout » soldat ne porte point les armes. Mais le jour » que la patrie, croyant avoir besoin de son » bras , appelle un citoyen à son secoiirs , ou » que ce citoyen venant s'offrir de lui-même, » elle veut bien agréer ses services , il reçoit le s caractère de ministre armé pour sa défense^
I) il devient une victime honorable , dévouée à » la sûreté publique ; et, par un engagement so- 3> lennel , il resserre ses premiers nœuds et re-
» tourne à sa destination originaire
3» En effet, quelle hardiesse pour entrepreny> dre, quelle force pour exécuter ne doit pas D inspirer le commandement d'un tel maître ( de n Dieu), et la présenee d'un tel guide! combien » l'intervention du souverain législateur doit j> ajouter à la sanction des lois de la nature , et » fortifier l'engagement pris avec la patrie ! comj> bien l'ordre du dieu des armées doit élever , » agrandir l'âme , ennoblir lés fonctions du sol- » dat , et donner d'autorité au chef qui le com«y> mande! Dès ce moment, tout change de face » aux yeux du chrétien : un dépôt qui n'étoit D que respectable devient sacré , une profession » qui n'étoit que noble devient sainte ; les signes » des combats contractent sous la main du » prêtre une vertu divine comme les instru* )) mens destinés au culte des autels , et de pro- » fane qu'eût été le guerrier , il devient un per- » sonnage religieux. Pour lui, l'abandon du dépôt )> qui lui est confié seroit un sacrilège ; la crainte » en présence de l'ennemi , un renoncement à » sa foi ; la fuite , une apostasie qu'il redoutera » plus que les périls les plus certains et que la > mort la plus cruelle.... Oui, dira quelqu'un^ la
» crainte d'iih Dieu qui poursuit le lâche dès j> cette vie et qui doit le punir si rigoureusement » dans l'autre , retiendra bien dans la mêlée , » sous le feu , au milieu dès coups , le guerrier » qui d'ailleurs n'auroit rien à se reprocher; mais » si, pécheur jusqu'alors intrépide, la crainte » réveille sa foi au moment du combat ; si , au » milieu du péril, le remords Taccuse; si sa côns- » cience le condamné, pourra-t-il soutenir la » vue du danger? Ira-t-il affroûter le trépas au » risque dé tomber en des mains qui ne font » grâce à aucun coupable , et ne fuira-t-il pas » plutôt devant l'ennemi, pour avoir le temps de » pleurer ou d'expier ses crimes ?
» Religion sainte, venez au, secours de cette » âme qui s'agite et qui s'abuse. Vous seule » avez excité , vous seule pouvez calmer ses » craintes ; vous avez ouvert t'abîme sous les pas » du pécheur, refermez-le devant les yeux du » pénitent. Dites-lui que, de tous ses crimes, le » plus grand , le plus irrémissible seroit la fuite » et le désespoir; que fuir, ne seroit pas un » moyen d'apaiser , mais un nouveau grief ca- » pable d'irriter la justice suprême ; que Dieu » préfère l'obéissance au sacrifice; et qu'affronter » la mort pour lui plaire^ c'est la marque la plus » sûre d'un cœur contrit , et l'offrande la plus » puissante sur le cœur d'un Dieu irrité. M«
M voici donc grand Dieu, dira-t-i), je sais quf, « par ma faite et par ma honte, je pourroîs » peut-être échapper au péril qui m'environne, » mais il faudroit toujours retomber entre vos > mains; quand je le pourrois, je ne voudrois j» pas m'y soustraire. Frappez, grand Dieu ! cou- 3» vert de mon sang répandu pour la patrie et j> pour mes frères , j'oserai paroitre devant vous» » Oui , Messieurs , il peut se présenter avec con- » fiance ; la parole de Dieu nous est garant » que son espérance ne sera pas confondue, » et que la grande miséricorde du Seigneur » lui est réservée. Comme il est un baptême 3> de sang , dans lequel , au défaut des eaux sa- » lutaires de la régénération , l'enfant d'Adam » est lavé de la souillure du premier père et de » la sienne propre^ et d'enfant de colère qu'il jD' étoit , devient l'enfant de Dieu , l'objet de ses » complaisances et l'héritier de son royaume,. » il est aussi une pénitence de sang, qui, au M défaut des eaux amères de la réconciliation , }> efface en un instant la tache, expie la peine >i du péché, et rend au pécheur lavé et régénéré » dans son sang, la première intégrité de son » baptême; tel est le prix inestimable que la » Religion offre au guerrier ; de manière qu'une 9 grâce qui coûtera de longues larmes au pé- » nitent, de rudes austérités au solitaire^ le
» guerrier peut la ravir par un heureux effott » dans un instant ; et que le royaume de Dieu, » qui , de tout temps , a souffert violence , peut » encore être appelé la conquête du soldat, la » prix de sa valeur, le fruit de son sang et de
» sa victoire
» Oui, vous êtes les martyrs du devoir, les » martyrs de la charité chrétienne et nationale, » les dignes rivaux des martyrs de la foi , géné- » reux martyrs de la patrie ; et j 'oser ois vous » adresser, au fort de la mêlée, les paroles que 50 Saint-Cyprien adressoit aux défenseurs de la( » foi, au milieu de leurs tourmens : C'est ici un » grand et glorieux combat , où le prix du j> vainqueur n'est pas moindre qu'une gloire » immortelle. Dieu vous voit, généreux combat- » tans, ses anges vous contemplent; quelle » gloire! quelle félicité! un Dieu pour témoin » du combat! Jésus-Christ pour juge delà vieil toire , attendant le vainqueur au bout de la
» carrière pour le couronner!
» La valeur, cette force de l'âme qui s'exerce » contre les obstacles et les périls, qui les ap- » pelle pour les combattre, et ne cherche que » la gloire d'en triompher , ressemble au glaive , » qui, tantôt instrument et tantôt vengeur du » crime , frappe indifféremment sur l'innocent *> et le coupable , selon le bras qui en dirige le&
»' coups. Guidée par la raisou et la justice, elle » fait les héros ; égarée par l'ambition , elle fait » les conquérans, les ravisseurs injustes ; pous- M sée par la vengeance , par l'avarice et par l'or- >»gueil, elle rend le général cruel, le soldat » féroce , à charge aux alliés , difficile avec ses » concitoyens , plus difficile encore avec ses » égaux ; engourdie par la niQllcsse, elle tombe >j dans. la langueur qui dégrade le guerrier, et » perd les plus florissantes armées ; enivrée par M la présomption^ qui i\e ebippte! que. les iras, » elle dégépère ?n un instinct, aveugle qui suc* » combe bientôt sous Iqs effo!*t» meaurés d'une » valeV^r fortifiée et dirigéei par l'instruction. . D Mais sitôt qile la Reli^iQia^'â^efi^p^rQ d'un A. cœur, elle détruit ou erapéchier de naître, par » son efi^rit, les. vides d'où proviejanenl: les dé- 3? sordrea fitrle^abiis;elle oppose lUï esprit d'S mo- » dération à la soif/ des. scouquét^, uri:esprit.'de y d^ ceuii à: la violencei , la feévéïtit é . des , mœurs » à la molesse , le desijr et le de^if idet ^'instruire , p hiyi^n4/x9Xioe >présomptueu^ qui: rdjette. toute » ipgtiîuçtîop; et, paît la réitnionîdec»ègies ausa n sage^que ssMpt^s , elle consef ve à la valeur son » activité, et few é^lat, çt Kread.ufae Tertu di- » ^ goe lie l'admiratian die la terreiettlu cipL- »
» • '♦ 'LE COMTB. - "^" ;• : ^ ' t..
Cçïa est beau, et très-beau! ' ^ i
MADAME d'aNGEVILIERS.
Voilà certainement un noble langage.
MADAME NECKER
Et quel poids la Religion donne à de telles leçons! Il y a souvent de V entfntnement dans la philosophie; mais il y a de la puissance dans la ■Religion. ^ ^
-MADAME d'aT^GÏ^IILÈHS.
La pui^satic^ religieuse- est à la fois calme et véhénienté^; une autorité sâtts bornes doit donnai? une sévérité majestueuse, <b| l'exaltation produit toujours Ténergie. ^
MARMpNTEL. '
Si tons fes prêtres parloient comme l'èvêqile de Lescar, ils tfé s'attireroiërit pas' tant de critiquéssibiéri fondées. ' ' '
M. SUÀRDi
C est comme si l'on disoit^ que si tous les auteiirs écrivoïent avec justesse et avec éloquence, lés journalistes rie seroient pas forcés de censurer leurs productions.
, ,^ ^yiARMONTEL, avec aigrjBur.
; ^ AinM M. SjLiard trouve que je vieyis d'exprimer une vérité triviale. , : .
Madame Necker veut-elle que je continue la Técture? * ' . : ■
MABArïKE NEGKJBB..
Oui^ certainement.
l'abbe ARKAULT, lisant.
a Comme la Religion arrête l'ambition du mo- » narque , et le détourne d'une guerre injuste , la » Religion réprime la violenoe du général et du j» soldat dans une guerre , même légitime. Vous » n'exigez pas^ Messieurs, que je vous retrace A les maux sans nombre , les uns forcés , les au- 9 très inutiles , qu'entraîne une guerre après soi : » les ravages , les incendies , les meurtres 4c sang- » froid , et toutes ces horreurs qui demandent » vengeance au Ciel quand la justice est refiisée » par les hommes : vous ai^lez mieux , sans » doute, le spectacle plus touchant d'un guer- D rier tempérant par sa douceur la rigueur d'un » ordre nécessaire, suspendant la fureur du com- » bat, pour accueillir un ennemi qui rend les a> armes, le relevant quand il est abattu, étan- 2> chant son sang et fermant ses blessures ; épar- » gnant les édifices publics , les monumens des »* arts, l'humble toit du laboureur et ses travaux; » tous ces objets qui, n'étant pas coupaibles de » la guerre, ne doivent pas en être les victimes, 3> et tel est le spectacle que donne le chrétien ly vainqueur de l'ennemi par son courage , et de » lui-même par la charité. Il sait qu'enfans du
» même Dieu, tous les hommes sont frères; que » leurs droits peuvent être suspendus, et ne » sont jamais détruits.
» Rien n'est plus connu que la force et Ta- D dresse qu'étaloient dans les jeux ces athlètes ^ M si honorés chez les Grecs , achetés à si grand 3» prix , entretenus à si grands frais chez les Ro* » mains : on sait quelle vigueur dans les com- » bats , quelle constance dans les travaux , mon* 9 Aoient les soldats des temps heurçux de Rome^ » de Sparte et d'Athènes, et par quelles dures » leçons ils s'élevoient à ce degré de force d'âme » et 4e corps aucpiel nous n^osons plus préten- » dre. Voyez , disoit saint Paul aux fidèles de Co- » rinthe qu'il vouloit prémunir contre les dan- » gers de la mollesse, voyez comment ces athlè- » tes, pour la gloire frivole dé briller à vos yeux » et de vous plaire , travaillent jsans relâche à » se rendre plus forts et plus agiles; ils endurent » la fakn , ils supportent la soif, ils con^battent » contre les! délices* et se défendent, comme » d'un poison mortel , de tout ce qui pourroit » altérer leur force et leur souplesse.
» Ces athlètes, ce& soldats, ne sont plus; nous » ne pouvons donc pas vous les proposer pour » modèles ; mais , au défaut de l'art et du régime » qui les a voient formés, au défaut des exercices
» du Champ de Mars, des lois du Cirque et du
» Gymnase, il nous reste un code sacré, qui
j> les supplée et les remplace; il nous reste les
j» maximes de l'Évangile , les préceptes de Jésus-
j> Christ, ce recueil de lois sages et saintes qui,
» prescrivant la tempérance et la frugalité, l'em-
» pire sur les sens , l'amour du travail , la fuite
» des plaisirs , préservent un guerrier de la mol-
0 lesse , qui trop souvent éteint en lui l'amour
» de la vraie gloire , et qui, plus souvent encore ,
» lui ôte les moyens de l'acquérir. Suivez ces
X» lois, guerriers magnanimes, et vous n'aurez
» plus à regretter les maîtres et les leçons qui
» avoient formé ces invincibles soldats et ces fa-
» meux athlètes : suivez ces lois , soyez chrétiens,
D et bientôt votre troupe y aussi distinguée par
» la force que pat le courage, supériewe à la fa-
» tigue et aux périls, lie redoutera, ni la dia-
» leur des plus longs jours, ni les frimats des
» plus longues nuits, nii'inflfi^nce des climats
x> les plus contrairesyni la faim, ni la soif, ni les
D travaux, que, sans la force , le plus mâle cou-
» rage^ ne sauroit soutenir; et pour mettre en
» fuite un ennemi à moitié vaincu par sa mol-
j» lesse , vous n'aurez qu'à vous montrer; comme,
» pour triompher d'un ennemi aussi robuste que
» courageux, vous n'aurez qu'à vous rendre de
» plus enplusliabiles dans là science des combats. » Suivez donc une religion sainte , guerriers vail- ^ lahi et chrétiens, une i^eiigion si favorable à 9 la valeur^ et si contraire, aux vices qui la dé- » gradent; défendez-vous des maximes perver- » ses qui gagnent tous les états et qui mena- » cent le vôtre ; attachez-vous de plus en plus » à la foi de vos pères, et n'en rougissez pas » en présence des lâches qui l'abandonnent et » des ennemis qui Fattaquent; opposez un visage » d'airain à l'audace des uns; arrêtez, par votre » fidélité, la de'fectîon des dattes ; et que vos œu- 1%-yres, répondaut à votre croyance, et votre » cpuiîage égalant vx)tre piété, leis plus «grands p détracteurs de la. loi que.vous^vez prisa pour » règk, soient. forcés de vous rendre -ce témoi- » gnage, et de dire : Ces hommes que vqu3 voy et » si recueillis dans les temples, si austères dans » leurs moeurs, si fermes dans leur foi, sont en- » core plus fidèles dans leurs promesses, plus » patiens dans les fatigues, plus intrépides dans » les combats. ' ' :'
» Voilà ies>guét!i4ek*s que la patrie avoue pour » ses défenseurs ^ que la Religion reconnoît pour » ses enfans et pour ses élèves ; et c'est alors que » la Religion et la patrie, unissant leurs voix » et leurs .pariâmes, demandent au Ciel de re- » vêtir d'une force victorieuse ces héros chré-
9 tiens , et de les ramenjer vainqueurs de tous les » périls (a). »
l'abiDÊ ARK AULT y ayant fini la lecture.
J'ai lu toutes les pages marquées ; je n'ai passé que les citations latines.
MADAME d'aNGEVILLERS.
Cest un égard dont je remercie M. l'abbé; car il ne peut être que pour moi , puisque madame Necker sait le latin ^ comme elle sait le grec, l'anglais et le français.
MADAME irCG&fiR.
Un mérite acquis seulement par la mémoire est bien inférieur aux dons heureux de l'esprit et à ]a grâce, qui vous rendent si sûre de plaûre et de charmar, dans tous les tem^ et dans tous les lieux.
GBÎMM.
Ces dames ont-elles entendu lire les Confessions de Rousseau?
MADAME irECKER.
Qui, et cette lecture m'a&îtimal; il est pénible de voir un homme de gésâe itVQuer sans nécessité dételles bassesses. ^
(a) Discours tiré d^na' volume in*^ , mlili)lé^ CSRut^res dt Mitrc-'AnÊoin^deNoé, ^èqptie.de l^esctr, édit. de i8i6»
MADAME d'anGEVïLLERS.
Surtout lorsqu'il finif par se proclamer luimême le meilleur des hommes.
l'abbé arwault.
Si cette proclamation est sincère , il faut pardonner à Fauteur sa profonde misanthropie.
LE COMTE
En effet,' celui qui a eu de mauvaises mœurs, qui a changé de religion par des vues d'intérêt, qui a été ingrat pour«tous ses bienfaiteurs, qui a volé, et mis tous ses enfans à l'hôpital, ne doit pas avoir bonne opinion de l'espèce humaine, s'il croit être le meilleur des hommes.