‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels se trouvent rassemblés uneChapitre 16 sur 32 · LE B^ROK · texte numérisé non relu

LE B^ROK

Et bien, vous trouverez constamment dans notre société des avis trèsnlifférens , et jamais vous ne verrez entre nous la moindre chose qui puisse réassembler à l'aigreur et à la dispute (a).

LE MARQUIS

Je le crois bien; vous êtes tous, au fond, de la même secte , sous des noms divers ; les uns soQt sceptiques, les autres soot athées ou déistes, et tout cela revient au même. Le déiste ne s'occupe pas plus de la Divinité que s'il nioit son existence ; vous ne voulez ni les uns ni les autres qu'il y ait des prêtres, et par conséquent un culte; je vous l'ai déjà dit y pourvu qu'on ne

{a) YojeZ' Mémoires de Morellet

soit pas chrétien , vous êtes tolérans sans aucun effort.

' LE BARON

Mais cette immortalité de l'âme qui fait le fondément de votre doctrine est un dogme nouveau que les Juifs n'ont jamais connu ; il n'en est pas question dans l'Ancien-Testament

LE MARQUIS

Qui vous à dit cela ? c'est Voltaire : Malgré votre admiration pour cet auteur , vous devez être néanmoins assuré qu'il n'a jamais écrit une demipage, même étrangère au christianisme, sans mentir, et avec une impudence qui n'eut jamais d'exemple ; et quant à la Religion , il n'a jamais tracé six lignes sans faire au moins un mensonge. Il y eut parmi les Juifs une secte méprisée ( les Saducéens) qui nioit l'immortalité de l'âme , cela seul prpuveroit que la croyance contraire existoit parmi les Juifs ; mais d'ailleurs mille passages, dans les livres de Moïse, établissent la permanence des âmes et la croyance d'une vie étemelle ; entre autres les apparitions des anges , les défenses d'évoquer les morts (a) , les discours de Jacob sur la perte de Joseph (b). Dans tous

(à) Cétoit uoe des lois de Moïse qu'on enfreignit souvent»

(6) Les anciens Hébreux , dit Tauteur des Lettres de quel»

ques Juifs, appeloient le séjour des morts le Sheol^ et !•

( '97 ) les autres livres de T Ancien-Testament, Timmortalité de Tâme est aussi clairement reconnue et enseignée. Dès le commencement de la captivité des Juifs, Daniel déclare que^ de cette foule de morts qui dorment dans la poussière de la terre ^ les uns se rés^eilleront pour une vie éternelle et les autres pour un étemel opprobre.

On lit dans les Proverbes : « N'épargnez point » la correction à l'enfant , et vous délivrerez son » âme de Tenfer. » {Chap. 23,) Dans VEcclésiaste : a Dieu fera rendre compte en son jugement de » toutes les fautes, et de tout le bien et le mal » qu'on aura fait » (Chap. la et dernier.)

Dan^ la Sagesse : « Si les justes ont souffert des » tourmens devant les hommes , leur espérance » est pleine de l'immortalité qui leur est pro- » mise. M ( Chap. 3. )

Job frappé de la main du Seigneur s'écrioit : tt Je sais que mon Rédempteur est vivant ; que » jeressusciterai de la terre au dernier jour; que » je serai encore revêtu de cette peau ; que je » verrai mon Dieu dans ma chair , et que je le » comtemplerai de mes yeux. »

lombean le Kaber. Cette seule distinction montre éyidemment qu'ils croyoient à l'immortalité de Tàme. Voyez sur ée sujet l'instructive et courte- dissertation qui se trouve dans le second volume des Lettres de quelques Juifs.

On retroave ce même dogme aussi formellement énoncé et très-souvent dans les Pseaumes de David , qui sont entre les mains de tout le monde (a). Entre autres dans les passages suivans ; David parlant au Seigneur dit : « ^Qui est » celui qui vous louera dans l'Enfer. » Ps. 6. « Que » les pêcheurs soient précipités dans l'Enfer et » toutes les nattions qui oublient Dieu. » Ps. 9. <c Celui qui aime l'iniquité hait son âme. » Ps. 10.

Après avoir dépeint les vertus du juste, le prophète ajoute : «Quiconque pratique ces choses, » ne sera point ébranlé dans toute l'éternité, iî Ps. ï4.

ce Seigneur vous ne laisserez point mon âme » dans l'Enfer. » Ps. 1 5.

« Le Seigneur rachètera les âmes de ses ser- » viteurs. » Ps. 33.

« Le Seigneur connoît les jours de ceux qui » vivent sans tache, et l'héritage qu'ils possède - M ront sera éternel. » Ps. 36.

(à) Tai déjà cité dans plusieurs ouyrages ce beau passage : « Où fuirai-je , Seigneur, pour me dérober à votre colère ? Iraije au Ciel ? vous y régnez. Descendrai-je aux Enfers? vous j étendez votre main vengeresse, etc.» Ge beau passage est imité dans la Phèàre de Racine :

^ Où fuir? oà mu cacher? Dans la .unit in&iiuile? etc. »

Dans le Psaume 48 , le prophète prédit que les pécheurs seront placés dans F Enfer.

ce O Dieu, qui êtes le Dieu de mon cœur et » mon partage pour toute rétemité. » P^. 72 , etc. , etc.

LE BARON

J'admire votre mémoire.

LE MARQUIS

Il est bon d'en avoir avec les iauteurs que vous citez, puisqu'ils ne disent pas un mot de vrai.

LE BARON

Je vous avoue que tout ce déchaînement contre les philosophes me déplaît beaucoup.

LE MARQUIS

On ne se déchaîne pourtant pas contre Socrate, Platon, Epictète , et tous les fameux philosophes de l'antiquité. On relève un grand nombre d'erreurs qui déparent leurs ouvrages ( car nulle morale n'a été parfaite avant celle de l'Évangile ) i mais on admire ce qu'ils ont de bon , et on les cite sans cesse avec éloge. On ne se déchainemème pas contre les philosophes modernes qui ont gardé quelques mesures , on ne les réfute qu'avec le ton de l'estime.. i.

LE BARON

Depuis long-temps on atout dit sur la Religion.

( 200 ) LE MARQUIS

On n'a rien écouté , il faut redire ; d'ailleurs la vérité est comme la nature , elle est inépuisable.

Je conviens qu'il peut se trouver quelques mauvaises choses dans les livres des philosophes ; il faut les laisser et s'attacher seulement à ce qu'il y a de raisonnable, /

LE MARQUIS

Proposez-vous ce triage aux jeunes gens qui ont des passions impétueuses? Espérez>-vous qu'ils mépriseront ce qui favorise, ce qui autorise tous leurs penchans? D'ailleurs, quand on écrit que les ouvrages que vous aimez sont dangereux, vous prétendez qu'on les déchire; quand on relève les torts, les bévues, et qu'on se moque justement des sophismes pernicieux de certains auteurs, vousap* pelez cela des méchancetés , des calomnies ; quoique cependant les gens religieux ne se permettent ni personnalités , ni injures grossières. Quels cris ne jetteriez^vous pas, si l'un d'eux, en pap^ , lant au |)hilosophe le moins célèbre s'avisoit d^ . lui dire: Fous êtes une cruche, une tête àper- 1 ruque (a), et s'il appeloit tous ses ennemis des

(a) M. de Voltaire au Père Berthier, excellent ëcrÎTain , gnssi sayant qu^ingénieux et spirituel.

( aoi ) polissons y des marauds y de la canaille j delà 'vermine , des sots y des coquins , des faquins^ des gadouards (a), des bélîtres ^ des cuistres ^ des monstres y etc. ? ne sont-ce pas là de jolies épigrammes ; tel est pourtant le ton de Voltaire, de d'Alembert et de leurs amis. Quoi donc, les opinions littéraires ne sont-elles pas libres? Chacun , sans aucune méchanceté peut juger à son gré lés ouvrages imprimés des auteurs morts ou vivans. Quand lé critique paroîtroit trop rigoureux, personne, pour cette seule raison, n'auroit le droit d'attaquer son caractère , pourvu qu'on ne pût lui reprocher de fausses citations. Répondez aux critiques littéraires, si vous ne les approuvez pas , vous en êtes bien le maître ; mais songez que des sarcasmes insolens, sans esprit, et des invectives de la halle, ne sont ni des raisons, lii de bonnes plaisanteries.

LE BAROXr.

Convenez que nous n'aurons jamais la paii^ que lorsque les gens religieux cesseront de déclamer contre les philosophes.

L£ MARQUIS

Déclamer i voilà encore une de vos expres-

{a) Gadouards est le noble nom que, dans ses lettres , M. de Voltaire 'donnoit aux écnvains qui csoient critiquer les plus inûmes articles de VEnt^chpédie,

sions. Répondre aux plus indécentes attaques y réfuter les mensonges les plus effrontés et les plus odieux, c'est ce que vous appelez déclamer.

LE BAROW.

Puisque vous savez par cœiir l'Ancien et le Nouveau-Testament, vous allez sans doute me prouver que les lois militaires des Juifs étoient remplies d'humanité ?

LE MARQTJIS.

Oui, je vous prouverai, la Bible à la main, ce que vous me proposez ironiquement; et si on lisoit avec attention ce livre divin, on n'auroit nul besoin des ouvrages qui réfutent ceux des philosophes modernes. Il est vrai, on trouve dans l'histoire du peuple de Dieu des traits particuliers de cruauté. Quelle est l'histoire qui n'en offre pas {a) ? On voit aussi dans les livres sa-

{a) M. de Voltaire n'a jamais cité des livres sacrés que les traits de ce genre, et toujours en y joignant des circonstances aggravantes de sa propre invention. Très-souvent même il invente, et le fait, et les détails. Il a caloihnié de la manière la plus grossière tous les grands hommes de cette nation, et tous les prophètes , sans jamais citer un trait à leur avantage. Un seul exemple peut donner une idée de l'excès de sa partialité. Quelles impiétés n'a- 1- il pas dites au sujet d'Elisée, ce prophète si bienfaisant ! Cependant c'est ce même prophète qui , à l'exemple d'Elie , son maître, fît un miracle en faveur d'une pauvre femme près de périr de misère. Ce iiit

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( ao3 )

erés , que des nations impies ont été exterminées par les ordres du Seigneur. Mais Dieu n'at-il pas le droit de juger et de punir les créatures qu'il a formées? Afin de rendre odieuse l'ancienne loi , les détracteurs de la Religion ont affecté de confondre deux choses très-différentes , les ordres particuliers que Dieu donnoit lui-même (dans ces temps où il daignoit se manifester par des prodiges éclatans ) , et les lois générales qu'il prescrivoit ; et c'est d'après ces lois seules, d'après ces préceptes invariables , qu'on doit juger la Religion. Les lois sont sages, douces, bienfaisantes , les préceptes admirables , les dogmes sublimes ; voilà des vérités incontestables. Cette Religion mérite donc le respect et la vénération des incrédules mêmes, quand ils seront exempts de partialité. C'est un grand triomphe pour la Religion qu'on n'ait jamais pu

lui qui multiplia des pains pour la nourriture d'un grand nombre de personnes; ce fut lui qui obtint, par ses prières, on fils à la Snnamite dont il avoit reçu l'hospitalité ; et qui quelque temps après ressuscita cet enfant Ce fut lui qui rendit saines les eaux de Jéricho; qui guérit de la lèpre un général ennemi et qui refusa tous ses présens; ce fut lui qui ayant en son pouvoir Tarmée des Syriens , une armée ennemie , non-seulement ne voulut pas que Ton tuât un seul de ses ennemis . mais leur fit servir un festin , n'en retint aucun prisonnier et les renvoya tous k leur maitre , etc.

l'attaquer qu'en la calomniant. On ne citera pas un seul de ses détracteurs, qui n'ait eu recours à ces indignes moyens. Et quoi! préten-' dus sages , qui voulez , dites -vous , m'éclairer, montrez-moi du moins quelque apparence d impartialité ; convenez qu'il y a de belles choses dans cette législation que vous critiquez ; ayez l'air d'admirer quelques-uns de ses préceptes ; mêlez adroitement l'éloge à la calomnie; cet air de candeur sédtâroit pei^t-étre. Mais non , vous montrez un acharnement inconcevable, vous dénaturez tout, vous condamnez tout, et je ne vois dans vos déclamations que des mensonges grossiers e^ un emportement furieux. Vous pensez donc que vos lecteurs vous croiront sans aucun examen? Vous êtes donc persuadés qu'ils n'ont jamais lu les livres sacrés, et qu'ils ne liront de leur vie la réfutation de vos pernicieux ouvrages ? Vous avez compté sur leur ignorance et leur crédulité, sur le pouvoir des passions que vous favorisez !... Hélas ! vons pourrez recueillir un moment le funeste fruit de ces odieux calculs ; mais vous ne détruirez point l'empire étemel de la vérité', et vous laisserez après vous des noms souillés ei des réputation» flétries.

LE BABON.

Vous parlez avec une chaleur et une volubi*

( ao5 )

lité, qui ne me 'permettent pas de suivre le fil de vos raisonnemens.

LE MARQUIS

Ce qui vous dispense d'y répondre.

LE BARON

Dites-moi , avez-vous lu le petit livre que jç vous ai prêté ? le Système de la Nature (a).

LE MARQUIS

Oui , et puisque vous aimez cet ouvrage , vous m'avez ménagé en me disant que vous étiez sceptique.

LE BARON riant.

Gomment?

LE MARQUIS

Un partisan de ce système est certainement un athée.

LE BARON

Ce livre a eu un succès prodigieu?:; il est en effet rempli d'esprit et de talent.

LE MARQUIS

Quoi! vous ai^ez le front de trouver cela beau]..

(a) Sans nom d'auteur ; mais ce méprisable ouvrage étoil du baron d'Holbach. Ce qui n'a été su , avec certitude, qu'a^* piés sa mort. (Voyez Mémoires de^ Vahbé More Ue t. y

LE BAROir.

Je ne suis en cela que l'écho du public.

LE MARQUIS

Quel public ?

LE BARON

La grande majorité des Français. Tenez, mon ami , les cagots auront beau faire, ils ne persuaderont jamais aux penseurs que la nature ne soit pas le meilleur de tous les guides, et que Ton puisse raisonnablement croire au péché originel , à la révélation, aux peines étemelles; enfin , c^est dans notre propre cœur que nous devons chercher et trouver la vérité.

LE MARQUIS

Cette dernière phrase me plaît.

LE BARON

Ah! vous devenez traitable.

LE MARQUIS

Oui, je pense qu'il doit y avoir de l'accord entre les principaux penchans de l'homme et sa destination.

LE BARON

Donc nos passions ne doivent point être ré* primées?

LE MARQUIS

Je conclus tout différemment.

LE BARON

Cela est curieux.

LE MARQUI&.

« Si l'homme pouybit trouver le bonheur en » s'attachant passionnément à des êtres périssa- » blés , et si ses plus fortes affections veuoient » de sou amour-propre, je nereconnoîtrois plus » sa destination immortelle et céleste ; mais je M vois que les passions violentes ne produisent » jamais le bonheur. Je vois que les sentimens » les plus vrais et les plus vifs sont désintéressés, » tels que la pitié , Tamour maternel; je vois que » les émotions les plus ravissantes sont causées » par le sentiment qu'on éprouve , et non par » celui qu'on inspire ; je vois qu'un des plus » doux sentimens du cœur humain est l'admi- » ration (quoiqu'un de vos philosophes ait gros- » sièrement nié cette vérité ) {a) ; on se lasse » d'être admiré; qui le seroit long-temps de » suite , universellement et sans contradiction » ( si cela étoit possible) , n'en sentiroit plus le » charme , et finiroit par trouver insipides , les » Jbommages et la louange. Ne voit-on pas les

(a) Diderot Encjrclop., mot Passions.

» rois se blaser sur la -flatterie , alors même » qu'ils n'en connoissent ni l'exagération j ni la » fausseté? Si la folle ivresse de l'orgueil pou- » voit être durable , verroit-on l'ennui s'insinuer » et se fixer si souvent sous la pourpre et sur le >3 ti(?ae?

M Mais quand nulle jalousie ne combat nos » mouvemens naturels , nous ne nous lassons » point du plaisir d'admirer ce qui est ou ce qui » nous paroît sublime. C'est ce sentiment qui » fait aimer le merveilleux et qui porte à y croire; » on voudroit créer des prodiges, afin d'admirer » sans mesure. Le cœur de l'homme a besoin de » croire quelque chose qu'il ne puisse compren- » dre , c'est l'infini de l'admiration ; cet humble » instinct l'avertit que ce besoin vague et sublime » de la reconnoissance, sera satisfait dans l'éter- » nité ; il est dans cette vie la preuve et le dé- » dommagement de l'insuffisance de nos lu- M mières. C'est parce que nous devons adorer » l'Etre incompréhensible par sa grandeur, sa ** puissance et ses perfections; c'est parce qu'il » nous réserve des secrets impénétrables pour » nous, tant que nous serons enchaînés dans un » corps mortel; c'est parce que des mystères » merveilleux nous seront dévoilés , que nous » avons un goût si naturel pour les prodiges. » L'orgueil nous dit : li' admets que ce que tu

( î^P9 ) » conçois^ un charme secret, plus puissant que » Tamour^propre , nous attache avec une force » irrésistible à ce qui nous paroît surnaiiu*el ; » il est bien remarquable que l'homme , cette » créature si vaine, qui s'enorgueillit tant de son » intelligence , puisse trouver un tel attrait à » voir sa raison confondue ; c'est un ayeu de sa » misère actuelle et de son ignorance, et un bom- » mage qu'il rend, malgré lui^ à l'auteur de toutes » choses, à celui qui seul possède la science.

» Je ne vois point d'égoïsme. dans le cœur » humain qui n'est point perverti; tous ses >i premiers mouvemens ^sont sublimes ; on se » jette dans l'eau , dans )é feu , pour secourir un » inconnu; on supporte souvent sans beayicoup » d'efforts des jnaux dont le . spectacle dans les » autres seroit déchirant. Qui n'a pas dans sa vie » éprouvé plus d'attendrissemem; pour le3 peines » d'autrui que pour les siennes? Là pitié, l'amitié, » l'amour maternel ont fait répandre mille fou » plus de larmes que les douleurs personnelles; » souffrir seul, c'est peu souffrir,, le cœur n'est n véritablement brisé que par contre coup. Â, ce » besoin d'admirer , dont nous, venons de parler, » rlïomme joint une insatiable (;uriosité ; cepen- » dant , ni l'intelligence , ni 1^ mémoire ne peu- » vent y suffire ; il youdroit tput savoir, et il ne » peut rien approfondir. Cette ardente curiosité,

( ^ÏO )

^> toujours déçue dans cette vie, n'est en lui « qu^iin pressentiment et ne sert qu'à lui proti- M Ver qu'il existe de grands secrets dont la ré- » vélàtioii pourra faire un jour sa gloire et sa » félicité.

» Enfin ^ rincbnstaince si naturelle au cœur » humain est justifiée par la destination de » rhominè. Une âme immortelle n'est pas faite » pfour s'attacher à des objets périssables.

» Si'tel est le cœur humain, pourquoi a-t-il été » créé avec cette sensibilité prôfoildë , quand » rien ne petit la fixer et la satisfaire, et quaiid » elle ne peut que le rendre infortuné , s'il atta^ » che à ^tte vie ses pluâ èhères affections ? »» Pourquoi à-t-il ce besoin si vif d'admirer, » qùaiid rien sur là terre (à i'é^Ceptioti des ou- » vragëd dit Gr^âtèlii:' ), ne liiérite une àdthiration » vive. et C5ti$i;ahtè? Piitn-qùbi V6«idîrOit-il tout » i^oir , qtlànd il iie petit tièii c6triprèiidre par- « faitemeiit?.. Qti!est-èe que cet être, dont lès » penchans naturels et les {iliis nobles ihcliria- » tiohs soiit en contradiction àvlec sà destiîiàtion » àppàtehte ?.... Màià lotit s'î&ipliquè , lorsqu'on » croit dpie le eréàtêur l'a forriié pour îtii, et que » Dieu, modèle iiniqii&de pëi'fècticitl, est âtlssi'la » seule sbtirbe dii irt'aiibohhètih Alors, l'honiine, » en à'ëlevaiii jusqu'à l'àttMéiir de soh êlfre , re- » prendra sa dignité jpriihîtive; il pourra rem-

( ^tl )

» ji&r sa destination et satisfaire tous ses senti- » 2Dens ; coànoUre.^ comprendre ^.se^fixer^ aimer » et admirer sans mesure {a).

» Formé ^ s'il sait la mériter ^pbikr une gloire » itnmorteUè , rhcohme doit être ambitieux; n'é- » tant point à sa place, il doit toujours eu de- » sirer xBoe plus ^vée ; et <piand il n'ctot pa» » éclairé par lailéiigion^il doit rechérehorainee » ardeur la gloire homainie ^ pitiftcpiiil t^id na« ^» turelieméut ^ la grandeur; inais cette glôira M trompeuse ne lui suffira jainiais, sbs désirs croî-> » tront toujours^ cm le veiira toojjaiifcs insatia- » ble, paixse qu'il n'aura jamais (O^éivii ce ^t » peut remplir et satisfaire une âme itnmorteUè. » Ce ne seroit rien pour lui de conquérir le » monde , s'il u-y joignoit, l!i4ée ,4'étemiser son » nom , il lui |skut un avenir pli^ étendu ijue son » existence. Jouiroit-il d'avance d'une gloîre qui »> doit lui survivre , s'il ne sentoit pas qu'il doit » lui-même survivre à ce passage rapide, à cet » «xil d'un moment? Pourquoi faut-Ù qu'un si » noble sentiment soit si^ ^quv^nt mal dirigé! M Quelle petitesse dans l'homme mondain , si on » compare son ambition à celle de l'homme re- » ligieux! L^un se consume pour obtenir, quoi? » des biens frivoles , qui ne li^i. seront que

(a) Étude du Cœur ktmain, f^. ii5>«l «oiy.

• prêtés , et pour un teiiops si couril L'autre 9 dédaigne tout ce qui n'est pas. la grandeur Vf suprême y tout ce qui n'est pas étemel ; c'est le » Ciel auquel il aspire , c'est Dieu qu'il veut pos- » séderl.... Hélas! il sembleroit que la sensibilité » dut suffire pour réprimer l'ambition humaine ! » Peut-on inspirer l'admiration ^.peut-on obtenir B de grands. succès, sans exciter l'envie!.... La » gloire coûte souvent si.cher !.... Plaignons l'am- » bitieux..^. Il vient d'obtenir des triomphes,

» mais il vient peut-être de perdre un ami !

» Des indifférens l'admirent , l'applaudissenU » Ah! qu'importe^ si son^ami l'envie en se- » cret (a); !'...., M

VE BAHOJr.

Avec t;es merveilleux pénchans que voua ti^ouvee dans le tx)eùr de l'homme , que faitesvous dû bed^' o/î)?^^/?

LE MARQUIS

Ce dogme s'accorde parfaitement avec ces pénchans <}u^uné malin divine imprima dans nos' âmes. Gommé le dit Pascal , si nous suivons nos moùvemens , si hôiis nous observons nous-;nênies, nous trouverons en nous lés caractères vivans de deux natures , Tune bonne et l'autre mauvaise. Cette duplicité de l'homme est si vi-

{dj Étude du Cœur humain^ pag; 35.

( »'-3 ) sible qu'il y en a qui ont pensé que nous avons deux âmes y car n'est-il pas plus clair que le jour que nous sentons en nousrmé^ies des caractères inefÊtçables d'excellence ; et n'est^il pas ^ussi véritable que nous éprottvon;^ à toute heure les effets déplorables de notre ccmdition?. Que nous crient donc ce chao$ et cette confusion monstrueuse? Sinon la vérité des deux états , avec une voix si puissante qp'il est impossible d'y résister. Et pour vous citer une autorité qui doit vous plaire davantage y Platon nous dit : <c qu'en se » contemplant lui-même y il ne sait s'il voit un » monstre plus double , plus mauvais que Ty- » phon , ou bien plutôt un être moral, doux et » bienfaisant qui participe de la nature divine. » Il ajoute que l'homme, ainsi tiraillé en sens contraire, né peut faire le bien et vivre heureux, « sans réduire en servitude cette puissance de » rame où réside le mal , et sans remettre en U- » berté ceUe qui est le séjour et Vorgane de la » vertu (a). »

Ainsi donc nos heureux penchans ne sont plus pour nous , sans la Religion , qu'un instinct qui peut produire quelques belles actions , de premier mouvement , mais qui n'ont point d'influence sur le cours uniforme de la< vie.

(a) Soirées de Saint^PétersboUrg4

Je lie f^uis croire que ce que je conçois facilement. Pourquoi Dieu exigeroit-il le sacrifice de la raison qu'il Éû'a donnée? Si la Religion n*est point une inrention humaine , ne doit-elle pas avoir des caractères frappans qui puissent faire connottre latérite'; et enfin , si ces preuves existoient , et qull me fat impossible d-cn comjirendre k force , Dieu poùrroit-il me puiiir , parce que je manqueroisde pénétration et d*intéHigence ? '

liB MARQUIS.

H est bien facSe de tépoodve à ce^ questions. L'ignorant, l'incrédule et le savant sont également forcés de croire à la véalité d'une multitude de choses que respiitlbian^iu ne concevra jamais. Dieu n'exige .donc, point le sacrifice de notre raison, quand il nous ordonne de reccmnoitre qu'elle ne peut, ni le juger, ni le comprendre , puisque, sur les objets les moins importans , nous sentons tous les jours combien notre antéUîgence est bornée. La Religion atous les caractères de véiité qui peuveirt oonvaindre un homme sincère et raisoilnatble. Ces preuves existent; eUes sont solides et frappantes; sans étendue d'esprit et sans pénétration, on en conçoit aisément toute la force. U ne £iiit, pour être

( ai5 ) ,

chrétien , que de la droiture et Tamour de la vérité. Dieu voit sfius ipdigpation l'ignorance et la sottise, il ne punit que Torgueil et la mauvaise foi, surtout lorsque ces vices sont réunis aux lumières naturelles et fiux talens. Quiconque aura fait quelqu'^ude dgs livres saints , ne pouira conserver des doigtes sur la cçrti^^de ^ la rjévélation (i); cette connc^ssance doit nous suffîre , c'est la seule qui noqs spit iitile. Assurés de la vérité delatleUgion, que nous infiporte de n'en pouvoir comprendre leis mystères? L'ipc^édule voudroit que les vérités évan^éliques fussent géométriçuentent démontrées. Si tel étoit l^ur degré d'évidence, la m>erté donnée à l'hcm^ne ne açjroit plus qu'une chin:rère; n'ayant plus la possibilité de s's^veugl^r, il fproit s4ns mérite fout ce que la foi ^t in^irer à ceux qu'elle sanctifie. Dieu, en créant l'hoipimeUbre,adup4r ui^e conséquence /i^cessaire , lui laisser la faculté de pénétri^r ou de repousser la v^ité, de se.coiTQmpre par ^e fpiux c^^ilculs ou de résister anx illusions. C'est cette Jib^çirté, qui donne à la vertu des droits ^^x récompensais, et qui fait .que le vice , çt souvent men^e ,1'çrrenr , doivent être, punis. L'u^ipiç, qni ne méprise la .Religion qne pîirçe qu'jil ne la connoU p^Sf çst aussi coupable qu'insensé ;il sait, à n'w pouvoir douter, que, dans tous les temps, des hommes d'un génie

supérieur et d'une érudition profonde, ont été convaincus de la vérité de la Religion. Il ne sauroit donc imaginer que de tels hommes se soient laissés éblouir par des preuves frivoles ou des raisonnemens méprisables. Une chose de cette importance vaut bien la peine d'être examinée ; et rester à cet égard dans une ignorance volontaire , en prenant le parti de Pincrédulité. , c'est le comble de la stupidité ou de la dépravation. Ainsi, l'homme peut encore, quoique déchu de sa grandeur primitive , sentir tout le prix de la vertu ; et , par la force de sa raison et de ses lumières, se décider pour elle et ttiompher des passions qui l'en éloignent. Mais , dans tout ce qui concerne directement son salut, sa liberté ne lui suffit pas , il a besoin du secours de la grâce. Il ne faudroit qu'un esprit juste et un amour-propre bien entendu^ pour être ce que le monde appelle un homme de bien , tandis que les saints et les élus ont besoin d'une vertu surnaturelle. Si rhomine n'a pas en lui cette vertu , il peut avoir le mérite de la désirer , de la demander ; et alors, si sa vie est pure, si ses prières sont ardentes , elle lui sera accordée. Dieu ne refuse point sa grâce à ceux qui éprouvent un vrai désir de l'obtenir, et souvent il la répand dans les cœurs qui paroissent le moins susceptible^ de la recevoir.

LE BAROir.

Tout cela est fort bien , mais vous en convenez vous-même, la foi est un don du Ciel ; on ne peut pas se la donner , la foi ne se commande pas.

LE MARQUIS

Cet argument n'est pas neuf pour moi; mais à cela je vous répondrai cfe que la Religion répète constamment aux incrédules : renoncez à vos* mauvaises habitudes , à vos liaisons coupables, portez vos doutes aux. pieds d'un prêtre , conduisez-vous et vivez comme il vous le prescrira, ne faites que de bonùes et utiles lectures, et soyez très-persuadé que la foi vous sera donnée.

, LE BAROir.

Ce ne sont là que des conjectures.

LE MARQUIS

Ce sont des vérités dont nous voyons tous les jours des preuves incontestables. Comment pburriez-vous croire des vérités qui combattent, qui réprouvent tous^vos penchans, toutes vos passions et votre genre de vie? Vous, qui ne trouvez de charmes que dans les entretiens lek plus corrupteurs ; vous qui n'avez lu que les ouvrages de Voltaire et ceux de ses complices et de ses disciples; vous^ dont l'imagitiation est

( ai8 ) souillée par tant d'extravagances, d'erreurs et de mensonges. Oh! qu'il est af&euxde profaner cette noble faculté, qui étend jusqu'à l'infini les limites bornées de notre existence!.. « C'est par l'imagi- 7> nation que nous pouvons nous figurer ce que » nous n'avons jamais vu , et nous retracer ce » que nous ne voyons plus. L'imagination peut » même nous créer des objets qui n'existent pas, j> et, par un prodige plus heure:ux, elle adoucit D les peines de l'absence en nom offrant la parp faite image de l'ami regretté , dont les vastes 1» mers nous séparent ; elle ne nous le peint pas » seulement tel que la mémoire nous le retrace, » elle nous le montre tel qu'il doit être, suivant » les diverses situations pu l'on p^ut le sup- » poser ; et si c'est ui^e mère à laquelle le sort » ait ravi son fils encore enfant, elle le voit » croître , grandir , arriver à l'adolescence et aux x> jours brillans du bel âge; l'imagination lui » faiit perdre le souvenir du p^s^é pou^ laJ^ire » jouir du présent; qe p'^st.plus ^n ei^fant que » cette teiidre mère s'at^çbe k contempler, » c'est le jeune homme 4e plius accompli, et, ce D jeûna bonune peut-}êtreest4etous:ljesinqrt6ls 9 le n]KWS aimjd>le pu le fUm mé^ipcne* X^i^?s- » que toutes \^ JQuîssi^c^stejrr^ti^sprpciH^ D par l'imagio^tioA ^m <ies iy4$io|is; Dieune « nous ^til dpnc .Ojçcprdé cçt^te étOQPapte |a-

3» culte que pour nous décevoir ou pour nous » amuser? Un don si magnifique n'auroit-il » d'autre résultat que l'erreur? Ah ! devons-nous » abaisser et fixer sur la terre cette vue iiité- «"rieure et merveilleuse qui, réunissant la triple » faculté de créer, d'éclairer et de voir, peut » également pénétrer dans les gouffres profonds » de l'Enfer , et s'âevant jusqu'au séjour des n anges , découvrir les rayons éblouissans de la 9 majesté divine , et les champs immenses de » l'Éternité!....

i> Oui, c'est pQiu* ennoblir notre existence, » pour la détacher de la matière et des sens , » pour nous ^surer de notre iix^xKxrtalité, que » l'imagintationnous &xt donnée ; malheur à celui ^ q[u'elle égare! Un juge, justement irrité, ao\is » demandera compte un jour de ce bienfc^il înos- » timable, de ce don surnaturel; et si nqi^s D l'avons in4ignement profané , nous s^biroops -» les châtimçns terribles réservés ii l'ipgisati- » tude (a). »

Enfin, nion cher baron, pour vous dire lesprincipales choses que j'ai sur le cœur contre la philosophie moderne , je vous avouerai que je ne lui pardonnerai Jamais les ouvrages obscèuesqu'eHe

(<() Éfàde du Cœur humam^ pai^. 41.

( 2îi0 )

répand depuis trente ans avec tant de profusion dans le public.

LE BARON

Il est vrai qu'on peut reprocher aux philoso-^ phes quelques petites brochures indécentes ; mais en générj^ ils respectent les mœurs....

Comment ils respectent les mœurs !... Mais tous , sans exception, montrent le projet formel de les corrompre , et dans tous leurs écrits. D'abord Voltaire , dans son Essai sur les mceurs des V nations , ouvrage très-volumineux et dont tous les principes sont exécrables. Son Dictionnaire philosophique^ en 6 volumes , dont le titre promettoit au moins un ouvrage sérieux , et qui contient des articles d'une telle obscénité , que la main , je ne dis pas seulement d'un chrétien , mais d'un homme de bon goût, ne pourroit les citer (a). Et tous ses contes, ses poèmes, des millions de brochures infâmes....

LE BARON

Voltaire est véritablement cynique, c'est une chose qu'on ne peut nier; mais....

{a) Entre antres articles : mots Passions, Déjections,, «U*.

us MAKQUIS.

Helvétius ne Test pas moins , et daus un livre à grandes prétentions, V Esprit , ne fait -il pas l'apologie de l'adultère ?....

LE BABOK.

Oh! V apologie!....

LE MABQUIS.

Je sais , à n'en pouvoir douter , que Voltaire même le luiareproché comme unemaladresse(â(). Et ne dit-il pas, dans ce même livre, î^ une femme galante^ qui, par son luxe et sa parure , fait travailler des ouvriers, est plus utile à l'État et plus estimable qu'une dévote qui porte des secours dans des hôpitaux et qui va dans les cachots délivrer des prisonniers ?

LE BARON

Cela est un peu fort.

LE MABQUIS. '

Diderot est enèore un peu phis fort; car il approuve et même il Joue comme une belle action,

(a) Dans une lettre imprimée depuis ( Voyes JUttres de FoUaire)^àxùs laqadle Voltaire ie gronde d'ayoir parlé sérieusement en faveur de Tadultère , en ajoutant quHl n'était peu encore temps d'en parler ainsi, et; qu'il falloit ckerc)ier, à ne Texcuser que sous le Yoile de la plaisanterie.. .

( aaa )

clans certains cas, le ptils exécrable de tous les incestes (à).

Et ^e contç .méprisable, sous tous les rapports (b) j où les mœurs .sont si indignement outragées, et qui est d'ailleurs, d'un bout à l'autre, l'ouvrage >de la plus basse , de la plus vile adulation (c). Et Raynal! quelle^ infamies dans son Histoire philosophique !

LÉ BARON

D'Aleiiibert » :beaucoup de retenue.

LB MAltiQtïS.

il est moins effronté , parce qù^i! ésl trèis-poltron , mais tout lé monde sait qûll est aussi impie et tout aussi peu moral que les autres ; et dans les Mémoires dé Christine , feïné de Suède , ou trouve un singulier trait de morale 'phitosophiquey

(a) Supplément au Foyage de, M(>u^iU(isil/fi* ,

{b) Les Bijoux indiscrets,

{c) Ponr Lonis XY etmadàihè (de Potapadour, sa maîtresse. « Que Ton dise affres ^çela, s'écrie JVL de La Har^ ( Cours de p Littérature) y,cfp!à nos philosophes qa savent pa^ au besoin » louer un Roi tout comme ils savent se louer les uns les autres t D S'ils n*ont pas le mérite de la mesure , on ne peut nier du pteô^ qu'ils h'éxbêHiéttt dàn&fliJffMïilRlIèi H ^s% ^Wbû )^e »tie i/eiftj^sciélfo'îtûiAeàft é»Môiï*é ^ ^Û^yK^^^tt » bon^icnir tih-lBpèlniet^ xinli^l^èeiiÉL^yifA^Â*'^^ ^ on sait, que déèflattéurls^t^éséôiirtl^s ; 1\ël» {yèâlsiâdMl-^ » plimens dé ÏDld^^t ^Hi tàiit ÀmfvnMHit toftrhés..

il dit : <c que la célébré Ninon (que Christine vou- » lut voir en passant à Seblis) ,fut la s^ulé femme » françoise à qui eette ptintei&se doiina des mar- » ques d'estime.... il faut Ibuei* Ninon (ajoute » TaUleur) de Taccueil qU'eUe teÇùt; ttaiâ il » ne faut paâ blâmer ChriÈtitie (là): %

Ainsi donc ^ aucun de Vos phildébphes n'a ]rës« pecté les mc^urs , ce qui me parolt tottt simple dans des honimes sans religion ; niil attrait n'entraîne vers la cruauté , toiites lès séductions portent au vice, ec L'iiifortuiié qui riie là Divmîté, » ou qui doute de son exiàtehèe , nie sâurôit être

(a) On ne loue point une personne de l'accueil q[u'eHe a

reçu; on ne peut la louer que d'avoir mérité cet accueil , s'il

^t honorable; mais voilà comme les êiibyclopéâiste^ écri-

Toient! Enfin , il ne me paroit pas atiâoliiinètit nécessaire de

louer 2finon, Je sais bien qtie tëiis lès pMlosophes , deptiis

Sûnir-Évremond jutqii'à nos foûtêy ^ânt eicêssiVeilieiit ia'ué

Ninon j it^is éHe n*en est pas plus ^esiimt»àle* Qv'on lise

les Lettres de madame de Sévigné; on verra que Ninon joi-

gnoit à la dépravation des mœurs une méchanceté basse et

réfléchie; on verra que madame de Sévigné empêcha son fib

de liii sacrifier des fettreé doiit elle vôuldît faire le plus ih-^

digne mage. Tout l'odieux détsiH ile cette tiot^deûr se'â^ôttve

dans le premier, volume des LeUfesHe'mddime de Séi^igné,

Ainsi Fqu peat donc blâmer Christine d^e n'avoir donné des

nmrques d^esHme qu'à une telle femme qui ne fut célébra

que par son impiété , ses vices, son audace et des agrémens

frivoles, et qui n'eut d'ailleurs ni des talées extraordinaires,

»î une véritable supériorité d'esprit

» chaste , alors même qu'il avoue que l'adultère » trouble l'ordrjB social ; la prudence et le mys- » tère le mettront à l'abri de tout reproche. Dès » qu'il n'a pas un témoin invisible de ses actions » les plus cachées ^ un témoin tout-puissant qui » connoîtses plus intimes pensées , il doitregar- » der comme une folie le soin continuel et si gé- i> nant de dompter ses passions et de régler son » imagination. Mais s'il n'a pas cet empire secret x> sur lui-même , et si ses penchans sont violens, » il en sera infailliblement l'esclave. Et alors , » quelles mœurs et quel affreux désordre !...• » Que l'on se figure ce que seroit la société , ce » que deviendroient là morale , la littérature et » lesbeaux arts, si l'on parvenoit à détruire parmi » les hommes toute idée de pudeur et de dias- » teté. Une vertu si nécessaire n^est donc point » un préjugé , ladbastelé n'est .doqè'point une » vertu de convention. Puisque là- société ne » pdurroit subsister sans elle , et puisque cette » vertu né sauroit exister sans lé rapport de » l'homme avec la Divinité, ceci seul prouve » qu'il est un Dieu , et quç l'hpmmç ept fait pour » correspondre avec lui ^ pat un hominage ton* » tihuel, wne confiance aveugle et \jm!t obéb- » sance saris bornes {a),

(a) Étude du Cœur humain , pag. 6a.

( aa5 )

» Dieu qui nous prescrit la chasteté , nous a to donné un sentiment de pudeur si naturel qu'il >• se trouve chez les peuples les plus grossiers et » les plus barbares , et malgré les religions les » plus extravagantes ; les païens qui adoroient >> tant dlnfâmes divinités, avoient élevé' des tem* » pies à la pudeur ; et quelle vénération n'avoientj> ils pas pour les vestales! Une femme sans pu* » deur est aussi loin de la nature qu'un homme » inhumain et cruel. Dans quelle contrée et dans » quelle langue le mot impudique n'est-il pas in- » jurieux pour les êtres même les plus dépravés! j» et quand la Sainte-Écriture dit : qvU une femme » pleine de pudeur est une grâce qui passe toute » grâce , elle ne nous dit que ce que nous sen- » tons. lia chasteté est à la fois la vertu la plus >» angélique ^ la plus noble et la plus généreuse ; » le courage qui fait braver la mort n'a que peu » d'occasions de se manifester; il n'est beau que » lorsqu'il est utile , et dans beaucoup de cir- » constances il est insensé et même criminel ; » et lorsqu'on peut le trouver héroïque , il a » sa récompense dans un éclat éblouissant et » en brillant à tous les yeux. Combien est plus » grand, plus méritoire , le courage de la chas- » teté! Quoi de plus magnanime que de s'élever » au-dessus des sens et de toutes les ^séductions » du vice , de combattre sans cesse et toujours

( ^^6 ) V sotitairanent; de triompher en secret et de }) sQ contenter constamment du seul témoignage » de sa conscience ! Heureux , mille fois heureux » l'être noble et sensible qui a su conserver tou- :» jours cette admirable pureté ! Que ses pensées » sont élevées, que ses sentimens sont délicats, » que ses plaisirs sont délicieux ! Rien n'a souillé » son imagination ; ses rêveries sont célestes , son » silence cache des trésors {a)\ C'est en vain » qu'on a voulu donner au vice le nom dejoi- » blesse aimable , de passion intéressante^ invin-- » cible. Une voix puissante a dit: Soyez chastes , >i et le vice reste déshonoré ; tous les sophismes » du libertinage et de l'impiété n'ont pu, ni dimin nuer son opprobre , ni ternir l'éclat immortel » de la chasteté. Oh ! combien l'âme s'agrandit p lorsque , méprisant la volupté terrestre , elle »' D^aîtrise les sens qui ne tendent qu'à l'asservir! i» C-est à cette âme pure que Dieu se ccanmuni- » c^ûîe toxiLt entier ; car elle a brisé ses liens ma- » tériels , et elle jouit d'avance de sa glorieuse » immortalité (b). »

LE BA^ON

Je vous l'aidéjà dit, vous parlez avec une telle vivacité , vous passez si rapidement d'un sujet à

(fl) Étude du Cœur humain, pag. 59. ^ (è) Même ouvrage , pag, 64,

un aytre , qu'il est impossible de vous répondre sur-lé-champ; vous me faites perdre le fil de mes idées.

LE MABQUIS.

Le fil de vos idées! I/expression est plaisante.

LE BARON

Que voulez-vous dire ?

LE MARQUIS

Mon cher baron , les mauvaises doctrines ne produisent dans tous les genres que des monstres, surtout lorsqu'on veut impromer. Car en littérature , pour les soutenir d'une manière éblouissante ou du moins spécieuse , il faut se livrer à un travail plus fatiguant et beaucoup, plus assidu que lorsqu'il ne s'agit que de se régler sur les bonnes , parce que tout ce qui est faux n'a ni suite ni liaison; on chercheroit en vain /e/î/des sophismes^ ils n'en ont point, et il faudroit un art prodigieux et des peines infinies pour pallier l^s inconséquences et les contradictions sans nombre qui naissent nécessairement d'un système erroné.

LE BARON

Il est pourtant certain que , sans Fenchaînettient imprévu de vos phrases et de vos lon-

gues périodes , je vous aurois fait cinq ou six réponses très-embarrassantes.

LE MARQUIS

Cela est malheureux pour vous, car je suis persuadé que vous ne les retrouverez jamais.

LE BARON

Avec votre douceur et votre politesse , vous ctes très-goguenard et très-moqueur.

LE MARQUIS

Moi, me moquer de la philosophie!....

LE BARON

Fort bien , continuez.... Mais puisque vous me donnez un moment de relâche , je vous ferai à mon tour une petite question. Dites-moi, je vous prie, ce que devant Vâme immortelle dans l'imbécillité , la folie et le sommeil ?

LE MARQUIS

te L'homme déchu , la pureté de l'ouvrage de » Dieu fut souillée , et le corps de l'homme de- » vint matériel ; son âme > associée à cette enve- » loppe, fut assujettie, durant la vie , à dépendre » souvent extérieurement de son organisation ; 3> un certaiil dérangement d'organes dut suspen- » dre et tenir engourdies toutes ses facultés spi- » rituelles. L'organisation de l'homme , quelque

( "9 ) » admirable qu'elle nous paroisse et qu^elIe soit » en effet , n'est cependant qu'une image défi- » gurée du premier modèle ; car le crime de » rhomme , eu rendant périssable ce corps fait » pour rimmortalité,altéraetgâta le chef-d'œuvre » sorti d'une main divine. Et telle est la seule p cause des imperfections et des défectuosités tt que l'on remarque quelquefois dans la struc- :» ture humaine.

» Une statue couverte d'une gaze légère, » laisse distinguer , quoique d'une manière af- » foiblie, ses traits et ses formes; un tissu moins » transparent la voileroit davantage, une grosse » étoffe bien épaisse la cacheroit tout -à-fait. On » peut comparer l'âme à cette statue voil^ ; car » l'âme est toujours voilée dans un corps mortel: » ce n'est que dans l'éternité qu'elle aura l'in- » telligence parfaite. Il m'est aisé de concevoir » qu'une organisation, plus ou moins grossière » par sa nature , la voile davantage ou entière-» » ment , ce qui explique aussi la diversité qui se » trouve dans les. esprits. Et dès que je com- » prends qu6 notre enveloppe mortelle nuit à » l'intelligence, et que, lorsque nous en serons » délivrés , nous aurons plus de lumière, pour- »quoi ne concevrois-je pas que cette enveloppe n devenue épaisse et grossière au dernier excès, » par un dérangement particulier, obscurcisse

M tout-à-fait la raison? Mais cette âme immor- M telle n'en existe pas moins souô ces enveloppes M qui la dérobent à nos sens ; il n'en est pas moins » vrai que l'imbécille de naissance, délivré de ce ^i corps de mort, recouvrera à l'instant même » toutes ses facultés divines. C'est ainsi que par » un procédé chimique, un invisible feu se » trouve renfermé dans un fragile tube de verre; » mais aussitôt que le tube est brisé, la flamme » s'échappe, s'élève, s'allume et devient une écla- » tante lumière. Ainsi l'âme de l'honime qui , » sur la terre , aura passé pour le plus grand » génie , ne sera ni plus intelligente , ni plus » éclairée dans ce moment; celuiqui n'aura joui » dauB cette vie d'aucune de ses £aicultés iatel* » lectuelles , s'en applaudira sans doute au pied » du trône éternel ; il y portera une entière ini» nocence ; il n'aura abusé d'aucun don, heu- » reux de ne conncMtre la vérité que lorsqu'elle » paroîtra safis nuages ! heureux de jouir, pour » la première fois, de l'idée de la perfection:, en M voyant Dieu environné de. tout son éclat, de M toute sa puissance supréipe! heureux decon- » noître et d!adorer sans avoir douté, sistns avoir » erré ! Oh ! Quelle naissance que celle de cette )> âme qui, neuve à toutes les impressions, reçoit » à la fois toutes les lumières et toute la félicité » céleste, et, qui ne sort des ténèbres absolues

» que pour posséder Dieu, et pour s'âancer » dans l'éternité!... Et quand elle entendra juger » les superbes de la terre , combien elle .bénira » son ignorance passée !.... Tel est le sort de l'ai- 9 mable enfance qui n'a vécu que pour rece- » voir les caresses maternelles , et qui , exempte » de combats et de fautes, après un songe léger, » plein d'innocence et de douceur , se réveille » tout-à-coup dans les bras de Dieu, connoissant 1» en même temps lès, dangers auxqueb elle est » échappée, et la gloire et le bonheur qui lui » sont assurés pour jamais.

x> La folie accidentelle , qui survient dans l'âge » de raison , est une véritable mort aux yeux » de Dieu , lorsqu'elle est incurable ; l'âme sera » jugée d'avance dans cet instant, parce qu'elle » ne pourra plus expier , réparer et se repentir!... » Réflexion effrayante , car nul n'est à l'abri » d'une révolution soudaine , capable de pro- » duire ce malheur. Il est à remarquer qu'il faut » avoir éprouvé les passions humaines , pour » être susceptible de folie; il faut que les pas- » sions aient agi sur nous, pour arriver à icet » excès de désorganisation. Quelle est donc l'é- » tendue funeste de leur dangereuse influencé ? 9 On peut naître imbécille, on ne mît point » fou'; la tranquille inibécillitë ^ n'est que l'im- » possibilité de raisonner; c'est imë complète

3S> nullité; la folie est le dernier degré de la dé- » pravation des faux raisonnemens.

» Dieu a permis que l'homme coupable et y> déchu fîit assujetti aux maladies , à l'imbécilj» lité , à la folie ; cependant il a voulu , pour lui » conserver toute sa supériorité sur les animaux, » que ses facultés morales ne dépendissent point » de sa constitution physique et de sa confor- » mation extérieure ; car l'homme privé d'un de » ses sens , ou difforme , rachitique , mutilé , » peut avoir autant de génie que Pascal ou New- » ton. Dieu a voulu encore que la vertu fut » tout-à-fait indépendante de l'esprit et de l'in- » telligence. L'homme le plus borné , s'il n'est 3» pas imbécille, peut être aussi vertueux que le » plus spirituel ; et c'est un triomphe éclatant » de la Religion , car sa morale, seule à la portée » de tous les esprits, peut seule produire cet » admirable résultat. Il n'y a rien de physique » dans une infinité de vertus , la reconnois- » sance^ la libéralité, la noblesse, la délicatesse j) de sentimens , etc. Il y a du physique dans » tous les vices ; et l'esclave de ses sens n'a plus » qu'une existence entièrement animale. En ad- » mettant, ce qui n'est assurément pa$,que.la x> morale des philosophes anciens et modernes » pût se passer de l'autorité sacrée qui lid manï> que , qu'elle fût toujours uniforme dans ses

( 233 ) » enseignemens , conséquente et pure dans ses » principes , les esprits vulgaires ne pburroient » comprendre des livres de métaphysique, écrits » avec si peu de simplicité ; et la multitude vi- » vroit sans pratiquer la vertu , faute d'avoir pu » la connoître. Avec l'Évangile, tout le monde y » peut atteindre ; il sufEroit de croire et d'obéir; j> mais un enfant même peut concevoir \a\, beauté » de la morale évangélique (a). »

LE BAROIC.

Il est dangereux de voufe questionner, vous ne vous piquez pas de laconisme dans vos réponses.

LE MARQUIS

Je n'ai qu'une prétention, celle d'être raisonnable.

LE BARON

Vous m'avez promis de venir passer une journée avec nous , je vous ai arrangé un joli petit dîner; venez donc après demain.

LE MARQUIS

Et d'Alembert, Helvétius et Diderot sont-ils invités à ce joli petit diner?

LE BARON , en souriant.

Non, nos chefs sont trop forts pour vous. (a) itudedu Cœur humain p pag. zox.

LE MARQUIS

Je VOUS remercie de ce ménagement pour ma foiblesse. MM. Gaillard et Duclos en seront-ils?

LE BARON

Assm*ément.

LE MARQUIS

Tant mieux; je suis loin d'approuver beaucoup de choses qui se trouvent dans leurs écrits; mais je pense qu'on doit en général estimer leurs taleris et même leur caractère.

LE BAAOïr. '

Ainsi donc, à jeudi.

Ï.E MARQUIS

A jeudi.

( îi35 )

, NOTES

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