‹ Les dîners du baron d'HolbachChapitre 19 sur 37 · DU CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE VIII

(i) L'authenticité des prophéties est telle, que Les plus ardens détracteurs de la Religion ont été forcés de convenir que ces prophéties étoient frappantes et extraordinaires. En effet, «dès le commencement du monde, Dieu a prédit la » venue du Messie j il l'annonça lui-même à Abraham ; il Ta » depuis annoncée par ses prophètes, qui n'ont laissé ignorer » aucune circonstance considérable de sa vie ; ils ont décou- » vert sa génération éternelle , et l'ont fait connoître comme w Dieu; ils ont prédit qu'il devoit naître, dans le temps, d'une » vierge mère; ils ont marqué le lieu de sa naissance, l'ado- » ration des Mages , sa fuite en Egypte , son retour et sa de- » meure dans la ville de Nazareth ; ils ont dépeint ses mœurs ; « ils ont parlé de ses instructions , de ses miracles , de sa » mort, des insultes qu*il a essuyées, des différentes plaies «qu'il a reçues, de sa résurrection, de son ascension, delà » réprobation des Juifs , de la vocation des païens , de son » Eglise établie sur les ruines de la synagogue , etc. ; rien n'a » été omis. Les apôtres n'ont rien dit de sa via qui n'ait été » annoncé par le* prophètes. Si cet admirable concert des « uns et des autres, qui ont écrit dans des temps si différens, » n'est pas divin, qu'est-il donc.^ La destruction de Tem-

^ pire, du Temple et des sacrifices des Juifs, a été prédite plu- » sieurs siècles avant, par leurs prophètes, dans toutes ses » circonstances , confirmée par Jésus-Christ, soit par des pa- » raboles , soit par des paroles si simples , si expresses , qu'elles w ne peuvent souffrir aucun autre sens. Ce fut en vain que 3) les Juifs tentèrent depuis de se réunir. Julien l'apostat, afin î» de démentir les saintes écritures , voulut rétablir Jérusa- » lem , le Temple , et ses anciens sacrifices ; rien n'y fut épar- »gné et tout fut inutile. Les vents, les feux, les tempêtes, « toute la nature s'arma contre cette entreprise, et, ruinant » tous ses projets, laissa les Juifs dans l'état où ils étoient, » où ils sont encore , et où ils seront toujours (a). » On voit, dans l'histoire , des auteurs et juifs et païens reconnoître eux-mêmes la vérité des antiques prophéties qui ont annoncé la destruction de Jérusalem et l'éternelle réprobation de son peuple. Cette réprobation, qui dure depuis tant de siècles, est un miracle toujours subsistant. En effet , peut-on concevoir qu'il y ait encore une multitude de Juifs , et que ces Juifs si nombreux , si unis entre eux , si riches , ne puissent, ni se réunir, ni former un État ? Mais il a été prédit qu'ils subsisteraient , qu'ils seroient dispersés ^ et qu'ils n'auroient ni villes y ni rois. Et Us subsistent; ils sont dispersés sur toute la surface de l'Univers , et ils n'ont ni souveraineté, ni chef. Depuis l'époque de la destruction de Jérusalem , depuis Titus jusqu'à nos jours , des révolutions plus ou moins rapides ont détruit , anéanti ou formé tous les empires de la terre ; les Juifs seuls sont demeurés dans la même situation. On n'a pu les exterminer; ils n'ont pu se relever. Haïs, proscrits, méprisés, ils ont subsisté sans lois, sans rois, sans états , sans chefs. Avec des richesses immenses , avec le goût du travail , des mœurs austères , un attachement passionné

(a) Réflexions sur la Religion chrétienne, par le père Falla.

pour leur religion, et ])ar roiiscqucnt un ardent di*sir dr former un corps de nation et de se rétablir , afin de dt'inentir les prophéties qui les flétrissent aux yeux de tous les peuples; avec tant de motifs et de moyens , ils ont vu tout changer sur la terre ; et au milieu de tant de boulevcrseraens, et dans cette longue succession de siècles, ils ont conservé leur nom , leurs usages , leurs cérémonies , sans pouvoir jamais changer leur immuable destinée. Ils sont exactement aujourd'hui ce qu'ils étoient à la mort de l'empereur Titus. Ce phénomène est si contraire à l'ordre naturel des choses , que l'histoire n'en offre aucun exemple. Ce seul fait renferme une multitude de caractères véritablement divins. Une prédiction accomplie dans tous ses détails, quelque simple, quelque naturel que soit l'événement, est toujours une chose frappante et même miraculeuse , si cette prédiction étoit accompagnée d'un certain nombre de circonstances; elle le sera bien davantage encore , si elle annonce un événement trèseloigné. Et que sera-t-elledonc, si de plus elle révèle des faits qui paroisscnt impossibles , et que la raison humaine ne peut concevoir ? . . . La réprobation des Juifs contient toutes ces miraculeuses conditions. Les plus incrédules , les plus impies , sont forcés d'avouer que les prophéti. s relatives aux Juifs sont authentiques , sont de l'antiquité la plus reculée , sont très-détaillées et sont accomplies dans toutes leurs cir constances. Comment pourroit-on nier ces vérités , consacrées et prouvées par le témoignage même des auteurs païens, et par l'état où nous voyons ce peuple infortuné ? L'impiété est réduite à dire que cet accord est extraordinaire , inexplicable ; et si la Religion le lui explique par des raisonnemens auxquels il est impossible de répondre , décidée à ne pas croire , elle refuse d'écouter. Tel est son langage , telle est sa droiture , sa bonne foi î

a II est prédit que les Juifs réprouveroient Jésus-Christ , » et qu'ils seroient réprouvés de Dieu , parce que la vigne » élue ne donneroit que du verjus (Js. 5, 2, 3, etc.); que i) le peuple choisi seroit infidèle, ingrat, incrédule (Is. 64, aj; » que Dieu le fr'apperoit d'aveuglement [Deuter. 28, 29); » que les Juifs subsisteroient [Jérém. 3i, 36); qu'ils seront verrans [Amos ^ 9, 9); sans rois, etc. (Osée, 34); sans î) prophètes (Ps, 739); attendant le salut et ne le trouvant «point (59, 9. Je/'. 8 , i5); etc. etc. («). »

Après cette courte énumération des prophéties .qui concernent les Juifs , je vais passer à celles qui ont annoncé le Messie , et je ne citerai que les plus frappantes.

« Dieu a suscité des prophètes durant seize cents ans , et » cependant , quatre cents ans après , il a dispersé toutes ces •» prophéties avec tous les Juifs qui les portoient dans tous les )> lieux du Monde... L'Evangile devant être cru par tout le » Monde , il a fallu , non-seulement qu'il y ait eu des pro- » phéties pour le faire croire ; mais encore que ces prophé- » ties fussent répandues par tout le Monde pour le faire em- » brasser par tout le Monde. Quand un seul homme auroit » fait un livre des prédictions de Jésus-Christ , pour le temps » et pour la manière , et que Jésus-Christ seroit venu con- » formément à ces prophéties , ce seroit une force infinie : « mais il y a bien plus ici; c'est une suite d'hommes qui , du- « rant quatre mille ans , constamment et sans variations , )> viennent , l'un ensuite de l'autre , prédire ce même avéne- »ment. C'est un peuple tout entier qui l'annonce, et qui » subsiste pendant quatre mille années , pour rendre encore « témoignage des assurances qu'ils en ont , et dont ils ne » peuvent être détournés par quelques menaces et quelque

(ff) Pensées de Pascal.

persécution qu'on l«'iir fasse : ceci est tout autrement considt rahic.

. T.p tenjps est prédit par l'état du peuple juif, par l'état

(lu peuple païen, par l'état du Temple , par le nombre des

années.

V) Il est prédit que le Messie viendroit établir une nouvelle

» alliance qui feroit oublier la sortie d'Kgypte. (Jc/cr/i. 23,

» 7); qu'il metlroit sa loi, non dans l'extérieur, mais dans

w les cœurs {Is. 5i , 7); qu'il mcttroit dans le milieu du

» coeur sa crainte , qui n'avoit été qu'au-dehors ( Jcrém. 3i ,

« 33 et 32, l\o.)',

« Que l'Eglise seroit petite dans son commencement , et » croîlroit ensuite [Ezech. 47, i etsuiv.):

» Il est prédit qu'alors l'idolâtrie seroit renversée ; que ce >' Messie abattroit toutes les idoles et feroit entrer les bom- » mes dans le culte du vrai Dieu {^Ezech. 3o , i3.) ;

V Que les temples des idoles seroient abattus, et que, >^ parmi toutes les nations , et en tous les lic'ux di Monde , » on lui offriroit une hostie pure et non pas des animaux » [Malach i, 11.) ;

» Qu'il enseigneroit aux hommes la voie parfaite ( Is. 2, 3; » Mich. 4,2, etc.);

•> Qu'il seroit roi des Juifs et des Gentils ( Ps. 1,6 a 8 , w 71, 8, etc.) :

» Et jamais il n'est venu , ni devant , ni après , aucun ■> homme qui ait rien enseigné approchant de cela.

» Les Juifs , en tuant Jésus-Christ , pour ne pas le recevoir » pour Messie , lui ont donné la dernière marque de Mes- » sie En continuant à le méconnoitre, ils se sont rendus » témoins irréprochables , et en le tuant , et en continuant à ' le renier , ils ont accompli les prophéties.

j) Qui ne reconnoîtroit Jésus-Christ à tant de circonstances » particulières qui en ont été prédites ! car il est dit :

» Qu'il aura un Précurseur {^Math. 5 , i) ;

» Qu'il naîtra enfant ( /j-. 9 , 6) ;

» Qu'il naîtra dans la ville de Bethléem [Mich. 5,2);

w Qu'il sortira de la famille de Judas [Gen. 49, 8 et suiv.); « et de la postérité de David (2 Rois ^ 7, 12 et suiv. (Is. 'j, i3 et suiv.);

3> Qu'il paroîtra principalement dans Jérusalem ( Math. 3 ,

» Qu'il doit aveugler les sages et les savans [Is. 6 , 10); » annoncer l'Évangile aux pauvres et aux petits [Is. 61 , i); » ouvrir les yeux des aveugles , et rendre la santé aux in- » firmes (/^. 35 , 5 et 6) ; et mener à la lumière ceux qui « languissent dans les ténèbres [Is. 42 , i6);

)> Qu'il doit enseigner la voie parfaite (/j-. 3o, 21) , et » être le précepteur des Gentils [Is. 55 , 4) ;

» Qu'il doit être la victime pour les péchés du Monde « [Is. 53, 5) ;

» Qu'il doit être la pierre fondamentale etprécieuse [Is. 28, »i6);

» Qu'il doit être la pierre d'achoppement et de scandale

» Que Jérusalem doit heurter contre cette pierre [Is. 8, x5);

« Que les édifians [a) doivent rejeter cette pierre [Ps. 117^ 22) ;

>> Que Dieu doit faire de cette pierre le chef du coin et ;

{a) C'est-à-dire les bâtisseurs , ceux qui travaillent à 1 édifice du temple spirituel oii Dieu veut habiter.

. i\uo. rcili' pierr*' ilnit croître en une montagm,- immense et ') remplir toute la terre i fhi/t. 2, 35).

» Qu'ainsi il doit être rejeté (Ps. 117, 22); méconnu > [Is. 53, 2 et 3); trahi {Ps. 40, 10}; vendu {Zac/t. 11, 12]; «souffleté (Is. 5o, 6); moqué ( /j. 84, 16]; affligé en une -> infinité de manières ( Ps. 68, 27) ; abreuvé de fiel (Ps. 68, » 2'Jt); qu'il auroit les pieds et les mains percés (Ps. 21, 17 ; » qu'on lui cracheroit au visage (/.$•. 5o, G); qu'il seroit » tué ( Dan. 9 , 26 ) ; et ses habits jetés au sort ( Ps. 21 , 19';

» Qu'il ressusciteroit (Ps. i5, 10) le troisième jour (Osee^ •6,3).

M Qu'il monteroit au Ciel {Ps. 46, 6 , et 67, 19 pour s'as- « seoir à la droite de Dieu (^Ps. 109, i).

« Que les rois s'armeroicnt contre lui (Ps. 2 , 2;.

» Qu'étant a la droite du Père, il seroit victorieux de ses ennemis ('Ps. 109, 5).

» Que les rois de la terre et tous les peuples l'adoreroient. « (Ps. 71, II) («).

(a) Pensées de Pascal

Page 1