LE COMTE DE TRESSA IV
Les entretiens que nous nous permettons entre nous seroient très-imprudens devant des domestiques.
l'abbé morellet.
« On a reproché aux philosophes d'avoir étar « bli en principe que toutes vérités sont bonnes a
•» ihre\ mais cotte proposition pont avoir plus » d'un sens , et n'est pas même une vérité , si on » ue l'accompagne de quelques restrictions que » les philosophes raisonnables n'ont jamais ex- » dues. Celle qui me paroîl la plus nécessaire, )) sera empruntée de la circonstance du temps. » Toute vérité sera bonne à dire en un temps )> opportun et suffisant^ et non e?i tout temps et » tout à coup {(Cl). »
LE C03ITE
Je crois qu'il n'y a pas de temps opportun pour ôter tout sentiment de religion aux domestiques.
LE CHEVALIER
Ni aux peuples. ^
DUCLOS
Il me semble que certains principes outrés sur la liberté ne seroient pas meilleurs à publier dans les antichambres que dans les rues.
Il y a quelque quarante années (b) que les vrais philosophes sont convenus de ne parler à cœur ouvert que dans le secret de l'intimité.
(a) Mémoires de Tahhé Morellet, tom. P"", pag. 149. {b) Manière de parler que l'on trouve fréquemment dans les Mémoires de l'abbé Morellet.
LE MA.RQUIS.
Pourquoi donc font-ils imprimer tous leurs secrets les plus intimes ? toutes les déclamations les plus dangereuses contre la royauté , l'obéissance des peuples , et sur ce qu'ils appellent la liberté?
l'abbé gagliani.
La raison et la philosophie n'approuveront jamais le despotisme , la tyrannie et Tesclavage.
LE MARQUIS
Raynal et quelques autres philosophes modernes ont en effet déclamé avec véhémence contre l'esclavage; mais l'Évangile réprouve cette oppression barbare. Plusieurs écrivains religieux ont parlé sur ce sujet d'une manière admirable. J'ai par hasard dans ma poche un volume des Hehiennes ; me permettez-vous de vous en lire deux pages?
LE CHEVALIER
Je serai charmé de les entendre.