M. DE CONDORCET
Messieurs, je dois vous faire une dénonciation. Je ne sais quel imbécille, dont j'ai oublie le nom, s'est avisé déjà de faire une critique de ce dernier écrit de Voltaire.
l'a-BBÉ morellet.
Oui, je le sais; un mien -parent [a) m'en a averti ; je connois l'auteur et je me suis chargé de lui donner sur les oreilles {h>). ( On rit. ) Ma réponse est prête.
d'a.lembert.
La reconnoissance et notre propre intérêt nous obligent à soutenir const imment, et de toutes nos forces, le chef de la philosophie et le Nestor
[a) Agréable manière de parler, qui se trouve sans cesse dans les Mémoires de c ibbé MorelU ,
[b) Autre expression, remplie de noblesse, qui se trouve aussi dans ces Mémoires .
( 338 ) de la littérature française, enfin celui qui esi, comme Ta si bien dit M. de Saint-Iiambert ,
« Vainqueur des deux rivaux qui régnent sur la scène (a). >
HELVÉTIUS
Il est certain qu'il a une grande imagination.
d'alembert.
« Ne seroit-il pas facile de comparer ensemble » nos trois plus grands maîtres en poésie (Z»}, ?) Despréaux, Racine et M. de Voltaire (c)? Ne
(a) Comme l'a si mal dit M. de Saint-Lambert ^ ce vers passera toujours pour une exagération ridicule et une flatterie absurde ; car assurément , quoique Voltaire ait fait de belles tragédies , comme elles sont remplies de plagiats , que tous les plans en sont mauvais , et que la versification en est excessivement inférieure à celle de Racine , sa place sera toujours marquée fort au-dessous de celles de ces deux grands maîtres.
{b) Eloge de Despréaux.
(c) L'auteur observe , dans une note , que M. de Voltaire vivoit, quand ce discours fut prononcé. Ne pouvroit-on pas observer encore qu'il est singulier de ne pas placer au rang de nos plus grands maîtres en poésie , J.-B. Rousseau ? Est-ce parce qu'il n'avoit point fait de tragédies? Mais Despréaux n'étoit pas un auteur dramatique. On dit qu'on peut faire des tragédies brillantes sans être un grand poète , et qu'il faut, au contraire, être né pocte pour faire de belles odesj et M. de Voltaire n'a jamais pu faire une bonne ode,.
( ii'J ) » j)ourioit-on pas dire, pour exprimer les diffé- » ronces qui les caractérisent , que Desprëaux y> fraj)pe vl ral)ri([ue très-hcurcusement ses vers; >» iiuc Racine jette les siens dans une espèce de » moule paifait, qui décèle la main de l'artiste, » sans en conserver l'empreinte; et que M. de » Voltaire, laissant comme échapper des vers » qui coulent de source, semble parler, sans art » et sans étude, sa langue naturelle ? Ne pour- ') roit-on j)as ol)server qu'en lisant Despréaux, » on conclut et on sent le travail ; que dans Ra- » cine on le conclut sans le sentir, parce que, si ) d'un côté la facilité continue en écarte l'appa- » rence , de l'autre la perfection continue en » rappelle sans cesse l'idée au lecteur; qu'enfin, » dans M. de Voltaire, le travail n,e peut ni se )) sentir , ni se conclure , parce que les vers moins )) soignés , qui lui échappent par intervalles , » laissent croire que les beaux vers qui précè- » dent et qui suivent n'ont pas coulé davantage » au poète? Enfin, ne pourroit-on pas ajouter, » en cherchant dans les chefs-d'œuvre des beaux- » arts un objet sensible de comparaison entre » ces trois grands écrivains , que la manière de
et celles de Rousseau sont sublimes. Enfin, comme poète , ie nom de Rousseau est un des premiers qui se présentent à la mémoire ; mais ]\I. de Voltaire vU'oit encore l . . .
( 34o ) 5) Despréaux , correcte , ferme et nerveuse , est » assez bien représentée par la belle statue du » Gladiateur {a) ; celle de Racine, aussi correcte, )) mais plus moelleuse et plus arrondie, par la ^) Vénus de Médicis; et celle de M. de Voltaire, » aisée , svelle et toujours noble , par l'Apollon » du Belvédère (b) ? »
[a) Est-ce le Gladiateur mourant ou le Gladiateur combattant ? Ces deux statues sont également belles. L'auteur n'auroit pas dû nous laisser dans cette incertitude ; mais il n'avoit jamais été à Rome , et peut-être n'avoit-il entendu parler que d'un gladiateur.
[b) De toutes les statues antiques , V Apollon du Belvédère est la seule dont on n'ait jamais fait une belle copie. L'auteur n'avoit vu que des copies de ces statues ; ainsi , en supposant qu'il eût du goût, il est clair qu'il place ici M. de Voltaire au-dessous de Racine. Au reste , il est agréable de savoir que la manière d'écrire de Racine est arrondie , et que la manière d'écrire de M. de Voltaire est svelte.
A-t-on jamais écrit un galimathias plus singulièrement diffus, plus ennuyeusement pesant, avec des expressions plus bizarres et dans un langage plus dissonant ?
Despréaux qui frappe çX fabrique, représente à l'oreille ce que ce poëte a voulu peindre en se moquant de Chapelain ; et cette espèce de moule parfait àeV^diCine^ et cette étrange définition que l'on conclut et l'on sentie travail de l'un , que l'on conclut sans le sentir le travail de l'autre , et qu'on ne peut ni conclure, ni sentir le travail du troisième : tout cela est d'un tel ridicule, qu'il n'est pas véritablement conee-
HELVÉTIIIS.
Voilà une (KWinilioii très-neuve.
DIDEROT
I!t livs-iiii^oiiioNsc.
d'alkjMbert.
a llest certain qnelesenlimentétoit une espèce » de tact qui nianquoit à Despréaux , car si le )) poète doit avoir le tact sur le goût sévère pour » connoître ce qu'il doit saisir ou rejeter; si » Timagination , qui est pour lui comme le se/is )> de la vue y doit lui représenter vivement les » objets et les revêtir de ce coloris brillant dont n il anime ses tableaux; la sensibilité^ espèce » cV odorat d'une finesse exquise (a), va chercher » profondément dans la substance de tout ce qui » s'offre à elle ces émotions fugitives , mais dé- » Ucieuses, dont la douce impression ne se fait » sentir qu'aux seules âmes dignes de l'éprou- » ver [b). » {^Éloge de Despréaux. )
vable qu'avec de l'esprit ou seulement du bon sens, on puisse écrire ainsi,
\ii) On diroit que l'auteur définit la sensihililé du chien ^ qui s'attache et qui reconnoît par l'odorat; ce qui fait qu'on pourroit dire, en parlant de cet animal : sa sensibilité ^ cs-^ pèce d'odorat a' une Ji nés se exquise, etc.
ib) L'imagination qui est comme le sens de la vue; la sensibilité qui est une espèce d'odorat , qui va cherche v
DAMILAVILLE.
Excellent ! excellent !
d'alembert.
« Un de nos plus célèbres confrères a re-
» marqué avec grande raison , quoi qu'en ait dit » le bas peuple des critiques , que les deux illus- » très fondateurs de la Tragédie , parmi nous , » sembloient s'être plus attachés à peindre les » hommes que les nations; que Racine n'en 5) avoit peint L\aune seule ^ les Juifs j et Cor- » neille que deux, les Romains et les Espagnols; 5j que M. de Voltaire seul, avoit peint tous les » peuples, Grecs, Romains, Français,Espagno]s, » Américains , Chinois et Arabes (a), » {Éloge de CTébilloji.)
profondément dans la substance de tout ce qui s'offre a elle y des émotions fugitives , ne paroissenl pas des comparaisons fort heureuses (i)!
[a) Croit-on de bonne foi que les auteurs tragiques s'attachent à nous peindre les nations ? Croit-on que V Orphelin de la Chine nous donne une juste idée de ]a nation chinoise ? Que Zaïre nous retrace les mœurs des Turcs et les usages du sérail ? Cette pièce , au contraire , présente d'un bout à l'autre, des mœurs, des usages, des sentimens dont l'histoire de ce peuple n'offre pas un exemple. Croit-on que ces Américains que l'Histoire nous représente si doux , si faciles à épouvanter, à subjuguer, soient fidèlement retracés dans ces caractères énergiques et violens de Zamore et d'Al-
(343 ) l'abbk mouellet.
Cela est parfaitement vrai.
DMT.MTiKlKT.
a Avez-vons entendu parler d'une nouvelle > feuille périodique , intitulée /a Renomînée
zire ? Mais en admettant que M. de Voltaire ait en efkt peint tous ces peuples j comment osc-t-on dire <7«e Racine n'a peint qu'une seule nation ^ les Juifs? Oui, il a peint les Juifs, et avec une admirable Yeritc, parce qu'il avoit fait une étude particulière des Ecritures ; mais n'a-t-il faitqu'^i"ther et Athalie ? IN'a-t-il pas aussi peint les Turcs? Bajazet donne certainement mieux que Zaïre l'idée de leurs moeurs et de leur caractère. M. de Voltaire a peint les Grecs et les Romains ; et Racine n'est-il pas l'auteur de Phèdre , d'Iphigênie , ^Anclromaque, de Britannicus , de Mithridate, de Bérénice, etc.? Quand tous les confrères de l'^.'ît^ur des Eloges se réuniroient pour nous soutenir que llcicine n'a peint qu'une seule nation , les Juifs , nous serions forcés de nous joindre au bas peuple des critiques, et de répondre avec respect , mais par des faits positifs tels que ceux que je viens de citer.
Si l'on veut appeler peindre des nations , faire paroître sur la scène des personnages auxquels on donne différens noms, nous dirons aussi ({ue Corneille a peint les peuples de l'Egypte (dans la MoH de Pompée) , les Parthes (dans Rodogune), les Espagnols et beaucoup d'autres nations. Et si nous parlons raisonnablement, nous dirons qu'il n'a peint que les Romains , dans le temps de leur grandeur et de leur gloire , mais que lui seul a su les peindre.
( 344 ) » littéraire^ où l'on dit que Voltaire est assez » maltraité {ci) ?
HELVÉTIUS
)» Que de chenilles qui rongent la littérature !
d'alembert.
» On dit que l'auteur de cette infamie, que je « n'ai j3as eu le temps ni le courage de lire , est w un certain Lebrun , à qui Voltaire a eu la bonté » (l'écrire une lettre de remercimens sur une » mauvaise ode qu'il lui avoit adressée {b) (2). » ( Correspondance , tom. XX, pag. 238.)
LE BARON
Il faut que ce Lebrun soit bien sot pour oser, en entrant dans la carrière des lettres, écrire contre le doyen du Parnasse.
D AMILA VILLE.
J'ai vu ce matin M. d'Argental, qui m'a montré une lettre ravissante qu'il venoit de recevoir de Voltaire. Cette lettre feroit jeter les hauts cris à toute la canaille hypocrite.
TOUSSAINT
Vous en rappelez-vous quelques traits ?
{o> Coirespondance de d' Alemhert et de Voltaire , t. XX pag. îSS.
[b] C'est ce même Lebrun qui depuis. . .
DAMILAVILLE.
Oui, entre autres, celui-ci : « Notiv. unie unw mortelle a besoin de la garde-robe pour bien " penser. C'est dommage que La Métrie ait fait » un assez mauvais ouvrage* sur l'homme ma- )) chine \ le titre étoit admirable ('c:^). -»
TOUSSAINT
Comme cela est originalement dit '
DAMILAVILLE.
Et profondément vrai.
d'alembeut.
« A propos , INIessieurs , savez-vons qu'il y a
•> actuellement à Berlin un fort honnête circon-
» cis qui est venu voir l'ancien disciple de Voltai-
» re (^j, de la part du sultan Moustapha; j'écrivis
» l'autre jour en ce pays-ià , que si le Roi vouloit
» seulement dire un mot , ce seroit une belle
H^ occasion pour engager le sultan à faire rebâtir
» le temple de Jérusalem. Que pensez-vous de ce
» projet ? »
[a] Quel dommage ^ en effet, de n'avoir pu nous prouver que nous ne valons ])as mieux qu'une huître ou un porc ! Comme une telle conviction éleveroit l'âme et perfectionneroit la vertu! et combien une idée si noble et si riante contribueroit à notre bonheur î
ip) Le roi de Prusse.
TOUSSAINT
L'exécution en seroil fort divertissante. (On rit.)
DAMILAMLLE.
(( Je m'c tonne que ces bons Turcs n'y aient » pas encore pensé {a). »
HELVÉTILS.
« Nous détruirons le temple de l'erreur à moins » de frais {b\ ^>
l'abbé raynal.
Quel service à rendre au genre humain ! c'est alors qu'on verra naître un véritable âge d'or, lorsque nous serons débarrassés des princes, des nobles , des prêtres et du culte.
d'alembert.
cf Fanatiques papistes , fanaticjues calvinistes , ^j tous sontpétris de la même boue détrempée de » sang corrompu (c). »
LE BARON
^f C'est dans l'atelier de la tristesse que l'homy> me malheureux a façonné le fantôme dont il
j a fait son Dieu La même cause a formé
n ses tyrans et son esclavage Le véritable
[a] Correspondance ^ tom. XX, pag. 261.
[h) Même ouvrage et même Tolume , pag. 263.
[c] Même ouvrage et même volume, pag. 60. •
( 3/(7 ) - aiiii dos hommes (/^ Philosophe) vient à son • secours, et l'encourage à briser l'un et Taulr»
^ joug [il).
DAMILAVILLK.
» Sitôt qu'on peut désobéir impunément , on le peut légitimement (h).
IIELVÉTIUS.
') L'homme n'est presque en tout climat qu'un
captif dégradé , dépourvu de grandeur d'àme,
'^ de raison , de vertu , à qui des geôliers in-
» humains {les rois et les prêtres ) ne permettent
» jamais de voir le jour (c). »
CONDORCET
On ne verra naître et briller l'âge d'or philosophique que lorsqu'on aura supprimé toutes les fondations. « Point d'hôpitaux qui ne peuvent :) servir qu'à entretenir la fainéantise Ul). Point j) de médailles , point de ces honneurs subalter- 'j nés, avec lesquels la charlatanerie cherche à » payer la vanité ; il faut encourager et non cor- » rompre ; on ne devroit donner que des grati-
[a] Système de la Nature.
[h) Contrat social de J.-J. Rousseau.
(c) De l' Esprit.
[d) La fainéantise des Liesses , des vieillardi , des estropiés, des irapotens , des enfans au maillot!...
» ficalions et des pensions (a). Remarquons )> encore que la bienfaisance n'est qu'une foi- » blesse , à moins qu'elle ne serve à l'utilité pu- » blique (d).
HELVÉTIUS
:» Cependant il faut convenir que l'homme o qui sacrifie ses plaisirs , ses habitudes et ses
» plus fortes passions à l'intérêt public est
» imxpossible ; et , en s'abandonnant à son ca- » ractère, on s'épargne au moins les efforts inu- » tiles qu'on fait pour y résister (cj. (On rit.)
TOUSSAIIVT.
D'ailleurs, convenons-en , « une âme mortelle » n'a point de devoirs ; on croit lui faire beau-
(«) Cela est en effet plus solide ; mais il nous semble que l'argent corrompra toujours beaucoup plus que des marques de distinction.
(è) Quoi ! ces actes isolés de charité qui n'ont aucune influence générale, comme, par exemple, de soigner en secret des individus inutiles et souffrans , et tant d'autres actions de cette espèce, ne sont pas vertueuses et ne prouvent que de lâ/oihlesse ? Voilà une idée neuve, elle ne séduira pas les bons cœurs. Quel homme seroit-ce que celui qui , lorsqu'il s'agit de donner, de secourir, de faire du bien, calculeroit froidement si ce qu'on lui demande peut servir à l'utilité publique ? Tout ce que vient de dire M, de Condorcet , est tiré de son Eloge de M. Turgot.
[c) De V Esprit.
( 349 ) » coup (i'Iioniicur (Je vouloir la décorer d'une jjrctenduc loi née avec elle , coinnie de tant » d'autres idées acquises; elle n'est point la dupe )) de cet honneur-là. Une âme l)ien orgaiiisée , » contente de ce ([u'elle est , et ne poussant pas » ses vues plus loin, dédaigne tout ce qu'un lui » accorde au-dessus de ce qui lui appartient en » propre , et se réduit au sentiment (a). »
d'A-LEMBERT, Qn riant.
C'est parler un peu crûment.
GRIMM
Crûment est le mot.
l'a-bbé morellet.
C'est parler très-conséquemment, lorsqu'on ne croit point à l'immortalité de l'âme.
COiVDORCET.
On peut cependant combattre de telles idées , qui anéantiroient Tamour de la patrie.
d'alembeut.
Bon ! la patrie , c'est un mot bien vide de sens (b).
[à) Discours sur la Fie heureuse.
[b] C'étoit l'opinion des principaux phiiosoplies ; d Alembert répète dans ses Lettres qu'il ne va pas en Russie, parce qu'il craint le froid j il ajoute toujours qu'il déteste la
HELVÉTIUS
« Au fait , Messieurs , l'intérêt est l'unique juge
» de probité On doit regarder les actions
)) comme indifférentes en elles-mêmes, sentir que » c'est au besoin de l'Etat à déterminer celles n qui sont dignes d'estime ou de mépris , et en- " fin au législateur, par la connoissance qu'il doit » avoir de l'intérêt public , à fixer l'instant où » chaque action cesse d'être vertueuse et devient » vicieuse (^a).
TOUSSA TÎNT
» Le bonheur est une sensation agréable , un » bien-être , un plaisir , en un mot tout ce qui )) flatte le corps : voilà le seul pilote qui conduise » à la félicité. Les objets étrangers , la vérité , le » savoir , la vertu ne sont que des biens d'idée . )) des causes intrinsèques (^).
DIDEROT
ii II faut au philosophe , outre le nécessaire
France^ le pays des singes ; lui et M. de Voltaire n'appellent jamais les Français que des IVelches ^ et ils se plaisent à les rabaisser en toute occasion , en élevant sans cesse audessus d'eux les Anglais. M. de Voltaire traite ouvertement de sottise l'amour de la patrie, dans son Dictionnaire philosophique (Voyez dans cet ouvrage le mot Patrie^.
(a) De l'Esprit.
(b) Les Mœurs.
«précis, un honnête superflu nécessaire, par '> lequel seul on est heureux. La pauvreté nous jj prive du bien-être , qui est le paradis du philo- » sophe (f/) (3). »
l'abbé raynal.
Parlons un peu de ce (jui nous intéresse tous. Savez-vous , M. Diderot, que tous les gens de goût se moquent de plusieurs articles de l Encyclopédie, et franchement, ils n'ont pas tort. La hardiesse réussira toujours , il n'en faut rien rabattre; mais il ne faut pas prêter au ridicule , il faut plaire aux gens du monde , et surtout aux femmes.
DIDEROT , avec emphase.
Ah! oui aux femmes!....
LE BARON, en souriant.
Ce nom seul excite son enthousiasme.
DIDEROT
fc Lorsqu'on veut parler des femmes , il faut
(d) Voilà du moins un st) le bien assorti aux sentimens ; de telles idées doivent être exprimées ainsi. Le passage se trouve dans V Encyclopédie.
Nous possédons de madame du Chàtelet (qui étoit une femme philosophe) , un Traité du Bonheur^ dans lequel l'auteur place au rang des choses qui contribuent le plus au bonheur l'état de santé qui fait aller régulièrement a la <(arde~robe.
» tremper sa plume dans rarc-eii-ciel, et jeter sur " salignela poussière des ailes d'un papil Ion (^zj.^
l'abbé MOBELLHT, parlant à son voisin , en regardaiit Diderot.
Il est admirable par ^o/z abondance^ sa faconde , son air inspiré l [b)
l'abbé RAYIN'AL.
Revenons à l'Encyclopédie ; songez, M. Diderot, à ce que je viens de vous dire: il ne faut assurément pas céder aux criailleries des bigots et des prêtres ;, je le répète; usons toujours avec courage de la liberté de penser , en même temps ne choquons point dans les choses indifférentes ce que les esprits superficiels appellent le boa goût.
DIDEROT
Que voulez- VOUS mon ami , « l'Encyclopédie >i est un gouffre où des espèces de chiffonniers
[a] iCEuvj^es de Diderot.) Le conseil n'est pas facile à suivre ; car il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir tremper sa plume dans Varc-en-ciel; mais les écrivains qui n'auront pas le génie de Diderot, se boi'neront à jeter sur leur ligne la poussière des ailes d'un papillon , ce qui certainement doit suffire pour parler des femmes avec beaucoup d'agTcment.
{h) Propres paroles de l'abbé Morellet sur Diderot ( Voy . ses Mémoires , tom. I«'"jpag. i34, seconde édiûon).
)) jettent péle-mèle uue infinité de choses mal » vues, mal digérées, bonnes, mauvaises , détes- » tables , vraies , fausses, iriccrtaines, et toujours » incohérentes et disparates (a). » Il n'en est pas moins vrai que cette entreprise immortalisera ses auteurs.
d'alembert.
« Sans doute, mais on a employé trop de ma- » nœuvres à cet ouvrage , et on y a mis trop de » déclamations ; c'est un habit d'arlequin , où il » y a quelques morceaux de bonne étoffe et trop » de haillons (^). »
DAMÏLAVILLE.
Elle rendra du moins l'important service d'anéantir la superstition (c).
(a) Encyclopédie, mot Encyclopédie , de Diderot.
(6) Correspondance , tom. XXI , pag. 38.
(c) C'est ainsi que ( par un reste de respect qu'ils ne s'avouoient pas), ils étoient convenus d'appeler la Religion. «C'est une remarque qui n'échappera pas à l'Histoire, dit » M. de La Harpe ( Cours de Littérature ) , que quand les » philosophes sans -culottes apportoient tous les jours à la «barre, les vases sacrés et les ornemens du culte, jamais » ils ne se sont avisés de dire les dépouilles du culte; ils s'en wgardoient bien. C étoient toujours les dépouilles du fanah tisme ; que de choses là-dedans pour quiconque est en état >j de réfléchir !»
TOUSSAINT
Tous les hommes dowent être égaux ^ tous les biens doivent être en commun , toute propriété est une usurpation , tout maître est un tyran. Les peuples qui souffrent cette tyrannie sont des imbécilles {a),
DAMILAVILLE.
« Le christianisme n'a pas proprement pour » objet de peupler la terre.... Ce culte proscrit le y> divorce que permettoient les anciens, et en cela » il devient un obstacle aux fins du mariage [h), » Le dogme de l'immortalité de l'âme pouvoit » être utile à l'humanité ; il est pourtant d'ex- » périence qu'il lui a toujours été funeste: cela i> prouve que , dans le sens où ce dogme a été » reçu parmi les hommes, son seul effet est de » flatter leur orgueil ; il les rend ingrats envers » la nature (c) , ils croient ne tenir d'elle que
[a) Voilà les grandes idées que donne la philosophie (Voy. le Discours sur l'Origine de l'Inégalité des Hommes , de Rousseau ; le Code de la nature , les ouvrages intitulés de T Esprit, Révolution de l'Amérique , et tant d'autres ouvrages de ce genre, non-seulement remplis d'impiété, mais encore des déclamations les plus séditieuses.)
[b) (Encyclopédie , mot Population , article de Damilaville. ) C'est ce que les Jacobins ont répété d'après leurs maîtres , et c'est à quoi ils ont remédié.
[c) Qu'est-ce donc que cette respectable nature? qu'est-ce
^> des choses méprisal)les qu'ils ne doivent cher- » cher, nia conserver , ni à transmettre. Quel in- » térét des êtres pénétrés de ces idées pouiroient- » ils prendre au maintien et à la propagation w d'une société dans laquelle ils ne se considèrent " que comme des passagers ; qui ne regardent ce » monde que comme un vaste caravansérail dont h ils ont grand'hâte de sortir ? Pour eux la Proy> videncefera tout ; ils ne se mêleront de rien (a).
que cet être abstrait , qui n'est pour les athées que le hasard? et comment lui doit-on de la reconnoissance ?
(fl) Ils ne se mêleront que de soulager les infortunés , de les chercher, de les découvrir, de se dépouiller pour eux ; il est vrai qu'ils attendent dans une autre vie le dédommagement des injustices et des absurdes calomnies que souffre si souvent sur la terre la piété parfaite d'un véritable chrétien ; mais ils savent que les récompenses immortelles, destinées à la vertu, ne seront accordées qu'à la bonté , à la charité constante et au dévouement généreux pour ses semblables , pour la patrie et pour ses ennemis mêmes. Prétendre que la loi des chrétiens ne peut que rendre insensible , égoïste , indifférent au bien public , c'est pousser l'animosité jusqu'au dernier degré de l'aveuglement et de la démence. On a déjà vu dans cet ouvrage , par des faits irrécusables, que l'on doit au christianisme , l'abolition de l'esclavage , la civilisation européenne , et que , particulièrement en France , on doit à des religieux la restauration des lettres , le défrichement des terres , tous les établissemens de bienfaisance et les progrès de tous les arts utiles. Quoi! cette foule de saints se dévouant , dans les calamités publiques , au soulagement de
(356) ^ Le plus grand des vices est de tromper la na- 7> ture (a).
DIDEROT
» Plus d'excellence en poésie, en peinture, » en musique, quand la superstition aura fait )) sur le tempérament , l'ouvrage de la vieilli lesse [b). »
de leurs frères î Quoi ! les frères et les sœurs de la Charité , et les prêtres qui vont porter des secours et des consolations divines aux pestiférés abandonnés de leurs parens mêmes ! Quoi ! tous ces héros de la Religion et de l'humanité ne sont que des égoïstes qui ne prennent awcun intérêt au bien de la société ? Exposer sa vie , donner ses biens , se refuser souvent le nécessaire , compatir à toutes les douleurs , même à celles du vice , passer les mers ou parcourir les villes et les campagnes , pour répandre les lumières d'une morale angélique , sacrifier le sommeil et le repos , pour aller recueillir les derniers soupirs du mourant ; voilà ce que la philosophie appelle de l'égoïsme !... Il est vrai que ces hommes apostoliques , loin de respecter la nature , combattent les passions désordonnées qu'elle inspire ; et c'est là le plus grand crime aux yeux des philosophes modernes , puisque (comme ils le disent eux-mêmes) le bien-être personnel sur la teire est le seul paradis réel,
[a) Encyclopédie , mot Population.
[b) a Je défie, dit M. de La Harpe, qu'on trouve dans » cette phrase de Diderot , l'ombre de bon sens. S'il s'agit w de la superstition proprement dite , je ne vois pas pour- » quoi dans ce cas même , un poète , un peintre, un musicien >; perdroit son talent avant le temps , parce qu'il seroit supers-
CONDORCET
Il est certain que toute doctrine religieuse est contraire au bonheur des nations , et que la inoraie nest corrompue que par son mélange avec
» titieux ; et quand Raphaël et Pcrgolèse auroient été supers-
i) titieux , je ne crois pas que cela eût empêché le premier
M de faire son tableau de la Transfiguration , ni l'autre son
5) Stabat; si la superstition signifie (comme on a droit de le
» penser , et comme tous ces philosophes-là , sans exception ,
M veulent qu'on le pense ) , la P«.eligion , c'est encore ( il faut
» trancher le mot ) une bêtise ; car qu'y a-t-il de plus bête ,
» que de démentir des faits sans nombre , qui vous écrasent
» dès qu'on les articule; de démentir tous les cîiefs-d' œuvre
» de tous nos grands artistes en tout genre , dans le siècle
ï» dernier , et leur invariable attachement à la Religion qui
» n'est pas plus douteux que leur mérite ? Il faut avoir un
» front de philosophe pour s'exposer à cet inévitable excès
» de confusion : mais je vais plus loin , et je vais montrer un
» effet tout opposé dans ce qu'il plaît à cette tourbe insolente
» d'appeler superstition . Je veux montrer dans le progrès
» de la piété , le progrès du génie ; ce qui est si loin de son
» affoiblissement. Jusqu'à Phèdre , Racine avoit toujours été
» très-bon chrétien , cela n'est pas équivoque ; mais il étoit
•» plus , il étoit dévot et dévot jusqu'à renoncei au théâtre
w quand il fit ( ce qui est universellement reconnu pour son
» chef-d'œuvre , et celui de la scène , de l'aveu même de V6Î-
» taire) Athalie ; quicroiroit, si un philosophe ne nous l'ap-
» prenoit pas , qu'un homme est si prodigieusement déchu
i> quand il fait ime Athalie; et Descartes ? Vous verrez qu'il
y> étoit devenu imbécille| , quarïd il laissa un ex-voto à Notre-
» Dame-de-Lorette. »
la Religion («); mais j'ai là-dessus, Messieurs, un problème fort extraordinaire à vous proposer, et qui mérite toute votre attention : dites-moi, je vous prie, pourquoi « la Religion de Mahomet, » qui est la plus simple dans ses dogmes , la moins » absurde dans ses pratiques, la plus tol.3rante » dans ses principes, semble condamner à une )) incurable stupidité , toute cette vaste portion w de la terre où elle a étendu son empire , tandis « que l'on voit briller le génie des arts et des 3^ sciences sous les superstitions les plus absur- « des (U) , et au milieu de la plus barbare intoléïj rance. (c) . «
{a}j (Vie de Turgot^ pag. 178.) Les maximes de l'Évangile qui corrompent la morale!... Est-il concevable que la Laine de la Religion puisse conduire un liomme d'esprit à cet excès d'absurdité? mais il est juste qu'un sentiment si dépravé , si exécrable puisse priver celui qui l'éprouve des lumières les plus communes de la raison , et c'est ce que nous trouvons continuellement dans les écrits des plus célèbres philosophes modernes.
[b] Parmi les chrétiens.
[c) f Esquisse sur les Progrès de l'Esprit humain, par M. le marquis de Condorcet. ) L'auteur de l'un des plus beaux ouvrages que l'on ait publiés dans ce siècle ( la Législation primitive } , cite ce passage , et il ajoute : a II n'y a qu'à y> lire le Coran , pour savoir ce qu'on doit penser de la sim- ■i plicité de cette croyance , de la sagesse de ce culte^ de lit
d'alembert.
La question est en effet difficile à résoudre.
HELVÉTIUS
Ce qui est évident , c'est que nous sommes courbés sous les préjugés les plus intolérables ; par exemple , dans les grands principes de Tintérct de la patrie y il seroit utile d'anéantir l'amour paternel et filial. « Tous ces liens de père et d'en- '> faut peuvent nuire à ceux des citoyens , et prow duisent seulement des vices sous l'apparence » de vertus de petites sociétés , dont les intérêts » presque toujours opposés à l'intérêt public y » éteindroient à la fin dans les âmes, toute espèce » d'amour de la patrie !.... On ne peut soustraire » les peuples à ces calamités , qu'en brisant entre » les hommes tous les liens de parenté , et en dé- )j clarant les citoyens enfans de l'Etat; c'est le seul y) moyen d'étoufïer les vices {a). Les sentimens « de la nature ne sont que des illusions, des pré-
» tolérance j etc. Condorcet ne donne point l'explication de » ce prétendu phénomène. »
M. de Bonald fait encore sur cet étrange paragraphe d'excellentes réflexions qu'il termine ainsi :
« J'ose dire qu'on chercheroit en vain un autre exemple de » préjugés philosophiques plus absurde, et d'une déraison «plus complète. »
{a) De l'Esprit.
» jugés ; on n'aime plus ses enfans dès qu'ils ont 3) atteint l'âge de l'indépendance.... Alors le père y> ne voit en eux que des héritiers avides.... et s'il » aime ses petits-fils, c'est qu'il les regarde comme M les ennemis de ses ennemis {a). D'ailleurs toute 5j espèce de dépendance étant injuste , le fils ne » dépend pas plus du père que celui-ci de sa » progéniture (^).
TOUSSAINT
w L'amour filial n'est pas d'une obligation si 3J générale qu'il ne puisse être susceptible de dis- » pense. Un père dont on n'éprouve que des té- )) moignages de haine , toute la distinction qu'on :» lui doit, c'est de le traiter en ennemi respec- » table (c). «
HELVÉTIUS
Conçoit-on l'indignation qu'inspirent aux esprits vulgaires des maximes fondées sur l'expérience et sur des faits.
GRIMM
Et ils croyent bonnement renverser cet ordre
(a) De V Esprit.
(b) Code de la 'Nature.
(c) (Les Mœurs.) Comparez tous ces préceptes philosopliiques à ceux de TAncien et dû Nouveau-Testament recueillis dans le chapitre précédent.
invariable de choses , par quelques phrases sotteuient sentimentales.
HELVÉTIUS
Rien n'est stupide comme leurs thèses sur l'amitié. « Il n'en est pas moins vrai qu'un homme )i d'esprit, on prédisant l'instant où deux amis » cesseront de s'être utiles , peut calculer le
> moment de leur rupture, comme l'astronome
> calcule le moment de l'éclipsé {a). »
COIVDOIICET.
Ajoutons à tout ceci une grande vérité : c'est que « les grandes âmes sont les seules qui ne se » réconcilient jamais ; les fripons savent nuire V ou se venger , mais ils ne savent pas haïr {b\ y^
(a) De V Esprit.
(b) fVie de M. de Turgot. par M. le marquis de Condorcet. ) Quels sentimens ! quelles maximes!... Il y a de la noirceur et de la cruauté dans la haine, puisque toutes ses pensées , tous ses désirs sont barbares. Quel état qut; celui d'une âme qui maudit constamment une créature humaine, qui s'afflige du bien qui lui arrive, qui ne lui souhaite que du mal , et dont les vœux secrets sont des attentats ! La haine n'est jamais exempte de bassesse, parce qu'elle ne sauroit l'être de perfidie ; car alors même qu'elle se déclare, elle est toujours forcée par les bienséances sociales , de dissimuler ses mouvemens les plus coupables ; elle feroit horreur, si elle se niontroit sans déguisement. En sup • posant qu'elle s'interdise de mauvaises actions, elle est tou jours une férocité concentrée. Il n'existe point de haim-
LE BA.RON
Ceci rappelle naturellement la belle épitaphe de Sylla , qui ordonna de tracer sur sa tombe ces paroles remarquables :
« n rendit toujours au centuple le bien et le mal qu'on lui fit, »
Avouons pourtant que , si chacun rendoit le mal au centuple^ le monde deviendroit un théâtre de vengeance et de carnage, et la clémence cesseroit d'être une vertu.
damila ville.
Le mal ne seroit pas grand , car c'est la vertu des dupes.
LE BAROIV.
Le pour et le contre peuvent se soutenir, comme dans toutes les discussions philosophiques, mais nous pouvons employer mieux notre temps , si M. d'Alembert a reçu des nouvelles de Ferney.
THIRIOT
Assurément il en a reçu , car je lui ai porté ce
platonique. Quand on se livre à cette affreuse passion , 'û est possible de ne pas faire des crimes dignes de mort , mais on fait toujours des méchancetés.
malin doux gr(^)S pacjuelsdoiit l'un a Irainc ïou*^tenips eu route.
RA.YNAL.
Ainsi donc , il en a une provision toute fraîche.
LK BAROIV.
Quel bonliCLU* !
D'ALEMBr.RÏ.
J'en ai apporté cinq ou six bien choisies , dont je vous Urai des fragmens.
LE r.ARor«r.
Rapprochons-nous de hii.
d'alembert.
Ecoutez donc : (II déploie une lettre. ) Je VOUS ai
prévenu que je ne hrois que des morceaux détachés , afin de vous faire part dans ime seule séance de ce qu'il y a de plus saillant dans ces lettres, (il lit tout haut.) « Mlle Corneille est bien » élevée ; il faut remerciei- Dieu d'avoir arraché M cette âme à l'horreur d'un couvent (4).
)) O mes frères, travaillez sans relâche ; semez » le bon grain {a).
» Sans doute, il faut se réjouir que Jean-Jac- » ques ait osé dire ce que tous les honnêtes gens M pensent, et ce qu'ils devroient dire tous les
(a) Correspondance y tom. XX, pag. 199..
( se,', )
> JOUI S (a) ; mais ce misérable n'en est que plus » coupable d'avoir insulté ses amis, ses bien fai- » leurs ; sa conduite fait honte à la philosophie. » Ce petit monstre n'écrivit contre vous et con- M tre les spectacles, que pour plaire aux prédi- » cans de Genève , et voilà ces prédicans qui » obtiennent qu'on brûle son livre et qu'on dé- « crête l'auteur de prise de corps. Voiis m'a- 5> vouerez que le magot s'est conduit comme un
>ï fou (b). ( On rit. )
» A l'égard de Luc (c), tantôt mordant, tantôt ■>i mordu, c'est un bien malheureux mortel, et » ceux qui servent ces Messieurs- là, sont de ter- » ribles imbécilles. Gardez-moi ce secret avec « les rois et avec les prêtres (cl).
» Ma mission va bien , et la moisson est assez » abondante; tâchez de votre côté d'éclairer la » jeunesse autant que vous le pourrez (e). (On rit). » Comment donc , ce Lebrun me pique de ses
(a) Les impiétés qui se trouvent dans Emile , quelques pages après les plus grands éloges donnés à la Religion , à sa morale et a la vérité frappante des preuves de la révélation...
(è) {Correspondance, tora. XX, pag. 20'').) Quel style et quelle bassesse d'expressions!
(c) Le roi de Prusse.
\d) Correspondance y tom. XX, pag. 60.
(e) Même volume, pag. 214.
" épines, lui qui m'a fait une si belle ode pour " ni'engager à prendre la nièce à Pierre? mon » cher |)hilc)Soj>he , jr vous embrasse de tout » mon cœur, et je vous serai attaché tant que je >' végéterai sur notre globule lerraqué {ci). »
d'aLEMBKRT , continuant.
En voici une autre. ( il déploie une autre lettre. ) (( Moncheret grand philosophe, il faut que je vous »> parle morale ; il y en a tant dans ce diaboli- » que dictionnaire (Z>), que je tremble que Tau- » teur et l'ouvrage ne soient brûlés par les en- » nemis de la morale et de la littérature. Le plus j> grand service que vous puissiez me rendre est )) de bien assurer sur votre part de Paradis , >i que je n'ai aucune part à cette œuvre d'Enfer; » il y a trois ou quatre personnes qui crient, que » j'ai soutenu la bonne cause , que je combats » dans l'arène jusqu'à la mort contre les bétes » féroces (c). Ces bonnes âmes me bénissent et » me perdent; c'est trahir ses frères que de les » louer en pareille occasion; il faut agir en con- » juré et non pas en zélé (d). Si jamais vous ren-
(a) Correspondance , tom. XX, pag. 242 et suiv.
(è) Son Dictionnaire philosophique.
(c) Les bétes féroces combattoient de leur côté contre les obscénités et les turpitudes de tous genres , les plus infâmes.
(J) £n conjuré est un mot précieux.
» contrez quelque pédant à grand rabat on à petit » rabat,ditesleurbien,je vousen prie, que je renie
« tout dictionnaire («) Je crois qu'il y a dans
il Paris très-peu d'exemplaires de cette abomina- » tion alphabétique , et qu'ils ne sont pas entre » des mains dangereuses; mais dès qu'il y aura » le moindre danger , je vous demande en grâce w de m'avertir, afin que je désavoue l'ouvrage w dans tous les papiers publics avec ma candeur » et mon innocence ordinaires (^). J'attends cerw tains papiers dont vous ne me parlez pas , et yi dont je vous rendrai bon compte, quand ils » me seront parvenus (c) ; on gardera le secret » comme chez des initiés et des conjurés.
>i Je crois que les malins et les gens à réquisi- M toires, sont trop occupés de finances pour » brûler de la philosophie. C'étoit, comme j-e » vous l'avois dit, cet honnête abbé d'Estrées, » qui avoit été le premier délateur. Vous savez » qu'il est généalogiste ; c'est une belle science. » Il étoit à la campagne en qualité de généalow giste et de polisson , chez M. de la Roche-
[a) On supprime ici une impiété.
[b) Phrase banale qu'il répète souvent dans ses Lettres. Se glorifier de la lâcheté, de la duplicité , quel excès d'avilissement! [Correspondance, tom. XX, pag. 3i6.)
[c) Ce mystère n'est point expliqué dans la Lettre.
( 367 ) » Aynujji , (loiil la terre touche à celle du j)ro- < ureiir-géiiéral (a), y*
(;iini!Nr.
Polisson est charmant!
l'abbé morellet.
Il est unique !
d'aleMBERT, continuant.
« Ma reconnoissance est vive , je Tavoue (Z>) , » mais ce n'est pas elle qui fait mon enthou- » siasme pour vous; c'est votre zèle aussi intré- » pide que sage; c'est votre manière d'avoir » toujours raison ; c'est votre art d'attaquer le » monstre, tantôt avec la massue d'Hercule, w tantôt avec le stylet le plus affilé; et puis, n quand vous l'avez mis sous vos pieds, vous » vous moquez de lui fort plaisamment. Que » j'aime votre style ! que votre esprit est net et » clair (c)\
d'alemberT , s'interrompant.
C'est l'amitié qui parle.
LE BARON
Et la vérité.
(a) f Correspondance , tom. XX, pag. 33 1.) Qu'est-ce que l'emploi de Polisson chez un archevêque ?
(b) Sur un éloge public de Voltaire fait par d'Alembert.
(c) Suppression d'un blasphème.
{Correspondance , tom. XX, pag. 2 5i.)
d'alembert, continuant.
w Le monde se déniaise furieusement; une » grande révolution dans les esprits s'annonce M de tous côtés; vous ne sauriez croire quels 3> progrès la raison a faits dans une partie de " l'Allemagne (a). Je ne parle pas des impies » qui embrassent ouvertement le système de " Spinosa; je parle des honnêtes gens qui n'ont » point de principes fixes sur la nature des >> choses, qui ne savent pointée qui est, mais » qui savent très - bien ce qui n'est pas ; voilà » mes vrais philosophes {b).
» Mon cher appui de la raison, foumissez- ^) nous souvent de ces petits stylets mortels , à » poignée d'or, enrichie de pierreries (<:)... Vous ^1 avez bien raison de citer le vers des Plaideurs : î) Que de fous! etc.; mais il ne tiendra qu'à vous » de dire bientôt : Que defousi^dS. guéris ! Tous » les honnêtes gens commencent à entendre w raison ; il est vrai qu'aucun d'eux ne veut être » martyr, mais il y aura secrètement un très- )) grand nombre de confesseurs , et c'est tout ce » qu'il nous faut. Frère Helvétius, réussira sans
[a) Ce qui a produit les sociétés secrètes.
(Jb) (Correspondance ^ tom. XX, pag. 352.) Le reste de cette lettre est d'une telle impiété , qu'on ne peut le transcrire.
(c) Suppression d'un blasphème.
( ~^C9 ) n iloiitc auprès de Frédéric (a); s'il pouvoit » partir dcbi quelques traits (jui secondassent » les vôtres, ce seroit uiie bonne affaire (^).
» J'aime à vous voir rire au nez de vos poli- » chinelles (c) à qui vous donnez tant de nasar- M des </.... Les a'oquignoles aux cuistres théow logiens sont, je crois, parties (e). Courage, » Archimède ; le ridicule est le point fixe avec le- » quel vous enlèverez tous ces maroufles, et les » ferez disparoître (/).
» Je suis bien sûr que vous approuverez qu'on j> estime, qu'on méprise, qu'on aime ou qu'on » haïsse , très-indépendamment des titres ; je » vousaimerois et je vous louerois, fussiez-vous » pape ; et tel que vous êtes , je vous préfère à » tous les papes , ce qui n'est pas coucher gros. » (On rit.) (^). Mais je vous aime et vous révère » plus que personne au monde (5).
THIRIOT
Il a des expressions si plaisantes (h) ?
(rt) Il alloit à Berlin.
[b) Correspondance j tom. XX, pag. 356 et suiv.
(c) C'est ainsi qu'il désigne les Jésuites-
[d) Suppression d'un blasphème.
(e) Des libelles contre les Jésuites.
(/) Correspondance , tom. XX, pag. 35g et suiv.^ (o') Même volume, pag. 362.
(h) Et de si bon goût.
( 370 ) « Le petit-fils de mon maçon , devenu évéqiic » d'Annecy, joint aux fureurs du fanatisme
i> une mauvaise foi consommée (a) Vous sa-
>i vez qu'il écrivit contre moi au Roi Tannée » passée ; mais ce que vous ne savez pas , c'est
w qu'il écrivit aussi à (b) Rezzonico ; il y eût
" un bref du pape , dans lequel je suis très-clai- )) rement désigné (c), de sorte que je fus à la fois » exposé à une lettre de cachet et à ime excom- )) munication majeure, w
l'abbé raynal.
Quelle horreur!
GRIMM
Et quelle niaiserie !
DAMILAVILLE.
Et dans le xvm® siècle.
COIfDORCET.
Cela fait pitié.
d'alembert, poursuivant.
« Mais que peut la calomnie contre l'inno-
(a) Cet évêque d'Annecy étoit Tun des plus respectables prélats qui aient existé; on a de lui des lettres à M. de Voltaire , qui sont des modèles parfaits de douceur , de raison et de dignité.
(6) On supprime une épithète infâme.
(c) Pour avoir publié des écrits obscènes remplis d'impiété. Quelle injustice!...
», ceiice ?(On rit.) Je reçois dans mon lit le viali- » (juo que m'apporte mon cure, devant tous Jes » coqs de ma paroisse, et je déclare que l'évéque » d'Annecy est un calomniateur, et j'en j)asse » acte par-devant notaire. Voilà monmaron d'An-
» necy, furieux , désespéré conime un damné
» menaçant mon pieux confesseur et mon no- )j taire. Quoique cet énergumène soit Savoyard, » et moi Français , cependant il peut me nuire » beaucoup , et je ne puis que le rendre odieux » et ridicule : ce n'est pas jouer à un jeu égal. » Toutefois , j'espère que je ne perdrai pas la » partie; car, heureusement , nous sommes au w dix-huitième siècle , et le marouffle croit être » au quatorzième. Vous avez encore à Paris des » gens de ce temps-là ; c'est sur quoi nous gé- » missons. Il est dur d'être borné aux gémisse- » mens ; mais il faut au moins qu'ils se fassent » entendre, et que le bœuf-tigre (a) frémisse. On » ne peut élever trop haut sa voix en faveur de w l'innocence opprimée (d).
» L'évéque d'xinnecy, soi-disant prince de » Genève , a voulu non-seulement me damner » dans l'autre monde , mais me perdre dans ce-
(a) C'est ainsi qu'il désignoit l'évéque. (6) Tome XXI de l'ouvrage et tome II de la Correspondance, pag. 10.
(37.) 5j lui-ci. Il m'a calomnié auprès du Roi; il â » conjuré Sa Majesté très - chrétienne de me » chasser de la terre que je défriche ; il a ii employé contre moi , sa truelle , sa crosse , sa « croix , sa plume , et tout l'excès de son ab- >j sur de méchanceté ; c'est le calomniateur le » plus béte qui soit dans l'Eglise ; je n'ai pu le » chasser d'Annecy , parce que je n'ai pas douze » mille hommes à mon service. Je n'ai pu com- » battre l'excès de son insolence et de sa bêtise, » qu'avec les armes défensives dont je me suis » servi. J'ai agi en citoyen , en sujet du Roi , qui » doit être de la religion de son prince , et je » braverai les scélérats persécuteurs jusqu'à mon » dernier moment (<2).
» Je ne dois pas être content du procédé de(^).... » Je lui pardonne, à condition qu'il assommera. » un bœuf-tigre, quand l'occasion s'en présentera; » mais je ne lui pardonne qu'à cette condition (c).. (Rire général.)
» Vous savez peut-être que non-seulement » j'ai reçu mes lettres-patentes , de frère Amatus )) de Lamballa , notre général, résidant à Rome ^ » mais que je suis père temporel des capucins
[à) Scélérat , parce qu'on lui avoit demandé une rétractation de ses infamies [Correspondance y tom. XXI, p. 14). (h) Le nom de la personne n'est pas dans la lettre. (c) Correspondance , tom, XXI, pag. 32.
« lie mon petit pays. Je vous donne ma malédic- » lion si vous ne mVcrivcz pas et si vous ne nie » niîinclez pas ce que vous savez de l'assemblée » du clergé (r/). (On rit aux éclats.)
» Je me regarde dans votre entreprise illus- » ire (l?) comme votre prèle-nom ; on veut dres- » ser un monument contre le fanatisme, contre la » persécution ; c'étoit vous , c'étoil Diderot qu'il » falloit mettre là ; mais je me tiens pierre d'atten- » te ; il ne seroit pas mal que Frédéric se mit au » rang des souscripteurs ; cela épargneroit de » l'argent à des gens de lettres trop généreux » qui n'en ont guère ; il me doit cette répara- » tion (c) , et vous êtes le seul qui soyez à portée :» de lui proposer cette bonne œuvre philoso- » phique (d). :»
d'alembert, s'interrompant.
Ce n'est pas sans dessein , Messieurs , que je vous lis de swite les passages de ces lettres ,
(a) [Correspondance , tom. XXI, pag. 40.) Il eut en effet très-sérieusement cette ridicule hypocrisie ; il sollicita vivement ce titre, et il obtint les lettres-patentes.
(b) La statue que les amis de M. de Voltaire vouloient lui faire élever par souscription.
(c) Du tort d'avoir trouvé mauvais que l'homme qu'il avoit comblé de bienfaits , l'eût déchiré de mille manières dans ses lettres et ses libelles.
(d) Correspondance , tom. XXI, pag, 53 , 64.
•( 374 ) relatifs à sa statue; il est bon que vous connoissiez l'intérêt extrême qu'il y met , car c'est un coup de partie pour la philosophie. Cette imposante statue donnera le plus grand éclat à la cause de la raison, et en la contemplant , l'imagination de tout penseur verra autour d'elle tous les préjugés enchaînés et terrassés , et tous les cuistres de l'Europe démasqués et confondus.
LE BA.RON
Oui , c'est un coup départie.
D ALEMBERT, reprenant sa lecture.
« Vous êtes ami de l'archevêque de Toulouse , ^) je suis persuadé que vous l'avez mis au rang y> des souscripteurs ; mandez - moi , s'il vous :>3 plaît , si M. et madame de Choiseul ont sous- » crit , ou s'ils l'ont oublié ; il est très-nécessaire y) qu'ils souscrivent {a). Je vous recommande « surtout Frédéric , non pas patce qu'il est roi , » mais parce qu'il me doit une réparation.
)) Il ne me sied pas d'en parler à Catherine , 3> l'héroïne ; ce seroit à Protagoras Diderot d'en » écrire à cette amazone , mais surtout il faudroit >j dire qu'on ne recevra que peu ; on doit ména- » ger sa bourse, que Mustapha épuise {b). Le roi
[a) Correspondance ^ tom. XXI, pag. 65 et suiv.
{h") flMême volume, pag. 71. ) Ce qui signifie qu'on n'o-
(375) » pliilosoplic de Daiicinarck a-t-il fait ce qu'il » cl i soit (^/j? »
DALEMBERT, s'intciTompant.
J'ai fait tout ce qu'il desiroit : j'ai écrit plusieurs fois au roi de Prusse; je viens enfin d'obtenir une réponse; il donnera 9.00 louis. Le roi de Daneniarck souscrira. J'ai fait encore beaucoup d'autres démarches , et vous devez tous vous unir à moi, pour une chose d'un si grand intérêt.
LE BARON
Assurément.
GRIMM
C'est ce que nous ferons certainement , et j'ai déjà commencé (b).
soit pas demander beaucoup d'argent , dans la crainte de ne pas avoir la souscription.
[a) f Correspondance j tom. XXI, pag. 90.) C'est-à-dire a-t-il souscrit pour la statue ?
[b) Tous ces détails et beaucoup d'autres se trouvent dans le même volume de la Correspondance. La gloire humaine est bien peu de chose, mais qu'elle est méprisable lorsqu'on emploie, pour l'acquérir, des intrigues aussi viles!... On voit dans cette Conespondance les mêmes manœuvres pour obtenir des pensions du ministère français et des princes étrangers , et pour les places à l'Académie , qu'on vouloit ne donner qu'aux y^ère^ et amis. On cabaloit avec fureur, pour en écarter tous les gens religieux, quelque mérite qu'ils
d'alEMBERT, continnant.
a II s'élève une génération nouvelle qui a le » fanatisme en horreur. Les premières places w seront un jour occupées par des philosophes , » le règne de la raison se prépare ; il ne tient » qu'à vous d'avancer ces beaux jours, et de faire » mûrir les fruits des arbres que vous avez )) plantés. Confondez donc ce maraud de Cré- 5j vier {a) ; fessez cet âne qui brait et qui » rue (b).
» Cinq ou six personnes de votre trempe suf- » firoient (c) et pour éclairer le monde.
» C'est une pitié que vous soyez dispersés,
eussent , entre autres le savant et respectable président de- Brosses , l'un des hommes qui a fait le plus d'honneur à sa proyincc (la Bourgogne \ Comme il avoit réfuté quelques mauvais ouvrages de M. de Voltaire , ce dernier en conservoit , suivant sa coutume , un ressentiment implacable , qu'il poussa jusqu'à déclarer à l'Académie , par l'organe de son coniîdent d'ilembert, qu'il renonceroit à son titre d'académicien, si l'on recevoit le nazillonneur ; c'est ainsi qu'il désigne le président. L'Académie eut la foiblesse de -céder à cette menace, et, malgi'é le cri public, le président ne fut pas reçu.
{a) Continuateur de V Histoire romaine, qui avoit eu l'audace de parler avec beaucoup de raison et de talent comn> l'impiété.
(b) Con^espondance , tom. XX, pag. 290.
(r) Ici l'on supprime uu horrible bla&phèmc.
( '.77 ) » sans élondard cl sans mot de ralliement. Si ja- »' mais vous (ailes eneore quelqu'ouvra«^t' en la- » veurde la bonne cause , frère Damilavillc me » le fera tenir avec sûreté.... >»
DAMILWILI.r.
Oui , j'en réponds ; j'ai pris des mesures certaines contre la féroce inquisition des cuistres.
LE BARON
Nous nous en rapportons à vous.
d'alembert.
C'est une confiance qui lui est bien due. (il reprend sa lecture. )
« Vous ne serez point compromis par des M bavards comme vous l'avez été. On mettra le » nom de feu M. Boulanger à la tête de l'ouvrage. » Vous êtes comptables de votre temps à la rai- » son humaine (a) (6).
» Avez-vous entendu parler de ce nouveau lé- » gislateur de la littérature, nommé Clément [b)} w J'ai lu cet animal ; j'admire ce ton décisif que » prennent aujourd'hui les gredins de la littéra- » ture. Ce polisson qui juge si impérieusement
[a) Suppression de plusieurs blasphèmes [Correspond dance , tom. XX, pag. 3o2 ).
[b) Qui , par ses excellentes critiques , excita dans le public une si vive sensation.
( 37» ) 3î ses maîtres , présenta, il y a deux ans , une tra- » gédie aux comédiens qui ne purent en lire que » deux actes. Ne pouvant parvenir à l'honneur » d'être jugé, il s'est mis à juger les autres ; c'est » un petit élève de Fréron (a).
« Tous les philosophes sont trop tièdes; ils » se contentent de rire des erreurs des hommes, 3> au lieu de les écraser (b). Les missionnaires » courent la terre et les mers ; il faut au moins ï) que les philosophes courent les rues , il faut 3i qu'ils aillent semer le bon grain de maisons en >) maisons. Acquittez-vous de ces deux grands » devoirs , mon cher frère ; prêchez et écrivez ; » combattez , convertissez ; rendez les fanatiques » si odieux et si méprisables, que le gouverne- « ment soit honteux de les soutenir. On pensera » un jour en France , comme en Angleterre , où M la Religion n'est regardée par le parlement que » comme une affaire de politique; mais pour en 5j venir là , mon cher frère , il faut du travail et >î du temps (c).
» Je prie l'honnête homme qui fera matière ,
(a) Les comédiens n'ont jamais fait l'impertinence de refuser d'entendre une pièce jusqu'au bout , et Clément n'a jamais été l'élève de Fréron.
[Correspondance, tom. XXI, pag. qS. )
{b) Sont-ce les eireurs ou les hommes qu'il faut écraser ?
(c) Correspondance ^ tom. XX. pag= 398.
( ^7!) ) » (on rit) tle bien prouver que le je ne sais quoi, » qu'on iionime matievc^ peut nussi-bieti pen- ») scr que le je ne sais (pioi qu'on nomme » esprit (a). »
d'aLEMBERT, s'iiitcrrompanl, et s'adressaut à l'abbé Morellet.
Voici quelque chose de joli pour vous : « Je Tai vu ce brave Mords-les , qui les a si bien » mordus; il est du naturel des vrais braves , » qui ont autant de douceur que de courage ; il )) est visiblement appelé à Tapostolat (b). »
l'abbé morellet.
Il est bien 'doux d'être désigné avec un tel éloge dans de telles lettres.
(a) Dans d'antres lettres et dans pinsieurs de ses ouvrages, il déclare nettement qu'il croit le monde éternel , c'est-à-dire qu'il n'a point eu de commencement et qu'il n'aura point de fin : qu'ainsi la matière n'ayant pas été créée (ce qui anéantit toute idée de l'existence de Dieu), c'est le hasard qui a tout fait , et qui , en se jouant , a produit les cieux , les astres, la terre, les végétaux , les animaux et l'homme : système qui rappelle ce mot de Pascal qui , à propos du pouvoir merveilleux que l'impiété attribue au hasard , dit que l'on pourroit aussi-bien soutenir qu'il seroit très-possible qu'un cornai d'encre tombé accidentellement sur des feuilles de papier blanc , formât , en très-belle écriture le Discours de trente pages , prononcé par M. le premier Président, a la dernière séance du parlement.
(b) Correspondance, to"m. XX. pag. 3 97.
Je ne puis me refuser à la petite vanité de rappeler une de celles où il a écrit à Thiriot (a) : « Embrassez pour moi l'abbé Mords-les j je ne » cojinois persojuie qui soit plus capable de ren- » dre service à Ici raison.
» Voilà certes lui éloge dont je puis être vain, îj et je le conserve pour que mes amis et ma » famille, en fassent honneur à ma mémoire, " quand je ne serai plus {b). »
DAMILAVILLE.
Cela en vaut la peine.
d'alembert.
Je reprends ma lecture, qui sera bientôt finie.
LE BARON
Tant pis.
d'alembert, lisant.
ce Je vous prie de me dire le nom d'un an- » cien recteur du collège du Plessis, auteur des » trois volumes de Lettres sous le nom de quel- » ques Juifs. Cet homme est un des plus mau- » vais chrétiens et des plus insolens qui soient 3* dans l'Église (c). (On rit.) »
{a) Lettres qui ont été recueillies en date du 19 nov. 1 760.
[h] [Mémoires de Vahhé Morellet, tom. I*"*" , pag. 241.)
(c) {^Correspondance ^ tom. XXI, pag. 261.) C'c-'st ainsi
qu'il désigne l'abbé Guénée, auteur des savantes et spiiituelle»
d'aLKMBCRT, s'intcrrOinpant.
Je lui ai rcpondii que « l'auteur, secrétaire de )) ces Juifs, est un pauvre chrétien nommé Gué- » ncr , ci-devant professeur au collège du Plessis, » et aujourd'hui balayeur ou sacristain de la cha- » pelle de Versailles (a). (Nouveaux rires.) On as- » sure que ce saint Ambroise (b), qui, par hu- » milité, a oublié d'apprendre l'orthographe (ce » qui nous a empêché de lui donner un de » nos fauteuils dont il avoit grande envie , et » nous fort peu) ; on assure donc que ce Chry- » sostôme non lettré a représenté au gouverne- » ment que , choisir pour ministre des finances » un homme qui ne va pas à la messe est un » crime qui tient de la bestialité ; on lui a ré- » pondu que sa remontrance tenoit de la bêtise^ » et on Ta renvoyé dire la messe, et Guéndela. ser-
» vir (c). (On rit.) »
Lettres de quelques Juifs; ouvrage qui a eu tant d'éditions, et qui est encore aujourd'hui si universellement estimé. L'auteur étoit aussi distingué par ses vertus que par ses talens, et il a laissé la mémoire la plus justement honorée.
{a) Sacristain ou balayeur!... Ecclésiastique qui occupoit les places les plus honorables!
{b) Il parle du cardinal de la Roche-Aymon. Le style de l'académicien est si obscur et si incorrect que cette explication est nécessaire.
(c) [Coirespondance , tom. XXI, pag. 2o3.) On sait ce
b'alembert , s'interroropant.
Mais à présent , venons à la fin de la lettre. (Il Ut.)
« Mon adorable philosophe , vous me comblez » de joie, en me faisant espérer que vous ne » vous en tiendrez pas aux Jésuites. Un homme » qui a des terres près de Citeaux, me mande » que le chapitre général va s'assembler : on " donne à chacun six bouteilles de vin pour sa >» nuit (a) : ces moines-là ne vous paroissent-ils » pas plus habiles que les Jésuites ? Détruisez , » détruisez tant que vous pourrez , mon cher " philosophe , vous servirez l'Etat et la philoso- » phie (p),
^j Dieu vous maintienne , mon cher destruc- » teur , dans la noble résolution où vous êtes w de faire main-basse sur les fanatiques , en fai- » sant patte de velours.
j> Mon cher philosophe , utile et agréable au
qu'on doit penser de ces jolies moqueries ; tous les vieillards de ce temps se rappellent que le cardinal de la Roche- Ayînon n'avoit pas adopté l'ortluDgraphe de Voltaire; mais qu'il avoit beaucoup d'esprit , et que même on citoit de lui une infinité de bons mots.
(a) On ne sait à quoi se rapporte chacun , cela signifie à chaque moine. Conte absurde qu'il seroit ridicule de réfuter sérieusement.
{b) Correspondance , tom, XX, pag. 342 et suiy.
» iiioiidc, sachez (JIK* votre oiivrai»c; e>l connue >* vous , etqifaucun eiilant n'a jamais si bien res- ») semblé à son père. Sachez que dès qu'il parut >' dans (ienève , entre \cs mains de quelques >• amis , tous dirent : il écrit comme il parle ; » le voilà, je crois l'entendre. Quand on l'avoit ^j lu , on le relisoit ; on en cite tous les jours des » passages. J'écrivis à mon ami , M. de Cideville^ " que je le croyois déjà répandu à Paris ; je lui » parlai du plaisir qu'il auroit à le lire, et je lui » recommandai, dans deux lettres consécutives, » de ne vous point nommer, précaution entre » nous fort inutile ; il est impossible qu'on ne » vous devine pas à la seconde page. Vous aurez )> à la fois le plaisir de jouir du succès le plus )) complet, et de nier que vous ayez rendu ce ser- » vice au public , devant les fripons et les sots, qui « ne méritent pas même la peine que vous prey) nez de vous moquer d'eux {a).
» Il y a un déchaînement aussi violent que » ridicule , à la Cour , contre les philosophes ; » j'ignore si vous quitterez cette nation de singes, » et si vous irez chez les ours {b) ; mais si vous » allez en oursie , passez par chez nous (c).
» Savez-vous bien que nos ennemis sont dé-
{a) Correspondance , tom. XX, pag. 846 et suiv.
{b) C'est-à-dire en Russie.
(c) Correspondance ^ tom. XX, pag. 87 t.
( 384 ) » chaînés contre nous d'un bout de l'Univers à » l'autre ?Connoissez-\ous le jésuite Iro^ résidant » actuellement à Pékin ? C'est un petit Chinois , )V enfant trouvé , que les Jésuites amenèrent , il y a » environ vingt-cinq ans, à Paris. Il a de l'esprit , » il parle français mieux que chinois, et il est )) plus fanatique que tous les missionnaires en- » semble; il prétend qu'il a vu beaucoup de phi- » losophes à Paris, et dit qu'il ne les aime, ni ne » les estime, ni ne les craint; et où dit-il cela? dans )) un gros livre dédié à monseigneur Berlin ; tout » cela est plus dangereux qu'on ne pense {a).
» Mon cher et grand philosophe , je vous con- » jure encore d'affirmer, sur votre part du Para- » dis, que votre frère n'a nulle part au Portatif (b)i » car votre frère jure, et ne parie pas, que jamais » il n'a composé cette infamie ; et il faut l'en » croire , et il ne faut pas que les frères soient » persécutés. Ce n'est point le mensonge officieux » que je propose à mon frère , c'est la clameur » officieuse , le service essentiel de bien dire que » ce Uvre, renié par moi, n'est point de moi ; c'est » de ne pas armer la langue de la calomnie et la » main de la persécution (c).
(«) CôiTespondance ^ tom. XXI, pag. aSg. {h) Dont il ëtoit l'auteur. C'est son Dictionnaire qu'il appelle ainsi.
(c) {^Correspondance , tom. XXI, pag. 3i7 et suiv.) II
^ Je suis tombé aujourd'hui sur l'article Dic- » tionnaire, où vous parlez de Bujiv en votre » Encyclopédie : Heureux s'il a^f oit plus respecté n la Religion et les mœurs! ou quelque chose d'ai>- ») prochant.. Ah! que vous m'avez contristé! il » faut que le démon de Juricu vous ait possédé » dans ce moment-là. Vous devez faire pénitence » toute votre vie de ces deux lignes. Qu'auriez- » vous dit de plus de Spinosa et de LaFontaine{a)? » Que ces lignes soient baignées de vos larmes! » Ah! monstres ! ah ! tyrans des esprits! quel des- » potisme affreux vous exercez , si vous avez con- » traint mon frère à parler ainsi de notre père (^)! »
ne re/ï/o«> pas et ne pouvoit renier -ce livre en parlant à son digne confident , qui partageoit toute sa haine contre la Religion et, avec ce même confident, il appelle calomnie l'opinion universelle, très-fondée, qui lui attribue cet ouvrage !..
[a) La Fontaine ici n'est cité que comme licencieux , et Spinosa comme impie. M. de Voltaire a , dans ce genre, renchéri sur l'un et l'autre, et tous les chefs des philosophes modernes ont soutenu mille fois l'affreux système de Spinosa.
[b) (Correspondance , tom. XX , pag. 3i8. ) Ainsi , voilà Bayle déclaré, d'une manière solennelle ^t pathétique , père des philosophes modernes , et par le chef de la secte I Cependant le lecteur doit se rappeler que d'Alembert, dans une de ses lettres, s'écrie, avec une véhémence qui va jusqu'à la fureur, qu'un prêtre, un cuistre^ un calomniateur a osé , dans un de ses écrits , mettre en accolade Bayle et Voltaire,
d'alembert, s'interrompant.
Je lui ai répondu qu'il me faisoit une querelle (le Suisse (a) : « Premièrement , je n'ai point dit : *> Heureux s'il eût respecté la Religion et les » mœurs! Ma phrase est beaucoup plus modeste; » mais d'ailleurs qui ne sait que, dans le maudit "pays où nous écrivons , ces sortes de phrases >y sont stjle de notaire , et ne servent que de pas- »> se-port aux vérités qu'on veut établir d'ail- » leurs [h) ? ( On rit. )
HELVÉTIUS
Voltaire est sujet à faire ainsi des querelles de Suisse. Il m'a écrit aussi pour me gronder de ce que '^ dc^d^s conseillé gravement V adultère, en ajoutant : « quHl nest pas temps encore de » dire sérieusement ces choses ; que cela choque » trop les idées reçues ; mais qu il faut les dire » gaiement aç'cc le voile de la plaisanterie (c). y* Pour moi je trouve qu'il ne faut ménager aucun préjugé.
DAMILAVILLE.
C'est bien mon avis.
(a) Ses propres paroles dans sa réponse.
(é) Correspondance, tjm. XX, pag. 323.
(c) ("Voyez les Lettres de Voltaire a Helvétius.) Il ne faut qu'un peu de droiture pour être profondément indigné de tant de duplicité et de corruption.
TOUSSAINT
Et le micii aussi.
DIDEROT
Et clans une do ses lettres, qu'on m'a communiquée, il me reproche aussi de laisser éle\ er ma fille par ma femme , qui lui donne tous les principes du christianisme (a) , qu'il appelle plaisamment le lait des furies {l>), ( On rit. ) l'abbé morellet.
L'injustice est ici poussée jusqu'au ridicule.
TOUSSAINT
Je ne trouve pas cela.
l'abbé RAYNAL à Tabbé Morellet.
Ah! Voltaire vous scandalise?
l'abbé MORELLET.
Je suis son partisan le plus zélé et son plus sincère adorateur; mais cette phrase me déplaît.
d'alembert.
Au fait , un mari est le maître et doit l'être ;
[a) Qu'elle a fidèlement conservés.
[b) Les maximes de l'Évangile , le lait des furies \.., Voici cet exécrable paragraphe littéralement copié : « On dit que » Diderot élève sa fille dans des principes qu'il déteste : c'est » Orosmade qui livre ses enfans à Arimane. Ce péché contre » nature est horrible. Je me flatte qu'il sévrera enfin une en- » faut qu'il a laissé nourrir du iait des furies. « ( Correspondance générale, lettre du 3 janvier 1767.}
( 388 ) et M. Diderot n'auroit pas dû abandonner entièrement à sa femme l'éducation de sa fille.
HELVÉTIUS
Je ne pourrois le désapprouver sans me condamner moi-même ; car j'ai eu la même complaisance (a) pour une femme digne de tout mon attachement.
d'alembert.
Eh ! bien , c'est une foiblesse.
HELVÉTIUS
Vous êtes célibataire, et vous ne savez pas l'empire que peut avoir une femme, belle , sensible, sur un mari dont elle est aimée, surtout lorsque cette femme a toujours eu la conduite îa plus parfaite et la plus exemplaire.
LE BARON
Oui , oui , voilà ce que des célibataires , tels que Voltaire et M. d'Alembert , ne concevront jamais.
DIDEROT
Pour vous , M. le Baron , vous devez nous excuser, puisque madame d'Holbach est une très-bonne chrétienne.
i (û) Heureuse complaisance qui a perpétué dans ses petites filles les principes les plus purs et les plus vertueux.
LE BARON
Et à VOUS dire le vrai, je m'en trouve fort bieu.
GRIMM , en souriant.
C'est un secret de ménage qu'il ne faudroii pas divulguer; d'ailleurs la chose est si rare, les dévotes en général sont si acariâtres !....
LE R/VRON.
Soyez tranquille , nous serons discrets sur notre bonheur ; et nous n'en soutiendrons pas moins que toutes les dévotes sont des épouses insupportables.
Mais, M. d'Alembert, auriez- vous par malheur fini votre lecture ?
d'alemrert.
Oui, je n'ai plus rien.
THIRIOT
Ces lettres-là sont faites pour passer à la postérité.
GRIM3I
Avec un choix.
DIDEROT
M. Grimm a raison : Voltaire s'est livré à une correspondance trop étendue; et, dans ce grand nombre de lettres , il y en a certainement qui ne sont pas dignes d'une telle plume.
THIRIOT
Toutes ont son cachet.
DIDEROT
Cachet^ cachet] voilà ce qu'on répète toujours en parlant des écrits de Voltaire, ce qui pourroit fort bien finir par devenir une critique au lieu d'un éloge.
DAMILAVILLE.
Je soutiens aussi que le moindre billet de lui a du sel et du charme.
l'abbé raynal.
Du charme n'est pas, je crois, le mot.
DIDEROT
Je me rappelle que , pendant que j'étois en B-Ussie, j'ai entendu plusieurs fois l'impératrice se moquer de quelques passages des lettres de Voltaire.
GRIMM
J'en ai été témoin.
DIDEROT
Entre autres , de ce paragraphe qui m'est resté dans la tête : « Montrez-vous seulement à votre » armée, et je vous réponds qu'il n'y a pas un » de vos soldats qui ne soit un héros invincible ; » que Mustapha se montre aux siens , il n'en
»fcrajaniais(juc de^ros cochons comme lui(<^/j.» (On rit.)
THIRIOT
C'est une saillie de naturel.
LE BARON
Mais quel ton, en parlant à une impératrice !
HELV]ÉTIUS.
Et même à quelque femme que ce puisse être. d'alembert.
Pardonnons lui ces petits écarts, en faveur du bien incalculable qu'il a fait à la raison, dont il a véritablement établi le règne.
DIDEROT
II a couvert de ridicule les fanatiques , qui accusent si légèrement d'impiété des auteurs qu'ils n'entendent pas. « L'impie est celui qui médit » d'un Dieu qu'il adore au fond de son cœur (^); )) il ne faut pas confondre l'incrédule et l'im- » pie (c).»
(a) Lettres de Foliaire à l' impératrice de Russie.
(b) Adorer est bien fort : qui jamais a seulement médit de ce qu'il aime ?
(c) Appeler un blasphème U7ie médisajice , est une expression/?Âï7o^o/?^i^z/e qui seroit bien risible, si elle n'étoit pas si odieuse ; car médire n'est pas mentir , c'est dire le mal qui est. Cependant , quand on reconnoît un Dieu , on ne peut Tad-
LE BARON
Celte définition est d'une grande justesst?. d'alembert.
Comme Tarticle dévot dans le Dictionnaire de Voltaire ; il dit que « Ce titre signifie dévoué \ » qu'ainsi il n'appartient qu'à ceux qui se con- » sacrent à Dieu par des vœux ; aux moines et y> aux religieuses {a). »
mettre que parfait. Médire de Dieu, comme on médit de son voisin! Quelle idée! quel langage! quel délire !. . Mais revenons à la définition de l'encyclopédiste. Il y a une extravagance incompréhensible à prétendre gravement qu'un impie n'est pas le contraire d'un homme /?ïewj7; alors r intolérant nç^ l'est pas du tolérant; l'imprudent ne l'est pas du prudent. Mais ce n'est pas sans un motif secret que Diderot a voulu changer la signification du mot impie. C'est que ce mot ( et c'est ime chose rcma^-quable ) , malgré tous les efforts de l'agissante impiété, est resté affreux et déshonoréj Fennemi le plus effronté du christianisme ne le donnera point sérieusement à son héros. Ce nom est demeuré constamment injurieux en dépit de l'irréligion. Aussi les prétendus philosophes n'en veulent point ; il faut , lorsqu'on est poli , se contenter de les appeler incrédules; d'un autre côté, les vsxtiis, pieux et piété ont toujours toute la pureté de leur signification. Ils ont conservé , depuis la création du monde , un charme intéressant et, je ne sais quelle élégance, que rien ne leur ôtera jamais. Non, l'erreur et le mensonge n'ont point de tels privilèges. ( La définition de l'impie , par Diderot , se trouve dans X Encyclopédie. )
(a) D'après cette logique , celui qui rapporte toutes Ses ac^
DAMILAVILLE.
La définition est admirable.
TiriRIOT.
Quelle finesse d'esprit !
LE BARON
Il est joli d'oler le titre fastueux qui les rend si vains, aux imbcciiles qui nous appellent si improprement des impies.
DAMILAVILLE.
Voilà de ces traits de génie qui les écrasent.
LE BAROIV.
Vous nous aviez promis , M. d'Alembert , de nous apporter une de vos réponses , et M. Thiriot nous a dit qu'il ne pourroit faire partir le paquet pour Ferney, que dans quatre jours.
d'alembekt.
Je n'ai sur moi qu'une lettre remplie de plaisanteries ; voulez-vous l'entendre ?
tions à Dieu , et qui n'agit que pour lui obéir et pour lui plaire ; celui qui , dans tous les momens , seroit prêt à lui sacrifier sa vie, ne lui est pas dévoué? M. de La Harpe a bien raison de s'écrier, comme nous l'avons vu, qu'on ne reviendra pas du plus profond étonnement , lorsqu'un jour on réfléchira de sang-froid à toutes les inepties que les philosophes modernes ont débitées impunément pendant plus, d'un demi-siècle.