‹ Les dîners du baron d'HolbachChapitre 34 sur 37 · I.\ M VU LC HALL · texte numérisé non relu

I.\ M VU LC HALL

Elle iTest point encore de retour. Elle restera dans son château jusqu'à ce que son grand deuil soit passé; elle est toujours dans une grande affliction de la mort de sa mère (a)\ elle a eu du moins la consolation de la voir mourir trèschrélieiuiemenl.

LA. DUCHESSE

Grâces aux précautions prises très-sagement pour éloigner de son lit de mort tous les enc)' clopéclistcs.

LE CHEVALIER

Aussi jettent-ils feu et flamme contre madame de la Ferté-Iiiibault, qu'ils appellent une hypocrite , une imbécille, une fille barbare et dénaturée.

LA MARÉCHALE

Voilà un portrait bien ressemblant de la personne la plus spirituelle, la plus naturelle et la plus parfaitement honnête.

LE MARÉCHAL DE BIRO]X

Nous avons déjà parlé des inconséquences des philosophes; mais il en est deux surtout qui sont particulièrement frappantes parmi eux; l'une qui n'admet jamais l'exaltation religieuse, lors-

[a) Madame Geoffrin.

(490 qu'entièrement d'accord avec l'Évangile, elle produit des vertus sublimes....

LE DUC

Il est vrai que ces admirables dévouemens ne sont, aux yeux des impies, que de l'extravagance et surtout de l'hypocrisie.

LE MARÉCHAL DE BIRON

Néanmoins , ces mêmes incrédules admettent tous les jours une exaltation religieuse, lorsque, par ignorance, elle produit des excès coupables que l'Evangile réprouve. Tant de mauvaise foi unie à tant d'absurdité se retrouve dans le jugement qu'ils portent sur ceux qui montrent des sentimens véritablement monarchiques : ils prétendent qu'il faut avoir l'imbécillité et la bassesse d'âme d'un vil esclave^ pour se soumettre avec une inviolable fidélité à l'autorité royale; cependant ils admirent, dans l'ordre commun de la société, le serviteur loyal véritablement dévoué à son maître.

LE CHEVALIER

Ils admirent encore, dans les situations diverses de la vie, l'homme passionné , qui fait le sacrifice de sa volonté, pour adopter celle de l'objet qu'il aime.

LE MARÉCHAL DE RICHELIEU

Ils accordent les plus grands éloges au soldat

(|ni ()l)oitavcui,'I('ment à son i^rru'ral, et fjui, tonjoins sons Ir jon^^ de la «liscipline la plus dcsnoliqnc, porte jnsqn au fanatisnriC 1 attacUemciit et la soumission pour tu Ini (pii le commande.

LF 3i\ui'r,ii\r- Di: buion.

Ils conviennent enfin que le sentiment ennoblit tout (a), jusqu'à la servitude d'un véritable esclave.

AI. DE MALESIIEREES.

En effet, en lisant l'histoire ancienne, qui pourroit refuser son admiration à tous ces traits d'une héroïque fidélité , qui, dans ces temps antiques, et surtout pendant les proscriptions du triumvirat, illustrèrent tant d'esclaves? qui pourroit ne pas trouver de la grandeur d'âme dans l'action sublime de l'esclave de Panopion, qui prit le nom de son maître, se mit dans son lit pour se faire tuer par ses assassins , afin de donner à Panopion le temps de s'évader!...

LA DUCHESSE

Quel homme libre pourroit porter plus loin l'héroïsme de l'attachement?...

(à) Et de plus ils ont répété mille fois que la passion excuse tout, autorise tout, et même les égaremens les plus criminels. Cette maxime si fausse et si pernicieuse, mais adoptée par leurs disciples , forme le fond et l'intérêt d'une grande quantité de romans modernes .

LE CHEVALIER

La classe de la noblesse a produit, depuis des siècles, une foule de généraux d'armée et de ministres d'État , de grands magistrats , d'ambassadeurs, etc. Esl-il donc étonnant que , justement enorgueillis des hauts faits de leurs ancêtres qui, par leurs talens et leurs services, ont répandu tant d'éclat sur la patrie et sur leurs familles , les nobles soient passionnément attachés à la race auguste des Bourbons, la plus ancienne et la plus illustre de l'Europe, et qui compte parmi ses ayeux des souverains si dignes d'exciter l'admiration et l'enthousiasme.

LE MARÉCHAL DE RICHELIEU

Et voir avec indifférence une odieuse conjuration attaquer ce trône antique, entouré 'de si glorieux souvenirs , ne seroit-ce pas renoncer au noble titre de Français? car si la nation française est la plus célèbre de l'Europe, elle le doit à ses rois.

LE MARÉCHAL DE BIRON

La lecture de notre histoire suffiroit pour nous maintenir dans la fidélité.

LA MARÉCHALE

Malheureusement on ne la lit plus guère.

M. DE MALESHERBES

Pour moi , je puis assurer que, s'il falloit sa-

( /los )

riiiicr nia vie pour le Jloi, je \v fcrois s;nis !).«lancer (a).

LA COMTESSE

On reviendra aux bonnes lectures.

M. DE PONDEVESLE.

Oui , quand le ncologisine aura fait tant de progrès, que le langage des bons auteurs sera deveiui si suranné , qu'on ne l'entendra plus, et que Ton comprendra moins encore leurs sentimens et leurs doctrines.

M. DE MALESHERBES

Je me souviens d'avoir écouté ici, dans ce même salon, et avec le plus vif intérêt, M. le président Hénault , faisant une courte et rapide énumération des grands bommes qui ont régné sur la France.

MADAME DU DEFFANT

Je me le rappelle aussi.

M. DE MALESHEREES.

Ma mémoire est fidèle, et, si je ne craignois d'être accusé de pédanterie , je pourrois rapporter presque mot pour mot tout ce qu'il a dit.

LA MARÉCHALE

Nous serons cbarmés d'entendre à la fois

(496) M. de Malesherbes et le président Hénault. (Tout

le monde presse 1\I. de Malesherbes de parler.) M. DE MALESHERBES.

Pour ne pas abuser de vos bontés, je tâcherai que ma citation soit bien exacte. Voici le début de mon auteur :

« Qu'il doit être cher à tous les Français ce trône le plus ancien de l'Europe , ce trône auguste sur lequel ont régné depuis le valeureux Pharamond, Clovis, Clotaire II, Dagobert (si grands pour leurs siècles ) {a) , Pépin , Charlemagne, Hugues Capet, le juste et pieux Robert , Louis VII , Philippe Auguste , Louis VIII ,

{a) Voici encore une inconséquence philosophique : les philosophes reconnoissent qu'un prince né dans une nation dépourvue de civilisation , peut être un grand homme, quoiqu'il ait fait des actions cruelles (pourvu toutefois qu'il n'ait rendu aucun service éclatant à la Pveligion) , c'est ainsi qu'ils ont prodigué de pompeux éloges au Czar Pierre le Grande en reconnoissant qu'on ne devoit attribuer qu'à la barbarie de son siècle et de sa nation les actions cruelles qui ont souillé sa vie , et s'ils n'ont pas eu la même et juSte indulgence pour le grand Clovis , c'est que ce prince fut le pre-jnier Roi chrétien; et ces mêmes philosophes se passionnent pour Julien l'Apostat , livré aux plus abominables superstitions , pour ce prince barbare qui faisoit égorger les vieilles Jemmes y pour consulter l'avenir par l'inspection de leurs entrailles , qui fit mourir son gouverneur Ursule , etc. j mais cet empereur abjura la Religion chrétienne...

Louis IX, lMiili|)|)c le Hardi, l'intrépide Louis X, le loyal et véridi(jiie roi Jean V'\ le sage Charles V, le brave et clément Cliarles VII, Charles Vlll, surnommé le Victorieux, Louis XII, Père du peuple, le chevaleresque François T*^, surnomnié le Restaurateur des lettres et des sciences, Henri le Grand, Louis XIII, dont le règne fut si éclataiit (//), Louis XIV, et tant de princes et princesses du sang royal , aussi renommés j)ar leur goût éclairé pour les arts et par l'élévation de leur âme et de leurs actions , que par celle de leiu' naissance. Le souvenir de tant de gloire dans tous les genres, et la rcconnoissance d'une longue suite de bienfaits , doivent porter au comble l'attachement de la noblesse pour la monarchie. Tous les souverains qu'on vient de nommer avoient d'autres droits, mais aussi puissans, à.J'amour de tous les Français ; car ces rois ont protégé avec éclat, les sciences, les lettres, les arts, les manufactures , le commerce et la navigation. Il est à remarquer que, dans cette longue nomenclature, on n'a point parié des princes qui, sans être brillans , furent

{oj Et par d'admirables établissomens de charité : THôtel- Dieu, les Enfiins-Trouvés, los Sœurs de la Charité, l'amélioration des prisons, les infirmeries pour les galériens, des d.(sséchemens de marais, de grandes plantations et d'autres ouvrages publics , de nouvelles jiianufactures , etc.

( 49» ) néanmoins de bons rois , et que dans celte liste, unique dans l'histoire, on ne pourroit citer que deux souverains dont la mémoire soit véritablement souillée : celui dont le nom retrace le souvenir du plus déplorable événement, Charles IX, irrité des cruautés et des profanations des calvinistes, faîigué des intrigues du factieux Colignv, eut la foiblesse de céder à d'affreux conseils et de permettre le massacre de la Saint-Barlhélemi!.... Mais son caractère ne fut point cruel : il aima les arts, protégea les lettres, et les cultiva lui-même avoc un grand succès {a). L'autre monarque , indigne de régner sur une nation généreuse , Louis XÏ, a laissé un nom détesté , parce qu'il fut cruel, vindicatif, avare, dissimulé, et qu'enfui il n'eut rien de Fiançais; cependant, il eut la réputation d'un grand politique, et il fut un roi populaire, si l'on pouvoit honorer de cette belle qualification, non l'ami, mais le flatteur du peuple; il affecta de dédaigner le faste, la représc utàtion , et de mépriser la noblesse ; il entroil souvent, sans aucune suite, dans les maisons dv's simples artisans et s'ei^tretenoit familièrement avec eux ; il fit souvent manger à sa table des négocians et même des marchands {b),

{a) Il nous reste de lui des vers adressés à Ronsard , et fort supérieurs à tous ceux de ce poète si fameux de son temps. [b) Henri IV fut un Roi populaire , et Louis XI un Roi

( ^l'JÎ) )

LT- MAIu'iClIAL DK lUCiUiLIEU.

De quehjiie parli (uToii puisse être, il faut reconnoîlro cju'iiii aUachement à toute épreuve pour son maître , ou sou chet, ou sou sonverain, est toujours respectable , louchant et digne d'éloges.

LE CHEVA.LIE11.

Toutes les actions humaines ont pour cause deux sentimens très-diiférens par leur nature , et qui se ressemblent ([uelqueiois par leurs résultats; l'un vient de l'Ame et l'autre n'est produit que par l'imagination : le premier , est la source inépuisable du véritable héroïsme ; le second, formé par l'amour-propre et l'égoïsme , a souvent fait faire alternativement des bassesses, des crimes et des actions éclatantes, suivant le caractère ou la situation de celui qu'il domine ; il fait ramper ou il inspire la passion de s'élever; mais seulement pour étonner et pour subjuguer, car il n'a jamais fi\it connoître la véritable gloire, puisqu'il n'a pour base que la cupidité, l'orgueil et l'ambition.

LA COMTESSE

c'est ce sentiment impérieux et turbulent,

libéral^ dans le sens qu'on attache aujourd'hui à ce mot, qui , comme on sait , n'a rien de commun avec les idées de désintéressement y de mépris de l'argent, de magnificence bienfaisante, etc.

( 5oo )

qu'on appelle espjit de parti dans les temps de rébellion, et qui, dénué de toute affection particulière, s'envenime et s'exalte seulement pour des opinions et pour des nouveautés, qui semblent promettre aux intrigans des changemens brilians dans leur situation.

M. DE MALESHERBES

Ce n'est pas là en effet Y esprit de parti de ceux qui sont attachés aux anciennes lois et à un gouvernement établi depuis long -temps; car il se mêle nécessairement à ce dernier esprit de parti une affection que l'habitude , les traditions et la reconnoissance peuvent rendre très-passionnée {a).

(a) Point de liens sans devoirs réciproques, et par conséquent sans vertus. On n'a jamais dit les devoirs de l'amour, mais bien de l'amour conjugal. Le devoir et la vertu sont donc les bases de toute société. L'amitié étant un sentiment pur , fondé sur l'estime , est un lien, tant que les devoirs eu sont réciproauement remplis.

Il n'y a point de liens entre un tyran et ses sujets ; ces derniers n'ont que des chaînes. La force , le crime , le vice peuvent forg r des chaînes ; la crainte ou l'attrait du plaisir peuvent les recevoir, mais la vertu seule peut former des liens: les chaînes n'asservissent que matériellement; elles n'ont aucun empire sur les esprits et sur les âmes ; on brise sans scrupule des chaînes ; on ne rompt J^^ liens qu'avec remords; la réciprocité des devoirs entre le souverain et les sujets affermit les trônes.

( Sor )

M. Dl- PONDEVFStE.

Nos philosophes et surtout Raynal, en exhortant à renverser letroiu! et les autels, se vantent d'être inspirés par lUi ardent amour pour le genre humain.

LE MARÉCn\L DE BIRON.

c'est-à-dire pour les générations futures'^ car il faudroit immoler à ce sentiment la génération présente.

LE CHEVALIER

Cette courageuse philantropie est d'autant plus extraordinaire, qu'il n'en résulteroit que des séditions, des révoltes, des guerres, des massacres et des bouleversemens universels.

31 AD A ME DU DEFFANT

Et le tout, pour le bonheur de la postérité.

M. DE ZVIALESHERBES.

Dans tous les temps, les factieux ont tenu ce langage; c'est toujours, à les entendre, pour nos arrière-neveux qu'ils travaillent, qu'ils complotent , qu'ils détruisent, qu'ils dépouillent etqu'ds s'enrichissent, s'ils le peuvent.

LE DUC

Mais comment se fait-il que cette ardente passion pour le genre humain n'ait jamais engagé cette espèce àe philantropes à se dévouer per-

( 5oa )

sonnellement, dans les calamités publiques, au soulao^ement de leurs semblables , comme les François de Sales, les Vincent de Paul, les Belzunce, les Lagaraie, les Luigi (a), et cette foule de saints se sacrifiant pour les autres (mais qui, à la vérité , n'étoient que leurs contemporains) ? Comment se fait-il encore que, parmi ces mêmes hommes, toujours prêts à tout entreprendre pour nos arrière-neveux, on ne puisse citer des fondateurs d'hospices, d'hôpitaux, et enfin des sacrifices entiers de fortune et d'ambition, dont la charité chrétienne a donné tant d'exemples?...

LA COMTESSE

C'est que la charité^ et ce que les déistes appellent la bienfaisance ^ sont deux choses trèsdifférentes.

LE DUC

Cela doit être ; car la bonté naturelle ne peut être stable et fixée que par la Religion ; et, en agissant toujours avec la certitude de plaire à Dieu,

[a] C'est un vertueux prêtre qui , de nos jours , a fondé à Smyrne , pour les pestiférés , un Lôpilal qu'il dessert luimême, ayant consacré toute sa vie à ce pieux et sublime dévouement.

Ce trait est rapporté par un écrivain non suspect en ce genre, par \q philosophe Morellet, dans son voyage de Sicile.

elle atteint le plus haut point do perfection et (le sublimité où elle puisse parvenir. Il est certain (Tailleurs, cpie la lleligion est le plus grand frein des rois, des chefs des nations et des peuples (a).

LE MAl\ÉCH\L DE BlCHELlEU.

Cela est incontestable , et c'est pour cette raison que les philosophes Tattaquent avec tant d'acharnemejit; ils sont déjà parvenus à Tafloiblir ; si ce mal augmente, on verra, je le répète, une révolution terrible.

LA^ DUCHESSE

Je suis très-frappée d'une altération déjà fort visible dans les moeurs de la bourgeoisie et des artisans; les marchandes commencent à porter des plumes et des fleurs, et, dans ma politique, c'est un bien mauvais signe.

LE CHEVALIER

Que dites-vous donc. Madame, d'une danseuse de l'Opéra, qui vient de prendre un valet de chambre , qui n'a point l'habit de ses autres domestiques, et qui, chez elle, annonce les visites *

[a] Dont elle assurera toujours la fidélité. Aussi, dans la révolution , a-t-on vu une province où la Religion s'étoit conservée dans toute sa pureté , la Vendée , donner l'exemple le plus héroïque du courage et de l'attaclicment à la monavctiie.

MADAME DU DEFFAWT.

Une danseuse de l'Opéra!

LE CHEVALIER

Oui, Madame, et c'est mademoiselle Dervieux.

Voilà , soyez en sur, de très-mauvais présages.

LE MARÉCHAL DE BIRON

On reproche aux vieillards de regretter toujours le temps passé; mais ce sentiment est aujourd'hui hien excusable; par exemple, la classe des domestiques dégénère visiblement ; un seul trait du siècle de Louis XIV suffiroit pour le prouver. Lorsqu'on établit l'impôt de la capitation, on en exempta toute la Iwrée de France; si pareille chose arrivoit à présent , qu'en résulteroit-il ? que toute notre livrée sei oit charmée de ne rien payer. Eh ! bien alors toute la livrée du grand siècle fut excessivement choquée de cette exception ; dans toutes les villes , tous les domestiques se rassemblèrent, représentèrent qu'ils étoient citoyens comme les aulres sujets du Roi, et qu'ils dévoient payer l'impôt : on leur accorda ce qu'ils demandoient, et l'on reçut leur argent.

M. DE MALESHERBES

Voilà un trait devenu bien gothique.

LE DUC

Dans ce temps- là on vivoit beaucoup plus clans ses terres, on y donnoit de grands exemples de piélé et de cliarilé. Tous les grands seigneurs avoient non-seulement, comme nous le voyons encore, des chapelles dans leurs châteaux, mais ils en avoient aussi dans leurs hôtels à Paris ; enfin la magnificence des processions publiques et de toutes les cérémonies religieuses avoit beaucoup plus d'éclat que de nos jours; l'instruction chrétienne étoit plus répandue, et le peuple connoissoit mieux ses devoirs.

LA COMTESSE

Nous avons toujours de si belles processions à la Fête-Dieu! Quoi qu'en dise l'abbé de Beauregard, on ne parviendra point à nous les oter.

LE MARÉCHAL DE RICHELIEU

Je n'en répondrois pas.

LE CHEVALIER

Et nous possédons encore un admirable monument de la foi catholique.

MADAME DU DEFFAjNT.

L'église de Saint-Pierre de Rome?

LE CHEVALIER

Je n'avois pas l'intention de désigner cet in-

comparable édifice, où tous les arts ont déj3osé leurs chefs-d'œuvre les plus parfaits. Je voulois parler de l'île de Malthe, ce rocher que la Providence a placé au sein des flots orageux , comrae pour apprendre à tous les navigateurs, que les héros qui l'habitent sont accoutumés depuis des siècles à braver tous les genres de dangers.

M. DE PONDEVESLE.

Oui, ce phare religieux rappellera toujours, par son aspect ou son nom seul, les plus nobles idées de l'antique chevalerie et des vertus chrétiennes et guerrières (a).

LE CHEVALIER

Puisse-t-il être à jamais heureux et triomphant au milieu des orages et des tempêtes!

MADAME DU DEFFAIVT.

^ous p^Tlions de pj^ésages : il en est un encore qui me paroît très-mauvais; nousavons déjà beaucoup perdu de notre gaieté.

LE CHEVALIER

C'est une grâce française qui tient au caractère national ; car la gaieté s'allie naturellemen t avec la franchise.

[a] Les lois et les statuts de l'oidre de Malte étoient admirables.

LA MARÉCHALF au Chevalier.

Si la notre s'altère, vous n'avez rien à cet égard à vous reprocher; ce n'est pas votre faute.

LK CHEVALIER

Je n'ose plus aujourd'hui me livrer à cette gaieté que je regrette, puisqu'elle savoit vous plaire; je deviens distrait et rêveur.

LE MARÉCHA.L DE BIRON

On a substitué à la gaieté innocente et franche , une gaieté factice et de mauvais goût qui ne se manifeste que par des sarcasmes, des jeux de mots et des calembourgs.

LE CHEVALIER

La méchanceté exclut naturellement la gaieté.

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