M. DE PONDE VESLE
D'abord le Spectateur {a), et le poème d'Hudibras.
LE CHEVALIER
Un grand nombre de comédies charmantes , entre autres celles de Farquhar, qui n'ont point été traduites.
LA COMTESSE
Et des poésies fugitives remplies de grâce et de gaieté; enfin je ne leur trouve en ce genre un mauvais goût que dans leurs débats politiques ; il est ridicule, et même inconcevable, de vouloir mettre de la gaieté dans des choses aussi graves et aussi importantes.
LE CHEVALIER
On voit en effet, dans leurs journaux, que beaucoup d'orateurs de la Chambre des Communes se permettent souvent des plaisanteries et des épigrammes, chose assurément bien déplacée
[a) Le meilleur journal à tous égards qu'on ait jamais fait , mais ti'ès-mal traduit en français.
(5io)
dans une telle assemblée, quand il s'agit de discuter les intérêts d'une grande nation.
M. DE MALESHERBES
C'est manquer à la fois de dignité nationale et de respect pour le public. -
M. DE PONDEVESLE.
C'est qu'il est ]»lus aisé de faire rire les oisifs et les sols , que de pai 1er avec assez d'éloquence, de sagesse et de noblesse pour satisfaire tous les gens raisonnables qui pensent bien.
LA. COMTESSE
J'avoue que rien ne m'a jamais paru plus choquant que le compte rendu de leurs séances publiques, où l'on trouve sans cesse ces phrases : (On rit éclats de rire rires prolongés etc. )
LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
Quelle indécence!... de tranformer en théâtre bouffon un sénat respectable. Eh ! bien , notre nation, que l'on peint si légère, seroit incapable de s'abaisser ainsi. Oui, si jamais le gouvernement représentatif pou voit s'établir en France , je suis persuadé que le seul bon goût sulfiroit pour préserver nos orateurs d'un ridicule si révoltant.
LA MARÉCHALE
A propos de bon goût , M. le Maréchal , con-
noissez-voiis I;i liste des spectacles qu'on nous donnera celte aimée à Fonlaiiiehlcau?
Li: MARÉCHAL Di: RICHELIEU.
Non, Madame; mais M. le duc de Duras, qui est un fort bon juge, m'a dit ([ue l*on joueroit une tragédie de Debelloy, qui auroit sûrement du succès.
LA MARÉCHALE
Tant mieux : j'aime Debelloy; il a des sentimens véritablement français.
M. DE PONDEVESLE.
On n'accorde pas toujours à son style cette excellente qualité.
LE CHEVALIER
Oui ; mais, depuis Racine, on n'est pas fort difficile sur le style en poésie, et les plus foibles vers de Debelloy valent bien ceux-ci :
Ma rigueur implacable,
En me faisant plus craint , m'a fait plus misérable (a).
Et du nœud de l'hymen , l'étreinte dangereuse Me rend infortuné, s'il ne vous rend heureuse [b).
(a) Marianne j de Voltaire.
(h) H faudroit j-{ elle. [Zaïre.
De votre esprit la naïve justesse ,
Me rend surpris autant qu'il m'intéresse (a).
Mon front mal déguisé fit parler mes ennuis [b).
D'où viens-je ? où vais-je ? où suis-je et d'où suis-je tiré (c) ?
J'en pourrois citer une grande quantité d'autres de la même force et du même auteur.
M. DE PO-NDEVESLE.
Il est certain que , dans ce genre, Debelloy auroit de la peine à surpasser ceux-là.
LA DUCHESSE
On ne se doute pas ici de l'heure qu'il est, et je crois que la pendule vient de sonner deux heures.
3IADAME DU DEFFAINT.
Eh! bien, c'est l'heure de la confiance et des entretiens intimes.
LA COMTESSE
Oui, pour vous. Madame, qui vous couchez à trois ou quatre heures.
(fl) Jeanine. Au lieu de qu'il, il falloit qu'elle ; il s'agit de la naïve justesse.
[b) Èriphiie, du même. Un front mal déguisé qui fait parler des ennuis !
(c) Monologue de Caton, du même.
iMADVMI 1)11 DEFFAIVT.
Kt VOUS VOUS en aile/ tous à la fois! Quelle cruauté !
LE MARÉCHAL DT- PICHELIEU
Je suis forcé d'aller coucher ce soir à Versailles !
LE DUC
Et moi aussi !
M. DE MALESHERBES
Et les affaires du lendemain!...
LA COMTESSE
Et les billets du matin î
LE CHEVALIER
Et les rendez- vous donnés aux créanciers!
MADAME DU DEFFATfT.
Quel malheur d'y manquer!...
LE MARÉCHAL DE BIRON
Et la revue des gardes françaises!....
MADAME DU DEFFAWT.
Quelle diversité de motifs et de raisons!...
LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
il en faut tant pour vous quitter (5)!....