‹ Les diplomates européensChapitre 10 sur 117 · GUILLAUME BT ALEXANDRE DE HUMBOLDT · texte numérisé non relu

GUILLAUME BT ALEXANDRE DE HUMBOLDT

toatà fait lié à Tesprit allemand soulevé contre Napoléon, approuvait la prise d*arines de la Prusse en 1807. La bataille dléna accabla cette grande monarchie de Frédéric, qui devait plus tard se retremper dans l'énergie nationale et les forces de sa propre nationalité. La paix de Tilsitt modifia tout à fait la politique prussienne, en la replaçant sous iabsoloe influence de la France.

Le baron Guillaume de Humboldt dut alors un peu se retirer de la scène publique ; il lui préféra l'étude et les muses dans sa retraite chérie de Tegel , aux environs de Berlin. Quand la patrie est abaissée sous les malheurs, on aime à trouver dans la retraite un peu de repos et de calme; pour le pauvre cœur du patriote, les émotions pèsent et Tétude console. D'ailleurs, à cette époque, l'AUemagne scientifique s'était entièrement liée aux sociétés secrètes qui rêvaient la délivrance de la patrie : faire de la science, de la littérature, c'était encore du patriotisme. Quels plus grands patriotes que Schiller, Goethe? Ils préludaient aux beaux chants de Koerner que l'Allemand récitait les jours de bataille à Lutzen, à Dresde, à Leipsick. Je crois qu'à ce moment le cabinet de Berlin, comme tous les gouverDements placés sous un joug oppresseur, avait deux diplomaties, deux langages : envers Napoléon c'était celui de la soumission et de l'alliance ; à l'égard du peuple de la vieille Allemagne, c'était l'espérance de l'avenir et de l'insurrection.

Get esprit eipliqoe le vâritablë sens de rftitibaMade da bflf oti Oaillaâtïie de Humboldt auprès de la cour de Vienne^ à laquelle il fut appelé dès 1810 : oommetit renonça-t-îl à la retraite pour accepter une nlission active et si diflicile eu présence de là France^ pouvoir alors dominateur f Les cours de Vienne et de Berlin araient entre elles des sympathies et des répugnances : des sympathies parce que toutes deux allemandes , elles avaient le même désiir d'un lifiBranchissement prochain pour secouer leurs chaînes au front superbe de Napoléon. 11 y avait répugnance entre elles» parce que de toute antiquité^ les intérêts de la Pmêse et de rAUtriche étaient séparés dans les questions locales ou religieuses de rAllemagne« J'ajouterai que la mission deM< de Huitiboldt è Vienne était d*aùtaât plus délicate <lu'ii devait tout pressentir sans se livrer, car Vienne était rempli d'agents secrets de Napoléon qui n'auraieiit pas manqué de prendre teite des moindres démarches de la Prusse pour anéantir les derniers éléments de sa force en Europe.

Tandis que le baron Guillaume accomplissait sa diffidie mission à Vienne, le baron Alexandre voyageait en Italie avec un savant français, M. Gay-Lussac, s'occupent toujours de hautes études scientifiques avec un soin, un sèle qui feront son honneur et sa gloire; mais à ces recherches si hautes, le baron Alexandre de Humboldt joignait toujours l'esprit d'examen et de recherches curieuses sur les aflhires du gouvernement et les tendances des peuples. La Pruaae

GUILLAIMÈ n AiJlANfiaB DR HtmBOLDT. M

poorait-'elle désirer un inveètigàteur d'an BBptli phis éléfé et d'Une pnteance philosophique phis grande? A venait nreiueM k Berlifl; son séjour de prédile^tioh était VAriÉ, et ralliâdce qui existait alors entre les deux gottîememénls devenant toUjoiM piUs inUWë, le séjour de H FrAttiiè était aussi agréable qu'utile à Bt. de Hnmbdidt; on sait que les conditions de cette alliance tinrent à ce point que, lori de la campagne de Moscou, la Prusse s'était engagée ft H¥li^r Ms artnées, ses magasids à l'empereur Napoléon , alliflnce fa^op forcée pour être sincère, et qui supposait le Mépris lé plus profond de la nationalité allemande.

Cette natiôhalité allemande, le baron OUillAume de Humboldt cherchait à la faire prédominer dans Ses rapports avec le prince dé Metternich à Vienne ; les désMtres de Ifhpôléon dans la campagne de Russie avaient amené pour l'Ailemagtte une situation nouvelle et dessinée ; la géhéi^use levée des sociétés secrètes, toute spontanée, bel acte de patriotisme, dhiVië de là défection des généraux York et Hà^ebbàch, donnait une impulsion nouvelle et forte à ik diplomatie; l'Autriche, sous main, poussait au âoulë vêtaient de fa l^sse, et si elle-même ne se déclarait pas eneore, c'est que le prince de Hetternlch vouteit consehrer jusqu'au bout Isette iMpërtlalité Uiodétée que comhiafldàit t'al- Kance de famille avec Napoléon. On sent alors toute Timporlauce du baron Guillaume de Humboldt à Vienne, et le rtlë d'actitité qu'il devait y Jouer sous les inspirations du

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prince de Hardenberg, qui résolument s*était mis à la tète de la Prasse soulevée avec les partis de Stein, de Bliicher, de Schilly de Kotzebue; ce fut cette pensée que H. de Hum* boldt dut représenter dans son ambassade, et lorsque les conférences pour la paix générale furent ouvertes» avec plus ou moins de franchise, à Prague, le baron Guillaume de Humboldt fut désigné pour défendre les intérêts prussiens au congrès.

Une suite de notes sont destinées à bien préciser le rMe invariable que la Prusse doit jouer dans la guerre présente, et les avantages de territoire qu'elle veut en tirer : n*y a-t-elle pas un légitime droit après tant de sacrifices? Au congrès de Prague, il est presque immédiatement admis que la Prusse sera reconstruite sur une très-grande échelle ; le rdle qu'elle vient de jouer a été trop décisif, les forces qu'elle prête trop considérables, pour qu'elle n'en tire pas un résultat de reconstruction politique. La Prusse, en eSTet, avait été pendant cinq ans humiliée ; jamais État n'avait autant soufiert dans son honneur, dans sa considération générale , jamais vainqueur insolent n'avait secoué la poussière de ses éperons avec autant de fierté que l'empereur Napoléon sur la tète de cette malheureuse reine Amélie, si belle et si noble. Aussi la Prusse se montre-t-elle difficile, et ce n'est qu'à regret qu'elle accepte l'armistice. Le baron Guillaume de Humboldt le témoigne partout; il se montre haineux contre la France, parce que tel est l'esprit de son gouverne-

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ment et de son peuple. Sur ce point sa correspondance avec le prince de Hardenberg est fort remarquable ; on y retrouve les traces d*une visible intimité entre la Prusse et la Russie ; eUe se développe à mesure que les événements de la guerre prennent un caractère plus ferme, plus décisif; car viennent poar nous de désastreux souvenirs, la bataille de Leipsick» et les alliés sont sur le Rhin !

Le baron Guillaume de Humboldt négocie avec activité les traités destinés contre la France et son empereur, tandis que son frère Alexandre publie des livres scientiflques , ses Essais de voyage aux régions équinoxiales^it vivait avec le nouveau monde quand Tancien s'ébranlait jusqu'ï ses derniers fondements. Cette vie paisible et certe plus utile au développement des intelligences, lui permettait le séjour de Paris au mOieu de la guerre ; il est donc impossible qu'en présence d*événements si considérables, depuis le début si brillant de la campagne de 1812 jusqu'au sinistre tableau de nos défaites, le baron Alexandre de Humboldt n'ait pas trouvé te sujet d'une correspondance politique sérieuse et détaillée, et je crois qu'elle existait : les événements étaient si considérables, si profondément significatifs; en France, la conspiration Mallet, le réveil du libéralisme dans les corps politiques, le sénat muet, le corps législatif dissous, la régence de Marie- Louise , la décadence et la ruine de ce gouvernement de force et de faiblesse , la lutte de l'empereur NapoléoD contre tous , ce nouvel Empire romain qui s'écroulait m. t

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pierre à pierre : la miyesté sombre et forte de ces éyénements, dis-je, était trop importante pour^qae le baron Alexandre de Humboldt, aa milieu de ses nobles occupations scientiQques , n'en rendit pas Tiropression à son gonvernement. Son examen calme, impartial, bienveillant, devait être d'une grande utilité pour la Prusse, qui avait besoin de connaître par cette intelligence élevée, les c6tés de force et de faiblesse de l'Empire de Napoléon, genre d'informations que les gouvernements apprécient à l'étranger, parce qu'il détermine leurs résolutions ultérieures.

Le baron Alexandre observait avec la puissance de son esprit , tandis que le baron Guillaume agissait dans le feu des événements même ; et telle était la marche irrésistible, que bientôt les deux frères purent se rapprocher lorsque le congrès de ChAtillon s'ouvrit, triste drame, joué une dernière fois avec un peu de raillerie pour la France tombée, pour l'aigle frappée d'une immense flèche au cœur*, Le baron Guillaume y fut envoyé comme le représentant de la Prusse, et Thomme de confiance du prince de Hardenberg, symbole de l'esprit allemand, fortement empreint de la vieille nationalité. Au congrès de ChAtilton, la puissance qui se montra la plus dessinée contre la France, ce fut la Prusse; et il fallut l'intervention calme des autres cabinets pour contenir cette colère d'une nation longtemps abaissée sous le joug des armes françaises. La Prusse, liée entièrement à l'Angleterre, manifesta une joie indicible lorsque le con-

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