LES DEUX BARONS DE HUMBOLDT
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Cest seulement au point de vue de leur Garrière diplomatique, et d'après Tinflaence qu'ils ont exercée sur les affaires de l'Europe, que je vais suivre la vie active des deux barons de Humboldt, car je n'ai pas la spécialité sufBsante pour apprécier leurs œuvres dans la haute sphère des sciences. Cette distinction une fois admise, les hommes d*État me comprendront lorsque je placerai en première ligne le tmron Guillaume de Humboldt, l'atoé des frères, mort depuis quelques années. Celui-ci employa la science comme une distraction, un passe^temps de philosophie,
tandis que le baron Alexandre chercha dans la science un grand éclat pour relever sa vie politique. Il y a plus qu'on ne croit de H. Àrago dans cette existence moitié libérale, moitié scientifique de M. de Humbol^t. L'avantage est de se faire louer beaucoup au temps présent ; de faire servir ses opinions à la popularité de la science. Mais, ce bruit passé, il ne reste le plus souvent de ces vies mixtes qu'une fausse renommée et un lointain retentissement.
Charles-Guillaume, baron de Hufuboldt, était né à Berlin en 1767 , et Frédéric-Henri-Alexandre , son frère , vînt au monde deux ans après, le ik septembre 1769. Tous deux firent leurs premières études dans la ville natale , et vinrent les compléter Tun àléna,rautreà Gœttingue etàFrancfortsur-l'Oder. Il y a dans l'éducation allemande quelque chose de plus élevé que celle que donnent nos collèges ; le déplorable système d*égalité qui règne parmi nous, cette confusion démocratique dans les rangs, dans les existences, ne permettent aucune de ces éducations exceptionnneiles , que l'on trouve aux collèges d'Angleterre, en Allemagne. Lk, se forment de hautes liaisons, et ces longues amitiés que l'on retrouve au parlement, dans les conseils diplomatiques ou d'administration : les études sont un lien de la vie entière. Chez nous il existe encore de la petite monnaie scientifique, et des pièces d'or bien peu.
La Prusse alors venait de naître , pour ainsi dire, dans sa force d'organisation. Sa configuration territoriale avait im-
GUILLAUHP PT 4)4XAliimS »E 0IJ1IBOLDT. fl
poié à&n condjtiops à 8^s sonveraiqs,- iw fort âtpt milir j
taire et une renommée d'études sérieuses : 1' i|n grapd état !
mtHmfù , afiq^ 40 pQpquérîr «atérieU^nl^llt et d*iignii4ir le '
territoire primitif, pour que |a Prusse cessât d'être ce long |
hoy)|u, oet État efOapqué, tPPt tète, tout jumbes, saus
teotre; il Cillait des soldats pour s'arrpp^dîF par la Silésie, 1
la Po|<)«Q6, et pp pe» pins tor4 P«r le graoMnpbé ^e Saie; 3» la science devait également servir 1^ 4essms du 1
pabjnet prussien; les philosophes, les écrivaîps, allaient |
partout répandre le nom de la Pnisse , populariser sa bonne '
position en Allemagne , les vastes destinées qui lui étaient 1
réaer?^. Qui pei|t4ire tout le parti que le grand Frédéric tira de ses correqK>nd9oce9 avec Yoltaire et le^ ! epcydopéi)istes , reni^gats de Dieu et 49 Ia Patrie , qui tmhissaiept lu France pour r(&tr9pger; je ne sache pes, au point de v^e patriotique, 4^ pN S^u4 traître an pairs | goe ce parti du %Ynv siècle, qui vepdait la Framce à Frédéric, reUleor et mécréant, et k Catherine II, parce qu'elle C9rQfsait Voltaire et 4*Alemhert*
Cbarles-Guillanme de Hpmboldt fit donc de fortes études h léna, qù il connnt ^lûl|er, le poète ardent et révolution.oaire de TAHemagne; il y a daps les écrits de Schiller un sentiment de révolte continue contre l'état social; soit qu'avec Charles 4q Itoor, il intéresse toute la génération à la destinée 4*nn bfigend; t^oit que dans la tendre piè^e de . Pdbale ^ Ansmr, j| «tlMVf ^mpléleinent la famiUe, la
7t DIPLOMATES EUROPÉENS.
société, la noblesse, et les préjugés de rang qui constitaent rétat d'un pays.
Dans toutes les situations de sa vie politique, Guillaume de Humboldt conserva avec Schiller d'intimes rapports, et la correspondance qu'il a publiée plus tard constate que, pendant les dix années les plus terribles qui pesèrent sur l'Europe ( 179S à 1803 ) , Guillaume de Humboldt garda une certaine quiétude d'esprit et même une forte tendance vers les opinions libérales. C'était un homme littéraire et philosophique dans le sens absolu du mot , prenant à peine garde au bruit révolutionnaire qui se faisait autour de lui.
A cette époque, la Prusse était entrée dans un système politique qu'il ne faut jamais oublier en écrivant l'histoire de la révolution française. Après un premier effort ardent et bientôt calmé de répression contre la révolution de 1792, • la Prusse avait adopté un système de neutralité qui remonte au comité de salut public. Sans affection pour la maison de Bourbon, entraînée par l'esprit libéral et un désir d'agrandissement en Pologne, en Allemagne, la Prusse n'était pas le moins du monde opposée au développement de la république française, qu'elle acceptait comme l'Allemagne avait accepté les Ëtats-Généraux de Hollande , en attendant le statbottdérat. Sous le Directoire, Sieyès avait même conquis une certaine influence pédante dans son ambassade à Berlin, en proposant son projet d'un dictateur, d'un président, d'un roi, choisi dans la famille de Brunswick. De là devait nattre
GUILLAUME ET ALEXANDEE DE HUMBOLOT. Tt
parmi les hommes d'État prussiens comme dans ie cabinet de Berlin une certaine tendance pour le développement des idées libérales et constitutionnelles; les tètes influentes qui gouvernaient à Paris dans le Directoire on dans les Conseils, appartenaient presque toutes à l'école encyclopédique, fort admiratrice de la Prusse. D'où les rapports très-fréquents entre les deux cabinets ; et Guillaume de Humboldt fit un voyage à Paris, sous le Directoire, avec une premièremission secrète, car c'est ainsi que se forment les hommes d*État. Pendant ce temps son frère cadet, Frédéric-Alexandre, parcourait la Hollande, l'Angleterre et les rives du Rhin; à Guillaume s'occupait de littérature et de philosophie, Alexandre se jetait dans l'étude des sciences exactes, et publiait avec ardeur ses premiers travaux scientifiques, mêlant aux études du galvanisme , alors si populaire , les éléments de la botanique , de la géologie ; il se fit ainsi remarquer par des ouvrages spéciaux, et accompagna son frère dans son voyage à Paris , qui tenait sans doute à quelque dessein secret de la cour de Berlin. C'était l'époque de l'expédition d'Egypte; remarquons bien cette date ; l'Europe avait intérêt à connaître le but et la destination de ces armements, et la Prusse en fut la première instruite. C'est par Berlin que l'Angleterre connut le véritable but de l'expédition de Bonaparte. Toutes ces circonstances sont à noter, parce que je crois que déjà les deux frères de Humboldt instruisirent leur gouvernement des projets
74 m?VMkTB» IPJROPÉSNS.
4b b république ; c'était dans leur missîoo difiloni^tique, et )9«r jiiatd reqoqiiDée littéraire oq scjeqtiOqpe l^^serv»! im lu certita4ç 4^ leur» informatiops. 4 fierljo oq sut que hi flotte firaDçaîse allait «n £srpta , et Oogi^t^rr^ en fot |>ii9Ptôt req^Qignée p^r ç^tte source,
▲ la 9iMte 49 çfîtt^ pi^ipp k Parâ, GqiUaume 4e I|umboldt {^ Qommé résident l^iissipn à Romei auprès dn sfJntr père- Toptea les puiss^oce3t rnèiQe prot^st^at^s^ entretienoQpt auprès du pape qp chargé 4'affairça; elles dlsttQguapt dans le soqveralo poptife le pouvoir teipporel du pouvoir spirituel ; ipai^ le charge d'affaires prussien avait bien d*autres devoirs, ope mission bien autrement important^ ; il s'agissait d*Qbtenir un concordat popr régler les rapports des sujetii catholiques de la Prussp avec le saintaiége. ^iep que le cabinet de ^erlin, h cette époque, n'eiU ppint 1 régir encore les provinces rbépapes si ardçptes c^ tboliques^ il possédait déjà la Silésie, une fraction 4^ la Pologne qui formait à peu près un tiers de ses États, et dans ces provinces la religion romaine était dominante, C'était dope pour la Prusse une nécessité impérative, que d'entretenir à Borne un agent politique, homme d'habileté et d'expérience, avec ordre de suivre toutes les négociations relatives au clisrgé. Mille difficultés s* élevaient sur les mariages mixtes, sur les dispepses, sur les rapports des évèques et de Bnm®; Ip gouvernement prussien, loin de se montrer intoL^ant, avajt besoin de ménager la partie catholique 4^
GUILLAD» IT ALRANDRB W BUMBOLDT. V6
la popalation dans dei pays à peine réaois h um domaine; il bllait dompter les esprits, se raUaeher les Ames, et il est rare qa'ayec la violence on obtieme les résaltato désirés. L'esprit modéré de Guillaonie de H^iQboldt était érotnapiment propre à ces néfpoeiations; c'est une excellente éeoie de diplomatie qae Rome, cabinet nentre, babiki, parfaitement renseigné sw tontes les questions morales et politiques de rsorope. Aussi après avoir ajourné trois années à Rome, M, de Humboldt fut appelé à la tête de la division des coltea et de l'instruction publique k BeHin ; sorte 4e justice et d'hommage que Ton rendait à ses rapports avec Rome et A l'impartiale direction de son esprit*
Alors son frère Alexandre-Frédéric de Homboldt av|it pris |a résolution de visiter le Nouveau Monde. ÉUiit-ce simple désir de satisfaire une curiosité scientiQque, une de ces gloires désintéressées qui volent sur les ailes (te la poésie, pour recueillir les précieuses sources du savoir; oq b|en avait-il une mission de son gouvernement? Toute la vie de M. Alexandre de Humboldt est si particulièrement mêlée de sciences et d'affaires, d'examen et de négociations, qu'il serait certes très- difficile de les séparer; il ne but pas oublier qu'il avait été chargé de la direction des mines à Berlin, et que le long voyage qu'il entreprenait dans les Amériques se rattachait à )a minéralogie, à l'exploitation de ces grandes veines d*or et d'argent qui sillonnent les géants de pierre dans la Nouvelle-Espagne et ferment comme leur
brillant collier. Ce voyage difficile et considérable est un des titres de gloire de H. Alexandre de Huroboldt, et certes nul ne conteste les beaux résultats obtenus par son concours, et surtout par celui de M. de Bonpiand. 11 faut rendre à la France ce qui lui appartient, sans qu'une gloire efface jamais l'autre ; et comme H. de Humboldt et H. de Bonpiand marchèrent avec simultanéité dans l'esprit de découvertes et d'examen, il faut savoir leur donner à chacun la part méritée : or je crois que pour la grandeur des pensées, la netteté de l'exécution , Bonpiand est supérieur au baron Alexandre de Humboldt, dont la phrase un peu déclamatoire vise surtout à la popularité. Après ce Iod^ vpyage , le baron Alexandre vint séjourner à Paris pour y surveiller l'impression de son grand ouvrage , corriger les épreuves, occupation fort innocente. C'était l'époque la plus intime des relations de la Prusse et de Bonaparte qui se faisait empereur ; les plus pressants avis qui décidèrent le consul à prendre la couronne impériale vinrent de la Prusse , se prêtant avec une admirable complaisance aux projets souverains de Napoléon. M. Alexandre de Humboldt était trop bien posé dans les deux pays, pour ne pas aider ce bon concours des cabinets dans une même politique. Il fut constamment du parti de l'alliance qu'il vit avec peine s!afîaiblir lors de la campagne contre l'Autriche en 1805 ; il agit dans le sens des idées françaises, au milieu des hésitations de sa cour. Tandis que Guillaume son frère,