‹ Les diplomates européensChapitre 105 sur 117 · LE MARQUIS DE PALMELLA. 3S · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE PALMELLA. 3S

da Gloria, afin de lier plus d*intér6ts à la cause d*aiie jeone reine; ceile-d à soa toor devenait la fiancée d'un prince de la maison de Gobourg qai , secondé par tous les condoUieri armés sous un général d*aventure, devait régner sur le Portugal. Le marquis de Palmella vint détmrquer à Porto, alors assiégé par Dom Miguel ; il accourait y défendre les intérêts anglais, le conunerce britannique, les négociants en vins, les propriétaires de grands vignobles. Le marquis de Palmella, durant ce siège, réunit les titres de ministre des affaires étrangères et de Tintérieur à un commandement actif. Dans cette singulière campagne, la guerre se serait indéfiniment prolongée si la flotte anglaise, sous l'amiral Napier, n*était intervenue au nom de la charte nationale fabriquée à Londres et de la reine nationale venue de Windsor.

Ainsi fut accompli, sous les apparences- de la liberté et des looiières, l'asservissement du Portugal. Ce fut le dernijBr effort de la nationalité portugaise, inculte et sauvage, sous la royauté de Dom Miguel. L'œuvre de démolition avait commencé au xviii» siècle par les philosophes; sous prétexte d'enlever au Portugal son ignorance native, ses vieilles superstitions, ils lui avaient ôté son antique caractère, sa force et sa gloire. Jean YI, tout en ménageant les traditions des ancêtres, avait policé les mœurs de son peuple par les lumières et l'éducation scientifique ; la Révolution française l'empêcha dans son œuvre : avec elle nr. n

naquît cette école anglaise de chartes et de constitatioDS, incompatible avec les mœurs abruptes du Portugal , et qai n*a produit, jusqu'ici, que désordre, confusion, misère profonde et guerre drile. Palmella, homme édairé sans doute , lut rinstrument de l'Angleterre , et le Portugal peut dire que c'est à cette école qu'il doit sa décadence. La vieille reine Charlotte et Dom Miguel ne furent si s^ntanément entourés par la population enthousiaste « que parce que tous deux étaient nationaux, avec les vices et les qualités que donnent le del et le sol du Portugal. S leur cause avait triomphé, la nation aurait été affranchie du joug de l'Angleterre; et cette Angleterre, qui le savait bien, poursuivit toujours dans Dom Miguel son ennemi personnel ; non-seulement elle l'attaqua par la guerre , elle le calomnia par la presse : le sang des Maures d'AfKque, en effet, bouillonnait dans sa poitrine ; mais ce sang est celui du Portugal dans son peuple, sa noblesse, son clergé. C'est, avec le roi absolu, les couvents et lesflrmfles, qm les Portugais avaient conquis un nouveau monde, et porté si haut la gloire de leur nom. Que sont-ils devenus aujourd'hui, avec cette charte de droit que le marquis de Palmella ftvorisa de tous ses efforts?

Dans les temps d'une diplomatie pratique et sérieuse, la France eût soutenu Dom Miguel, sans s'inquiéter de son caractère, sans voir s'il avait sufOsamment les quahtés libérales, et cela par ce seul motif : que les Anglais le poB^

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suivaient de leur jalousie ; le cardinal Richelieu eût ainâ compris la question. En plaçant Miguel au plus bas des conditions brutes et despotiques, est-ce que la France ne traitait pas avec le sultan, les deys et les pachas? Est-ce qu'elle s'inquiétait de savoir quel était l'esprit, la raison de leur système de politique intérieure , pourvu qu^ils fussent favorables à notre prépondérance? La politique de parti n'était plus dans ces conditions pratiques: à Paris, toutle journalisme révolutionnaire attaquait Dom Miguel; ces feuilles, placées sous l'action de l'Angleterre et du marquis de Palmella, exaltaient la constitution, le libéralisme de Dom Pedro : avec cela elles aidaient merveilleusement l'anarchie, et avec l'anarchie le Portugal n'était plus qu'une préfecture de l'Angleterre. Ce résultat produit, qu'est devenue la splendeur proverbiale de Lisbonne? on s'y combat corps à corps ; les révolutions se succèdent les unes aux autres : aujourd'hui c'est un parti qui triomphe, le lendemain une autre faction. A chaque moment on est obligé de s'interposer, d'intervenir: il y a une Charte sans efficacité, un parti de révolutionnaires qui pousse au désordre, un gouyemement qui invoque la constitution et la met de côté conome uninensonge, un roi nul, une jeune reine capricieuse, et des interventions sans but!

Que conclure de tout cela? C'est que le Portugal, comme l'Espagne, est en dehors de sa condition naturelle et de son esprit. Ces deux pays sont religieux et l'on veut y faire de

la philosophie. Ces deux pays ne peuvent être fortement conduits que par un pouvoir absolu et on leur donne des assemblées de brouillons; on a brisé les liens d*obéissancede Tarmée, le respect des principes» Tautorité de la couronne. Le Portugal est devenu tout à la fois le théâtre des guerres civiles et de l'intervention étrangère. Telle est la conséquence de tout système de gouvernement qui n'est pas dans l'esprit et dans les mœurs du peuple. On a énervé, épuisé le Portugal avec un principe étranger qui l'absorbe et le dénationalise.

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