‹ Les diplomates européensChapitre 109 sur 117 · U PAPE PIE U · texte numérisé non relu

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dédaignent la force religieuse, la Révolution s'en empare, elle la fait sienne, et je prie les hommes d'État de s'arrêter par la pensée k cette nouvelle ère qui s'ouvre pour la politique.

Le souverain pontificat, dans le droit public de l'Europe, est envisagé sous deux faces : Le pape est le chef suprême de la religion sainte et respectée , it il n'est pas permis k un croyant de discuter son infaillibilité. Ce qu'il décide, c'est Dieu même qui l'a jugé en matière de foi ; ses jugements doivent être reçus comme les paroles de Pierre i'Hermite , par ce Dieu le veuU / Dieu le veult/ des populaires journées des croisades. Mais en même temps, le pape est souverain temporel , chef d'État avec un royaume italien et terrestre , soumis à la paix , à la guerre , aux grandes choses et aux petites, à l'héroïsme comme à la faiblesse, au bon et au mauvais enthousiasme, à l'esprit de conservation ou de révolution, à l'humilité comme à l'amour-propre. C'est en sa qualité de souverain temporel qu'il négocie avec les gouvernements, reçoit les ambassadeurs, admi« nisire les peuples, et qu'il traite avec les cabinets. Et l'on sent que le présent article ne peut avoir pour objet que de considérer le Saint-Père sous ce dernier rapport. C'est Pie IX, souverain territorial de l'Italie, avec son caractère politique, que je vais étudier dans cette galerie d'hommes d'État.

Le 3 avril 1813; le sénat conservateur en France (curieuse

institution de Tépoque napoléonienne) se réonit pour recevoir une communication du gouvernement. C*était après les affreux désastres de Moscou , à une époque où l'Empereur avait t)esoin de deux éléments pour le salut de son vaste système : l"" de grandes levées d'hommes ; 2» des garanties personnelles contre le soulèvement des populations qui, après les revers, tendaient à se séparer de la puissante unité; l'empire de Napoléon, comme c«lui de Charlemagne y marchait à sa décadence ; la communication faite au sénat dont je viens de parler, avait pour but une immense levée , 600,000 honmies, je crois. Mais au milieu de cette masse de conscriptions, jetées les unes sur les antres, il 7 avait un décret spécial pour la création de quatre régiments de gardes d'honneur ; et voici d'après quelle base cette levée était organisée : Le gigantesque empire s'étendait alors de Hambourg jusqu'à Rome ; on y pariait vingt langues différentes avec des mœurs et des habitudes diverses. La pensée de Napoléon avait groupé tout cela dans une seule administration ; or, les quatre régiments de gardes d'honneur destinés, d'après l'avis des conseillers d'État, orateurs du gouvernement, à servir de noyau à des compagnies de gardes du corps (la vieille monarchie était toujours copiée par Napoléon) devaient être composés des fils de toutes les grandes familles; ils ne pouvaient se faire remplacer; les préfets désignaient avec arbitraire les principaux imposés, les familles les plus nobles, les plus aristocratiques et les plus

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eDDemies mêmes de l'Empire; et ces jeunes hommes, de 18 à 25 ans, devaient s*habiller, se montera leurs frais, et tous recevaient la solde des chasseurs à cheval de la garde impériale. Par ce moyen d*ingénieose tyrannie, l'Empereur avait des soldats et des otages : des soldats, parce que tout homme bien né a du courage, de Thonneur sous le drapeau, et l'orgueil de sa naissance le fait marchera l'ennemi; des otages 1 parce que le gouvernement réunissait ainsi sous sa main les fils de toutes les grandes familles du vaste empire: Allemands, Italiens, Belges, Hollandais , etc. ; ceux-ci lui répondaient de la fidélité de leurs pères. Telle est la tendance nécessairement violente de tout gouvernement despotique. Napoléon en arrivait, avec des formes^ polies, à la loi des otages, comme sous la Convention nationale.

Le premier régiment de ces gardes d'honneur était singulièrement composé, et je vais en donner une idée ; on trouvait dans ses dix escadrons, des Parisiens, des Normands race identique, des Flamands, des Belges, des Hollandais ; mais avec eux se trouvaient mêlés des jeunes hommes nés dans la campagne de Rome, sous les pins mélancoliques du lac de Trasimène jusqu'à Ancône, Albano et Tivoli, ou bien les enfants nobles des anciennes Légations papales , celles que défend aujourd'hui avec tant de courage Pie IX contre l'intervention autrichienne. C'était un terrible envahisseur que Napoléon, puisqu'il en avait fait des départements fran- IV. 24

çais. Alors le grand pape d'aujourd'hui fut désigné, tout jeune homme, pour faire partie des gardes d'honneur du département de Trasimène, et par conséquent il endossa le gracieux uniforme vert foncé, à parement et revers rouge, te schako polonais sur l'oreille, et on l'incorpora dans le premier régiment dont le dépôt, je crois, était à Yersailles.

Giovanni-Maria Mastaï, né à Sinigaglia, dans la marche d' Ancôiie, d'une famille noble et honorable, le 13 mai 1792, avait alors 21 ans accomplis, d'une taille assez élevée, d'une figure douce, calme; il quitta le ciel de la belle Italie , pour rejoindre son régiment formé à la hâte. Tous ces jeunes hommes, sous les aigles de TEmpire, cornbattirent avec courage dans les champs d'Allemagne ; on sait combien , malgré leur ineipérience, les gardes d'honneur se distinguèrent dans leur lutte avec la cavalerie prussienne et saxonne surtout. Curieux spectacle de voir ainsi en présence la jeunesse élégante et noblement née de toute l'Europe ! L'Allemagne avait ses landwerh et ses landsturm des universités, et le vaste empire français, ses jeunes gentilshommes, enfants de vieilles ou de nouvelles familles. La campagne de 1813 fut sanglante ; les gardes d'honneur ne désertèrent pas un seul moment la cause qu'ils avaient juré de défendre jusqu'à la paix de 181th , époque où la dissolution de TEmpire couvrit l'Europe d'immenses débris. Le jeune Giovanni Mastaï revit alors son Italie, que le congrès de Vienne venait d'organiser sur des bases de

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morcellement et de soiiTeraiiietés diverses. L'Earope en 1814, avait été appelée k examiner une question grave, sérieuse, sur ritalie : loi conserverait-on un caractère d'unité, an seul gouvernement, ou bien reprendrait-elle ce système de morcellement et de division qui faisait sa vie, sa force, son originalité, depuis le moyen âge? De récentes tentatives vers cette unité avaient été essayées depuis la révolution française, et toutes avaient échoué. Bonaparte, empereur, il est vrai avait créé un royaume dltalie ; mais quoique séparée de Naples déjà, cette création n'avait réellement d'unité qu*à deux points de vue, la conscription et les droits réunis; choses parfaitement odieuses aux Italiens, et qu'ils avaient secouées avec spontanéité en 181b. L'unité était dans l'administration, elle n'était pas dans les peuples. L'Italie comprenait dixnationalités diverses, toutes pleines de haines et de jalousies les unes envers les autres; le Milanais méprisait le Vénitien, le Toscan se raillait du Romain ou du Bolonais: quel rapport avait le Génois avec le Napolitain? S'il y avait ressemblance de langage , l'idiome populaire était si divers, si mobile I Un homme d'esprit, au congrès de Vienne, égaya la gravité de l'assemblée en comparant les diverses nations de lltalie, aux acteurs du petit théâtre en plein vent de Polichinelle : comment faire vivre dans une commune famille, paillasse, arlequin, gille, pierrot, le dottore et tutti quanti; il fallut donc renoncer à l'unité en 181 i^, et les antiques gouvernements retrouvèrent la place

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historiqoe et traditionnelle qui lear appartenait: à j*exfarémité le Piémont avec Gèneâ, et la Savoie; au centre le Milanais aux mains de l'Autriche, avec Venise ; puis la Toscane, les États de rËglise» Naples, sans compter les flefs et souverainetés particulières. L'Italie reprit son ancienne forme.

Cependant Tidée d*unité italienne n'était point perdue; pour quelques-uns elle était à l'état d'utopie; beaucoup d'autres espéraient la mettre en action ; de là les tentatives du carbonarisme qui avait pris naissance sons l'Empire, au temps d'oppression, lorsque l' Allemagne, l'Italie, se couvraient de sociétés secrètes pour la délivrance du monde aplati sous les pieds de Napoléon. Le carbonarisme menaça tous les gouvernements séparés, en invoquant les deux principes unilé et révolution; d'où naquit cette guerre vigoureuse que les gouvernements réguliers lui déclarèrent presque immédiatement; le carbonarisme conspira sans relâche ; il entoura de ses vœux la folle expédition de Murât en 1815, qui parut un moment en Italie, occupa Rome au nom de l'unité et de la liberté; cette tentative devint parfaitement ridicule à cause de la poltronnerie que les Napolitains montrèrent dans le combat; ils s'enfuirent à toutes jambes, et les Autrichiens occupèrent encore Naples : ainsi leur puissance s'établit plus fortement en Italie.

C'est à cette époque agitée que le jeune Giovanni Mastaî revoyait sa chère Italie ; il vint à Rome pour solliciter son entrée dans la garde noble du pape; le métier des

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