‹ Les diplomates européensChapitre 111 sur 117 · LE PAPE PIE IX. S7S · texte numérisé non relu

LE PAPE PIE IX. S7S

tions, à robéissance : on retrouve ces devoirs dans Tétat de prêtre on de religieux.

Les premières études sacerdotales du jeune Mastaî se firent sous le pontificat de Pie VIL Ce grand pape, si admirable de résignation , était un peu l'allié de sa famille ; son long pontificat eut ses misères et ses splendeurs. Il faut se reporter, pour connaître ses sueurs infinies, à l'époque surtout de la Restauration en 1814. Napoléon Je le rappelle, avait expulsé le pape de Rome, et des Légations converties en départements français ; Tltalie, soulevée en 1814, appelait le pape de ses acclamations, et Pie Vil revint à Rome, entouré de ses fidèles cardinaux Consalvi, Pacca, qui lui avaient montré tant de zèle et de dévouement durant sa captivité. A cette époque, les Autrichiens, maîtres d'une grande partie de l'Italie, prétendirent à la plus large, à la plus étendue des frontières, jusqu'au point de réclamer une partie des Légations. Us avaient pour eux la force, la conquête, le pape n avait que le droit moral. Consalvi fut chargé de le représenter au congrès de Vienne. Il y eut de longues discussions sur les frontières et la faculté de garnison que TAutriche prétendait tenir non-seulement à Ferrare, mais à Bologne même ; Pie VU fut fortement soutenu par la France, et par son plénipotentiaire le prince de Talleyrand ; les vieilles Légations furent restituées à Rome, avec les annexes de l'ancien pontificat. Cest à l'action diplomatique de la France que Pie VII dut de con-

server rancien patrimoine romain. Cela explique les sympathies de Rome, à tons les temps, pour la nation qu'elle appelait la Olle aînée de TEglise. 11 y eut à cette époque du congrès de Vienne une série de protestations de la part da cardinal Consaivi auxquelles on ne doit pas s*arrêter d'une façon absolue , parce que toutes se lient à cette maxime de la cour de Rome , à savoir : que les papes , simples usufruitiers, n'ont le droit de ne rien céder. Ainsi le même acte, qui protestait contre la faculté de garnison autrichienne à Commachio et Ferrare, contenait d'égales réserves contre la prise de possession du comtat et de la cité d'Avignon par la France en 1790. Telle est Rome; tous ses droits sont considérés comme éternels.

Une fois rentrée dans son antique patrimoine, la cour pontificale dut songer à son administration civile et politique. A Rome, il y a tant d'amour et tant d'admiration pour le pape, que l'obéissance populaire est toujours facile. La multitude y a conservé les vieilles allures de la ville étemelle ; les Transtéverins voient dans le Saint-Père quelque chose de grand, de saint, qui fait leur orgueil : rien de plus facile que le gouvernement et l'administration de Rome ; de mémoire d'homme, il n'y a pas eu de sédition et de révolte contre le pape. Les Légations n'ont pas le même esprit, le même caractère ; elles comptent moins de peuple, plus de commerçants et de bourgeois ; la noblesse y est moins rattachée au pontificat. De là de plus grandes exigences pour de-

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mander ane administration séculière; les Légations n'offraient donc pas Tobéissance sans conditions ; les cités populeuses et riches, telles que Bologne, Ferrare, appelaient un gouvernement libre, un système municipal largement organisé. Dès lors, il y eut lutte vive et profonde entre l'administration civile et le gouvernement ecclésiastique des légats; et derrière ces tentatives se trouvait presque toujours rAutriche, bien aise de cette agitation, parce qu'elle faisait sa force et sa prépondérance, sa nécessité auprès des Légations et des souverains pontifes ; elle n'avait jamais renoncé & retrouver un jour les riches villes qui auraient si parfaitement arrondi le royaume Lombardo-Vénitien. Je mets en dehors de ces intrigues le peuple toujours et partout dévoué au Saintr-Père; les murmures venaient de la classe bourgeoise.

Telles étaient les difficultés du gouvernement de Pie VU lorsque le jeune ofBcier Giovanni Mastaï, parent du Saint- Père, entrait dans la prélalure, premier degré des fonctions ecclésiastiques pour une famille noble. Presque aussitôt, sa viveet fervente charité lui fitpréférer les fonctions d'hospice, le service des malades , et il devint directeur de l'hôpital dei Giovani [ les Orphelins ) , fondation qu'un artisan de Rome avait faite pour les enfants abandonnés et malades. L*Ëtat pontifical est plein de ces maisons de charité. Ce n'est pas en vertu d'une froide régularité administrative qu*on est secouru ; le pauvre et l'Eglise se touchent ; ses

plas chers enfants sont les souffreteux de Jésus-Christ. A chaque pas, à Romey on trouve des fondations pieuses : asiles pour les pèlerins et les lépreui, comme au moyen âge, asiles pour l'enfance, les vieillards, les soldats» les prêtres» les laïques, les ouvriers, et tout cela servi gratuitement par des confréries qui vivent et meurent en se consacrant à guérir toutes les souffrances de l'humanité. C'est en dirigeant cet hospice des orphelins que le garde d'honneur de Napoléon, si brillant naguère, apprit le service de Dieu; son temps se partageait entre la cité de son enfance Sinigaglia et Rome; il avait des frères plus jeunesque lui; l'un se destinait à l'administration , l'autre à la vie des batailles, comme l'atné lui-même avant sa profession religieuse.

C'était le temps où l'Italie était profondément agitée par le carbonarisme. Il est rare, dans la marche des idées et des faits, qu'une restauration des anciennes souverainetés ne soit suivie d'une tentative violente essayée par les nouvelles idées et les nouveaux intérêts blessés par le rétablissement de l'ancien ordre de choses. Le carbonarisme avait d'abord le but dont j'ai parlé» l'unité de l'Italie ; il espérait» à l'aide d'une certaine force populaire » renverser les obstacles des souverainetés italiennes pour aboutir à une sorte de république fédérative sous un roi ou même un président. En 1820 » le carbonarisme se crut assez fort pour faire explosion; la constitution des Cortès» transportée à Naples» devint le signal d'une grande sédition militaire ; partout les

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