LE PAPE PIB IX. 8S
s'universalise à Rome. Les ordres religieux appartiennent an monde ; le patrimoine intellectuel des jésuites , des dominicainSf des camaldules, c*est le monde ; le pape, c'est le monde; la propagande, le monde I de sorte que les idées s'agrandissent en foce du Vatican, sous la coupole de Saint- Pierre; plus de petits intérêts, plus de petites passions: collèges, institutions pieuses, tout prend l'univers pour théAtre ; et comme eipression de cette immense pensée, des prélats qui parlent toutes les langues, des savants qui re~ muent la poussière de l'antiquité pour découvrir les papyrus de Cicéron ou de Tacite.
Au retour de cette lointaine mission du Chili, l'abbé Mastaï trouva Pic VU, son parent et son protecteur, descendu dans la tombe; mais les vertus du jeune prêtre, le caractère persévérant et pieux qu'il avait montré dans sa mission, le désignèrent au choix de Léon XII (ce pape plein d'énergie), et il lui conféra définitivement la préiature: à Rome, cen'estpointencorel'épiscopat^mais un acheminement vers la crosse ; (les prélats ont le titre de Monsignor, ils en portent les insignes); comme il fallait un aliment & sa charité infinie , Léon XII lui confia ensuite la présidence du grand hospice de Saint-Michel : à lui donc toujours les orphelins, les pauvres, les souffreteux ; c'est ainsi qu'il s'accoutumait à contempler toutes les douleurs du monde. Touché de tant de vertu, Léon XII enfin lui décerna l'anneau épiscopal et la crosse. Le pape venait d'ériger
Spolète en archevêché; le premier pasteur de ce noaveaQ siège fut monsignor Hastaî. Remarquons bien que dans les États romains, on ne reconnaît pas la hiérarchie des métropolitains et des simples suDragants qui tient pins à la circonscription territoriale qu*à Tesprit général de l'Église : archevêques et évêques se confondent devant la toute puissance et la dictature de la papauté.
On était alors à une époque de paix et de pacification ; le carbonarisme avait un peu disparu du sol de l'Italie ; il y avait des mécontents, mais il n'y avait pas de rebelles. Le gouvernement de Rome s'efforçait d'améliorer son administration intérieure ; les routes étaient tracées à travers les montagnes, les marais desséchés. Absorbée dans son royaume Lombardo-Vénitîen, l'Autriche s'occupait peu des Légations; la garnison de la citadelle de Ferrare se composait d'un seul bataillon hongrois. La France avait conquis une heureuse influence à Naples, à Turin ; M. de Chateaubriand, alors ambassadeur auprès du saint-siége, pouvait paisiblement s'occuper de fouilles, d'arts, d'antiquités. A peine quelques questions accidentelles (celle des jésuites en 1828, par exemple] venaient préoccuper, compliquer les rapports de la France et de Rome ; un très-petit nombre d'exilés restaient encore en- dehors de la patrie, tous rentraient peu à peu. La Restauration était parvenue à faire repousser par les États italiens, la proposition plusieurs fois reproduite par le prince de Metternîch, d'une fédération