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▼oté la singolière injonction de faire exécuter les lois du royaume contre les jésuites, M. Guizot s'aperçut que pour ne point alarmer les consciences et pour ne pas soulever répîscopat dans une résistance solennelle, le mieux était de s'adresser à Rome, la source et l'origine de toute autorité par rapport à l'Église ; d'où vint la mission de M. Rossi. A ce moment le choix étaient un peu hasardés, les antécédents du négociateur ne lui étaient pas favorables, quoiqu'il se fût bien corrigé dans la société du duc de Broglic. Mais tel est l'ascendant de Rome , l'impression qu'elle produit sur nous tous, les graves méditations qu'elle inspire, que M. Rossi, à peine arrivé, mit, pour ainsi dire, sa mission aux pieds du Saint-Père; il gagna la conBance du sacré collège, et devint le pieux organe de la France très-chrétienne. Dès lors sa mission politique réussit dans la mesure des inté- . rets religieux ; les jésuites, habitués à obéir, ne flrent aucune résistance : le pape Grégoire XVI fit de cette négociation une affaire entre le général des jésuites et les révérends pères établis en France. Tout s'exécuta dans la plus profonde résignation. La majorité de la Chambre s'était révélée si petite d'intelligence I les jésuites se montrèrent soumis, spirituels, et jamais question ne fut conduite avec plus de prudence et de modération.
Le comte Rossi conquit une certaine puissance à Rome , aidé du concours de quelque prélats français , et spécialement de Tabbé d'Isoard» appelé depuis à la place d'auditeur
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de Rote. Les dépêches du comte Rossi annoofaient chaque jour la possibilité d*une très-prochaine vacance du saintsiège: Grégoire XVI , trës*ayancé dans la vie, pouvait être emporté par une maladie aiguë , et alors il j aurait un conclave. Dans son dédain stupide pour les choses religieuses» le banc des philosophes de la Chambre des députés avait poar ainsi dire supprimé le traitement et les fonctions du cardinalat comme une chose inutile et une superfétatioo dans le budget : un cardinal, un prince de TÉglise , à quoi pouvait servir ce luxe de prélature? Ces gens-là ne voyaient pas une chose : d'abord, par les cardinaux, nous exercions sur le gouvernement de l'Église catholique une influence nécessaire chez une nation qui a une loi, un culte, un dergé; puis le gouvernement du pape n*est pas seuleihent ecclésiastique, il est encore politique et tient le centre de l'Italie; il peut donc servir de point d'appui à une résistance contre . les empiétements de TAutriche. La France devait avoir poor elle les cours de Naples, de Turin et de Rome , c'était un système de prépondérance politique qu'elle devait suivre et développer. Les cardinaux français étaient les instruments naturels de ce système; ils servaient le pape, le dirigeaient dans son gouvernement; et tandis qu'on votait des subsides à tous les réfugiés de bas étage, à tous les brouillons révolutionnaires, on refusait quelques mille francs aux membres du sacré collège I Cependant, depuis le ministère de M. Guizot, plusieurs cardinaux françaisavaient été nommés
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par le Saint-Père, et le ror avait donné la barette aux trois archevéqnes de Lyon, de Rouen, de Bourges, et an pieux évèqm La Tour d'Aavergue. Ce n*était point assez pour «n conclave.
Grégoire XVI mourut le S juin 1846, presque subitement, et la catholicité fut encore yeuve de son pasteur suprême. Tous les cabinets mirent une grande importance à l'élection d'un nouveau pontife, fl est de règle qu*il n*y a que les puissances catholiques qui exercent à Rome dans le conclave une influence réelle: la maison de Bourbon pour la France, l'Espagne, Naples; la maison d'Autriche avec la Bavière, le Portugal avec le Brésil, et cela s'explique; le pape, souverain de toutes les âmes, n*a et ne peut avoir de rapports réguliers qu'avec les gouvernements qui professent la foi catholique. Depuis quelques années le cercle des influences d'État s'était agrandi ; il n*y avait pas une cour qui ne mit une grande importance au choix du souverain pontife : la Russie qui désirait un apaisement des esprits en Pologne ; la Prusse qui avait un bon tiers de sa population catholique ; TAngleterre pour l'Irlande qu'un mot du pape pouvait soulever ou satisfaire. Tant le principe religieui est encore fort énergique sur les Ames, que du souverain pontife dépendait la paix de l'Europe I Toutes les populations étaient préoccupées. L'Autriche n'avait qu'une faible chance pour elle, mais en s'appuyant sur l'ancien parti de Grégoire XVI, les zelaniû elle espérait d}tenir un pape
qui prolongeât le statu quo^ si apprécié par la cour de Vienne. La France, au contraire, soutenait les cardinaux amis d'une sage réforme, et par ce mot réarme il faut »tendre un système en dehors de toute révolution , le progrès qui donnerait une administration sage et laïque aux Légations ; il fallait corriger le gouvernement financier et municipal, dissoudre les volontaires pontificaux, apaiser le mécontentement qui entraînerait à la sédition et à la révolte , puis à Tintervention de rAutriche. Les instructions données par M. Guizot à M. Rossi reposent sur cette pensée, et certainement les esprits progressifs et libéraux doivent en tenir compte au ministre qu'ils accusent aujourd'hui de marcher avec le prince de Metternich. Harcber avec le prince de Metternich quel crime» d'ailleurs I Ne savent-ils pas que dans les affaires de Rome, les premiers conseils de réforme pour un meilleur système administratif des Légations sont venus précisément de Vienne depuis 1830 ! C'est pourtant avec cette connaissance des faits et cette vérité historique que se savent et s'écrivent les affaires dans la presse française. Ce que ne veut pas l'Autriche , c'est le triomphe du carboranisme ; et la France ne le veut pas plus que l'Autriche 1
Pour ceux qui n'ont pas visité Rome, qui n'ont point assisté à ses pompes, à ses solennités, il n'est pas possible de se faire une idée exacte de l'émotion vive et profonde que cause la mort d'un pape et le conclave dans lequel
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son sQccessear est nommé. Dès que le cardimil cimerlingue est informé de la mort du souverain pontife il.se rend au palais (ce palais est le Quîrittal) et s'approche du cercueil. Le souverain pontife y repose, vêtu de blanc, la tête cou* verte d'un voile Manc, le camerlingue le soulève, et d'une voix grave il s'écrie : « Peuple chrétien, le pape est mort ! 0 A ces mots funèbres, les glas de l'église Sainte- Marie- Majeure répondent tristement à ceux de trois cent cinquante églises de Rome. La nuit, le corps du pape défunt, revêtu de riches ornements, est placé dans un cercueil tout blanc, porté par des mules blanches, ornées et caparaçonnées de deuil : un cortège de moines, de prêtres, de gardes, de noblesse et de peuple , un flambeau de résine à la main , précède le cercueil ; le canon tire de temps è antre jusqu'à ce qu'arrivé à la chapelle Sixtine, le corps, embaumé, soit placé sur un lit de parade, en face de la grande fresque de Michel- Ange (le Jugement dernier). Là chaque Romain, grands et peuple, vient faire sa prière et baiser les pieds du pape, froid et desséché parla mort. Le deuil dure neuf jours; ce temps passé, comme l'Église de Jésus-Christ n'est jamais veuve, on quitte les sombres habits pour se parer d'antres vêtements. Après la messe du Saint-Esprit, les cardinaux s'assemblent en congrégation pour discuter et résoudre les affaires urgentes du gouvernement et préparer le conclave.
Le palais Quirinal est maintenant le séjour du con-
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clave : Tair y est meillair» les chambres aiieBx disposées pour cette vie murée. Nul cardinal ne peut avoir coiniini* nication avec rextérieur; une fois en conclave tout reste secret comme dans un cloître. Quand il y a parmi les car* dinaux une vertu assez pure qu'elle mérite le suffrage par acclamation, le conclave dure peu; s'il y a moins d*iiir telligence et d'unanimité, on procède souvent par compromis, sorte d'arbitrage. Le troisième mode est le scrutia et l'accession. Il faut voir l'anxiété, le tumulte du peuple qui règne au dehors pendant le conclave; la fouk s'agite autour du Quirinal comme les Quirites quand le Sénat était réuni dans la vieille Rome. Cette fois le conclave fut fermé le 16 juin, jour de diaumchet après la messe soieanelle. Cinquante et un cardinaux seulement y assistaient, tous des États d'Italie; les cardinaux étrangers n'avaient pu arriver encore. On se hâtait, car les Légations remuaient et une révolution paraissait possible. La foule émue citait parmi les noms qui avaient le plus de chances les cardinaux Gizzi, Mastaï, Falconieri, Soglia et Castracane; les uns dévoués aux idées stationnaires défeqdues parGt^oire XVI, les autres aiarcbant au progrès comme le voulaient la France et la bourgeoisie de Rome. Tantét la foule émue disait : « Gizzi a le plus de voix ; » nue heure après c'était Castracane I Enfin , incessamment agitée conune les flots du Tibre, la foule eptoura le cardinal doyen, prodamant les paroles suivantes: «{futreSajut-Père