GUILLAUME ET ALEXANDRE DE HUMBOLDT. M
étaient nées de la atnation réciproque dei catholiques et da protestants ; on a?ait essayé des persécations impopulaires et maladroites contre les évéques des provinces Rbé^ oaoes« ce qui avait amené une grande fermentation des esprits. Le premier soin du nouveau monarque a été de bire cesser toutes ces violences et de rendre la paix aux provinces agitées.
L'honneur du règne actuel sera cette large protection accordée aux catholiques, la répression de Tesprit pbiloso* phique et novateur qui oie le Christ et bouleverse la vieiUe et sainte Allemagne. Ce sera pour le nouveau roi une grande tâche, parce que la négation religieuse porte à la Dégation monarchique. Le roi Frédéric-Guillaume est un prince éclairé d'une véritable éducation libérale ; il écoute, discute, accorde même beaucoup ; mais il doit se défier de cette facilité même , et se convaincre surtout que la tache d^ gouvernements est de remplir leurs destinées traditionnelles, etFrédéric-le-Grand les avait solennellement tracées pour la monarchie prussienne.
Maintenant le roi de Prusse a encore à lutter contre les fausses tendances de cette vieille école dont M. de Humboldt est le représentant , et que j'appellerai le constitutionnalisme prussien. Chaque année cette école fait courir le bruit que le roi est à la veille de donner une constitution. Qu'est-ce que cela signifie? est-ce que la Prusse n'est pas constituée ? n'a-t-elle pas une bonne ad-
te DIPLOMATES EUROPÉENS.
mÎDistration, économe et surveillante? n*7 a-t-il pas une liberté suffisante de penser et d'écrire, trop grande peutêtre, en religion et en philosophie? est-ce la tribune qu'on demande pour la Prusse, et la lutte des majorités et des minorités? Dieu en préserve la monarchie do grand Frédéric I Si elle veut s'arrêter dans son développement de grandeur, dans son influence européenne , elle n'a qu'à ouvrir une tribune ou chaque année on vienne démolir ce que le gouvernement peut faire de bien et de bon. Un des hommes influents de la mission de Chine me disait naguère qu'il avait cherché à expliquer au mandarin chargé des négociations, le mécanisme du système représentatif, et le mandarin , après avoir grandement réfléchi , répondit avec un grand sérieux : a Ah I je comprends ; vous bâtissez une « maison, puis vous permettez qu'on mette devant des « canons , et qu'on tiré à pleine volée sur elle. »
Si nous étions encore au temps de Voltaire, on pourrait dire, comme lui, que la sagesse vient décidément du céleste empire I
Lorsqu'on visite le cliâteau des Tuileries , aux jours de simples réceptions, on peut remarquer une sorte de couloir qui sert d'avant-salon à la plus vaste pièce où se réunit aojourd*hui le conseil des ministres. Ce petit dégagement , hélas! bien délaissé (la France n'a plus de reliques) , était le cabinet du feu roi Louis XVIII, le prince habile qui s'efforça de concilier les grands partis en France et de renouer la chaîne des temps. Le cabinet du roi était de la plus austère simplicité; Louis XVIII passait sa vie dans son fairteuil à roulettes, modeste mais fort ingénieusement préparé pour le transporter çà et là dans les appartements. Devant lui était une petite table de bois blanc, compagne
fidèle de son émigration , le meuble de ses habitudes. Peutm. 7
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être a?ait-il signé la Charte sur ce frêle support; puis quelques chaises sur lesquelles étaient des gravures roulées , des livres ouverts , une bibliothèque basse en forme d'armoire avec glaces, telle qu'on. les faisait au commencement de la révolution française; deux gravures suspendues. Tune reproduisant le Bélisaire de Gérard, l'autre un sujet dont je ne me souviens pas précisément , étaient les seuls ornements de ce cabinet où le roi avait reçu pourtant les souverains et les ministres de l'Europe avec cette dignité de la maison de Bourbon , qui ne cédait le pas à personne.
Dans ce cabinet » vers le commencement du mois d*aoât 1815, tout en face du vieux roi, était debout un jeune homme de trente -quatre à trente-cinq ans, d'une belle igure, le front haut, le nez arqué et méridional, revêtu de l'uniforme 'de préfet de police dans la plus atricle étiquette de cour ; le roi aimait ces marques de r^pect, et il adressait ainsi la parole à ce jeune homme : «Eh bien, monsieur le préfet, qu'est-ce donc que cette tentative 4'eBipoisonnement sur Tempereur Alexandre? qu'y a-tnl de vrai? . que venez-vous m'annoncer ?» Alors, aveclea formes les phis •respectueuses, le préfet répondit au roi : a Que d'apfiàs les ordres de M. de Talleyrand , il s'était rendu chez M. de Nesselrode; que là, perquisition. faite en présence des ofQciers de l'empereur, on avait reconnu .que lahouteille de l'office (qu'on disait remplie de poiâon) contenait une substance pour nettoyer les meubles et. placée fort
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inoocoDunçnt dans |e buffet, » — « Ah ! Unt mieux , s'écria Louis XVIII, ce sera une accusation et un ^barras de moins, d J'ai bespin de dire que le vieux roi n*ainuiit pas les mauvaises nouvelles ; il se laissait entraîner doucement vers toutes les bouches qiû le rassuraient, égoïsme que nous avons un peu tous. Les gens qui veulent exercer sur nous de l'empire doivent nous rassurer ou nous égayer ; ceux qui nous alarment ou nous blessent, nous Içs secouons le fim vite possible , parce que telle est la nature humaine. Les Bourbons su/tout avaient cette tendance; elle pourrait expliquer la puissance de bien des favoris depuis Louis XIV.
Le jeune hooune qui alors, ppur la première fois, se trouvait en présçnoe de Louis XYIII, se nommait Élie Decazes. Né à Saint-Martin -de-Laje, près du glorieux champ de bataille de Coutras, si célèbre sous Henri IV; sa tamille était simple, mais honorable, de magistrature et d'écbevinage. Dans le midi, parlementaires, éçhevins A jurats avaient une grande importance. Henri IV, dans ses jours de bonté et de périls, avait anobli un Raymond Decazes, et c'était un de ses descendants qui se trouvait à la face d'un petit-fils du Béarnais qui, hélas I n'avait pas, comme lui , noirci son front à la poussière des batailles. Les temps étaient si dissemblables 1 Nous arrivions aux époques d'écriture et de chartes; on ne noircissait plus son front de poudre , mais on trempait d'encre ses doigts.
Les réponses du jeune fonctionnaire plurent donc siogu-
Hèrement an roi Louis XYIIT, qui lui dit : « Je sois charmé, Monsieur, d'avoir un préfet de police aussi intelligent ; je désire que dorénavant vous veniez me rendre compte en personne des événements importants de ma capitale. » M. Decazes fit connaître respectueusement au roi que M. de Yitrolles lui avait dit : cr que comme secrétaire d*Ëtat, lui seul devait servir d'intermédiaire entre le préfet et le monarque ; fallait-il obéir à cet ordre? » - « Non , vous personnellement , répéta le roi , je désire vous voir. » Et alors de sa toute petite voix criarde il ajouta : o Monsieur Decazes, étes-vôus parent de la belle madame Gazes, femme du fermier général? » C'était une des grandes beautés de Tépoque de Monsieur , comte de Provence , au Luiembourg , et ces souvenirs-là, Louis XVIII en était encore tout ravi, — a Je dirai au roi, répondit H. Decazes, que je n'ai point cet honneur-là , et que nous appartenons à une famille de robe, » Et Louis XVIII, qui déjà se sentait de l'affection pour le jeune préfet, lui dit : « Au reste, vous n'avez pas besoin d'être le parent d'une jolie femme pour être excellent préfet de police. » Et il le congédia de la main en lui disant : n Allons , monsieur, au revoir. »
Tous ces premiers détails étaient indispensables pour bien faire connaître l'origine de la faveur de M. Decazes; et pour la comprendre plus en grand, il faut nécessairement dessiner la situation politique, car la faveur vient moins aux personnes qu'aux positions ; et si Ton analyse un favori , il
n'est quelquefois que le symbole d'une certaine situation plus forte que la volonté. Louis XTIII alors était entre deux partis ; tous les deux considérables, hostiles , et tous les deux avec leur pensée de gouvernement et leur police : le parti de la révolution avait pour organe Fouché , que le roi avait été obligé d'accepter pour ministre comme garantie donnée aux jacobins et pour ne point trop effrayer le parti révolutionnaire. Quoique Fouché eût dressé une liste de proscription, sacrifié ses amis avec une extrême légèreté, Louis XVIII ne pouvait se fier à lui ; on savait qu'il travail* lait pour une autre idée, qu'il complotait pour un autre changement; et en aucune manière la restauration ne pouvait se personaifier dans un régicide.
D*un autre côté les royalistes groupés sous M. le comte d'Artois formaient également un grand parti qui imposait ses idées, ses ministres^et ce parti qui n'aimait pas Louis XVIII, avait pour organe et pour agent le baron de Vitrolles, homme d'activité et d'esprit. Si le parti ultra-royaliste ne conspirait pas précisément, il désirait un changement politique qui eût annulé Louis XVIII au profit du comte d'Artois. Or, le vieux roi , très-décidé à garder son autorité, defait repousser de toutes ses forces cette double intrigue du parti jacobin et du parti royaliste; pour cela il avait donc besoin d'un homme de confiance. Il n'aimait pas M. de Talleyrand; c'était querelle de grand seigneur, et l'air compassé, impératif, du président du conseil lui déplaisait. Les
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rois qui veulent faire tout psv eux-mêmes, aiment les jeunes hommesr; Ils espèrent les instruire, les façonner; ils les considèrent alors comme leur ouvrage , comme des élèves chéris, exécutant leurs pensées politiques. De II cette tendance de Louis XYIIT à grandir le jeune préfet de police jusqu'à en faire plus tard un favori.
M. Elle Decazes ne commençait pas alors sa carrière d'administration, je dirai presque de politique. Enfant, il avait été envoyé de Liboume au collège de Vendôme, où il fit sa première éducation, éducation alors si merveilleusement dirigée par les corps religieux, seuls capables de comprendre et de moraliser les primitives impressions de la vie. La révolution ayant dissous ces collèges, ËUe Decazes porta ses études vers le barreau, à Libourne, tout à côté de cette ville de Bordeaux qui avait produit les deux girondes, républicaine et royaliste. De Libourne, sous une protection attentive, il vint s'attacher au barreau de Paris, où il plaida sa première cause sous le Consulat, au bruit du canon de Marengo. Ses débuts furent heureux ; il eut le bonheur de plaire à un magistrat de rang élevé, bienveillant, quoique d'un esprit fort ordinaire, M. Muraire, premier président de la Cour de cassation, et celui-ci le présenta à l'empereur. Le but de toute l'ambition du jeune Élie Decazes c'était le titre d'auditeur au conseil d'État, ce qui lui ouvrait l'administration publique, et l'empereur, capricieusement, l'envoya comme jugfe dans une petite tille d'Allemagne, dans le
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Hanovre, je crois ; M. Decazes obéit parce qu*avec Napoléon c'était le seul parti à prendre. Le voilà donc jeté dans un pays inconnu, au milieu de cette étrange administration impériale, oppressive, soldatesque, que le peuple allemand secoua avec tant de bonheur aux jours de la délivrance. H. Decazes n'y resta pas longtemps ; la même protection , et son zèle pour le service public, le firent nommer juge au tribunal de la Seine. Alors il venait d*épouser la fille de son protecteur, mademoiselle Muraire» et cette alliance était toot à la rois un témoignage de Vesprit et de la bonne situation de M. Decazes. Sous Tempire de Napoléon , c'était moins la valeur individuelle qui était remarquée, que le classement de chacun dans la vaste hiérarchie de TEmpire. Or, un premier président à la Cour de cassation, un comte de l'Empire (cette noblesse improvisée était si vaniteuse) tenait un haut rang dans FÉtat; un jeune juge d*un tribanal civil était appelé à un immense honneur en s'associant à une telle fortune politique. Une année à peine écoulée, la jeune fenune mourut, et jamais douleur d'époux ne fut plus profonde ni mieux sentie ; elle fit le bruit de tout Parfs. Cette tendresse expressive devint le sujet des conversations m(me aux Tuileries, et le jeune magistrat inspira un intérêt d*autant plus vif, qu'il s'était montré chevaleresque presque comme aux' vieux temps (aTors les mœurs des chevaliers reprenaient leur cours). De jage au tribunal de la Seine, K. Decazes devint conseiller & la cour impériale, président
remarquable des assises, tAche si diflBcile et hautement consciencieuse pour le magistrat.
C'est à cette époque que commencent les premiers rapports de M. Decazes avec la famille Bonaparte. Je laisse de côté toutes les légendes d*amour qui se rattachent à cette vie d*un jeune homme aux traits nobles, & la tournure distinguée, au milieu de cette cour de femmes mal élevées» sans tenue et sans respect d'elles-mêmes ; je ne suis ni Juvénal ni Suétone, et nous ne sommes point dans Tempire romain. Je dirai seulement que M. Decazes y conquit la plus haute puissance avec les plus gracieusas intimités ; .il fut attaché comme secrétaire des commandements à madame Lœtitia Bonaparte, femme pleine de sens et de finesse, qui ne s'était pas laissé éblouir par les grandes aventures de cette famille, qu'un seul nom couvrait de ses splendeurs, celui de Napoléon. L'esprit de tenue et de convenance, que M. Decazes portait au plus haut degré, lui attira la confiance de cette bonne vieille Corse, active, surveillante, minutieuse pour sa huche, faisant au reste du bien, et qu'une grande tendresse créait comme médiatrice entre tous ses enfants.
De cette position auprès de la mère de l'empereur, M. Decazes passa comme conseiller de cabinet auprès de Louis Bonaparte, que le caprice de la fortune avait élevé un beau jour à la royauté de Hollande ; et voilà M. Decazes jeté à la cour de La Haye, ennuyeuse et ennuyée, quittant les distractions de Paris, les affaires de magistrature, pour ob-
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tenir no titre sans fonction , tout à fait au caprice de Louis Bonaparte, homme doux, inoffensif» prenant au sérieux sa panne et ridicule royauté , et voulant fiiire le souverain même contre Fempereur. Je ne feuillette jamais eeUe histoire de l*Empire sans voir à côté des grandeurs incoates lées, des petitesses toouies^ du drame et de la parade* du héros et du saltimbanque. M. Decaxes se trouva plus d'une fois l'intermédiaire entre Loula Bonaparte^ sa mère et Tempereor; il s'habitua ainsi aux ménagements, à la discrétion, à cette façon douce de causeries, respectueuse envers les QDs, bienveillante envers les autres, qui ne compromet pas, n'engage à rien, et arrive souvent à un résultat. Cette situa* tion devint toujours plus délicate, lorsque Louis Bonaparte prit la fuite et se rendit en Allemagne pour échapper aux colères de Fempereur. Si c'était déjà beaucoup que de supporter le frère de Bonaparte heureux et se croyant roi , il était plus difficile encore de le subir très-inquiet, dans la disgrâce, an milieu de l'Autriche. M. Decazes revint à Paris pour reprendre ses fonctions à la cour d'appel de la Seine ; c'est li que la Restauration le trouva dès son origine.
0 signa un des premiers l'acte d'adhésion des cours souveraines à la restauration, et en 181<^ il se fit remarquer par cette chaleur de royalisme qui était inhérente aux opinions du Midi. Cette première restauration dura peu , pèlemêle étrange de bien et de mal, de grandeurs et de fautes ; et alors arrive l'Empereur au 20 mars; le drapeau tricolore
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flotte sur Notre-Dame, avec un gouvernement mi-parti d'empire et de jacobinisme.
La plus'grdndë calathité qu'ait eue à subir la noble nationalité firançifise et la loyauté de son caractère, ce furent les Cerlt'loors ; il s'y mêle de la trahison, un manque inouï i la fol des serments; des généràui qui la veille jurent de mourir jiour Louis XYIIT, et qu7 passent le lendemain avec enthousiasme à Bonaparte, des adresses démenties, quelque chose du Bas-Empire,' des jacobins et des niais de 89 dans la parade déclamatoire dû Champ-de>Mai. A f aspect de cette époque, si dégradante pour le caractère National, ceux qui protestèrent contre Tétrange abus de la force, ceux qui allèrent à Gand auprès du roî pour empêcher les maux d'une guerre d*invasîon et assurer le triomphe de Louis WiTl et de la Charte, ceux-là furent de bons Français. Cette assertion paraîtra étrange à la petite école libérale ; mais la grande histoire marche en secouant les récits de MM. Diilaure, Norvîns et Thiers, chroniqueurs plus vieux et moins attrayants que les moines du moyen fige, légendaires plus crédules et plus passionnés sur les temps de la révolution et de Tempîre , que tel religieux qui récontait les batailles contre les mécréants de Palestine et lés Albigeois de la langue d*oc. Rien d*étonnant dès lors que des magistrats sérieux , comme M. Séguier, refusassent de siéger sur les fauteuils de la cour, ou au moins qu'ils pussent manifester leur opinion ft (a face de tous. Ce sentiment dicta
la conduite de M. Decazes : discutant en pleine cour royale one adresse à l'Empereur» H fit valoir avec un talent remarquable les avantages du principe de la légitimité ; et comnâe on lui répondait par ce qu*tl y avait de merveilleux , cette* marche rapide de l'empereur du golfe Juan à Paris, if répondit par cette phrase restée historique : « Je ne croyais' pas que ta couronne fût donnée comme un prix de course. >» De telles paroles, qui méritèrent l'exil à M. Decazes, avaient retenti dans le sein du parti royaliste, et à la secondé restauration des Bourbons, il dut à ces gages donnés pendant les Cent- Jours unerenommée incontestée parmi les magistrats dévoués à la famille des Bourbons. Exilé durant quelques mois dans le Midi , il reparut à Paris au commencement de juillet IdiS , après la bataille de Waterloo. Tout était confusion dans la capitale ; les armées alliées y faisaient leur entrée belliqueuse, tandis que la Chambre des représentants rédigeait des constitutions et des protestatiens, amusettes de partis dans les gouvernements morts. Lié d*amitié avec M. de Jaucourt , M. Decazes fut présenté à M. de Talleyrand, qui arrivait à côté du roi au moment où sVganisait le ministère. Un des magistrats fort dévoués à la* restauration, M. Decazes fut indiqué pour là préfecture de police, et le même jour sa nomination était signée à la hâte, afin d'accomplir une tâche assez singulière : il avait à disperser cette grande cohue, appelée chambre des représentants, qui vociférait encore aux Tuileries, et menaçait de se réunir
en d'aatres lieux pour embarrasser les affaires de ce pauvre pays de France , que l'esprit jacobin et impérialiste venait de compromettre si étrangement. Fouché voulait en finir avec ces représentants qui parlaient du triomphe de la souveraineté du peuple pour briser la dictature de Napoléon et créer celle de M. de Lafayette. Tout était confusion à Paris. M. Decazes allait exécuter les ordres du gouvernement, lorsque la garde nationale, ne prenant conseil que de la nécessité, occupa militairement la salle des séances, et les clés furent portées à la préfecture de police. On fut donc débarrassé pour le moment de cette assemblée plus identique qu'on ne croit avec les premières Chambres qui nous sont venues après juillet 1830, sous les mêmes inspirations de M. de Lafayette. Il faut tant d'efforts pour arriver à l'ordre et à la régularité dans les idées politiques!
C'était un devoir difficile, immense, que celui d'un préfet de police à cette époque. L'ennemi occupait la capitale : impératif, despote, il voulait se venger de nos victoires et de nos conquêtes ; les exigences se succédaient : aujourd'hui c'était de l'argent, demain des réquisitions de vivres; puis on voulait faire sauter le pont dléna ; le plus souvent c'étaient des rixes entre les vieux soldats de l'armée impériale et les troupes alliées ; avec cela , les conspirations de partis, les espérances des uns, les exigences des autres, et par-dessus tout les intrigues qui se croisaient au ch&teau ou chez M. de Talleyrand , le heurtement des opinions et des hommes ,
M. FoQché et M. de VitroUes, les jacobins et le parti royaliste ; en&a cet esprit de réaction qui entraîne toujours les opinions victorieuses vers les excès et les fatalités de la vengeance. H. Fouché avait présenté au conseil des ministres une liste de cent dix -sept noms, la plupart ses vieux amis dont il voulait se débarrasser, selon ses habitudes , conune gage aux opinions victorieuses : c'étaient les chefs du parti militaire et les fonctionnaires les plus compromis dans les Cent-Jours. Indépendamment de cette liste , une autre fut adressée au préfet de police de plus de soixante personnes qui devaient être éloignées de Paris dans un rayoïr de quarante lieues. H. Decaxes en fit effacer quelques-uns, obtint des modifications pour quelques autres, spécialement pour MM. Benjamin Constant et Montalivet. Cette liste était encore l'œuvre de H. Fouché , sacrifiant avec indifférence ses amis et ses ennemis ; elle supposait évidemment de l'arbitraire ; les conditions d'un gouvernement ne sont-elles pas d'abord de vivre? et le devoir de M. Decazes dut être de poursuivre avec vigueur les auteurs et les complices de la conspiration des Cent-Jours. Ainsi, loin d'adopter le système de ceux qui font un crime à un magistrat de Taire son devoir, je dis que ce qu'on pourrait reprocher à M. Decazes, ce fut peat-ètre de ne point le faire assez, en se montrant trop indulgent envers les hommes qui avaient renversé le pouvoir des Bourbons et jeté la France dans le chaos des Cent-Jours. Ici se présentent les premiers procès politiques, j'en-
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tends parler des procédures contre,Ie CQloo#l,Labëdojére, M. de Lavdette et le paréchal Ney. Il faut essentiellement préciserlapartqu'j^ritM. Decazes. Je crois que personne ne conteste aujourd'hui la culpabilité, au point de vue militaire, du colonel Labédoyère. Il avait passé d*ua drapeau & un autre, et les lois ne lui prêtaient aucune excuse ; seulement comme c'était un noble cœur, un enthousiaste jeune bomme, ceux qui s'intéressaient à lui devaient lui fournir les moyens d*échapper à la fataljté de sa destinée. Après le 8 juillet 1815, époque de la capitulation de Paris, Foucbé fit appeler M. de Labédoyère et lui dit : « Je vous coos^e de quitter la France ; voici des passe-ports; la Suisse n*est pas loin, la Belgique, TAngleterre; si vous ne pouvez avoir de l'argent, voici 25,000 francs en or; mais partez, auoon) du ciel , ou je ne réponds pas de vous ! d H. de labédoyère quitta Paris, mais il ne dépassa pas Clermont. La police savait qu'il y était, et les avertissements ne lui manquaient pas pour qu'il eût à se tenir caché. La cour craignait un mouvement à Paris ; elle était sans cesse dans des transes de conspiration, lorsqu'un billet de ses bureaux annonça à M. Decazes, préfet de police, et qui dînait hors de chez loi, que le colonel Labédoyère, arrivé par la diligence, venait d'être arrêté. M. Decazes courut chez M. Fouché, alors au milieu des fêtes de son mariage * avec mademoiseille de Castel-