‹ Les diplomates européensChapitre 26 sur 117 · I. Qm le sfitteM qn^a oooMrvé la Itoiéf» de f^m · texte numérisé non relu

I. Qm le sfitteM qn^a oooMrvé la Itoiéf» de f^m

d*une façon irrévocable avec la gauche; une fois cette rupture accomplie, H. Decazes serait obligé de venir à la droite, et alors on le renverserait; c'est ainsi qu*on agit en 1819. Mais cette incertitude politique cessa par l'affreux attentat accompli contre le duc de Berry ; M. Decazes, accablé par les plus tristes polémiques, fut forcé de donner sa démissioUy et le mouvement royaliste dès lors devînt si prononcé que le ministère Richelieu dut nécessairement se jeter dans les bras des royalistes.

Avec cet esprit sagace qui dominait sa vie, M. de YiHèle vit bien qu'il ne fallait pas entrer tout d'un coup dans le ministère d'une manière violente. On devait d'abord imposer des conditions de choses et de principes , obtenir par les centres effrayés une meilleure loi électorale qui mettrait le pouvoir aux mains des royalistes tout naturellement et par la force des choses. Si M. de Villèle entra dans le ministère Richelieu, ce fut sans portefeuille ; son ami, M. de Ck>rbière, l'y suivit avec le titre de grand maître de l'Université, et le duc de Richelieu accepta ces arrangements avec candeur et comme une véritable alliance : là était son erreur. Pouvaitil croire que c'était une situation suffisante pour les royalistes que ces postes secondaires dans un cabinet? ceuxci maîtres de la majorité voudraient-ils se contenter de portefeuilles sans influence? Voici donc ce qui arriva : on passa une session tant bien que mal dans cette sorte de mariage de raison ; les royalistes ménagèrent d'abord le duc de Ri*

LE COMTE JOSEPH DE VlIXiLE. m

Gheliea;iiiai8au premier vote capital, ils renversèrent le cabinet; cela devait être, et qui pouvait s'en plaindre? Il ne bat pas demander aux hommes et aux partis des vertus sorhiunaines ; quand on est si près du pouvoir et qu'on peut s*eo emparer, on le laisse difficilement aux mains des autres. Un vote en finit doncavec le ministère Richelieu, et une administration royaliste fut organisée sous la présidence du doc Mathieu de Montmorency : M. de Villèle prit le minis* tère des finances.

Cette fois , on était parfaitement à l'aise entre amis ou complices d'opinions , MM. de Montmorency, Villèle, ChAteaobriand, Corbière , tous dévoués à un même système, prêts à le soutenir par toutes les forces. Le ministère des Boances allait de droit à M. de Villèle , l'homme d'affaires da parti; et presque immédiatement il y déploya des facultés considérables. Désormais chez lui se révélèrent deux hoDunes éminents : l'orateur , chef de majorité, adoré des centres ; puis le ministre d'affaires, et supérieur peut-être à rhomme du parlement. Â la tribune, M. de Villèle était merveilleux de clarté, simple, spirituel; il plaisait aux centres parce qu'il avait un langage d'affaires inimitable, et dans tes bureaux, il étonnait les chefs de division les plus experts par son aptitude à tout comprendre , à tout saisir et, ce qui est une grande qualité chez les ministres, à tout résoudre.

Cependant ce ministère, quelque uni qu'il pût être, offrit immédiatement différentes nuances :*j'ai déjà distingué

au sein du pwti royaliste plusieurs svbdMsiom; d'abord les proviDCtaux et les centralisateurs; les uns gens de elochers, les autres partisans de Paris ^ de la cour, de ta royauté absolue à la bçoo de Louis XIV. Ce n'était pas la seule dîstinetion à faire, U y avait eiieare d'autres nuances : Tespril du dix-hnitième siède avait fiit des ravages parmi les nobles, comme dans la bourgeoisie; bon nombre de gentilshommes restaient vollairiensy c'est-à-dire un peo impies, amateurs de plaisirs et de dissipations; à cété d*enx les dévots, affiliés aux congrégations religieuses, esprits d'austérité et de probité; onfln, venaient les gens d'affisirei du parti , fort amateurs du budget, des places, granda dépenseors de leur avoir. Ces nuances des royali^es dmreDt trouver leur représentation dans le nmistère même. If. de Montmorency symbolisait le parti religieux ; M. de Corbière, un peu voltairien , n'aimait pas les jésuites ; M. de ViRèle, rhomme d*afKaires, se trouvait souvent dans une position délicate : esprit positif, il ne pouvait pas toujours servir les instincts du part! religieux. Au milieu de ces difficultés inextricables, il se mit à gouverner par les intérêts ; il y fut admirable; il jeta dans la Bourse congréganistes , gentilshommes ; cherchant à atténuer les opinions extrêmes par tes intérêts qui en sont le correctif. Il ne faut pas oublier cette circonstance dans la vie politique de M. de Yillèle, parce qu'elle va expliquer la puissance rivale de H. de Peyronnet. La jalousie sourde qui s'éleva entre ces deux

LE COMn IO0EPH M VILLÉLE. tM

I d*ÉUt fat ane des causes du renvememeiit du ni- ■istère royaliste. M. de Villèle, defenant trop bomiM ë'affiiirea et de concessions an parti do libéralisme et de la banque , il fallut pour les royalistes une tête résolue et d'action, et M. de Peyronnet prit celte place.

Le parti des gentillfltres, qui n'avait pas rouki non plus trop complètement adhérer au système financier de M. de Villèle, prit de son côté pour orgfane et pour chef M. de Labourdonnaye , et celui-ci reçut de la parole niHense de M. de Villèle le nom de chef du parti des ^mfM. Ainsi, la congrégation avec M. de Peyronnet, le parti des ultra avec M. de Labourdonnaye , sapèrent sour^ deoent la politique d^affaires de M. de VIMèle, et Rirent la cause réelle de la chute de son cabinet.

Remontant dans l'ordre chronologique J'ai besoin de détailler un peu les actes principaux de cette administration active, travailleuse. D*abord, M. de Villèle prend dans le cabinet l'importance capitale , car il n'est pas seulement dépoté, mais chef de majorité, Tbomme de confiance de Charles X, et par-dessus tout esprR sérieux et d'affaires; comme rapporteur du budget, il s'est si longtemps occupé de finances que la tâche lui est facile ; il régularise tout, et conçoit les deux idées capitales du système financier , la réduction <ie la rente et la diminution de la contribution foncière ; c^est la première fois peut-être qu'un ministre des finances rtaBse ridée d'un allégement assez considérable dans fim-

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pôt, paisque daos quelques départements il s*élève jasqtt*à 22 ceutimes par franc. Quant à la réduction de la rente, M. de Yiliële, d*accord ici avec toutes les notabilités financières, a pour pensée fondamentale d'alléger les charges publiques; la création ingénieuse du 3 p« 0|0 à 76, est son ouvrage de prédilection ; il combine Taugmentation du capital et la diminution de l'intérêt, pour laisser au jeu de bourse son action naturelle et compenser les pertes par les bénéfices et faire gagner tout le monde.

Cependant l'opposition s'élève contre lui, les hommes qui aujourd'hui demandent le plus vivement la conversioD de la rente comme une heureuse mesure financière, s'acharnent pour faire rejeter le projet de H. de Villèle ; il s'y mêle de la passion et de la colère aveugle , et M. Casimir Périer devient l'adversaire acharné de la mesure et H. Hamann le seconde. Il est vrai que les oppositions politiqua ont des motifs secrets à côté des raisons véritables, et qu'elles jugent les questions moiqs en elle-^néroes qu'en vertu de leurs ambitions impatientes de triompher.

La mesure considérable, celle qui marquera le ministère de M. de Villèle d'un cachet de grandeur historique , c'est l'indemnité accordée aux émigrés, accomplie avec tant d^art, tant de précautions, que le trésor ne devait pas en être essentiellement grevé par sa combinaison avec la conversion de la rente. C'était une grande violence que ces confisca* tions prononcées contre les émigrés ; quand l'histoire vien-

in avec sa vérité absolue, elle dira que ce fut même plus qo'ooe spoliation politique ; la révolutioii s^enopara du bien d*aatrni parce qu'elle avait la force en main ; là était sa seule jQstification; victorieuse à son tour, la Restauration aurait pa faire restituer les biens spoliés ; c'eût été dent pour dent, Tiolence pour violence; elle ne le fit pas. Toutefois il était odieux que depuis onze ans la Restauration n*eût pas songé è préparer une compensation pour les spoliés à côté des heu* reox possesseurs. L'babileté de H. de Villèle fut, dans cette circoDstance, de proposer Tindemnité des émigrés en Tappayant sur la réduction de l'intérêt de la dette; de sorte que les 30 millions de rente demandés pour les indemnitaires se trouvaient compensés par le résultat de la réduction. Les Chambres repoussèrent ce projet financier, et l'indemnité seule triompha après un lutte violente, acharnée. La faute de cette mesure fut de grandir la fortune de plus d'un ennemi de la Restauration : parmi les plus forts indemnisés se trouvaient MM. de Lafayette, le général comte de Thiars etIeducdeChoiseuL

L'aptitude spéciale de M. de Villèle pour les questions de finance, se changeait en un gros et sérieux bon sens ionqu'elle était appliquée aux relations extérieures, et je dois dire ici comment il fut appelé à y jouer un rôle. Lors de la formation du ministère royaliste , le vicomte Mathieu de Montmorency avait été appelé au département des affaires étrangères ; c'était certes un beau nom dans un homme in. 4 s

m DIPLOMATES EUftOPÉÈNS.

d'honneur et de traditions monarchiques ; le vicomte Mathiêu avait surtout la conviction profonde qull fallait (brte* ment réprimer l'esprit révolutionnaire après le soulèvement de rsspagne, en 1821 ; et dans cette idée II était allé en personne « comme principal plénipotentiaire, au congrèl de Vérone. M. de Villèle ne partageait pas absolument m éonvictioDS répressives; ses liaisons avec la banque de Parts, avec MM. tlotschild et LafBtte, surtout, lui avaient M craindre qu'une guerre contre TEspagne n'amenai une baisse trop considérable dans les fonds publics , et la dé* prédation du crédit lui fliisait peur, parce qu*il y Voyait la chute de son œuvre. Dès lors il se montra très^pposé è ^ toute intervention armée, il se promit donc de contenir M» de Montmorency avec mesure, et dans ce but il avait envoyé à Vérone M. de Chftteaubriand avec des instructions tout à fait opposées à celles du Vicomte Mathieu. Cette dissidence entraîna la démission du ministre des affliires étran* gères et son remplacement par M. de Chateaubriand. M. de Villèle ne voulait pas alors la guerre d'Espagne, à laquèlte plus tard il fut malgré lui entraîné.

Maintenant commence pour lui une nouvelle lutte. II s'était cru sûr de M. de Chftteaubriand, et nul esprit ne correspoo-dait moins que celui-là au caractère de M. de Villèle: M. de Chateaubriand avait de la poésie dans la tête et an ccBur» un entrain indéfinissable pour toutes les choses gé« Béreoies tt libérales) M. de Villèle, an contraire, aimait It

LE GOMTB lOâBPfi DB VILU&LB. W

positif, les chiffres, les mesures de force et de souplesse goQfeimeinentales : deux esprits de cette nature ne pou- Yaient longtemps se comprendre. M. de Chateaubriand craignait, avant toute chose i impopularité. M. de Villèle, comme tons les esprits pratiques, marchait devant lui sans s'en inquiéter. La rupture vint à l'occasion du projet de loi sur la conversion des rentes. M. de ChAteaubriand, par désir de popularité, vota ouvertement contre le ministère dont il faisait partie; le sohr même, il reçut le billet suivant :

c Monsieur le vicomte , j'obéis aux ordres du roi en transmettant de suite à Votre Excellence une ordonnance Une 8i Majesté vient de rendre. J'ai l'honneur, etc. t Le président du Conseil des ministres ,

« J. DB VllLiLB. s

t Louis, etc. Le sieur comte de YDlèle, président de notre Conseil des ministres, et secrétaire d'État au département des finances, est chargé par intérim du portefeuille des iffaires étrangères, en remplacement du sieur vicomte de Chateaubriand.

c Donné k Paris, en notre chftteau des Tuileries , le 6 juin de ran de grâce 4824 , et de notre règne la vingt-neuvième.

« Signé : Louis. »

Voici la courte réponse de M. de Chateaubriand :

tM DIPLOMATES EUROPÉENS.

« Paris, e Juin 1814.

« Monsieur le comte J*ai reçu la lettre que vous avei bien voulu m'écrire, contenant Tordonnance du roi , datée de ce matin , 6 juin , qui vous confie le portefeuille des afiaires étrangères. J'ai Thonneur de vous prévenir que j'ai quitté rbôtel du ministère et que le département est à vos ordres.

a Je suis , avec une haute considération , etc.

a ChATBAUBEIAND. »

C'était bref 9 impertinent de part et d'autre; mais M. de Villèle était dans son droit : un ministre quelque grand que fût son nom» pouvait-il voter avec publicité contre l'opinion du cabinet? Pour prendre cette liberté H. de Chiteaubriand devait donner sa démission ou la recevoir.

Cette mesure, très-juste, avait néanmoins des dangers pour M. de Villèle. M. de Chateaubriand était lié à deux sort^ de réunions parlementaires, celle qu'on appelait d'abord le parti Agier (les royalistes constitutionnels), puis l'autre coterie royaliste que M. de Villèle désignait sous le nom de la Pointe, sous M. de la fiourdonnaye. Cette opposition soudaine, vivace, parmi les royalistes, compromettait la majorité de M. de Villèle, et ce fut alors qu'il chercha un peu de popularité dans une tentative de résistance que personne n'a jamais bien connue et que je vais

LE COMTE JOSEPH DE V1LLÉLE. t9T

révéler pour la première fois. J'ai dit que dans le ministère royaliste M. de Peyronnet s'était fait spécialement l'expression du parti religieux; il y cherchait son appui, sa puissance. M. de Villèle se prit donc à lutter secrètement contre l'influence congréganiste, et une chose qu'on ne sait pas, ce fut lui qui inspira à M. de Montlosier son fameux Mémoire à consulter contre les jésuites.

Ce n'était pas la première fois que dans le même conseil deux ministres avaient travaillé secrètement à la chute l'un de l'autre. Cette lutte qui se continua quelque temps , tarait amené la chute de H. de Villèle, au profit de H. de Peyronnet, si les élections politiques n'avaient hAté d'une façon plus décisive la chute de ce cabinet. Ces élections firent triompher l'opposition , non pas l'opposition d'nne seule couleur, mais nuancée de mille manières : ainsi les royalistes de la Pointé, ennemis de M. de Villèle, les amis de M. de Chateaubriand, une fraction du parti religieux, amalgamé avec le parti libéral, formaient la majorité; et alors le ministre essaya plusieurs combinaisons. D'abord M. de Villèle, qui avait conservé des rapports fort araneés avec M. Laffitte, n'aurait pas été opposé à offrir an portefeuille aux hommes de la gauche. Les négociations échouèrent, et cela se conçoit; ni le roi Charles X, ni le parti révolutionnaire n'auraient accepté un tel pacte dans les circonstances oà l'on se trouvait alors. Ensuite M. de

Tillèle tAta quelques amis de M. de la Bourdonnaye, pour

iW DIPLOMATES BUBOPAENS.

savoir ai un arrangement n'était pas possible, et comme il éprouva des refus de toute part (les haines étaient trop vives), le ministre» après sept ans de pouvoir, donna sa dé* mission. C'était la plus longue administration qui eût gouverné le pays.

M. de Villèle* après sa démission acceptée, voulut rester à la Chambre des députés conmie chef d'opposition poli-s tique, car il sentait la belle situation qu'il pouvait s'y faire. Que serait en effet la destinée du ministère de H, de Mar-> tignac? par la force des choses il serait obligé de faire des concessions à la gauche, et dès ce moment le r61e de H. de Villèle devenait magnifique ; il refusait ou donnait la majorité par la droite, à moins que M. de Martignac ne se jet&t complètement vers la gauche, et alors le cabinet serait brisé par le roi lui-même, qui ne souffrirait pas un tel abaodoii de sa prérogative ati profit de la révolution.

C'est parce que cette situation était très-bien comprise par les successeurs du ministre , qu'ils exigèrent préala* blâment à toute chose que M. de Villèle, ainsi que son collègue, M. de Peyronnet, fussent élevés à la pairie. Dana cette Chambre libérale et modérée, l'un et l'autre seraient absorbés; et de plus Charles X, qui tenait avec un grand scrupule > selon l'ancienne coutume, à ce que les ministras déchus ne fissent pas d'opposition à leurs successeurs, par respect pour la prérogative royale , fit entrevoir i If • de Villèle qu'il désirait son séjour à Toulouse ou bien «use

LE COMTi; JOSEPH DE VILLtLE. m

sjtqattOQ tout à fait sileneieu^e i la Cbtmbre des pairs. M, d# Vili^ obéit; je crois même qu'il ne parla qu'aqe leale fois, mais ses amis agirent poor lui dans la nouvelle crise qui se préparait. Depuis longtemps Charlai X s'était vi?»meat préoccupé des concessions airachées par le parti libéral i U. de Martignac, Si ces concessions il les arait faites de boone foi, dans Tesprit du prince on coounencait é aller trop loin. Dès lors le roi résolut de faire un ministère de réfistanoei au moyen de la fusion de tous les royalistes dans 00 même système « et c'est pour cela qu'il s'était adressé à H. de Polignac, en y mettant la condition essentielle que M, de Yillële ne se mêlerait en rien i cette combinaison, parée qoe son nom était un dissolvant, et que néanmoins il devait ran>nyer de toutes ses forces. Personne moins que M. de Yilièle n'avait confiance dans la capacité de M- de Polignac. Un bomme sérieux et d'affaires, ne voyait Ni ea M. de Polignac l'étoffe nécessaire pour un ministre ap*^ pelé dans la gnmde crise de la monarcbiet il se tint done en silence les m prenners mois; puis prenant pour prétexte b prochaine session • il vint à Paris s'asseoir sur les hanei de la Cbambre des pairs.

Ce voyage , au reste , se lia à une nouvelle combinaison politique. U paraissait constant pour tous les esprits un pei» isnives, qne M. de Polignac ne poprrajt plus marcber la êUr wm suivante. En vai» il menaçait la Cbanbre de dissobir tJoQi on n'obtienitaiît pas des électeurs le eeneeursi

saire; dès lors il Mait songer à la réorganisation d*un ministère nouvean, plas fort, plus capable. H. de Villele offrit d'essayer cette œavre de conciliation. Il comptait sur MM. Lafiitte, sur M. de Saint-Cricq, sur M. Humann, pour attirer à lui la partie industrieuse du pays, la fraction libérale de la Chambre; les anciens royalistes voteraient avec lui d'après les ordres du roi, et avec le concours de tous il préserverait la monarchie de la grande crise; il insista pour avoir une entrevue avec M. de Peyronnet; elle dut avoir lieu chez M. Olivier, à la Banque de France, daqs un dîner d'apparat. De part et d'autre on se tint dans une telle réserve, avec des expressions d'une telle aigreur, qu'il fut constant à la fin de la soirée qu'il y avait impossibilité d'une réunion nouvelle, et qu'à cet égard tout était fini. Charles X, informé de ces intrigues contre M. de Polignac, en sut très-mauvais gré à M. de Villèle, et on lui fit insinuer de s'en retourner à Toulouse, en même temps que M. de Peyronnet était nommé ministre de l'intérieur.

Ce fut dans la retraite que le prit la Révolution de Juillet. Pour un esprit aussi grave que M. de Villèle , je crois que cet événement ne dut pas absolument le surprendre. On y marchait depuis bien des années I S'il pouvait dépasser ses prévisions dans ses fatales conséquences, il avait tropThabitude des partis, et du jeu des institutions politiques, pour ne pas comprendre que depuis iSSS la dynastie jouait sa couronne, et cette fois-ci, elle l'avait perdue. Dès lors M. de

LE COMTE JOSEPH DE VUXÂLS. Mf

Villèle, toat résolu à la solitode , s'enveloppa dans la ?ie agricole. Il avait traversé le pouvoir sans acquérir une autre fortune que le patrimoine un peu agrandi que lui avait laissé son père. L'homme d'État redevenait donc le propriétaire provincial comme au début de sa vie, non-seulement par ses occupations modestes, ses goûts d'administration ménagère , mais encore par les principes , et je le dirai presque , par son code politique. Je m'explique :

Depuis la Révolution de Juillet, plusieurs écoles partageaient le parti royaliste; l'une, active, ardente, voulait la guerre civile , comme les Cavaliers des Stuarts ; cette école n'était ni dans l'flge, ni dans les habitudes de M. de Yillèle. La seconde voulait prêter serment, aller au élections, se mêler en un mot à la vie publique, et M. de Villèle, qui considérait la Charte de 181( comme une mauvaise concession , n'en voulait pas davantage. Il adopta donc un principe pour lui et ses amis ^ ce fut la réforme Rectorale; ses rapports avec la Gazette de France donnèrent l'impulsion de réforme à la politique du parti royaliste. Cette fois la direction sérieuse du parti était sortie de ses mains : il est des temps pour chaque homme. Nous rivons avec une certaine somme d'action sur la société; die dure pendant une période, puis elle s'éteint. Aussi, lorsque H. de Villèle voulut sortir de ses attributions d'un pontificat éloigné, pour se mêler k la vie active de journaliste , il réussit peu , et fut obligé de regagner sa retraite et

iûi DIPLOMATES BUROPtiBNS.

de se condamner au rôle de conseiller, parce que ractnt- Uté n'était plus en lui* Les demiàres périodes de cette vie ramenèrent forcément M. de Villèle dans les paisiblei fonctions d*agricultenr,

Cenx qni vont visiter aujourd'hui le président du conseil de la Restauration ne peuvent s'empécber de faire quelques réflexions philosophiques lur les grandeurs et les déca* dences des plus puissantes vies politiques. Voici un homne d*£tat qui pendant huit ans a dirigé les aiïairea du pays; les adulations de toute espèce venaient battre les pieds de son fauteuil; il disposait des forces et des ressources delà France; avec lui marchait une majorité constante» dé* vouée; le roi n'agissait que par ses conseils; il disposait des places et des honneurs; il faisait des pairs; dissolvait la chambre des députés I Et maintenant nul ne s'occupe plof de lui; il est mort aux affaires* Parlez à la nouvelle généra^ tion de M, de Villèle, c'est pour elle un nom presque in* connUi mêlé aux accusations vulgaires contre la Restaoration. Grave leçon dont les esprits sérieux doivent profiter! Les élévations de la fortune sont passagères, celles du mérite sont discutées : il n'y a rien de fixe et de stable dans les conditions de la grandeur, rien de plus capricieux que to causes de décadence : tel honune d'État qui se croit appelé k se poser en renommée dans la postérité, ne laissera pentêtre qu'un nom oublié déjà après une période de qBdqoss années ; la loi de Dieu * c'est qu'il n'y a rien de grand qoa

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ce qui se rattache aai conditions élevées de rhomme; la pnissance est bientôt en poussière, et il ne reste plus debout que le souvenir de quelque beau dévouement ou de quelques nobles vertus.

Le système de M. ide Yillèle peut se résumer par cette seule pensée : il voulut faire dominer les intérêts au milieu do parti royaliste et dans les conditions du système reprélentatif ; le premier des ministres depuis la Charte, il eut l'habileté de grouper une majorité 6xe, obéissante, qu'il domina par le vote et la tribune. H. de Villèle eut Fheurense pensée de réduire le gouvernement représentatif à n'être plus qu'un grand mécanisme autour du pouvoir royal pour lai prêter appui , le conseiller, et ne jamais embarrasser l'action de la couronne , la seule grande , la seule forte , la seule nécessaire dans un État. Il y eut alors un ministère selon le roi , et une majorité selon le ministère , et c'est la perfection dans le système de gouvernement.

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