LES COMTES
KOLOWRAT, APPONY, FIQUELMONT ET MiJNCH DE BELUNGHAUSEN
BOMllSS d'AtàT ÀUTRIGHlSlfS.
L'Autriche n'aime pas que la polémique s'empare de ses Ktes et juge ses hommes d'État; elle yeut vivre et agir dendeusement. Au temps actuel, cette vie de mystère n'est plus possible; la publicité est partout, et les gouvernements les plus ennemis de la presse l'invoquent par les manifestes et les articles de gazettes.
Le système de la politique autrichienne se résume à la fois dans une grande patience et une résolution subite quand oœ idée est arrêtée. De là une inmiobilité apparente et une
action réelle jounialiëre, et quelquefois si prodigieusement hâtive qu'on dirait de la témérité ; politique qui a ses avantages et ses inconvénients. C'est parce que Napoléon l'avait bien comprise qu'il avait eu tant de succès dans ses campagnes contre le cabinet de Vienne : ou il surprenait l'Autriche ou il Tarrètait en marche : Marengo et Ulm sont les deux témoignages de ce grand art de deviner le système autrichien.
La vieillesse du prince de Metternich vient de prendre part à deux actes d'énergie peut-être un peu surexcitée : la répression des troubles de Gallicie, la réunion de Gracovie à la monarchie impériale. C'est au moment où Ton parlait de sa décadence morale , que tout à coup le prince s'est réveillé par des actions presque téméraires. Au point de vue de la politique intérieure et extérieure, c'est grave. L'un de ces actes met en jeu la révolte des paysans contre les nobles, l'autre met en question la force et la sainteté des traités. Daos cette direction si dessinée que le prince de Metternich vient de donner à la politique autrichienne^ est* il seul à soutenir le poids des idées et des résolutions? C'est €6 que je me propose d'examiner. J'ai donc choisi quatre noms considérables pour me rendre compte du vérilaMe esprit du cabinet de Vienne*
Nul ne possède dans une plém'tnde plus absolue que le {Nînce de Metternich, la direction des afAtires étmngères en Autriche. L'état de fUbleiae et de triste maladie de rempe*
KOLOWRAT -^ AFPONY ^ BKLLIKQHAUSEN. Mt
renr Ferdinand ne permet même pai IlntervenUon particnlilrt et active d*ane politique de cour; la main BonTereine, deoéciiée et fiévrenae , s'est retirée de la direction générale dis affaires ; nnl contrôle pnérii et gênant de Chambres on di JoomauK : ainsi» le prince-de Mettemich est et demenre le dietafeur suprême de la cliancellerie d'État. Quelqaes personnes ont désigné déjà , comme son successeur dans cette htate dignité, le comte de Fiquelmont» q)lrituel causeur. Comment le croiret Le comte de Fiquelmont est d'abord presque de l'âge du prince de Mettemidi ; il 7 a autant de diiDces pour la tie de Tun que pour celle de l'autre , dans cette solution immense que la tombe seule peut donner. Ositea, nui n'a un esprit aussi scinttUant que le comte Fiquelmont) un plus aimable caractère; ilestcommunicatif* iastruitt causeur, et son salon est le plus élégant de Vienne ; mais entre lui et le prince de Mettemich il n'y a pas éten^^ taalité nécessaire de succession politique ; on ne peut compter que quelques chances d'années (1773-1778).
La famille, au reste, du comte de Fiquelmont est d'origine loiTaine,.c'est-àHllr6 qu'il 7 a dans son blason un mélange de France et d'Allemagne; on trouve son nom tes les grandes chartes provinciales de Nancy, Bar, comme celai de beaucoup d'autres familles aujourd'hui établies en Autriche. IxMTsque la réunion de la Lorraine à la France l'acoompHt sous Louis XV, les Fiquelmont restèrent attachés au empeiwrs, leum vieux maîtres. Quelle earriêra
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devait prendre la noblesse , si ce n*est Tépée? et le jeune comte de Fiquelmcot servit dans toutes tes campagnes heureuses et malheureuses dç rAutriche, jusqu'à ce que, en 1813 y il fut envoyé comme ministre plénipotentiaire auprès de Bernadotte , prince royal de Suède , à cette époque où les alliés mettaient tant d'importance à ramener sur le champ de bataille de l'Allemagne. Auprès du général mécontent il fallait une diplomatie autant militaire que civile. Sir Charles Stewart ( depuis lord Londonderry ) était le représentant de l'Angleterre; le comte Poxzo di Borgo ^ celui de la Russie ; le comte de Fiquelmont fut désigné par l'Autriche ; toutefois , ils étaient là moins comme ambassadeurs de puissance que comme surveiUants et conmiissaires pour rendre compte des opérations de l'armée prusso-suédoise qui s'avançait contre Napoléon : les alliés suspectaient la bonne foi de Bernadotte, qui ne s'armait qu'en tremblant contre son ancienne patrie. Tel fat donc le commencement de la carrière diplomatique du comte Fiquelmont.
Le comte Kolowrat-Liebsteinsky appartient à la Bohème, à sa pittoresque capitale, et son nom s'y trouve inscrit comme burgraff supérieur, la plus haute dignité d'État. Il est né à Prague, le 31 janvier 1T78, ce qui en fait presque le contemporain du prince de Mettemicb et du comte Fiquelmont. Il faut noter la tendance et le conunencement de ses études , toujours conformes à elles*
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mêmes, parce qae je considère le comte Kolowrat comme le représentant de la bureaucratie. Ici s*eipUque donc t'engooement de la partie boargeoise et la prétention qu'elle a eae un moment de l'opposer à Tinfluence de la noblesse, bien que M. de Kolowrat soit très -grand aristocrate. A Vienne, comme à Prague, ce nom est très-populaire. Et pourquoi cela? C'est que la bourgeoisie aime plutôt les paperasses que répée, et Tadministration paisible que la guerre même avec la gloire.
Le comte Kolowrat fut élevé à TUniversité de Prague , et on le voit à dix-huit ans déjà s'occuper de gouvernement de bailliage dans les cercles de Bohême. Sa vie se révèle dès sa jeunesse. Si comme toute la noblesse, il se rend à l'armée , ce n'est point pour y tenir Tépée à la tète don régiment de son nom , c'est comme administrateur, commissaire des vivres, poste qui, du reste, a bien son importance : ainsi quand l'Autriche, en vertu de son traité d'alliance avec la Russie, fait marcher un corps d'armée auxiliaire sous le grand et sauvage Souwarow, le comte Kolowrat en est l'intendant pour l'administration des subsistances, des munitions : administrer, c'est sa prédilection , comme pour d'autres nobles de grande race combattre et vaincre. Au plus fort des guerres contre l'empereur Napoléon , le comte Kolowrat obtient le grade de commissaire des guerres aux armées. Quand la Bohème se lève en masse, après la bataille d'Austerlitz, c'est toum. U
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jours à la voix du comte Kolowmt; lui seul prépare avec une hubileté remarquable et une persévérance incontestée les levées en masse, les landwhers, les landsturms ; rien ne l'arrête, ni les diiBcnltés de llnsurrection, ni les questions de finances ; c*est son courage à lui , c*est sa forme de dévouement è la monarchie autridilenne que le service d*administnition militaire. Dans la guerre de 1809, éclate surtout chet le comte Kolowrat cette* ardente vocation pour tes devoirs de la patrie et les grandeurs de rAutriche. On sait qu'à ce moment la famille impériale fût en péril : Bonaparte menaçait les vieilles races et la lignée légitime de l'Empereur. Le comte Kolowrat sacrifia tout, sa fortune, sou existence de repos, pour la sûreté de la maison d'Autriche. Il fut donc un des grands patriotes de ce temps ; car le patriotisme ne consiste pas seulement à défendre de folles théories de liberté, mais à protéger les institutions antiques, Thonneur de son pays. Quand la paix fut rendue, par Falllance de Marie-Louise avec Napoléon , le comte Kolowrat revint dans ses beaux domaines de Prague, dans sa splendide résidence de Reichenau , et il y commença ses fondations publiques, les actes de bonne administration qui lui ont assuré la juste renommée et la* prépondérance dont 11 jouit encore aujourd'hui dans l'administration autrichienne ; pour cela il fallait moins de génie qu'un esprit exact, appliqué. Lorsque la guerre éclata de nouveau en 1813, tandis que le prince de Metternich et le comte Stadlon suivent
KOLOWaAT — AFPONT ~ HLLIHGHAUSKN. ftt 1
hi opérations da congrèt de Prague, le comte Kolowrat ot appelé aa poite d'intendant géaéral de l'armée antridiieane. U organise Umt le senrioe oonridérabie d'une inné de trois cent mille hommes prêts à entrer en campagne « derrière le rideau des montagnes de Bohème.
Queiqoes années atant cette époque décisiiie SYait com^ BKuoé la carrière diplomatique du comte Appony. Né ea 178S , le comte Appony appartenait à cette partie dr la hante Hongrie oè s'élèvent les montagnes de la Moravie , entre Presbourg et Rosenberg. Son père, le comte Appony, était an des seigneurs hongrois «{ui, fatigués delà lutte sans but et sans terme que la grande noblesse des magnats continuait contre les empereurs d'Autriche « s'étaient franchement ralliés à l'auguste maison régnante , et dès lors il avait fixé sarèsidenoe à Yienne. Possesseur d'une fbitnne considéraUe , le père du comte Appony se livra tout entier m goût des arts, A la musique, à la peinture, et c'était dans sa résidence de Vienne que Haydn avait composé m plus belles pages d'oralorio. Élevé sous les yeux de son père , le jenne Appony fut destiné à la diplomatie , partie si iaportante des aflGdres en Aulriche. Le comte Stadion était encore chef de la politique autrichienne lorsqu'il fut attaché au corps diplomatique comme conseiller d'ambassade. Le premier poste important qu'il occupa flit celui de minirtre à Bade; on était alors dans toutes les grandeurs de feaipife de NapoléOD, avec Tëtrange et passive con*
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fédération da Rhin, sons son protectorat oppresseur; la pauvre Allemagne baissait la tète. Le seul but important de la mission du jeune comte Appony fut donc alors d'examiner et de suivre le véritable esprit de la vieille Germanie, et de pressentir l'époque de son réveil, tenté plusieurs fois déjà avant 1813, avec la Prusse en 1807 , et avec l'Autriche en 1809. On attendait l'instant où la domination des Français ne serait plus soutenue par la force et la victoire. Ce temps vint après l'expédition de Russie , et c'est ainsi que le comte Appony préluda à sa légation plus importante de Florence, qui suivit presque immédiatement la délivrance de l'Europe en 181<h.
A ce temps était alors fort inconnu , comme simple commissaire de cercle, M. de Hûnch , depuis comte de Bellinghausen , et aujourd'hui président de la diète de Francfort. Je dois m'arrèter plus spécialement sur cette vie et ce caractère , parce que je crois aujourd'hui M. de Hiinch l'objet de la prédilection du prince de Hetternich, et peut-être celui à qui sa succession est destinée. J'ai vu tMt réœmment à Francfort le témoignage de cette confiance amie et abandonnée. La famille de M, de Mûnch est fort obscure; il appartient à la bourgeoisie, comme M. de Thugut au peuple, aux artisans; il y a plus de démocratie qu'on ne croit dans les monarchies qu'on dit absolues , et je pense même que les idées les plus despotiques viennent des gens de démocratie. M. de Bellinghausen doit sa fortune à
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Qoe rare sagacité d'esprit, à ane connaissance parfaite des homoies , et à cette étude profonde dn mécanique de la ooDStitation germanique qu'il a acquise par Teipérience et rapplication. Sa carrière a commencé pour ainsi dire dans la police de la confédération allemande , à ces temps 00 il fallait surveiller les partis , comprimer les passions ouiDTaises. C'est ce qui le 8t spécialement remarquer par le prince de Mettemich. Comme il n'avait pas assez d'impor* tance de famille et d'origine pour se croire une individualité égoïste et absorbante, il se contenta d'étudier et d'appliquer la politique du prince de M ettemich ; il fit comme M. deThuguty qui se plaça dans la pensée du prince de Kaonitz pour la dominer ensuite : exécuter les ordres avec sagadté» examiner, surveiller, conquérir pour l'Autriche one sérieuse influence en Allemagne, telle fut la préoccupation de M. de Mûnch, et ce qui lui mérita la plus haute confiance de M. de Hetternich.
Bans l'origine d'une carrière il faut savoir se faire obéissant , secondaire ; on ne doit pas heurter si Ton veut réussir, il faut se circonscrire dans une mission d*obéissance si l'on ne veut se perdre. Les écoles diplomatiques de l'Autriche , après la mort du prince de Kaunitz, ont été représentées, dorant la Révolution française et l'Empire , par trois systèmes : 1* celui du comte Mercy-d'Argenteau, qui était de trop concéder ; 2* le système du baron de Thugut, et après loi du comte Stadion , qui , avec le sentiment exagéré de la
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puissance autricbienne, pouvait la jeter dans des guerres incessantes et des sacrifices infinis ; 3» la tempérance du prince de Metternich, Biiiieu entre les deux idées de concession trop faible ou de résistance trop dure , et c'est ce système qui avait prévalu dans les grands changements opé* rés en Europe par la chute de la dictature de Napoléon. M. de Fiquelmont se rattacha avec constance i ce système, et c'est comme représentant de ces idées qu'il fnt d'abord envoyé comme ministre k Napies par le prince de Metternich. La situation de l'Autriche y était très^licateè cette époque ; la maison de Bourbon venait d'y être définitivement restaurée après les événements de 1815; l'Autriche, qui avait pris part à toutes les éventualités de la guerre et i tous ses sacrifices , ne pouvait pas s'opposer i la restauration de la vieille dynastie en vertu du droit antique; les Bourbons y régneraient. Mais afin de conserver toute sa prépondérance en Italie, l'Autriche voulait s'assurer sur cette maison de Napies une influence nécessairement en lutte avec la lignée de Louis XIV. En temps ordinaire, ce résultat n'eût pas été possible, par cettt raison simple qu'à toutes les époques, et en vertu du pacte de famille, les divenes branches de la maison de Bouriion étaient unies les unes aux autres. Mais on était alors au milieu d'événements extraordinaires , travaillé par l'esprit de révolution , et l'Autriche dut profiter de la peur qu'on avait à Nqdes d'an mouvement insurrectionnel pour dominer une eour alors
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faible et craintive. C'est ce qui explique commeot lors de Imsurrection odieuse et puérile du carbooarisiDe eu 1821 , lesÂQtricbiens marchèrent droit sur Naples sans rencontrer d'opposition, et ils le firent avec vigaeur afin de bien constater qu'eux seuls étaient capables de protéger à main armée le gouvernement napolitain* Ce fut dans ces circonstances que M. de Fiquelmont eut à exercer une mission décisive auprès de la cour de Naples ; U fallait à la fois inspirer confiance auTieui roi, rendre l'occupation la plus douce possible afin qu'elle fût acceptée comme un précé* dent pour l'avenir , et résister enfin à l'influence française qui voulait af^rter son caractère modéré et constitutionnel aa milieu des événements d'une' restauration qui ne serait forte que parce qu'elle serait absolue et vigoureuse. U y avait dans le caractère de M. de Fiquelmont le sérieux de TÂUemand, la finesse de l'Italien, et par-dessus tout l'esprit du gentilhomme français , esprit toujours prodigieux au xviir siècle.
L'Italie était la grande préoccupation de l'Autriche, et, en même temps que M. de Fiquelmont était à Naples, M. Appony passait de l'ambassade de Florence à celle de Rome, dans une époque également de sérieuse difficulté, puisque la mort du pape Pie VU allait nécessiter la réunion d'un conclave, et que du choix du souverain pontife dépendait la sécurité de l'Italie centrale. Ceux qui se rappellent le conclave de 1823 doivent reconnaître qu'il s'en présenta peu d'aussi
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difficiles, d*aassi disputés. Le régne de Pie Vil avait été si long, qae Rome avait eu ie temps de voir se former des partis hostiles et divisés. Les modérés» les mondains, qui désiraient le cardinal Consalvi, ne tenaient pas assez compte de l'extrême facilité de vie du prélat, de ce laisser-aller qui ne présentait pas de suffisantes garanties à l'austérité >eligieuse de Rome catholique. Les zelanii , que dirigeait un peu le cardinal Pacca, n'avaient pas, selon les puissances, un caractère de modération assez souple pour mener les affaires religieuses à bonne fin, dans les temps difficiles. Le conclave de 1823 eut donc ceci de remarquable, que les puissances furent presque toutes décidées à donner Yexclusive, c/est-à-dire à repousser le cardinal Severoli, auquel on avait fait une réputation de trop grande sévérité. Le comte Âppony prit Tinitiative au nom de sa cour, et le résultat qu'il obtint par l'exclusive (l'élection du cardinal délia Ganga, Léon XII], fut vu avec une grande faveurpar sa cour. M. de Metternich tenait à avoir un pape qui, tout en montrant une profonde sévérité dans la vie privée, néanmoins ne resterait pas purement religieux et Italien. Le choix fut approuvé, et à cette occasion le comte Appony, dont la correspondance avait été très-remarquée à Vienne , reçut Tordre de Saint-Ëtienne, si peu prodigué. M. de Metternich lui écrivit une lettre de félicitation sur sa conduite sage et modérée dan» une circonstance aussi capitale. Telle était l'Italie , lorsque, pour les affaires de l'Aile-
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mflgne, H. de Mûnch fat nommé ' représentant de TAntricfae à la diète de Francfort. Ce poste avait une grande importance, parce que, d'après la constitntion de la diète, b présidence est assurée à FAutriche , et son ministre y «lerce une influence d'action et d'eiamen : 1** influence d'action, parce que là l'Autriche , qui a renoncé par le fait i la couronne impériale, veut néanmoins conserver sa force morale sur l'Allemagne politique, et cette souveraineté, elle reierce par la diète; 2* influence d'examen, parce que Francfort, ville libre et parleuse, est le centre le mieux informé des menées secrètes, des tendances particulières de chaque parti en Allemagne. Antique cité d'observation et de banque , elle correspond avec le monde entier par ses grandes maisons. H. de Mûnch, longtemps président d'un cercle, devait mieux que tout autre comprendre et suivre les menées des partis. Sa correspondance, écrite avec une grande perfection , fut bientôt remarquée par le prince de Metternich, et Ton ne sait pas assez tout le prix que met le prince à ces dépèches qui, n'appréciant les faits que comme accessoires, s'élèvent à des considérations d'une certaine grandeur. H. de Mûnch n'était pas d'une naissance assez élevée, dtine fortune assez indépendante pour jamais lutter avec le chancelier d'État. Le caractère de H. de HûDch, qu'il créa d'abord baron de Bellinghausen, lui plaisait par ses habitudes, son goût de belle galanterie et de sensualisme : les nobles dames , une table splendidement
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servie , lui permettaient à Francfort une domination plus douce , moins sentie par tous , et le prince de .Mettemich aimait tout cela comme un souvenir de ses ambassades. Il n'avait pas cette gravité allemande qui éloigne la confiance et l'abandon. M. de Bellingbausen devenait pour la diète de Francfort l'homme indispensable, comme M. de Kolowrat rétait pour l'administration intérieure. Seulement l'un restait l'observateur intelligent des intérêts généraux de l'Allémagne, Tautre se montrait le bureaucrate le plus zélé, au milieu de ce tout un peu disjoint des nationalités hongroise, bobèipe, morave, croate, illyrienne, qui toutes voulaient garder leurs privilèges.
Le remarquable talent qu'avait déployé le comte Appony dans l'ambassade diOicile de Rome le fit un moment désigner pour le poste de tondres, où devaient s'agiter les grands intérêts de l'Orient, Mais lorsque le nouvel ambassadeur se préparait à son départ, le comte d'Aberdeen écrivit à M. de Mettemich qu'on serait aise de conserver à Londres le prince Paul Esterhazy, qui plaisait plus spécialement au cabinet tory. Le prince Paul, avec ses mœurs faciles, ses prodigalités retentissantes, à ce point d'obérer son immense fortune, était agréable à la haute compagnie de Londres. M. de Metternich ne s'opposa pas aux vœux des torys qu'il ménageait toujours, et il se fit donc un échange. Le comte Appony rçQut l'ambassade de France, vacante par la retraite du baron de Vincent; il désirait y venir poar
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coDoattre cette nation si active et ai apiritnelle, qui avait faNQoars teoQ le moode en éveil. Après donc w OQWt œngé pour visiter ses terres en Hongrie» M. Appony vint batMter Paris, avec toute sa famiUe (1837), tandis qae le comte de FiqneloioBt était appelé de Tambassade de Naples à eelle ds PétersiNmrg* La diplonatie donnait an pivs vaaie théâtre à ces deox hommes de mérite.
Je dois m'arrèter i la physionomie générale des événements auxquels la diplomatie autrichienne va se mller imd fa$on active. Il ne faut pas oubUer une remarque que j*ai dite en conmiengant cette notice, c'est que pour lea aSures étrangères, le prince de Mettemich est le nmttre absolu, le directeur suprême qui donne une même lmpul«sioD k tout; de sorte que les trois ambassadeurs, prince Paul Eaterhasy, comte Apfony, Fiquelmont, ne devaient fttre que le bras d'une pensée, celle du chancelier d*Ëtat. L'Autriche, à cette époque, entrait dans une politique très<prononcée, car la marche des Russes vers l'Orient l'avait effrayée; le cabinet de Vienne avait vu avec une véritable douleur l'imprudent et populaire tnrité du 15 Juillet 1897 pour l'émancipation de k 6rèce, la victoire de Navarin et les conséquences absolument russes qui devaiMt en résuU ter. L'Autriche, sans déguiser ses mécontentements, ses impreasions, avait donc pris une situation tout à fait séparée des trois puissances signataires ; sa politique était de convaincre la FraBce et l'Anf^terre que dans tonte cett^
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question elles étaient dupes de la Rassie, si habile à profiter de tout, et que, sous prétexte de relever la croix, cette puissance allait à ses fins de conquête et de domination. D est curieux de pénétrer, à cette époque, dans les dépêches du prince de Metternich, al^es, colères et presque emportées contre la Russie et, par contre-coup, contre la France, sous la pditique russe de M. de Damas , du comte de La Ferronnays, et les traditions de la diplomatie populadëres de M. Canning. C'est M. de Metternich qui agit le pins puissamment pour renverser le Ministère de M. de Martignac, et Jl développa son rôle en travaillant sous main auprès du roi Charles X pour la composition d'un nouveaa cabinet moins dévoué à la Russie.
Je ne dis pas que M. de Metternich concourut au ministère du prince de Polignac, dont il devina même la portée incapable; mais j'établis que les ambassades anglaise et autrichienne ne furent point étrangères au mouvement ministériel d'alors, qui brisa le ministère Martignac, comme en 1821 M. de Metternich n'avait pas été étranger à la chute du duc de Richelieu et de M. Pasquier, qui s'était opposé à l'intervention autrichienne dans le Piémont. L'opinion de l'Autriche était que l'affaire d'Orient était mal engagée par M. de La Ferronnays , tout au profit de la Russie, et qu'en conséquence il fallait à tout prix affaiblir, atténuer le traité d'émancipation de la Grèce. L'Autriche , qui se croit sûre à ce moment de contenir l'esprit révola-
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tioimaire, s'eogage dans les questions purement d'affaires, jmqa'à ce qu'éclate la Révdution de Juillet, mouvement d'o|Hnîon que la diplomatie n*afait point assez pressenti, parce qu'dle ne tenait pas suffisamment compte des passioDS mauvaises et profondément irritées que la presse bvorisait depuis vingt ans. Je crois que pour la diplomatie ce fat un acte fiitalement imprévu.
Cette révolution subite retentit au loin , et la secousse s'en fit sentir jusqu'à Vienne. On crut alors le crédit du prince de Metternich ébranlé, et on lui supposa comme compétiteur le comte Kolowrat ; je raconte moins les faits qae les bruits qui furent répandus : on paria très-fort encore du vieux parti du prince Charles, de constitutions d'États, et Ton attribuait tous ces projets à un parti de cour. Cette faveur de la presse libérale, M. de Kolowrat la devait à ses idées un peu bourgeoises; et comme d'ailleurs il faut toujours qu'un parti se personnifie, on le prit an hasard conune chef de l'opposition en Autriche. Les journaux français retentirent donc comme d'un triomphe de la prochaine retraite du prince de Metternich et de rélévation du comte Kolowrat : a Lui seul, disaient-ils, est un esprit régulier, parfait : qui sait? il donnera des constitutions provinciales y>. Je crois que le comte Kolowrat était alors parfaitement en dehors de toute intrigue politique pour renverser H. de Metternich ; il savait trop tt propre spécialité et celle du prince. Si lui connaissait
lis Dfl^LOHATBS EimOPAENS.
parfaiteiBetit fadministration de la monarcUe antridiieiiiie, il ne savait pas le premier mot dea relations extérieures. M. de Rolowrat est administrateur, M. de Metteniidi diplomate, et dans nn grand État tel que rAntriche, une plaoa est réservée natnrellement à ces deux capacités ; faire de M. de Kokmrat un chancelier d*Ëtat, c'était atténuer rinOuence extérieure de rAutriche, l'absorber en ellemême, mettre en présence les prétentions et les rivalités de territoires, la Bohême et la Hongrie, la Styrie et h Moravie. M. de Mettemich seul tenait dans ses mains les liens intimes des grandes relations avec l'Europe , et nul ne pouvait le remplacer dans cette tAche immense. C'était donc un bruit vague et dénué de vraisemblance que Varénement possible de M. de Kolowrat à la place de M. de Mettemich ; on pouvait y appeler M. de BelHnghausen , le comte de Fiquelmont, parce qu'ils savaient l'Europe ; mab pour le comte Kolowrat, toutes ses études se limitaient à Tadministration autrichienne ; et certes, phis que jamab, on allait avoir besoin d'activité et de force en présence de la Révolution de Juillet.
Le comte Appony était à son poste lorsque la grande sédition éclata aux rues de Paris; sur-le-champ il dut se consulter avec ses collègues, et ses premières dépèches révélèrent les difficultés d'un événement de cette importance, envisagé au point de vue des rapports de la France avec rEurope. Dans ce terrible moment d'émotion popu-
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laire, le premier soin du comte Appony fut de s'enquérir, de se renseigner; toute la légation fut sur pied, depuis la rue jusqu'au salon S et je dois cette justice que les premières dépêches du comte Appony donnèrent l*est>érance d'un prompt rétablissement de Tordre public. Dès que la monarchie do d août fut constituée, le comte Appony n'hésita pas à voir dans ce grand événement une garantie de sécurité publique , et il n'eut plus qu'à- s'informer des iMises générales de la nouvelle politique en ce qui touchait l'Europe : les traités de 1815 seraient-ils absolument respectés , et quels principes suivrait-on dans la conduite des affaires diplomatiques? Lorsque le comte Appony eut entendu les raisons de haute sagesse et de politique générale qui avaient fait accepter au roi le pouvoir, afin d'opposer une digue au torrent révolutionnaire , alors l'ambassadeur écrivit une série de dépêches parfaitement rédigées, et il ne dissimula pas que le sentiment unanime était pour la consolidation de la monarchie nouvelle, aBn d'éviter Tanarchie et la guerre. Il dit tout cela aussi haut que le comte Pozzo di Borgo l'avait écrit le 9* août, et le sens connu de ces dépèches lui fit une bonne position auprès du nouveau roi à Paris , qui le traita avec une bienveillance marquée.
1. Les deax jeunes princes de Schwartzemberg et de MeUernich , attacMs alors k FamlMissade , s'étaient coupé les moustaches, parcourant les mes de Paris pour tout voir et rendre oompte heure par heure à rambassadeur du caractère des événements.
Mi DIPLOMATES EUROPÉENS.
Il était impossible que dans TAIIeinagne, si souvent agitée, la Révolution de Juillet n'eût pas son retentissement. Tootelbis, à la diète de Francfort, loin que cet événement si grave ébranlât le crédit du comte Bellinghaiisen , il redoubla pomr ainsi dire sa puissance et sa force morale. En effet , dans l'état d*agitation des partis , le prince de Metternich avait besoin d'avoir sous sa main un représentant de sa politique, esprit à la fois de souplesse et de fermeté; de souplesse d'abord, afin d'entraîner doucement les États de second ordre dans un système de répression et de police; de fermeté, parce qu'après une résolution prise, il fallait aller droitement à la répression militaire ; et ce double caractère se rencontrait avec un incontestable mérite dans le comte Bellinghausen, poli, aimant les plaisirs du monde et néanmoins résolu dans ses volontés, et ne cédant jamais devant les turbulences des multitudes, alors même qu'elles se transformaient dans les plaintes bourgeoises. La diète alors avait à prendre des résolutions contre la presse, les sociétés secrètes^ les universités et le tumulte des villes ; M. de Metternich trouva dans M. de Bellinghausen an esprit propre à tout; à la violence s'il le fallait, à la modération toujours, et pardessus tout il reconnut en lui l'absence de ces petits préjugés de popularité qui gâtent les meilleures tètes. L'Allemagne fut donc rassurée par les fermes résolutions de la diète, et M. de Bellinghausen rendit à cette époque d'éminenls services à la Confédéra-
KOLOWKAT — AFPONT — BELUNGHADSEN. t»
tîooy en b préservant de l'action corrosive de la propagande.
A ce moment» deux hommes d*État assuraient i la politiqae autrichienne des résultats considérables : le comte de Fiqaelmont , ambassadeur à Saint-Pétersboorg , et M. d*Ot^ teofeb, intemonce i Gonstantinople ; tous deux, esprits d'afEdres et de négociations , habiles et tempérés. Mêlés à des questions de grande diplomatie, ils n'avaient pas à s'inquiéter des tendances révolutionnaires : à chacun son rôle dans un grand État tel que la monarchie autrichienne ; eux . avaient à s'occuper de l'Orient, de la balance des rapports entre les cabinets, comme si le temps était calme et l'horiion sans nuages ; tandis que M. de Bellinghausen s'absorbait dans l'état de l'Allemagne et le comte Kolowrat dans l'administration des provinces. A Vienne, tout en ménageant la Russie, dont on avait besoin, comme pouvoir moral, dans la répression des idées révolutionnaires, on n'acceptait cependant pas toutes les idées de Tempereur Nicolas sur TOrient. Pour la Pologne,, on avait aidé la Russie avec franchise, parce qu'il y avait intérêt commun , et Ton ne s'était même pas opposé à ce qu'elle effaçât la oationalilé polonaise par le partage, idée au reste très-soutenue en ISlfc au congrès de Vienne.
On était loin d'être aussi rapproché sur la question tur-
quo-égypUenne. Ici l'on voit reparaître tous les éléments
primitifs de la question d'Orient, telle qu'elle se présenta
en iBSl] en lffî9, la cour de Vienne ne veut pas que la
iM DIfLOMATES EUEOMËNS.
Porte Ottomane, Mn ftlliée, succombe soas le protectorat de }û Rttssie ; elle lA soutient dans sa lutte morale. De là ses relations secrètes arec TAngleterre ; M. d'Ottentels se rapproche considérablement de lord Ponsonby à Constaotlnople, tandis que M. de Fiqnelmont cherche à démontrer an cabinet russe : « que dans l'état des esprits rien ne dott et ne peut troubler sans danger pour totis, la bonne harmonie des cabinets, d Le progrès des Idées révolutionnaires est lé grand, l'unique effroi du prince de Mettemich ; cette cfalnle il l'invoque pour etpliquer sa politique et arrêter celle des autres cabinets. Peut-être même la préoccupation en est trop grande pour laisser le calme nécessaire à i*iDtèlligence de Thomme d*État.
A Torigtne de la Révolution de Juillet, le corps diplomatique s^est aperçu , et M. Appony surtout, que pour la sécurité de l'Europe, le rot Louis-Philippe doit rester seul maître de la direction de son gouvernement. Tous ces ministres qui se succèdent à Paris avec plus ou moins de capacité et de volonté, peuvent amener des accidents dans les relations de gouvernements, et le roi seul est capable de les résoudre. C'est pourquoi , sous le ministère de M. Laffitte, comme sous celui de M. Casimir Périer, M. Appony, (après avoir, pour la forme, communiqué ses ordres aux ministres à portefeuilles ) va toujours directement au roi , ott bien se met en rapport avec le comte Sébastiani^ le cdqae de sa pensée. Quand le faible M. LafBtte, si décousu,
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si désordonné , quand le brasqne et cassant M. Périer, sont prêts k briser les derniers liens de confiance qui eiistent entre la France et TAntriche, à Toccasion de lltalie, c'est an roi que s'adresse M. Appony, en loi seul 11 met sa conflance : la parole inconsidérée des ministres est-elle le der« nier mot de la situation? Le roi rassure l'ambassadeur, lui dit ses intentions de paix, son inflexible résolution de la maintenir, et le peu de durée de l'orage que suscitent quel« , qaes imprudents , quelques entêtés. Les dépêches du comte Appony tiennent compte seulement des paroles du roi, et non pas des menaces emportées , ou des insinuations malfeillantes des hommes que la fortune pousse aux affaires; et en cela il est dans la vérité de la situation.
Cest ainsi qu'on arriva à l'année 1838, époque où les grands tronUes commencent à s'apaiser. Il faut bien distinguer en diplomatie les affaires de ce que j'appellerai les dangers ; les affaires sont des questions qui ont des limites ^Ms les intérêts, chacun sait alors ce qu'il veut et où il va ; les dan* gos sont plus graves, parce qu'il ne s'agit plus d'une ^ple afTaire avec certaines conditions , mais de l'existence des gouvernements eux-mêmes , véritable et seule question qni se f&t agitée depuis 1830 jusqu'à 1832. L'Europe, dunmt cette période , n'avait pas foi dans le gouvernement qne la France s'était donné ; elle le croyait bien intentionné niais impoissant ; celui-ci , à son tour, et- sans le vouloir iQême, travaillait l'Europe en vertu de son principe popu-
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laire, et, malgré ses efforts contre ia propagande, il ne fat pas tonjoars maître de la com|Mrimer. A partir de 1833, il y eat bien encore des questions sérieuses, l'Italie, TOrient; mais elles n'entraînaient pas avec elles-mêmes ces alternatives de vie et de mort que les événement de Juillet avaient jetées partout.
L'Autriche fut dés lors placée dans un centre particulier d'affaires ; le i;aractére si modéré , si réfléchi du prince de Metternich, lui avait Fait toujours choisir ce rôle de médiateur au milieu des grands complots ; de toutes ses forces, il appelait le désarmement qui ruinait 1* Europe, et le comte Appony fut un des diplomates qui insistèrent le phis pour l'obtenir de la France, dont l'attitude, en 1832, violente et armée , avait inquiété le monde. Parfaitement posé à Paris, avec un salon très-agréable, le mieux composé, sous la spirituelle direction de la comtesse Appony, l'ambassadeur, plein de droiture et do raison , insista pour convaincre le ministère et les Chambres du véritable désir qu'avait l'Autriche d'accomplir un désarmement sérieux. La paix du monde une fois assurée , pourquoi ces mesures qui ruinaient tous les trésors d'État en exagérant la force des armements? Quel danger pouvait-il y avoir encore d'une guerre générale? La propagande serait comprimée par une forte police, telle qu'elle existait en Suisse, en Allemagne, en France; et en vertu d'un système simultané on pouvait arriver à la compression. En Suisse, M. de Met-
KOLOWRAT — APPONT — BELLINGHAUSEN. t»
ternich avait pour représentant un Français spiritael et actif, le comte de Bombelles; en Allemagne, il pouvait répondre de H; de Bellinghausen , qui par son infatigable activité surveillait toutes les menées , comprimait toutes les folles tentatives, n n'y avait donc plus que la France» et H. Appony vit avec une satisfaction naturelle le développemeut des lois répressives de septembre , qui enfln préparaient l'ordre et la sécurité au milieu de cette nation française, si intelligente et si forte, mais souvent aussi une cause de trouble pour l'Europe par la vivante hardiesse de ses projets.
Appelé plusieurs fois à prendre la parole au nom du corps diplomatique, et comme son doyen, en l'absence du nonce, à qui ce droit et ce devoir reviennent dans les circonstances solennelles, H. Appony n'adressa jamais au roi des Français que des paroles d'une respectueuse modération. Les représentants de l'Europe, en présence du roi, ne peuvent pas développer un système politique; ce qu'ils doivent souhaiter et appeler, c'est surtout la continuation de la paix , la paisible existence des rapports entre les gouvernements et les peuples; et, puisqu'il faut le dire, plus ces harangues sont insignifiantes au point <le vue des opinions ardentes et soulevées, plus elles vont au but qu'on doit se proposer, le calme et la modération dans la pensée.
Depuis 1836, l'Autriche prend une attitude toujours plus
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tempérée et médiatrice dans les vastes conflits qui s'élèvent. On n'a plus à s'inquiéter de rexistence intérieure des États» de la vie du gouvernement et de Texécution des traités de 1815. Le prince de Mettemicb s'absorbe dans la question orientale, et celle-ci se présente sous des faces mobiles et inquiétantes; rAutricbe a pour principe traditionnel qu'elle doit protection et appui à la Porte-Ottomane, son alliée; et tel est Tobjet de la mission de M. d'Ottenfels à Constantinople, qui en répète l'assurance au divan. En même temps, la correspondance de M. de Fiquelmont ne laisse plus de doutes sur les conséquences et les résultats du traité d'Unkiar-Skelessi : c'est, dans l'avenir, la fermeture des Dardanelles, pour toute autre puissance que la Busûe; l'Angleterre a déjà protesté; or, depuis la réunion littorale de l'Adriatique à la monarchie autrichienne, la question maritime intéresse vivement le cabinet de Yie/ine; le cabotage des Ragusais, des Dalmates , s'opère en grand dans la Méditerranée. L'Autriche s'inquiète donc des liens intimes de la Russie et de la Porte; et vis-à-vis de cette union, qui est la suprématie pour Pétersbourg, M. de Mettemich a plusieurs partis à prendre. Si le nom et l'appui moral de la Russie lui ont été nécessaires pour développer son système de répression en Allemagne, et pour inspirer des craintes à la révolution , il ne faut pourtant pas que les exigences de la Russie aillent trop loin , et c'est iK>urqaoi M. de Fiquelmont a ordre de se joindre aux in-
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iistaiioes de lord Durham» qui demande i'explicaUoo , la modification do traité d'Unkiar-Skelessi. C'est è ce moment fue 80 jettent les premières |)aaes d'ane union maritime SDtre l' Antriche et l'Angleterre : on agira de concert ai to érénements en Orient deviennent d*ane telle nature qu'il bille prendre une détermination soudaine et simnltante* Cette union entre l'Angleterre et rAutriche est de vieille date; elle se rattache presque à l'empire de Napoléon.
A PariSp M. Appony reçoit des confidences de plusicnrs natores : les amis de la dynastie le consultent, Tinterrogent d'abord sur le voyage projeté de MM. les ducs d'Orléans et de Nemours, qui veulent visiter Seriio et Vienne- L'ambassadeur accueille cette ouverture avec cet empreilement de la liante aristocratie qui veut connaître et apprécier les princes de la maison d*Orléans. Je ne pense pas qu'il fût indirectement copq>lice de la grande étourderie de H. Thiers, qui annonce à tort et à travers le mariage du duc d'Orléans avec l'arcbiducbesse Thérèse d'Autriche, 00$ que rien eài été préparé ni pressenti. Mais on laisse dire, on laisse agir, parce que la cour de Vienne a besoin alors de la France dans ses projets de répression sur l'Italie, FAUemagne, la Suisse. Quand se présente la question d'Orient, M. Appony a ordre de ne pas repousser les offres de la France ; mats à la condition bien expresse qu'on n'entrera pas d'une manière absoiue dans les idées égyptiennes* Le pacha est presque une antipathie
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pour M. de Metteniich. Mehetnet-Àli a failli troabler la vieille paix de l'empire ottoman , et la cour de Vienne ne pardonne pas aux brouillons : compromettre le repos de l'Europe lui parait presque un crime. Dans l'opinion du prince de Metternich, la période présente est toute de répression pour les idées révolutionnaires, qui certes ne sont point mortes.
C'est parce qu'il trouve ce sentiment au plus haut degré chez M. de Bellinghausen qu'il le prend en conGance , et H. de Bombelles avec lui. Les comtes d'Ottenrels et de Fiqueiroont lui paraissent plutôt des diplomates aux études exclusivement extérieures que des hommes d'État qui embrassent les idées de gouvernement. Ce sont des esprits spéciaux pour certaines questions qu'ils voient bien« et grandement; mais ils n'aperçoivent que cela. Le comte de Kolowrat, que flattent et caressent les idées françaises, pour le désigner comme successeur de M. de Metternich , n'est au fond que le pontife d'un état-major de plume, d'administrateurs, d'employés, et, parfait dans cet emploi, il est incapable de pénétrer le sens moral d'une question et la portée politique d*un événement. Cela est si vrai qu'on le soupçonne d'avoir prêté la main à l'idée de mariage de l'archiduchesse Thérèse avec le prince royal duc d'Orléans, et d'avoir fait naître ces illusions en France , sans voir le cAté difficile d'un tel rapprochement, qui ne serait populaire ni à Paris, ni à Vienne. U. Thiers s'est jeté dans cette idée
KOLOWRAT — APPOmr ^ BELLIN6HAUSEN . tt3
a?ec ses inconaéqQences accoatmnées ; il annonce, il publie ee mariage, qa*il dit préparé par son immense habileté.
Lorsque la question orientale devient absorbante à ce point qne toat se concentre dans la guerre du pacha avec h Porte, M. de Fiquelmont trouve naturellement sa place •a*dessou8 ou à côté du prince de Hettemich, et alors il est fait ministre des conférences. Est-ce un rival du chancelier et un successeur nécessairement désigné ? Non, je le répète; nul n*a cette prétention, cette volonté. C'est un aide, un adjoint du prince, une tète spéciale, si pleine de fioease et d'esprit, qu'elle éclate dans la plus charmante causerie. Le salon de M. de Fiquelmont est le plus érudit, le plus instruit, le plus aimé è Vienne, mais il se garde d*étre en lutte avec la pensée du prince de Metternich , parce que M. de Fiquelmont sait très-bien ce qu'il doit de respect et de soumission à cette capacité si considérable qui gouverne la monarchie autrichienne depuis 1810. C'est avec M. de Fiquelmont que commencent toutes les conférences sur la question orientale; c'est avec M. de Hetter- Dich qu'elles se Gnissent. Lorsque la France veut entraîner l'Autriche à ses idées lors des événements de 18W), on peut 8'apercevoir que c'est H. de Metternich seul qui dirige et domine la question, et c'est à lui seul aussi qu'on s'adresse ; loi seul fait aussi cette réponse : « Arrangez-vous è Londres, et je serai toujours prêt à accéder à ce qui sera fait dans la conférence; point de système à part, pas de poli-
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tique exclusive; l'Europe toujours une et identifiée aai idées d'ordre et de paixl»
Il qe faut pas se dissimuler aussi que depuis 1841, qui (ut le moment d'une sorte de crise intérieure d'adminislntion provinciale , le crédit et la puissance de M. de Kobwrat grandissent effectivement, et ceci même sans contestation de la part du prince de Metternich, ear on se tromperait si l'on croyait que le prince veut tout et peot tout pour chaque partie du service dans la monlurchie antri* chienne : oui, il est absolu en diplomatie; ministres et ambassadeurs sont des instruments dans sa main, perce qœ ses études, sa vocation, son passé » les immenses serrices qu'il a rendus, lui donnent le droit et la volonté de sa mission supérieure; mais dans les questions intérieores, dans celles qui tiennent au gouvernement des provinces, de la Bohème, de la Moravie, <ie la Gallicie ou de la Hongrie, il laisse à M. de Kolowrat la direction, la puissance, parce qu'il sait que telle est la spécialité de radministrateur suprême qui, depuis vingt ans, s'est occupé de ce cOté diiBcile du gouvernement autrichien.
C'est un des grands embarras pour la cour de Vienîie que cette administration provinciale si variée, si exigeante; et l'on vient de le voir dans la récente affaire de la Gallicie. Après examen approfondi de cette question, il faut dire que la vive sollicitude de M. de Kolowrat a toujours été de résoudre ce grand problème, à savoir : s'attirer la haiie
KOLOWRAT — APPCNT — BELUNGHAUSEN. ttf
noblesse par les honneurs» et favoriser les payuns par la liberté graduelle, la propriété et le fennage ; tâche immeose dans la Hongrie» la Moravie et la Bohême, car paysans et nobles étaient toujours hostiles les uns aui aatres; le paysan» je le répète» veut la liberté et la pro* priété» les nobles la domination et Tobéissance; et que faire dans cette lutte? Ce qu'on a reproché comme un grand Grime dans la Gallîcie» n*a été que la conséquence de ce seul fait : a Le gouvernement autrichien a retiré la main de protection qu'il accordait aux nobles, et alors les pajsans ont j^is leur revanche sur eux. d
Les scènes cruelles qui ont eu lieu sont la conséquence nécessaire du système d'émancipation que la Russie» la Pmsse et TAutriche suivent à l'égard des paysans dans les anciennes provinces polonaises. Si tout ce mouvement est HD peu sauvage, cela tient aux mœurs des habitants ; l'Autriche n'a pas ordonné de faire » mais elle a laissé faire ; la maison impériale a dit aux nobles : a Dès que vous vous séparerez de moi» vos paysans vous briseront. » Et les tristes scènes de la Gallicie ressemblent un peu à ce qui se passait en France au commencement de la troisième race » iors de l'émancipation des communes; les rois» favorables aox serË» leur donnaient leurs chartes de communes; ceox-ci, joyeux et libres» couraient contre leur seigneur à coups de fourche, sonnaient la cloche des églises; mouve- OKDt de peuple, au reste» fort loué par l'école historique dont
les chefs font aujourd'hui les plus amères critiques de h conduite du gouvernement autrichien. Rappelez-vous le récit enthousiaste de la formation des communes de Laon, de Beauvais, dans les écrits historiques de 1829, et vous aurex le tableau des mêmes excès de la jacquerie 1 Quoi qu'il en soit, H. de Kolowrat est le plus ferme soutien de Vémancipation des paysans, système habile qui neutralise Hdfluence des nobles de Gallicie; ces nobles, avec le clergé, sont la partie patriotique du pays.
AOn d'atténuer l'influence de M. de Kolowrat, M. de Metternich accorde sa plus extrême conGance au comte de Bellinghausen , esprit d*une portée bien plus étendue et d'une intelligence plus sagace, surtout avec la haute habitude des questions politiques. Le président de la diète germanique n'est pas seulement une tète de police, comme on a voulu le représenter, mais un esprit exercé, étendu, souple, qui voit les questions sous cet aspect de généralité tant aimé par le prince de Metternich; il raisonne la pratique même des aflaires. Chaque fois que le prince se rend au Johannisberg , il ne manque jamais de s'arrêter à Francfort pour voir M. de Bellinghausen , qui, de son côté, demeure presque toujours à Vienne , depuis surtout que les opinions ardentes de l'Allemagne se sont attiédies. Plus jeune que le comte de Fiquelmont et que M. de Kolowrat \