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LE COMTE DE TORENO

belle guerre de rindépendance, qui brisa le prestige de Napoléon ; Hartinez de la Rosa faisait des drames, de la poésie, de la simple littérature ; il se délassait dans l'exil; toreno ne cessait pas de faire de la politique. C'était un caractère préoccupé, absorbé par les événements de sa patrie ; soldat et orateur, il rêvait le rôle de Thucydide dans le récit des guerres nationales auxquelles il avait assisté.

Cependant les événements marchaient dans la voie que pouvait désirer le comte de Toreno. A Paris, éclatait la Révolution de 1830, et le parti des réfugiés espagnols put saluer cette catastrophe terrible , comme le précurseur d'une révolution semblable dans la Péninsule. Le roi Ferdinand VII, inquiet, maladif, avait épousé une princesse jeune, active, qoi exerçait une grande puissance sur son esprit. La RévotatioD de 1830 ayant un peu altéré les rapports des diverses branches de la nmison de Bourbon , il en résulta un changement sensible dans le vieil esprit espagnol. Le roi fut entraîné, dominé par les événements; les libérales entourirent la reine Christine, la prirent non pas comme but, mais comme moyen d'arriver à leurs desseins , et lorsqu'à la mort de Ferdinand YH, il fallut soutenir les droits de Tufante, la reine douairière fut obligée de recourir à l'appoi du parti libéral modéré contre les carlistes. A cette époque commence une ère nouvelle pour l'Espagne : plusieurs systèmes et plusieurs honunes arrivent qui vont s'empver du terrain de la politique.

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En première ligne, M. de Zéa, l'esprit de tempérance diplomatique dans la révolution, libéral à la façon de M. Decazes en 1818; ses longs rapports avec la Russie lai avaient donné une empreinte européenne. Dans un état de société calme , régulier, M. de Zéa eût été sans doute l'homme le plus capable de réaliser un bon système de gouvernement; mais au centre de TEspagne en feu, où étaient et où pouvaient être les modérés? Garder un milieu quand la guerre civile est flagrante, cela est impossible; le milieu n'arrive qu'après les longues luttes , quand les âmes sont fatiguées. M. de Zéa, qui aurait pu beaucoup avec Ferdinand VII, un peu libéralisé, à la façon de Louis XVII! (M. de Zéa avait quelque chose du comte d'Aranda), était incapable de dominer les hommes et les événements tels qu'ils se produisaient , avec toute l'énergie des guérillas et de la guerre civile, la lutte des servîtes et des negros.

Marlinez de la Rosa arrivait avec une plus grande réputation révolutionnaire que M. de Zéa, car il avait souffert et subi la persécution pour la causç commune; son nom se liait à la mémorable époque des Cortès : n'avait-il pas eu un moment même le portefeuille des affaires étrangères? Mais les services antérieurs, incontestés, ne sufBsent pas toujours aux partis, qui veulent vivre avec le temps actuel et satisfaire leurs intérêts et leurs passions présentes; ils regardent moins ce qu'un homme a fait ou souffert pour eux qu'ils ne s'inquiètent de ce qu'il fera. Or, par tempe-

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ranee de caractère, par douceur, ou si Ton veut par faiblesse, Mariinei de la Rosa n'était pas capable de servir les Toes réactionnaires du parti libéral. Celui-ci voulait des mesures vigoureuses, Tapplication de certains principes eontre les hommes, et il ne lui donnait que des discours ; raoteor du statut nal croyait que cette charte était un progrès suffisant pour les idées et les intérêts. Ce n'était pis assez pour la révolution.

Il fallait donc s'adresser à des caractères plus en a>ant dans les conditions mêmes de la révolution politique que sobissait l'Espagne. Tant que M. de Zéa gardait le ministère, il avait cru indispensable d'éloigner de Madrid MM. Hartioei de la Rosa et Toreno. L'un et l'autre, revenus de l'exil à l'étranger, s'étaient rendus dans leurs provinces, et le comte de Toreno avait pris une grande influence dans les Asturies (les provinces sont une puissance en Espagne). Bientôt élevé à la dignité A'Al/erez mayor, il seconda le développement du parti de la reine, comme l'espérance du mouvement libéral. A la mort de Ferdinand, le comte de Toreno fit partie de la députation qui vint complimenter l'infante sur son avènement à la couronne. Élu député, il âégea dans i'assemUée des proeuradores^ et de ce poste il entra UentAt dans le cabinet comme ministre des finances, car il avait développé à la tribune une certaine aptitude d'eiaoïen et de rigueur dans l'appréciation des comptes. Bst<6 une fatalité? eeui qui dans les causes révolution-

naires se disent les purs, les désintéressés, se trouvent presque toujours mêlés à des opérations compromettantes pour la moralité. A ce point de vue, M. de Toreno, comme Mendizabal, fut accusé d*étre un des grands agioteurs de TEspagne. Sa direction des flnances fut trés-sévèrement jugée ; les emprunts laissèrent sur lui de fâcheuses empreintes. Alors, sans doute, et pour faire excuser cette partie douteuse de sa vie, M. de Toreno se jeta dans les exagérations du principe révolutionnaire , moyen souvent habile de faire excuser par les partis les petits péchés administratifs : faites des concessions de principes, les partis vous en feront d'une autre nature ; qu'on soit un homme sans scrupules, qu'importe 1 les opinions passionnées vous le pardonneront bien, pourvu que vous soyez pour elles ardent, dévoué. Il fut donc à peine question des tendances du comte de Toreno dans ses opérations financières , et il fut porté à la présidence du conseil, parce que la révolution en avait besoin dans ses desseins politiques.

Triste époque alors pour l'Espagne ! La dbpersion des ordres monastiques, la confiscation des biens du clergé; on dépouillait les églises des vases sacrés. On fit de la monnaie de toutes choses; les biens des couvents furent vendus sa profit de l'État; l'Espagne en fut-elle plus riche? Aucunement ; les tableaux de ses grands maîtres furent partout dispersés; les mécréants et les juifs se disputèrent les dé-

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pooilles des églises. Et qaant è la présidence da conseil da comte de ToreDo, voici ce qui se passait : c'était l'époque des pins grands elTorts et des succès incontestés de don Carlos ; si lesafTaires de ce prince avaient été bien conduites , s'il y avait en de l'ordre dans ses finances, de l'unité dans ses conseils, de la modération dans la pensée, il anraît infailliblement vaincu. Heureusement pour la jeune reine Isabelle, il se révélait au moins autant d'intrigues dans le cabinet du prétendant que dans le ministère de la reine; or la crainte du triomphe possible de don Carlos devait donner plus d'énergie, plus d'audace au parti des libéraies; on accusait la reine régente d'être d'accord avec les carlistes , de ne point donner assez de vie et de mouvement ao principe révolutionnaire, la force active contre don Carlos. De là cette guerre sourde qui était faite aux prérogatives de la couronne par un parti puissant.

On était donc partout dépassé; le règne de M. de Zéa n'avait été que d'une courte durée. Ces tempérances de caractère ne convenaient plus à la situation des esprits ; après loi, était venu le mon, le timide Martinez de la Rosa, révolationnaire en théorie , conservateur de fait. Le comte de Toreno, qui lui avait succédé, ne pouvait donner ni plus de force ni plus de tenue au gouvernement de la régente ; tôt 00 tard, cdie-ci devait être dominée par les deux forces qui triomidient et s'élèvent nécessairement dans les révoluttons : la parole et l'épée, les assemblées et un toldat

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Ainsi, le système des Certes et la dictature d'Esportero devaient apparaître comme les conséquences de la situation au milieu de TEspagne agitée. Le comte de Toreno se serait parfaitement accommodé des Cortès de 1812 « dont il avait fait partie, et| en général, nous appartenons toujours un peu aux premières impressions de notre vie. Mais celte anarchie des Cortès (qui n'était pas un gouvernement] devait bientôt faire place à la dictature d'Espartero , parce que» dans le fait, celui-ci allait rendre un service incontesté à la révolution espagnole, en la délivrant de son puissant et véritable danger : Tarmée de don Carlos. La dictature d'Espartero venait de cette origine, rien ne devait lui faire obstacle d'une manière sérieuse : aussi, le règne constitutionnel de M. de Toreno, de très-courte durée, fit bientM place à ce singulier M. Mendizabal qui promettait, en charlatan, la guérison prochaine des plaies de TEspagne; il travailla en juif, en banquier, et Toreno céda la place à un exploitateur plus hardi et plus habile, qui accomplit le pillage des églises et suspendit le paiement des impôts en Espagne, pour se mettre plus complètement sans doute à la discrétion des Anglais.

A cette époque, le comte de Toreno commence à prendre une certaine expérience des hommes ; il éprouve un véritable dégoût pour les idées et les formes révolutionnaires qui débordent. Comme tons les esprits éclairés, impartiauix, il est profondément affecté des scènes de la

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GraDJa; cette révolte de soldats, cette scène du Bas-Empire, n'allait point à son caractère toat rationnel et plein d'élades ; esprit métaphysique , comme un grand nombre de députés sûrs et Termes de TEspagne, il aperçut la nécessité de mettre une digue à ces sauvages insurrections, et, membre des Cortès, il vota dès lors avec les modérés. PniSi quand il vit ces jeunes princesses captives, cette reine régente expulsée par le pouvoir des soldats, il oflirit ses ser^ vices avec loyauté à Marie>Christioe , et il partit avec un congé de santé pour Londres et Paris , sans doute afin de juger par lui-même les intentions de ces deux cabinets, les éclairer sur la véritable situation des Espagnes, et demander appui pour le pouvoir légitime. A Londres, le comte de Toreno avait laissé d'anciennes affections, vieilles comme répoque de la guerre de l'indépendance ; la manière dont il avait parlé de la puissante adhésion de l'Angleterre , dans son livre sur la guerre de 1808, avait été applaudie par le duc de Wellington et les principaux chefs de l'armée auxiliaire. U vit bien que l'Angleterre, surtout, désirait garder une certaine influence sur les affaires de la péninsule. Comme toujours, le comte de Toreno ne s'y opposait pis; puis fl vint à Paris, étudier les véritables intentions du cabinet, en même temps que sesigoûts littéraires et son aptitude d'histoire le portèrent vers les recherches sur un point qui avait bien sa portée politique alors, j'entendi parler de VBiiioirê d% te domination âe la mai$m d'Au^

triche en Espagne. Cette étude, le comte de Toreno la saiyait avec prédilection ; je crois qu1l y apportait une intention secrète.

Poar expliquer le bat et la pensée de ce livre qae se proposait d'écrire le comte de Toreno, il faut d'abord poser en fait qu'à ses yeux la cause du prétendant était perdue , et que, selon lui, il ne pouvait plus être question de son droit à la couronne d'Espagne. Dès lors, ce droit reposait sur la tête des deux jeunes infantes, la reine Isabelle et sa sœur ; et puisque tôt ou tard il fallait songer à un mari de la reine, la question était de savoir dans quelle lignée , dans quelle maison on choisirait ce mari. Les uns penchaient justement vers la maison de Bourbon, comme une continuation traditionnelle du passé ; les autres désiraient un prince d'Allemagne, peut-être même un Autrichien ; et dès lors on voit toute l'importance politique qu'allait prendre le livre du comte de Toreno, puisquMI allait rappeler l'époque qui avait vu régner la maison d'Autriche en Espagne. Cette époque était brillante, splendide, et je crois que le comte de Toreno, un peu dans les opinions anglaises, voulait broder son œuvre pour constater que la décadence de l'Espagne datait du jour où la maison de Bourbon l'avait gouvernée. Mensonge de parti : cette ruine Tenait de la révolution française; l'histocien aurait élevé si haut la race famande de Charles-Quint, aux dépens de la race française de Louis XIY, qu'on aurait pu comparer les deux

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époqaes; point de vue faax, sans doute, mais qui aurait siogulièrement aidé les idées de mariage telles que l'Angleterre pouvait les entendre après la ruine des espérances de don Carios.

Quoi qu'il en soit, à son passage à Paris, le comte de Toreno se livra à des recherches considérables dans les précieuses archives, et la France lui ouvrit libéralement ses trésors de pièces diplomatiques. La révolution d'Espagne avait pris alors une tendance si désordonnée, que les esprits de tempérance s'en étaient séparés avec eflroi : l'insurrection de la Granja marque le commencement véritable de la dictature militaire ; en vain la reine Christine veut lutter contre le général victorieux qu'entourent les passions populaires et qu'elles exaltent comme un héros. Espartero, par le fait maître des destinées de T Espagne, y règne par les juntes et l'armée ; la reine Christine cède et résiste tour à tour, ne songeant plus qu'à une abdication politique pour laisser passer l'orage. Ce fut durant cette époque si agitée (pie le comte de Toreno resta à Paris, tout entier livré aux études sérieuses , et y cherchant une distraction qui ne manque jamais aux esprits d'élite fatigués de la politique. Nul ne connaissait mieux l'état des partis , la situation des opinions ardentes ou découragées dans la Péninsule ; il devint souvent l'intermédiaire de la reine Christine, qui Téleva à la grandesse en 1839. L'Espagne commençait alors une ère

toute nouvelle sous l'empire de la constitution si imparfaite

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de 1837; tous les fermes esprits sentaient la nécessité de réprimer les juntes provinciales : don Carlos venait de trouver un refuge en France. La dictature d*Espartero devait cesser à son tour , parce que toute violence amène avec ellemême une réaction , et qu'il n'y a pas de despotisme mili^ taire, quelque tendu qu'il puisse être, qui n'ait son terme. On songeait donc sérieusement à une solution quelconque des afTaires d'Espagne; les esprits sérieux s'y préparaient Cette solution se rattachait à la situation des affaires intérieures et des relations à l'extérieur, c'est-à-dire à la forme, à la garantie des constitutions et à l'action régulière des pouvoirs les uns envers les autres, puis à l'influence que l'Europe pouvait exercer sur le maringe de la jeune Isabelle. L'exil de la reine Christine, son séjour à l'étranger, ne pouvait être qu'une situation passagère comme le pouvoir absolu d'Espartero; la reine douairière devait être rappelée en Espagne , soit par un mouvement de peuple, soit par an mécontentement d'armée. Dès que la cause de don Carlos était finie , il n'y avait plus à examiner que cette seule question : Fallait-il préférer un régime militaire invoquant partout l'appui de la violence, à la tempérance du système de la reine Christine , plus habile , plus réfléchie qu'on ne le croyait généralement ? Restait encore un seul obstacle i cette autorité de la régente , c'était sa position non avouée avec celui qui depuis a pris le tUre de duc de Riancerès. Cet embarras, on ne se le dissimulait pas, même aux

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Tuiieriefl, était sérieux , parce qu'il autorisait les invectives, iesaecQsatioDS, les injures du parti de la révolution , trop heureux de flétrir une tète couronnée et d'appeler la reine* mère madame HuAos. A la cour de France , ou l'on aimait Téritoblement la reine Christine, on lui conseillait la consécration d'un mariage qui seul pouvait légitimer une position équivoque ; et pour cela on offrait Tinfluence des relations avec Rome, de nature à faciliter les dispenses pour on mariage secret.

Ce n'était là qu'un premier aspect de la question auquel le comte de Toreno s'était parfaitement associé ; l'autre , plus considérable, était le mariage de la jeune reine Isabelle, et divers systèmes se trouvaient en présence. La France » sortie du chaos , commençait alors a comprendre tonte la grandeur de la maison de Bourbon , et les études historiques de M. Guizot favorisaient la puissance des idées traditionnelles. Le système français par rapport au. mariage était celui-ci : a Nous ne voulons qu'une seule chose, que la jeune reine choisisse pour époux un Bourbon. » Ici la difficulté se subdivisait encore : ceux qui voulaient une fln à tout principe de guerre civile en Espagne , soutenaient que le meilleur parti à prendre était d'unir le fils aîné de don Carlos à la reine Isabelle ; mariage qui , favorisé par l'Europe , trouvait un double obstacle : d'une part, le parti de don Carlos se montrait difficile sur les conditions d'une abdication royale, tandis que les révolutionnaires modérés.

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tels qae Martinez de la Rosa, Toreno» ne voyaient pas assez de garanties dans une transaction qui , en définitive, mettrait le pouvoir aux mains des carlistes. La comlxnaisoD Bourbon (rien que Bourbon) n'en demeura pas moins celle de la cour de France ; et ici point de limites ; que ce fût an prince de la maison de Naples, de Lucques, d'Espagne ou d*Orléans, peu importait encore pourvu que le principe établi fût sauvé. Telle était l'opinion personnelle aussi de la reine Christine, et elle y rattacha facilement Martinez de It Rosa et Isluritz ; le comte de Toreno demeura neutre, parce qu'il avait un irrésistible penchant pour les idées anglaises. Ces idées anglaises qui ont de la tenue, de la persévérance, voulaient arracher TEspagne au pacte de famille, et Ton doit se rappeler qu'en 18H la cour de Londres en fit une condition du traité de paix qui rendait la couronne à Ferdinand Vil. L'Angleterre, placée sur le même terrain que dans la guerre de la Succession au xviii* siècle, désirait un prince allemand sur le trône d'Espagne ; elle espérait éteindre de cette façon les derniers germes da pacte de famille , et ce principe elle le popularisait à l'aide de la plus ardente faction révolutionnaire sous Espartero. L'Angleterre insinuait aux patriotes progressifs* que re-» nouer avec la maison de Bourbon , c'était placer l'Espagne dans un état de sujétion constante à l'égard de la France; qu'elle ne devait pas èlre une auxiliaire , mais une nation complètement indépendante ; avec un roi étranger d'ori-

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gine OD lerdt toajoors maître de la politiqoe du pays, tandis qu'avec qd prince de la maison de Bourbon on devrait attendre les ordres et les instroctîons de Paris. L'Angleterre offrait tontes les garanties ao parti des certes s'il acceptait le prince de son choix ; la succession d'Isabelle étant fondée sor Içs contomes antérieures aux lois héréditaires de la biiiille des Bourbons, pourquoi n'iraitH>n pas jusqu'au bout dans cette vope ouverte en 1883, et ne continuerait-on pas ce principe par an mariage en dehors de leur ligne? Ces idées , je le répète , avaient séduit le comte de Toreno, et dans ce but on le voit travailler avec ardenr à son ffitfotre de la domination de la maison d^ Autriche en Espagne , pour en relever l'éclat et la splendeur. Il ne faut pas non plus oublier que les premiers ranoorts du comte de Toreno mient commencé avec l'Angleterre, et ces impressions ne s'oublient jamais , lorsque surtout elles se mêlent aux béroîques efforts de la patrie.

Le comte de Toreno vint siéger aux certes de 18b0, fort considéré par la reine , et conservant ses alliances , ses principes , ses opinions d'un libéralisme tempéré. Une certiioe inquiétude d'esprit lui faisait incessamment quitter TEspagne pour visiter tour k tour la France , l'Angleterre , l'Italie, ou il allait autant pour les besoins de sa santé que. pour recueillir les matériaux indispensables à son vaste tra- ^l. Dans ces années de voyage, il avait assisté, lointain spectateur, aux tristes et étranges événements de la patrie; III. 49

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il avait vu la régente d'Espagne exilée à Paris » toujonn active et pleine d'espérance, Espartero dictateur, Arguelles petit tyran , alguazH de tutelle , les cortès et les juntes, h fusion momentanée du parti cariiste et du parti de Christine, princesse faible dans son intérieur, mais hardie et entreprenante dans les questions d'État. Le comte de Toreno salua donc le retour de la reine-mère à Madrid.

Ce rétablissement de Tautorité de Christine faisait naître plusieurs questions qui se liaient aux coutumes, aux lois traditionnelles de la monarchie espagnole, et la première était la forme de constitution qui serait préférée. Au mi* lien de toutes les mauvaises idées de gouvernement, l'Espagne, qui par ses mœurs ne ressemble à aucun autrs pays, subissait ce eritermm universel, la constitution anglaise, que rengouement du xviu* siècle a Jetée sur tant de nations; et ce balancement des pouvoirs n'allait à aucune des coutumes castillanes. Les mœurs de FEspagne ne se prêtaient qu'à une double combinaison politique, le roi net, les privilèges provinciaux, privilèges que contenait l'action religieuse. Il n'y avait pas en Espagne les premiers éléments d'une Chambre des pairs considérable, car la vieille grandesse était afhiiblie ou éteinte. Quant è la chambre des procuradores , elle ne serait qu'une représentation ardente et factieuse, ou bien une Chambre complètement annulée. La reine, appuyée sur l'école de MM. de Toreno et Martinez de la Rosa, ne pouvait pas

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abdkpKT cette forme représentative d'une manière absolae, car die était l'œune et l*idée prédominante de aes amis. Sa poUUqae dès lors fat d^aiblir, d'atténuer autant qu'eUe le pouvait le mauvais esprit des deux Chambres. Quand ou m peut détruire les institutions fautives, le meilleur parti à prendre c'est de leur enlever leur cMé âpre, actif, influent, de les empêcher enfln de produire le mal.

La seconde questim, celle du mariage de la jeune Isabelle, se présentait non moins sérieuse, et il faut dire par quelle phase elle avait passé. En \9kl , lors de l'exil de la reine Christine, on était revenu au mariage avec l'infant Carlos, fib du prétendant, et le motif de ce rapprochement se treu* lait dans l'Impérative nécessité de s'appuyer sur une opinion ialuenle. £n Espagne surtout, deux grands partis étaient CD lutte ; le milieu était encore faible, indéds; on devait donc opter entre le mouvement Arguelles-Espartero et les carlistes, avec lesquels la reine Christine s'était déjà mise en rapport à Paris. La base d'un arrangement devait toujours être le mariage du fils de don Carlos avec la jeune reine babelle. llarie-Ghristine y était complètement décidée. Uéoole du comte de Toreno et de Martinet de la Rosa se dessina naturellement conune un obstacle, non point au mariage en luhmême, mais aux conditions d'après lesquelles il serait conclu. On reprit l'éternelle question de savoir si le priDcc Carlos- Luiz serait roi d*Espagne ou seulement mari de la reine. Le prince, je le crois, passait condamnation sur

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le simple mot; mais ce qui lui importait surtoat, c'était de savoir la position qu'on ferait en Espagne au parti qui avait servi ses intérêts. Quelle forme de gouvernement serait adoptée à Madrid? N'y aurait-il aucune modiOcation à ce système constitutionnel d'assemblées et de Chambres, en si complète opposition avec les mœurs de l'Espagne? Ne vaudrait-il pas mieux revenir aux privilèges des provinces, au institutions religieuses, aux formes antérieures de la monarchie? Autour de lui, don Carlos avait des amis, des serviteurs fidèles : qu'en ferait-on? « Il ne doit y avoir ni réaction, ni même de restauration, b Sur ce point insistaient spécialement MH. de Toreno et Martinez de la Rosa, représentant les intérêts modérés des certes. Toute négociation fut donc brisée, quoique le gouvernement français s'intéressAt vivement à une solution si particulièremeot satisfaisante, pourvu qu'elle admit un second mariage avec un prince de la maison de Bourbon pour l'infante sœur de la reine« Il fallut recourir à des combinaisons nouvelles ; et ici encore deux systèmes se trouvaient en présence, toujours dans les mêmes tendances que lors de la guerre de Succession ; les choses ne changent pas ainsi en diplomatie. L'intérêt français se résuma dans un double mariage tout favorable à la maison de Bourbon ; l'intérêt anglais dut, au contraire, se résumer dans un mariage germanique.

Ce fut dans le but de ces négociations que le comte de

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