LE PRINCE JULES DE P0L16NAG
Je ne sache pas de plus mélancolique histoire qoe celle de la noble dnchesse de Polignac , l'amie intime de la reine , cette ièmme qoe des misérables prirent comme à plaisir de calomnier» poor qae les larmes de son beau visage vinssent «Donner d'une douleur profonde TAme si aimante de Marie- Antoinette; les méchants ne se contentent pas de nous persécuter en nous-mêmes; ils nous poursuivent aussi dans ce qoe nous aimons; ils rendent nos douleurs plus poignantes en brisant le cœur de ceux qui nous approchent. Telle fut la destinée de la duchesse Yolande-Gabrielle, la mère d'Armand et de Jules de Polignac, frères bien-aimés, qui eurent deux sentiments exaltés dans leur vie, Tamour pour leur tendre mère et le culte du comte d'Artois , si beau» si noble
genUlhomme. Avez-yous contemplé quelquefois à Versailles le portrait de deux femmes, si calmes, si belles, un peu vermillonnées, comme toute Fécole de ce temps; vêtues en bergères, un grand chapeau de paille à Fanglaise, elles parcourent le petit parc de Trianon, changé en laiterie suisse : ces deux femmes sont la reine et madame de Polignact l'une morte sur un échafaud, Tautre expirant de douleur i Tienne, en apprenant Fexécrable meurtre de la reine; deux vies moissonnées en même temps.
Le théfttre et la fantaisie commencent à nous faire admirer les costumes de la vieille monarchie. Sous la Restauration, on raillait les gentilshommes, les mousquetaires, les chevau-légers, les dragons de la reine; maintenant la mode nous les fait aimer. Une autre justice viendra plus tard , ô*est de nous faire Justement admirer ces époques de dévouement et d'esprit français qui précédèrent 1789, à côté de la révolution, qui nous a fait reculer jusqu'à la sauvagerie des vieux Francs du v^ siècle. Cette justice viendra dinicilement , parce que lés amours-propres sont intéressés à soutenir les faits contemporains : les générations sont peu impartiales envers le passé; toutes se croient plus parfaites, plus avancées; elles sacrifient tout à leur égoïsme, et les flatteurs ne manquent pas.
Il y avait une belle qualité dans la reine de France, c'était l'auguste protection qu'elle accordait, avec son enthousiasme de femme, à de nobles et jeunes gentilsbomines
LB PAHIGB JULBS DK POUONAC. 3iT
MM lortiiiie; s*U y eut ées ingrats, teb que les MM. de La«eth et de Lefiiyetle» il y eat aimi des dieraliers dé- Tooés jcsqn'i la mort « el les deu frères, Armand et Joies de PoHgMC, forest de ce nembre. Enfants, Ils forent bercés dans les appartements de la reine de France ; tout petits prçons, floqoetés de rubans, il jouèrent avec le danpUn s«r les genoux de Marie-Antoinette, au moment où tout était calomnié, et les plus afTreux propos circulaient sur les caoses de cette liaison entre les deux tendres amies.
La famille de Polignac fut en effet comblée des bontés de la reine ; les cabales de cour, les man?ais propos de la rae raccuBèrent de dévorer la fortune publique sur le livre .rsoge. On peut feuilleter ee livre, aujourd'hui déposé aux aithives du royaume; la famille de Polignac s'y trouve k peine portée une ou deux fois pour dessommes peu considérables, et pour la baronnie de Fenestrange; tandis que MM. de Lametb, H. de Lafayelte , et surtout ses cbers Américains, 7 reçoivent de larges encouragements. Cette vive amitié de Il reine pour les Polignac éteit donc un sujet d'incessante jileosie, et dès que les premiers orages de la Révolution greodèrent, l'exigence impérative des meneurs de la cour et de l'Assemblée imposa Vexil de cette noble famille ; madane de Polignac partit avec ses deux enfants, Jules et Arakand, pour Vienne^ où les avaient suivis les recomman* dstiens de la reine. Lk précisément commença fédocation de Joies de PoKgnac , à peine ébauchée en Francoi et une
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drconstance asseï piquante pour un esprit à coopa d'État, c*e8t que son premier précepteur se montra tout à hit dans les idées nou?elles de liberté et de constitution; le duc Hatliieu de Montmorency n'avait-il pas eu l'abbé Sieyës pour précepteur? Le complément nécessaire de l'éducation de gentilhomme était alors les voyages; le prince Jules de Polignac vit toute l'Allemagne, Tltalie, s'oecupaot de l'examen des formes des gouvernements et des mœurs des peuples , tout préoccupé des idées que Montesquieu avait jetées dans le monde politique sur la pondération des pouvoirs et de la liberté.
Cependant les orages grondaient en France» et sous les débris du trône la hache du bourreau atteignait Louis XVI et Marie-Antoinette, ces deui noms qui avaient toujours excité une religieuse tendresse dans la famille de Polignac. Pour les croyants à ce magnétisme immense et mystérieui qui unit les êtres entre eux par des sympathies étranges, et cette musique des nerfs et du cerveau , dont le retentissement se fait sentir dans la commune harmonie de la natnre/ il se produisit le phénomène dont j'af parlé, c'est qu'une semaine après, jour pour jour,, en apprenant la mort de la reine de France , son amie , madame de Polignac mourut. Comme l'Allemagne aime les légendes, les rapprochements mystérieux ; on écrivit ces deux mots seulement sur la tombe de madame de Polignac : <k Victime de l'amitié; » car la mort de la reine l'avait tàéé.
LE PftUfCE ^UUSS DB FOUGNAC. M»
Joies de PoHgnac, profondément affecté» parcoanit le reste de l*Eiirope ; et comme un moment la Rnnie avait semblé plos spécialement prendre no droit parti contre la rérolntion française , M. de Polignac devint nn des chaads admirateurs de la géoiérense politiqae de Catherine II et de FanI V, jusqu'en jour oà le ciar si bizarre expulsa cette belle troupe de gentibbommes qui s'était groupée autour de loi, comme les braves huguenots au xvi* siècle sous les: ordres d'un Coudé; c'était le même esprit. A Riga, M. de Polignac s'embarqua pour l'Angleterre, et l'aspect de la force de ce gouvernement et de la grandeur de ce peuple le frappa vivement. Il faut s'arrêter sur cet incident» parce qu'il va dominer la vie politique de M. de Polignac. 0 s'abandonna incessamment à la comparaison et au parais lèie de la France et de l'Auf^eterre. Il y vit une grande aristocratie toute nationale quoique di\isée« une démocratie immense mais respectueusement soumise aux lois, une re^ ligion d'État, un parlement jamab capricieux etprésentant une majorité 6xe pour un côlé ou pour un autre, les sédi*. tioDs apaisées par la baguette d'an constable : de là il con* dot que cette forme de gouvernement, réduite à ces pro« portions d'tfistocratie, pouvait développer avec une certaine énergie les ressources d'un peuple. M. de Polignac eut donc 'on faible pour le représentatif anglais, c'est-^dire pour la domination de quelques grandes familles sur les masses, et
oe système il le rêva pour sen pays» saM eonaîdérar ij^e TégaUté élAlt notre rêve jakmi.
Ces réBexbns, il fut les faite alors; mais les événements étaient bien m dehors 4e ces proportions phiiosophlqoes. Afrès le Directoire; la France $e stabiihait sons le Gonsnlat* sorte de transition ponr arriver à la coaronne impériale. Bans cette époque tonte provisoire , les habiles da parti royaliste faisaient ce raisoMiement, qnî n'était pas sana logique : Si la révoletion a besoin de se fiiire monarchie pour se sauver, pourquoi ne revieodrait^elie pas k Tancleone race? Le moment était donc venu d'en fsire l'essai. Fawse idée, parce qu'en général ce ne dent pas les principes qu'une révolution désire préserver » elle en fait bon mar^é au besoin. Ce qu'elle souhaite, c'est la ^misoUdation des intérêts nouveaux , des biens acquis ou dérobés , des sifaïatioBS accomplies, des amours-propres satisfaits, sortes de jouissances qu'on désire se conserver une fois aeqnioes; tout le reste n'est qu'un vocabulaire de convention. Or, la fortune militaire de Bonaparte couvrait tooles les antres; qu'il fit de la monarchie ou du despotbme, peu importait i homme nouveau, il protégeait les intérêts nouveaux» et cela suffisait. Les idées politiques ne sont qu'en dernière ligne, et ta liberté du pays n'est souvent qu'un prétexte pour cacher bien des égoïsmes satisfaits. Les uns désiraient Bona- • parte comme la personnification des faits révolutionnaires ,
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les antres comme protection de Tordre et de la sécurité; tons Toolaient en flnfr a?ec Fanarchie.
Il 0*7 avait de mnminres ({n*à la surface de la sodété, éf cette opposition du petit nombre, parce qu'elle s'agite et se trémousse incessamment, fait facilement croife qu'elle est poissante et prête à renverser un pouvoir. Alors Pichegm était en Angleterre; Moreau s'était engagé dans un mouvement contre le premier consul qui allait se faire empereur; de nobles et fiëres âmes dans l'armée ne voulaient pas abdiquer le passé de la République. Les royalistes crurent donc lé moment favorable pour essayer leur propre combinaison, celle dn rétablissement de la vieille maison régnante. C'est dans ce complot qu'entrèrent les deux frères Armand et Jides de t'olignac, le noble marquis de Rivière, avec l'héroïque Georges Cadoudal et ses Bretons. Il est essentiel, pour l'honneur de tôt» ces gentilshommes, de bien séparer deux faits qui n'ont entre eux aucune relation : je veux dire la machhe infernale et ce qu'on appela la conspiration de Georges et de Pichegni. Us sont à deux ans de distance Tun de l'antre, et néanmoins on les a confondus pour calomnier de ooblea et saintes vies. La machine infernale, conçue par le parti jacobin , ne vit se mêler & son complot que les* enfants perdus du royalisme. La conspiration de Georges et de Pichegru, k laquelle prirent part MH. de PoIIgnac et de Rivière, fut connue sur deux bases très-larges, très-légitimes : l'examen et l'action ; l"* l'examen. MM. de Polfgnac et
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de RWiëre, aides de camp de M. le comte d* Artois, de?aieiit examiner, au nom du pAoce, la situation des esprits à Paris» recoanattre si la présence des B^orbons était nécessaire pour préparer une restauration. C'étaient de jeunes et imprudents explorateurs auxquels le comte d'Artois avait commandé un service, et ils l'exécutaient sans sourâlier. 2p L'action, et celle-ci appartenait aux généraux Georges et Pichegru : à Georges, le plus noble des caractères, le plus fier des Bretons, qui avait rêvé le combat de trente de ses hommes contre les trente guides ducons^ul; à Pichegru, l'ami de HoreaUj qui, par ses liaisons avec le parti républicain, pou* vait amener le soulèvement de l'armée. Ce fut avec des instructions spéciales de M. le comte d'Artois que MM. de Polignac et de Rivière vinrent en France , non point pour conspirer, je le répète , mais pour examiner la situation. Comme à cette époque la police se mêlait un peu à tout, je crois que dans ce complot il y eut quelque machination secrète pour attirer un prince du sang sur le territoire firançais; on essayait déjà ce guet-apens odieux qui plus tard fut accompli contre le duc d'Enghien. L'Angleterre était remplie d'agents provocateurs, qui, par de fausses espérances données aux Bourbons, voulaient entraîner le comte d'Artois ou les ducs d'Angoulême et de Berry sur le continent. Bonaparte avait besoin de donner un gage à la révolution française; faute de mieux, il fit fusiller un Condé dans les fossés de Vincenoes;