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LE PRINCE JULES DE POLIGNAG. S3S

Qu'on se représente donc à Paris , après une route entre les falaises de ^ormandie^ s'abritant de chaumière en chaumière jusqu'à la barrière des Invalides , ces trois jeunes hommes ; le marquis de Rivière a vingt-sept ans , Armand de Polignac en a vingt-cinq et Jules vingt-deui ; surveillés, traqués dans Paris , et néanmoins entretenant des rapports secrets avec Georges et ses braves Bretons, avec le général Pichegru ; ces jeunes gens , sans asile , errants au milieu de Paris, à chaque coin de rue pouvaient lire les grandes affiches où leur signalement était tracé, avec celui de Georges et des autres brigands. Le prince Jules de Polignac aimait à raconter comment seul, isolé au milieu de ce Paris qui pour les malheureux est une grande solitude , il parvint JQsqu'à la porte d'un vaste hôtel. Lft, avec tout le luxe naissant du Consulat, on donnait un grand bal ; les cours étaient remplies de voitures, les appartements resplendissaient de lamières brillantes et la musique était des plus douces. Qui donnait ce bal? Peut-être quelque fournisseur enrichi, quelque jacobin aristocrate; et le noble fils de la duchesse de Polignac , Tamie de la reine de France , entendait lire , à la taeor des torches, un ordre de police qui prescrivait d'arrêter les brigands Jules et Armand de Polignac , avec Rivière et Georges : c'était l'ignoble langage delà police consulaire, qui n'épargnait ni Moreau ni Pichegru. Le jeune homme coulinoa d'errer dans Paris, demandant l'hospitalité partout et partout refusé, parce qu'un ordre des consuls déclarait com-

plices des choaans ceax qat leur donneraient asile. Quel début de la vie , pour un jeune gentilhomme des^oé aux grandes fortunes de la cour de Franae. et conunent s^étonner désormais que les menaces de mort eussent toujours troufé le prince de Poltgnac calnje » impassible, résigné I II existe une de ses lettres , écrite bien des années après, du chAteia de Ham, et toute empreinte de cette admirable résignation: « Ma jeunesse, dit-il, a commencé avec les proscriptions; fti ensuite occupé, à Tétranger et dans mon pays, les premiers postes de TËtat; je passe mon Age mûr dans une DOUYelie prison. Vous voyez bien que j'ai connu toutes les émotions de la vie et que l'adversité n'a plus rien à m'apprendre. • C'étaient, en effet, toutes les phases d'une existence profondément secouée, et ceux qui contemplent ces vies d'exception si mêlées de grandeurs et d'infortunes , si relevées et si abaissées par la fatalité, ont béni souvent le Dieu puissaot de leur avoir fait une existence de paix et de solitude.

Le séjour des jeunes de Polignac inunédiatement signalé et découvert à Paris, tous deux furent arrêtés, et une circonstance curieuse dans cette vie, c'est qu'on saisit sur le jeune Jules de Polignac un projet de constitution pour la France, et reposant sur les doctrines du système représentatif anglais. Une telle découverte s'explique pourtant. Si l'on considère le principe même de la conjuration contre Bonaparte, le complot reposait sur deux éléments : le royalisme et le républicanisme. Ainsi Georges et Pichegru, lloreau et

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M. de Rivière aMTcbairat au rnAme desseiQ. Pour eoncUiâr eei drax éléments , il faillit donc trouver do système de nonarcUe poadérée ^ai pAt oonciUer les dirers partis répnUicahis et monarchiqoes, et VDiUi ce qai expU<iiie le prajet trauvé mt M. Mes de Poiigoae. U est carieiix, aa raste, de voir Tantear des ordMoaaces de juillet arrêté avec ane oonstitiitiott en poche , pour l'apposer au de^petisnie soldateaiiae da CkMisiilat, et s'expesant à la mort pour une liée de liberté et de monaNble pondérée.

Le procès sur tBtcowvtratKH^d^Cieûrgeset dePichegrat léaBit à la même audience le marquis de Rivière et les deux frères Armand et Jules de Polignar- , tous les trois aides de camp de Monsibur, tous égalemeut proscrits et roués à la mort. C'est à cette audienoe que se passa la plus admifoUe scène : le marquis de Rivière embrassait arec transport le portrait de M. le comte d'Artois que le préaideut lui présentait pour le reconnaître; an oaaabat fraternel de générosité : Armand de PolignaOt l'aioé, demandant qu'on sauvât la vie à son plus jeune bèfe qui n'avait pas de discernement, et que lui seul avait entraîné : Jules de Polignac s'écriant à son tour que lui ne pouvait être bon ni utile à peisonne, qu'il a*ivait ni femme m enbnt, « à peine entaé dans la vie je la quitterai sans legrets puisque je ne l'ai pas connue, a Il ; eut attendrisaement de tous» et« quoique le pouvoir consulaire f At fanplaeable , sur l'intervention de quel*

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qoes femmes de grandes maisons, l'impératrioe Joséphine fit commuer la peine de mort en ane détentu» poar les jeunes gentilshommes, tandis que Georges Gadoudal et ses héroïques Bretons mouraient sur Téchafirad: ils étaient peuple. M. de Polignac fut transféré au Tenple, puis à Vincemies. Lui et son ami M. de Rivière aimaient à raconter qu'une des grandes peines dans leur nohie vie, ce fut le jour de Texécution des hraves Bretons; et tant l'exaltation triste et loyale était vive au cœur du marquis de Rivière , qu'il s'écria plus d'une fois les larmes aax yeux : « Jules, nous sommes déshonorés de ne poiot mourir avec eux. »

Le dessein du nouvel empereur était de rallier à » couronne les anciennes familles. Comme il se connaissait •en noblesse et en aristocratie , il pensait que jamais il ne pourrait établir upe puissante stabilité, sans le concours des antiques lignées de ce sol qui ne tremble pas. Il fit donc proposer aux trois jeunes gentilshommes d'entrer dans ses armées, et à ce prix la liberté leur serait rendue avec le grade de colonel; cette même proposition, Bonaparte l'avait faite à Georges Cadoudal. Certes, en aucune autre circonstance une partie de gloire et d'épée n'aurait été refusée ; des hommes qui venaient d'exposer leur vie avec une insouciance chevaleresque pour une affection ou pour une idée, n'auraient pas hésité devant une campagne sous les ordres de l'emperear;

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mais il bllait tenir compte des considérations morales, qni se rattachaient an dévouement personnel des jeanes gentilshommes pour la famille des Bourbons. Ils eussent suivi avec orgueil la grande épée de Bonaparte , connétable de leur roi légitime , ainsi que le proposait Louis XVIII ; mab pour eux Fempereur n*était pas le droit souverain de la France.

Mon IMeu, ici se présente à moi une question historique, et Ton sait que j'aime à les aborder hardiment, au milieu de tant de petitesses d'écrivains qui s'agenouillent devant le vulgaire et la popularité : je soutiens que la gloire de Bonaparte eût été plus pure et plus haute, plus nationale, son apothéose moins Cirque Olympique, ses images moins figures de cire, et sa carrière plus utile à son pays, s'il avait changé son glorieux glaive de consul contre l'épée de connétable; je dis que si empereur il fit contempler son «gle à toutes les capitales, deux fois aussi il attira l'ennemi cBez nous, et lui seul prépara, par la folie des Cent-jours, la fatalité des traités de 1815. Le consul Bonaparte, connétable au pied du trône de Louis XVIII ; lui , donnant sa gloire à la patrie, le roi donnant la paix et la stabilité d'une vieille dynastie, l'union d'un antique sceptre et d'une jeune èpée, je crois que sous cette double et puissante influence notre patrie aurait eu des destinées plus grandes et plus fermes avec les rives du Rhin, la Belgique, convoitées déjà par Louis XIV. Mais ces choses-là peuvent-elles se dire en m. îi

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histoire 7 Est-ce que les temps sont mûrs pour de tettei appréciations? Mieqx vaut mentir dans un ramassis de vul* garités ; elles nous poussent à toutes les fortunes,

M. de Polignac passa donc six ans de sa vie à Vincennes, dans ce donjon qu'il devait revoir plus tard lorsque de nouveaux malheurs pèseraient sur sa tête» et en 1830 il pat se dire, en saluant de nouveau le manoir de saint Louis: « Peut-être quelques-uns de ces vieux corbeaux qui battent des ailes sur la tour, a-t-U été jeune avec mQJ» et mon compagnon de créneaux et de meurtrières, d Durant ces dn| années, les pensées religieuses vinrent consoler leQprince Jules de Polignac ; de cette époque date son fêle ardent pour remplir ses devoirs catholiques, car le jeune gentilhomme, jusqu'alors, comme la noblesse du xvin* siède, aimait les fêtes, les plaisirs, les amours gracieuses et les idées de doute et de désabusement, la vie selon les tableaux de Boucher et de Watteau.

La police fut très-surveillante jusqu'à 1810; à cette époque l'Empereur se croyait maître des partis : la France était dans sa puissance et sa gloire ; une nièce de M^rie-Antoinette occupait le trône impérial. Napoléon aurait mis son orgueil à placer auprès de Marie-Louise le nom d'un Polignac, et plus d'une fois des propositions indirectes furent faites, toujours repoussées avec la même fierté par le captif; on se relâcha néanmoins des premières rigueurs , et le ministre de la police générale, Savary, vint annoncer i

LE niNCB JULES DB FOLIQNAC. tM

MM. de Poligiiac et Rivière qa*enfin on leur donnait une maison de santé pour prison. Singulier régime que ces msisons de santé sons riËmpire , toutes pleines de prison- Diers d'État, mélangés à quelques surveillants de police, es|M0B8 fort doux qui tenaient au courant le ministre des mots et des projets. Là se voyait un amalgame de républi-^ CUBS et de royalistes ; ce fut dans une maison de santé do faubourg Saint-Antoine que se trama la conjuratiop du générai Mallei, un peu semblable à la conq>iration Pichegru, avec la même v<donté, les mêmes résultats, les mêmes éléments rt les mêmes projets, la fusion des idées royalistes et patriotes. Toutefois MM. de PoUgnac n'y prirent pas une part active ; ils ne se lièrent qu*à la conspiration morale des événements , qui certes marchaient d*un assez grand pas depuis 181S pour arriver à un changement dynastique. A me- Mire donc que les alliés s'approchaient de Paris, la poUce redoublait de précautions ; bientêt un ordre du ministre fixa Tours pour la résidence de M. de Polignac; alors entre les âmes royalistes il existait une sorte de télégraphe élec^ trique, et quand M. Jules de PoUgnac sut que M. le comte d'Artois était arrivé à Vesoul , il lui prit un désir ardent de voir et de saluer le prince auquel il avait consacré sa destinée. 11 partit donc sur*le-champ à travers les périls, au milieu des soldats désespérés de perdre leur Empereur, des populations plus ou moins soulevées ; sa joie fut au comble lorsqu'il put baiser les mains du comte d'Artois,

8id DIPLOMATES SUROPÉBlfS.

le prince chevaleresque qaMI avait qaitté depala déjà onxe ans, et poar qui il avait joué sa vie. Que les temps avaient changé |)oar eux : naguère exilés, proscrits, maintenant prêts à un triomphe d'opinion et de drapeau! Ce fut donc à côté du comte d'Artois que M. de Polignac rentra dans Paris , où maintenant vont se dérouler d'autres destinées.

La Restauration reposait sur trois éléments bien distincts: 1* rjBsprit libéral, qui faisait explosion contre le système oppresseur de TEmpire ; 2* Tesprit royaliste de dévouement personfiel à Tancienne dynastie ; 9* Faction de Tétranger. Or, une remarque à faire, c'est que Taction de l'étranger, dont on a rendu complice le royalisme , favorisait tout an contraire le mouvement patriotique en 1814 ; le plus grand libéral du temps était l'empereur Alexandre, qui adorait les hommes de 1789 dans le sénat. Presque anssitAt M. le comte d'Artois et le prince Jules se trouvèrent de l'opposition : Louis XVIII, très-jaloux de son autorité, n'aimait pas les serviteurs de son frère ; tout ce qui émanait do comte d'Artois lui paraissait en dehors des conditions rationnelles de son gouvernement. Le roi fit donc cesser ao plus tôt la licutenance générale de Moksiecr, qui avait cherché à organiser les provinces d'une façon royaliste. Dans cette crise, le comte d'Artois avait envoyé M. de Polignac à Toulouse , afin de servir de pivot et de centre au comité royaliste qui s'y organisait. H. de Polignac s'y montra modéré, sans aucune rancune contre les personnes,

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œ qui ré?élatt chez lui an sentiment calme et limpide après de longs malheurs éprouvés. Il demeura cependant trèsferme dans ses principes» surtout en ce qui touche les idées religieuses, qui avaient fait la consolalion de ses jours d'épreuves; et lorsque Louis XYIII proclama la Charte, M. de Polignac et quelques autres pairs, avant de prêter ser* ment, demandèrent des explications nettes sur ce qu*on pouvait entendre par la liba*té des cultes : cette disposition ae Uessait-elle en rien la suprématie de la religion catholique, la foi nationale de la France? On fit alors grand reproche de cette protestation; au demeurant, elle n'était qQ*on cri de la conscience, qu'une manifestation indtvi« daelle sur la portée d*un serment. Ceux qui prêtent un serment avec la volonté de le modifier ou d'en faire un nouveau ; selon l'occurrence, ne se font pas ces scrupules , mais un homme d'honneur et de foi veut savoir la nature des engagements qu'il contracte , et tel fut le but des expli* cations demandées par le prince de Polignac.

La latte engagée par Louis XV{n contre le parti royaliste et le comte d'Artois, dut faire au prince de Polignac one situation naturellement opposante. Le vieux roi faisait bieo quelques compliments sur la fidélité de Jules et d'Armand de Polignac, mais ni l'un ni l'autre n'avaient sa confiance; il les considérait comme les chefs du pavillon Marsan, contre lequd Louis XVIII avait tant de préventions. Le prince Jules désavouait hautement cette marche du milieu

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adoptée par M. Decazes; if aimait le gonveraement représentatif, mais dans les formes aristocratiques de l'Angleterre; la loi d*électionSy œuvre des doctrinaires, lui paraissait une cause de décadence pour le principe monarchique. Jusqu'ici le prince de Polignac n*avait donc agi que comme un homme considérable du parti royaliste» à cdté de ce qu'il y avait de plus pur et de plus consciencieux dans l'opinion extrême , tels que le vicomte Mathieu de Montmorency, M. de Bruges, M. de Chateaubriand; il nVait pas participé à la vie active des affaires; doté de toute la confiance de Monsieur, il assistait avec assiduité à ces conférences, qui, du pavillon Marsan, allaient retentir au sein de la majorité royaliste. Mais lorsque M. de Villèle eut formé son cabinet, l'habile homme d'affaires vit bien qu'il lui était de toute impossibilité de ne pas fieiire une belle position au prince de Polignac , et cette nécessité s'expliquait seule en se faisant des idées nettes sur les diverses nuances qui divisaient déjà les royalistes.

Toutes ces nuances, en effet, n'étaient pas complètement satisfaites; les impatients (qu'on appelait ultra) ne demandaient pas mieux que d'avoir un chef en dehors du ministère; si donc le cabinet n'obtenait pas l'assentiment absolu du prince de Polignac, son adhésion à la politique générale du ministère, ce chef était tout trouvé, avec un nom considérable et la confiance absolue de Monsieur ; d'oà M. de VtHèle conckieit avec raison qu'il fallait une position à M. de

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PdKgoac. Li drooti^laDee désirée se présenta bientôt; le ficomfe Mathieu de Montmorency ayant donné sa dénifslion de ministre des alMies étrangères, H. de Chétéanliriand ;dot le remplacer dans le conseil ; alors Tambassade de Londres fst propesée an prince de PoKgnac. Aux motifs ((ue j'ai indiqués se Joignaient d*antres considérations. Je fl^ai pas besoin de dire Timportance de l'ambassade de Londres, poste de premier ordre» et le plus fort traitement du hnéffiL Msis, pour M. de TrBèle, éloigner M. de Polignac était nne nécessité capitale ; par la nature de son esprit actif et dont à h fMs, M. de Ptiignac devenait, presque malgré hri, le eeptre nécessaire de mille intrigues qui se croisaient* etdoMliebiil était le renversement de M. de vmèle. En ontre, eooMiie le renrol de M. Montmorency avait provoqué les irrititions du parti religieux « les plaintes des royalistes iéiés, il paraissait utile de se les rattacher de nouveau par le choix d^m aerviteuv de MomiEnB, dont la fie était un exemple de piélé et de bonnes œuvres. Cet homme d*État, faiHeara, on le déplaçait; on l'envoyait à Londres, dans ooe sphère qui devait lui être agréable, car toute la jeunesse du priBce de Polignac s'était presque passée en Angleterre ; K y avaU vécu enfant, et ses premières armes dataient, pour ainsi dira, des grandes agitations de Pitt sous le consulat. MimawM, d'ailleurs, msista, et le prince de Polignac ne Uvait jamais refèser à celui auquel il s'était voué corps et âme» avec la loi d'un gentUboaune dé l'époque héroïque.

A Londres, la position du prince de Poiignac n*était -pas sans difficulté: on était en plein sous le ministère de H. Canning, c*est-à-dire è cette époque libérale et presque révolutionnaire que TAngleterre avait immédiatement acceptée ou créée pour lutter contre l'esprit européen dans les guerres d'Espagne de 1833. Le caractère du prince de Poiignac était parfaitement connu de M. Ganning; la ten^ dance de ses opinions, fortement nuancée de royalisme, était un fait trop public, trop avoué, pour que le ministre pût le méconnaître; il résulte même de la correspondance secrète des affaires étrangères, que M. Ganning avait fortement insisté auprès de M. de Villèle et de M. de CbAteaubriand pour que le prince Jules ne fût pas envoyé en Angleterre, parce qu'il pouvait y apporter des opinions trop hostiles à la politique présente. Il fallut, à plusieurs reprises, donner l'assurance au ministre anglais que le prince de Polignao^erait contenu par ses instructions supérieures, et que d'ailleurs c'était une fausse opinion que de lui croire des principes en dehors de la modération et du cafane nécessaires dans les affaires politiques.

A peine donc arrivé à Londres, le prince de Poiignac surprit M. Ganning par l'expression facile et toujours loyale de ses principes, et il ne faut p^iai en paraître étonné; dans la société anglaise, le libéralisme n'a pas une signification aussi étroite que dans nos mœurs. En France, c'est souvent de la petite jalousie, une haine de caste, un je ne sab quoi

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qui monnore battement contre tonte distinction traditionoeDe; en Angleterre, on est lil)éral tontes les fois qu'aristocrate on réfonniste on s'empreint d'an vif esprit de nationalité, et le prince de Polignac avait cet esprit par-dessus tontes choses. Les formes politiques de l'Angleterre lui plaisaient : créer une aristocratie en France était son rêve, en Ini donnant les allures fortes, dessinées des partis et des opinions en Angleterre ; en ce point, il ne pouvait pas être en opposition avec M. Canning. D'ailleurs , le prince de Polignac s'était fait un devoir de ne jamais se mêler aux intrigues de politique et de parlement, ce qui est un moyen de plaire à tout ministère anglais. H. Ganning lui en tint compte.

Au moment où le prince de Polignac arrivait à Londres» deux questions s'agitaient avec une certaine ampleur de négodatlonset de formes: Tune était relativeàrEspagne, l'autre à la Grèce. En la considérant dans son application positive, la question d'Espagne était finie , puisque l'armée française était à Madrid et qa*il n'y avait plus à revenir sur une difflculte jugée; seulement, le fait une fois accompli, il Mlait voir le résultat qu'il^ produirait. L'Angleterre, en y comprenant même le duc de Wellington, était fort inquiète du parti qn'allait prendre la France relativement à l'occupation de l'Espagne. Il n'y a pas de question qui préoccupe plus les Anglais que celle de notre prépondérance dans la Péninsule; qn'elle arrive par une alliance de famille ou par la conquête,

9êê UPLOMATES BUROPttUIS.

cela est indifférent; l'Angtateire s'akirme même de BOUt force morale. Les années françaises une fois dans la Pënin* sole , M. Canniog posait au prince de PoUgnae cette sisple gnesfion : a Combien de temps roecupatioa dorera^reHe, et quelles en seront les siutes? » Le prince de Poligùac re^iit ordre de M. de Villèle de déclarer à H. Canning que la France ne demandait pas mieux que d'évacuer la Pénkmle, dès que la paix des esprits y serait rétablie. Les dépeosM faisaient peur; on n'avait ni intérêt ai profit à se poser sa armée pernMnente au delà des Pyrénées. Et cette déclaïatien, qui satisfit pieioement M. Ganning, rtsdit la pesitiaB de M. de Polignac plus facile à Londres, parce que sa loyauté avait aidé Tattitude de M. Canning au parlement.

La seconde question était relative à rémancipation de la Grèce , et je dois le dire ici hauteiMBt , les sympathies de M. de PoUgnac, eomaie. celles de Charles X» étaient de rendre à la Grèce sou existance sainte et chrétienne; réeok de M. de PoKgnac était sur ce point plus avaueée el plai sincère que le libéralisme. Et pourtant cette question de la Grèce émancipée était plus difficile qu'on ne peut le croire« à cause surtout des intérêts qui se heurtaient sur ce terrain. L'Autriche» protectrice de la Porte-Ottomane; ne voulait paa consentira rémancipation de la Grèce, et se tenait en debe« de tonte négociation. Quelques esprits, sérieux croyaient entrevoir aussi, dans la vive sollicitude de la Rosaie pour la Grèce, uu éâsir de conquête et d*i«rwdi8senient. Si

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M. Canning, à son tour, était très-partisan de l'éHMncipatioD de la Grèce, c'est qu*il y arait dans son caractère OM psrtie d'enthousiasme et de liliéralisme, ime sorte de poésie dassiqne, soavenir des études d'Harrow, et qui, selon Pex» pression de M. de Mettemicli , en faisait an nnltre de quartier avec la férule au parlement. Dans ce lieurlement d'idées et dMntérèts, il était difficiie de ménager les vues de tous, et surtout d'amener une solution raisonnable. M. de Pollgnac fut un des signataires du remarquable traité du ft jaiDet ISST» qui proclama ^émancipation de la Grèce, et en cette aflbire Tesprit chrétien, je crois, domina le véritable esprit politiqne. Tout le parti tory, en Angleterre, considérait la bataille de Navarin comme un événement malheureux, nne idctoire entièrement au profit de la Russie.

Un des caractères éminents de l'ambassade de M. de Pofignae è Londres, c'est qu'eHe resta toute française, avec un esprit profondément national. Tous ses actes furent dictés par la protection des intérêts du pays. Il flt respecter par les pêcheurs anglais nos bancs et nos cMes, il sovtint avec fsr^ meté les pririléges de nos comptoirs. Chaque toh qu'une insulte était fidte fe notre pavillon, M. de Polignac faisait d'une réparation Immédiate Taffaire de sa préoccnation personnelle. Les intérêts privés trouvaient chei kii appui; sa Menveiilance était générale. Les proscrits de la RestaiH ration recevaient secours du vieux proscrit dn GonsuMv el beaucoup d'entre eux obtinrent des passeporla et «ne .am->

SI8 DIPLOMATES EUROPÉimS.

nisUc pour revenir dans notre France ; l'esprit gentiliiomme dominait cette natureëleYée, de manière qu'il n'y avait chei lui ni ressentiment , ni manque de procédés; le malheur loi inspirait un mélancolique intérêt, car il le comparait avec les souvenirs de son passé et peut-être les pressentiments de son avenir. La vieille noblesse était admirablement française, son patriotisme était beau, et si M. de Polignac avait eu l'intelligence des intérêts nouveaux à un même degré , il eût été un des honmies politiques les plus éminents de l'époque. Mais le prince savait mal son temps; il voyait étroitement» et surtout il paraissait dominé par l'orgueil de sa propre capacité , au reste très-limitée.

Le prince garda l'ambassade de Londres durant tout le ministère de M. de Villèle, qui le redoutait beaucoup, parce qu'il le savait en pleine possession de l'amitié et des sentiments de Charles X. A mesure que la tendance et les fautes du ministère de H. de Villèle préparaient la ruine inévitable de cette administration , les espérances de M. de Polignac s'étaient accrues , et sa correspondance avec le parti religieux, ses sympathies pour la droite extrême, alors de l'opposition , lui Taisaient espérer qae le temps approchait où il pourrait régir lui-même les destinées de la France, but secret de son ambition; et pour cela il s'était mis en ra[qport avec tous. Trois éléments au sein du parti royaliste avaient surtout contribué à la chute de M. de Villèle-: le parti rdigteux , un moment conduit par M. de Rivière ; l'extrême

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droite (ou la pointe), sous M. de la Boordonnaye; enfin la défection, on le parti Agier. M. de Polignac rêvait la fusion de tontes ces nuances » sons nn ministère dont il serait le président.

C'était alors ne point comprendre la tendance des idées et dn moevement politiqne ; Tonragan qui renversait le ministère de M. de Villèle venait moins dn côté des royalistes qne dn côté dn libéralisme et de la révolution; si lesToyalistes avaient pu servir d'auxiliaires, contribuer à la chute de M. de YilMe, ils n'étaient pas la main qui l'avait brisé. Quand donc,. après la chute de ce ministère, il s'agit de former une administration nouvelle , nulle pen* sée ne se porta sur M. de PoUgnac ; les idée» n'étaient point de ce cMé, et l'administration de M. de Martignac fut an ministère de tempérance, qni dut faire la part très-large aoi idées libérales et prêter la main an centre gauche.

i^ndant la première session de ce ministère , M. de Polignac ne quitta point Londres, limitant ses démarches à une correspondance intime avec le roi Charies X, et quelques amii dévoués qui préparaient son avènement. Déjà commençaient les poarpailers, les menées, qui devaient aboutir i an ministère de résistance contre les progrès visibles des idées libérales. Le cabinet de M. de Martignac se sontenait à peine. Chartes X croyait trop céder ; le parti libéral demandait toujours, et se montrait impatient, désordonné. Aui yeni du mi, et à la fin de la première session, il pa-

tao DIPLOMATES BUBOPÉCIfS.

raissait constant que le ministère de M. de Martignac perdait la monarcliie, idée fausse, sans doote, on au moiai fort exagérée t mais qui existait profondément dans la coa- Yiction de Charles X. Dès lors, il devait songer à aon remplacement; retourneraitril vers M. de Yillèle? le roi n'eo voulait plus parce qu'il le croyait usé, et que ses amis le croyaient comme lui; il voyait dans rancien président da conseil un sujet de divisions pour les royalistes : la préoccupation du vieux monarque était que la cause foodameataie de tous les désordres dans les chambres, c'était le mxcellement des sincères amis de I9 monarchie. Or, un cabinet qui les aurait groupés en faisceaux , qui aurait réuni autour de lui le parti religieux, k- contre-opposition et les ministérieis de M. de Villèle, lui paraissait la ccmibinaison la plus satisfaisante dans hi crise actudie. La majorité s*y troavait compacte et forte.

Cette pensée, Charles X la poursuit avec persévérance; il ne veut pas briser tout le ministère de M. de Hartignae, mais il en espère détacher les âéments qu'il oroil les pins propres à une combinaison royaliste, tels que M. Roy, M. PortaHs; et dès qu'il voit M. de La Ferromiays épuisé, incapable de suivre les affaires, le roi songe immédistement à M. de Polignae pour former un cabinet de réaâslance aux concessions qu'il croit malheureuses. A cette conviction se rattachent les deux voyages que fit M. de Pelignac à Paris dans l'espace de moins de six mois. Si l'on

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