‹ Les diplomates européensChapitre 57 sur 117 · LE BARON DE THUGUT ET LE COMTE DE STADION · texte numérisé non relu

LE BARON DE THUGUT ET LE COMTE DE STADION

rEorope, même trës-monarchiquey voyait cette tendaDce des esprits; matériellement absorbée par des questions de conquête, d'influence et de partage» elle laissait s'accroitre lorage populaire, qui s'amoncelait pour écraser les gouvernements et les rois. Il faut avoir un esprit très-supérieur, très-méditatif, pour plonger au loin dans les questions morales en dehors des actualités; le plus souvent, les pouvoirs ne voient que les dangers matériels et immédiats; ils en sont toujours aui expédients ; le mal s'avance à petits pas, progresse peui peu, et quand il éclate on se contente de dire : « Mon Dieu I nous n'avions pas pensé à cela.i»

Or, cette philosophie, qui caressait Catherine II en Russie, Marie-Thérèse en Autriche ', Frédéric de Prusse, préparait sans s'en douter la Révolution française, qui devait menacer tous les trônes, ébranler toutes les royautés. Quand les peuples furent bien assouplis à ce remaniement des idées, il sufflt d'une étincelle pour mettre le feu aux quatre coins de l'Europe. C'était un peu à cette école insouciante et facile qu'appartenait le prince de Kaunitz, parfaitement bien, chacun le sait, avec tout le parti philosophique; et le baron de Thugut fut un de ses élèves les plus éminents. On a souvent répété que dans les monarchies nobiliaires le mérite seul ne peut se faire jour, et qu'il n'y a rang et place que pour l'aristocratie. Thugut, néanmoins, était de la dernière classe du peuple, fils d'un ba-

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