LE BARON DE THUGUT ET LE COMTE DE STADION
è la répression, non pas d'une manière timide, isolée, mais avec tontes les forœs réunies , et ce n*était pas trop que le concours de tous pour réprimer un mouvement populaire de cette grandeur, d M. de Thugut trouva le jeune comte Stadion à Tienne dans les bureaux du prince de Kaunitz, et il le désigna pour aller négocier à Berlin le traité d'alliance offensive et défensive qui devait avoir pour but la répression des troubles de la Révolution française. Il faut bien se pénétrer de cette idée, qu'à cette époque rien n'était plus difficile qu'une coalition de principes et d'intérêts ; le xviir siècle était la période où les puissances devaient le moins comprendre les conséquences d'une grande révolution sociale; divisées par un égoïsme de conquête et de partage, la Russie, la Prusse, l'Autriche, n'avaient jamais senti qu'il pouvait surgir en France une idée, une force populaire qui ravagerait les territoires, les souverainetés, comme le cheval aux nase«iux de feu de l'Apocalypse ; il fallait une longue et sanglante expérience pour l'inculquer dans la pensée des cabinets. Jusque-là on se livrait aux vieilles idées ^'ambition dont chaque cour était traditionnellement pénétrée; les unes convoitaient la Pologne, les autres la Turquie ou l'Italie; de manière qu'avec cet égoïsme, les coalitions n'étaient jamais ni sûres ni durables : combien n'était-il pas facile de diviser les gouvernements I C'est une observation que je dois répéter, parce que l'erreur immense serait de con-
fondre le temps présent, Tesprit actuel de TEurope avec ses idées dé 1792 : des événements terribles ont pesé depuis sur les cabinets, ils savent par cœur la Révolution française, ils craignent sa puissance et son développement; de manière que si cette révolution éclatait eii menaces, si elle voulait s'étendre par la conquête, immédiatement tous les intérêts particuliers cesseraient en Europe ; tons les gouvernements 9 sans se préoccuper d'autres dangers, marcheraient dans une coalition contre le principe révolutionnaire; coalition terrible , indestructible, parce qu'elle serait animée par la crainte qu'inspire le triomphe de l'idée fatale de 1792.
Ces traités d'unioh européenne qui aujourd'hui seraient chose simple, ne l'étaient pas à ces époques inexpérimentées, et le comté de Stadion trouva même quelques difGcaltés à Berlin, avant de bonclure le traité d'alliance de la Prusse avec l'Autriche, parce que la tradition s'y opposait. Les conventions militaires conclues, H. de S'tadion fut envoyé à Londres, où alors, dominait M. Pitt. Ce gk^and homme d'État que dans une récente Histoire du Consulat et de r Empire, on présente comme un ignorant, avait seul compris le sens véritable de la Révolution française. Avec Burke, il savait bien que notre nation, si forte, si puissante par elle-même , dès Tinstant qu'elle aurait un but de religion , de liberté ou de gloire, agiterait le monde et par ses lumières et par son glaive. C^est parce que M. Pitt avait