‹ Les diplomates européensChapitre 61 sur 117 · LE BÂEON DE THU6UT ET LE COMTE DE STADION · texte numérisé non relu

LE BÂEON DE THU6UT ET LE COMTE DE STADION

le sentiment de la grandeur de la ti'ance, qu'il savait aussi qa'on ne pouvait la comprimer que par la coalition de tous contre un seul. Le comte de Stadion le trouva dans ces fermes dispositions ; l'Angleterre offrait déjà des subsides aux puissances continentales ; toutefois, la négociation principaie fut conduite par le comte de iiercy d'Argenteau , plus avancé en flge et à qbi revenait de droit la direction des affaires. Lé jeune comte de Stadion en éprouva du mécontentement , parce qu'il voulait le triomphe d'idées plus vigoureuses ; il se retira dans ses terres. .

À mesure que Id question française prenait une face toujours jplus dominante dans les affaires, on aboutissait enfin à la guerre générale ; le baron de Thugut obtenait toute la côhISance de son empereur et de la monarchie autrichienne. Le prince de Kaiinitz , presque dans la caducité , disparaissait du théâtre actif des affaires, dont la direction appelait force et vigueur. A sa mort, en 1794, Thugut devint chancelier d'État en litre, c'est-à-dire premier ministre, et en cette qualité il présida aux opérations de l'armée autrichienne en France, et surtout aux négociations qui les accompagnèrent. Sur ce point , je dois m'arrôter à certaines relations du comité de salut public, soit avec la Prusse, soit avec l'Autriehe, et qui expliquent la mauvaise tournure des affaires militaires des alliés, en 1793 et 1794, et leur retraite enfin des Pays-Bas qui plus tard furent cédés à la France.

Le cabinet de Vienne , depuis le milieu du xvin* siècle.

avait acquis la certitude que les Pays-Bas autrichiens étaient pour lui, au point de vue militaire et financier, une charge plutôt qu'une force; il fallait envoyer dans ce pays, toujours en désordre, dans ces villes de métiers, incessamment révoltées comme, au moyen âge, de l'argent et des ^hommes; sans compter que T Autriche voyait bien quetM ou tard la France conquérante s'emparerait de ces provinces, comme elle l'avait fait de l'Alsace et de la Lorraine uo siècle avant. D'où le cabinet de Vienne concluait que s*il trouvait indemnité, soit en Italie, soit en Pologne, le sacrifice des Pays-Bas héréditaires ne serait pas une chose impossible dans l'ordre des événements. Une fois donc que le cabinet de Vienne se fut convaincu que la Révolution française était une chose sérieuse , ses armées une milice conquérante , ses victoires un fait incontesté , il dut chercher un système naturel d'indemnité ; et j'ajoute que snr ce point, les négociations du comité de salut public furent trës-liu^ ges, très-favorables à l'étranger. Ce comité abandonna la Pologne sans difficulté, sans regret; il offrit à l'Autriche de s'agrandir en Bavière, dans les Légations romaines, en Italie, pourvu qu'on laiss&t le Rhin à la république; les voies furent ainsi préparées dès 1794 et accomplies ensuite par l'étrange traité de Campo-Formio signé par Bonaparte (1797), qui vendit Venise et Trieste à la maison d'Autriche. La Révolution française, on ne saurait trop le répéter, est le fait qui, par sa réaction, a le plus agrandi les gouverne-

Page 1