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LE BARON DE THUGOT ET LB COMTE DE STADION

ments étrangers; eUe a doablé la Pmsse et F Autriche; elle nous a affaiblis d'autant qu'elle a accru les grandes puissances aux dépens de nos vieux alliés. Les conquêtes fabuleuses de l'Empire nous ont réellement appauvris. La Révolution a tué diplomatiquement la France : M. de Thugut, très-opposé à l'administration autrichienne dans les Pays-Bas, avait toujours jugé cette administration comme une grande charge pour sa monarchie ; de là, l'extrême facilité qu*il mit à céder ce territoire à la nouvelle république.

Bientôt la question se présenta très-complexe par l'intervention de la Prusse y et surtout de l'Angleterre. Sans doute FAiitricfae pouvait trouver conforme à son système politique et territorial, la cession des Pays-Bas, moyennant indemnité en Pologne , en Bavière, en Italie; mais TAngleterre, si jalouse de sa puissance et de sa sûreté, pouvait-elle souffrir les Français à Anvers, souverains de l'Escaut? La Prusse elle-même n'était-elle pas entamée dans cette nouvelle circonscription de la république, et quelle serait désormais sa barrière? Ce fut alors que M. Pitt , trèsalarmé, envoya lord Spencer à Vienne pour offrir des subsides au cabinet, s'il voulait enfin s'engager dans une forte coalition. L'Angleterre paya 2 millions de livres sterling pour une armée de 200,000 Autrichiens qui entreraient en ligne, contingent fixé par le traité du k mai 1795, signé avec M. de Thugut. Résolution hasardée., car alors il n'y avait IV. 6

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pas de coalition éaropéefine, heiactemetit parler ; la Presse et VEspagne venaient de signer h Bâte, arec la répuMiqne fhinçaise^ leur traité particulier,* rAiltriche donc se pré* sentait seule eto lice contré les forces innombrables et sou^ levées de la Révolution fhinçaise. Ce tat une époque d'efforts inoub pour le gouyernetnent autrichien; on ne peut dire les t^sources que T Autriche déploya; des armées sans Cesse renonTelées» toujours battues et revenant sur le terrain : oA tant d*aûtres auraient snocotnbé, TAntricbe résista et, ce qu*il y eut de remarquable, c*èst que, par l'habileté de la diplomatie et les efforts persévérants sur le champ de bataille, le cabinet de Vienne obtint ce qu'il désirait dépuis longtemps : Bonaparte lui donna les États vénitio»^ la Dahnatie , eU n'assurant à la république française que les Pays-Bas dont l'Autriche avait ftiit depaii longtemps le sacrifice. Le traité de Campo-Formio est no des plus étranges événements que l'histoire puisse apprécier. On sait comme tout cela a été écrit par les vulgaires historiens de la Révolution française et de Napoléon; et ces histoires pourtant dominent les croyances publiques. Une des conditions secrètes de Tarmistice de Léoben avait été le renvoi de M. de Thngut considéré, h juste titre, comme la main ferme qui avait cimenté la coalition, et le véritable ministre de la guerre, conmie Wtt l'avait été dans la Orande^^Bretagne. Loin de faire tort à sa renon»méé, cette retraite imposée par l'étranger à travers des cî^

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ooDstanoes difficiles « donna à M. de Thngat plw de popalarité ; il ne perdit pas la confiance de son souverain , ni ceUe de l'Eorope» et qnand Tidée d'une nonteUe coalition surgit encore , M. de Thngat fîit désigné pour ane mission secrète à Berlin* Cette mission était d'nne haute grarité; après le congrès de Rastadt rAngleterre avait Tespoir de reformer encore une coalition entre la Prusse , la Russie et rAntriche. A cet effet, le prinôe Repnia avait été envoyé i Beriin par la Russie, et M. de Thugnt vint s'aboucher avec loi au nom de l'Autriche. Mais 1^ et l'autre trouvèrent tant de mollesse , tant de oorruption à Berlin que le plan de la coalition fut manqué ; il n'y avait pas alors les éléments d'une guerre active et forte; la cour de Prusse se rethvit tout à fidt du mouvement militaire et gardait la plus stricte neutralité. Singulière politique qiii, se laissant attiédir pendant dix années, se réveilla dans un jour si funeste pour la monarchie de Frédéric qui se perdit à léna 1

La coalition qu'on aurait pu faire à trois» on ne put là former qu'à deui; l'Autriche persistant dans sa volonté de guerre , contracta une étroite alliance avec la Russie; alors, 81U* l'invitation de M. Pitt, le baron de Thugut reprit la direction des affaires à Teitérieur , avec la mtoe force et le même crédit. A cette époque , l'Autriche fit encore des miracles d'armement; elle porta partout des armées immenses et envahit l'Italie , la Suisse; on sait quelles causes amenèrent les désastres de cette nouvelle coalitton; Xeê

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jalousies militaires du prince Charles et de SouwaroY, les inimitiés nationales, les querelles d'ambitions, et surtout cette brillante valeur que l'armée française déploya sons le premier consul Bonaparte, dans les champs de Marengo; et ce qui fut encore plus brillant que Marengo, la campagne de Moreau sur le Rhin ; mais Horeau était timide et modeste I *

Le crédit du baron de Thugut fut encore profondément ébranlé dans ces jours de tristes épreuves pour la monardûe autrichienne ; il s'était prononcé pour la guerre, et la maison impériale avait besoin de la paix. A LunévJUe donc, Bonaparte exigea pour la seconde fois le renvoi de M. de Thugut. Je dois fah*e une remarque qui signale la véritable portée de la diplomatie de Napoléon , c'est que, presque toujours avec la paix , il imposait à l'étranger la condition essentielle d'une modification de cabinet ; il savait par ce moyen se ménager des amis, des auxiliaires, et il jetait ses ennenùs dans l'exil ou dans la disgrftce. C'est ainsi qu'il domina longtemps les deux cabinets de Vienne et de Berlin, et toutes les petites cours d'Allemagne. Il aurait agi de la même façon avec la Russie et l'Angleterre, si jamais il avait pn leur imposer sa domination politique; il savait, par expérience, que le meilleur moyen d'énerver les affaires, c'est

1. Voir sur les causes secrètes de ces éfénements mon tnrail snr r Europe $w$ h Comuka et FEmpire de Napoléon,

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d'altérer, d^afTaiblir les éléments qui en font mouvoir les ressorts et les hommes capables qui en dirigent Taetion.

Le baron de Thugut se retira donc, pour faire place au comte de Cobentzl, que Bonaparte avait au reste fort mal JDgé dans cette première appréciation de son caractère. U le croyait souple , parce qu'il était poli ; il le croyait dévoué à la France, parce que, dans ses rapports avec elle, Tha* bile diplomate avait conservé un caractère de modération et d'examen. En ces deux points, Napoléon se trompait encore. Une fois arrivé aux affaires, le comte de Cobentzl se mit en rapport avec la cour de Berlin et avec celle de Pétersbourg pour renouer les nouveaux éléments de la guerre. Le comte de Stadion fut son agent le plus actif.

Le système français, par sa nature, était alors essentiellement agressif. Napoléon étalait un grand amour des plus pacifiques intentions, tandis que tous ses actes étaient à la guerre. Sa diplomatie active remuait l'Allemagne; il faisait alors des promesses illimitées à la Prusse , dont le cabinet, sous l'influence de l'intrigue, ne savait jamais prendre un parti ; sa neutralité avait toujours altéré toutes les coalitions; le comte de Stadion lui faisait incessamment remarquer la position si fausse et peu logique qu'elle avait prise à l'égard de la France et de l'Europe : tenir alors une juste balance , était impossible ; il fallait se décider entre Bonaparte et les cabinets, se décider franchement et en temps opportun. Ce fut la mauvaise attitude de

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la Prusse qui fit échouer la nouvelle campagne des Antrichiens ef des Russes, admirablement finie à Austerlitz. Évidemment, Napoléon ayenturé jusque dans la HoraYÎe, en face des armées russes et autrichiennes, aurait été perdu comme en 1813, si 200,000 Prussiens avaient alors hardiment marché sur ses derrières. Hais Thabile Empereur cajola si bien la Prusse, l'endormit avec tant d'habileté, qail la compromit pour mieux la perdre; et à Pheure où le cabinet de Berlin était décidé pour la gueire, le Te Deum se faisait entendre pour la victoire d'Austerlitz. La paix de Pred)OQrg fut signée ; le triste temps vint alors pour la Prusse de combattre, dans la campagne de 1806 et de 1807. Il est donc historiquement faux qu'il y ait eu jamais coalition de toute l'Europe contre la France. Cette coaKtion a existé pour la première fois en 1813» de funeste mémoire I Ainsi quand on dit que la république a vaincu la coalition on se trompe. C'étaient des puissances qui venaient mollement se faire battre Tune après l'autre.

Le comte de Stadion, après ces grands revers de fortune, prit la direction suprême des affaires étrangères, parce que d'après le sentiment intime du cabinet autrichien , la paix de Presbourg ne pouvait être qu'une trêve ; imposée par Napoléon avec des conditions trop dures, elle ne pouvait résister à la réprobation unanime de tous les Allemands. Le ministère du comte de Stadion fut surtout destiné à pr^ parer les éléments d'une nouvelle campagne , dans des

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