‹ Les diplomates européensChapitre 7 sur 117 · CASIMIR PÉRIER. M · texte numérisé non relu

CASIMIR PÉRIER. M

dictatare : j'ajouterai que le tort du nouveau ministre dans une pareille situation fut de faire trop sentir qu*il gouver< oait, et que, maître du pouvoir, il ne voulait aucun obstacle. Cela était bien à l'égard de la sédition et de Témeute ; fallait-il également le témoigner d'une manière si impéra-

tive à l'égard de cette couronne qui devait un jour montrer que seule elle avait compris la situation de la France vis-àvls les partis et l'Europe ? Ce que ' M. Périer était dans sa maison de banque, il voulut Tètre dans le gouvernement do pays; i! y apporta ses défauts et ses qualités; il voyait nettement et bien par instinct; mais l'idée qu'il avait conçue , bonne ou mauvaise , il voulait qu'elle s'exécutât sans obstacles, sans résistance.

Dans les affaires intérieures, cette fermeté absorbante, cette dictature imposée, ne pouvait avoir d'inconvénients sérieux, car, sans imiter les formes brusques, parfaitement inutiles, le roi ne voulait et ne pouvait avoir qu'une même intention avec H. Périer pour la répression du désordre ; et certes la France doit une reconnaissance étemelle à cette main violente et brusque du président du conseil, qui brisa l'émeute, contint les sociétés secrètes sans pactiser jamais avec la mollesse et le décousu des écoles politiques de 1791 et de 1830. La Providence Qt chfttier les hommes de révolution par cette main de fer, née de la révolution même ; les héros de juillet furent traités en ilotes par un de ceux qui avaient fait marcher le plus en France les idées libérales.

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M, Casimir Férier et le maréchal Soult contribuèrent puia^ samment à coDstituer les droits at les devoirs de la biérarcbie dans Tarmée, dans la garde nationale et l'administration publique, Au milieu de ces tourments, de ces douleurs intimes» qu'une baute mission donnait à M. Périeri il dut pleurer des larmes de sang en se rappelant que lui-même avait encouragé dans la génération nouvelle ces sentiments de résistance, lorsque sous la Restauration il était allé se faire inscrire le premier cbez le sergent Mercier, de ridicule mémoirei qui avait refusé d'obéir à ses supérieurs dans un service de répression militaire.

On dut à M. Périer une suite de bonnes, d'eicellentes lois : la pénalité destinée à réprimer les attroupements» et qui ramena quelque sécurité au milieu de Paris; les mesures contre les placardSi les cris et les afficbages séditieux. Indépendanunent de la législation, ce cabinet se servit de sa propre force pour contenir ou briser toutes les autorités illégales qui s'étaient placées à la tête de la société depuis la révolution de juilleti et, par exemple, Tassociation révolutionnaire, destinée à défendre le territoire, sorte de Mgue k la façon du duc de Guise contre le gouvernement et son légitime possesseur, M. Périer occupa sa prodigieuse activité à maintenir Tordre et la hiérarchie, étrangement méconnus, dans les diverses parties du gouvernement, à établir celle théorie simple, que tout fonctionnaire doit obéissance n l'auturité supérieure, que la première ponditioq pour

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le repos d'un pays c'est la discipline ; appliquant bientôt cette salutaire maxime aux élections elles-mêmes, il demanda, il imposa le vote des Tonctionnaires publics. A ces doctrines ministérielles, si fermes, 3i justes, ou dut opposer plus d'une fois les maximes et la conduite de M* Périer sous la Restauration, et pour cela on avait beau jeu. L'école de la Restauration était dans le vrai ; M. Périer et ses amis d'alors dans le faux; Texpérience le convertit bientôt, et l'aspect de tons ces pénileqts politiques est upe satisbctiou donnée à nos doctrines, car ils se sont démentis eux-mêmes par leurs lois et leurs actes.

Dans les relations extérieures, H. Périer n'avait ni la même expérience ni la même sûreté de principes. Telle fut la véritable cause des dissidences qui éclatèrent eritre le ministre , le prince . et la diplon^atie qui voulait maintenir la paix du monde. Le corps diplomatique aimait dans H. Périer cette énergie de moyens ^ qui comprimait les fausses tendances de la société, et en récompense de cette ardeur fébrile contre la révolution, il passait au président du conseil ses formes mauvaises, ses colères brusques et hautaines , son pugilat de gestes et ses airs da Jupiter antique. Ainsi, M. Pozzo di Borgo et le comte Appopy, qui, à cette époque, durent voir fréquemment M. Pérjer* subirent plus d'une fois sa conversation irréfléchie et ses phrases un peu hautaines. Il fallait pardonner cela à uu défaut d'éducation, compensé par de si éminentes qualités;

mais en quoi M. Casimir Périer pouvait compromettre la sécurité générale de l'Europe, c'est qu'il établissait en diplomatie des principes absolus là où il n'y a jamais que des maiimes relatives. M. Périer disait: a Le principe de nonintervention doit être respecté par l'Europe comme par nous-mêmes d. Et le corps diplomatique ne pouvait admettre dans le sens absolu cette maxime , car il peut surgir certaine circonstance où l'intervention est indispensable, surtout quand la sûreté d*un État est menacée : ainsi , l'Autriche n'admettait pas une sédition en Italie sans y Taire marcher les armées; ainsi, la Russie établissait qu'une révolution en Pologne expliquait suffisamment sa récente intervention ; la France n'avait-elle pas elle-même intérêt à intervenir dans la Belgique, en Suisse, en Espagne, si des événements se préparaient contre elle?

L'expérience démontra bientôt lé vérité des en cas d'intervention, difficulté tout entière d'accidents et de circonstances , et qu'on ne peut résoudre absolument Les fautes de M. Périer résultaient de son ignorance absolue des plus vulgaires notions de diplomatie ; il ne savait les antécédents de l'Europe ni par les hommes, ni par les principes; il n'avait nulle éducation historique, et avec les meilleures intentions de maintenir la paix, il pouvait être entraîné vers la guerre; tout en proclamant que le sang français n'appartenait qu'à la France, il pouvait le faire verser à flots pour des fantaisies révolutionnaires ou des coups de colère, et

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