Voir mon Hittoire de la Reitauraiion
M. DB HAETIGIIÂC. 111
I «ne direetkm pditique oonfonne à ton esprit inoiiéré( néoenaipement, M. le d«e d'AngonlèiM ser^ bous f evpreiste de Tetprit militairet et à la tète d'ope année i'inflnflnoe des généraux le ferait aentÈr. La mÎMion du conmiMaire cifil fut donc de eonCrMer et de cfTiIiser, si l'on peut atnii dire, les menires administratives du duc d'AngiavlèBe, et, comme il se trouvait deux partis extrêmes en Espagne, toujours prêts à en venir aux armes, M. 4e Villèie désignait un esprit de la trempe de M. de Martignae, afin qn'il^pliquAt toute la modération de son caraolAre à une situation si agitée et si difficile.
M. de Martignac partit donc pour le quartier général; ses dépêches, qui existent encore, indiquent toute la rectitude de sa gestion et l'habileté de sa conduite. Il s'en^pare d*abord de la confiance du duc d'Angoulème, parce fi'ft ne veut pas , il ne doit pas le heurter; sans se mettre ea hostilité avec le général Guilleminot, chef d'état^ major ^ il s*oppose à ce que Tadministration civile soit sous la direetion suprême du pouvoir militaire. Enfin le triomphe obtenu à Cadix, toutes les facultés de son esprit sont nriaea en osuvre pour tempérer la victoire et empêcher une réaetk» ; non pas qu'il approuvât Tétrange ordonnance d*Andujar, tant louée, usurpation manifeste de la souveraineté du roi Ferdinand VII, mais il ne voulait pas de réaction sanglante en Espagne, pays néanmoins essentiellement réactionnaire ; et sur ce point on se faisait une ftiusse
Itt DIPLOMATES BCROPÉENS.
idée do caractère espagnol : vouloir emjpôchèr les réactions en Espagne, c'est espérer qae le soleil d'Andalousie ne brûlera pas la campagne, que le sang maure ne coulera plus dans les veines brûlantes, en un mot que la firoidenr et le calme du Nord viendront glacer ces imaginations et ces cœurs. M. de Martignac a écrit un livre sur la campagne d'Espagne, livre calme et limpide, mais sans couleur saillante et vive : c'est tout le caractère de Thranme. Peut-être ceux qui manient facilement la parole à la tribune, les plus éloquents, les plus colorés, n'apportent qu'une partie de leurs qualités souvent dans ce qu'ils écrivent : tel qui brille à la lumière d'une assemblée, devient incolore et firoid dans la solitude du cabinet. C'est ce qui explique comment les plus beaux discours que l'on écoute avec admiration paraissent ternes et monotones lorsqu'on les relit. Ainsi est le livre de M. Martignac; acteur dans les événements, il apporte, pour les expliquer à la tribune , cette grftce parfaite qui distinguait son talent d'orateur; mais lorsqu'il les décrit dans son livre , le charme disparaît, l'écrivain n'est plus assez haut et ne sent paa avec assez de vivacité ; il a feràn le sérieux de l'homme d'afiaûres, car il craint de fatiguer; il n'a pas le charme coloré d'un voyage, la précision d'un itinéraire ; je reviens donc bien vite à l'orateur.
La discussion longue et agitée sur les crédits sapplé* mentaires pour la guerre d'Espagne révéla le tdent exact et financier de M. de Martignac, et afin de l'associer de
M. DB MARTiaNAC. lia
plus en plus à la pensée de son ministère, M. de Yill^e le nomma direeteur général de l'enregistrement et des domaioes. Ce n'était pas sans un bat parlementaire, car à ce moment se préparait la mesure la plus capitale» la répar- ,
titioa de l'indemnité des émigrés, qui ht proposée cette année par le ministère de M. de Villèb. Je ne sache pat de mesurepolitique qui soit partie d*un principe plus juste pour arriver à un résultat plus équitable. Dans l'article consacré à M. de Villèle, j'ai dit quel motif avait déterminé la présentation du projet de loi, et sur quelle combinaison il reposait^ Comme directeur général de l'enregistrement, H. de Martignac dut le mettre à exécution; il présida exactement à ^
tous les travaux préliminaires, et il s'y révéla un tel ordre qu'on eût dit que l'opération était la plus simple, tandis qu'il s'agissait de près de quatre-vingt mille parties prenantes sur le capital de trente millions de rente. A partir de cette opération M. de Martignac, sous prétexte de s'y consacrer entièrement, se montra moins chaleureuse* j
ment dévoué au système de M. de VillèFe ; bien moins sou- i
vent on le vit à la tribune ; moins souvent encore rappor- |
teur des projets qui entraient dans le système extrême de j
M. de Peyronnet; on voit qu'il hésite; il croit qu'on va I
trop loin, qu'en exagérant l'opinion de droite on perd son |
avenir, et placé sur ce terrain, il se rapproche naturellement, mais dans une faible et timide nuance, de ce parti de la défection qui est entièrement séparé de M. de Villèle. 11 IV. 8
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ne va pas direetedient à la thnte an mlntotènre, ce n*est ni dans M loyauté ni dans sm caractère, seulement il feot m iiendre possible dans la comblnaisott d'un neuf eau cabiiiet C'est ainsi quHI demeure presque dans l'inaction pendant les années 18M et 18V7, époqne oà se fait le grand travail électoral contre M. de Villèle; et quand enfin le président du conseil fhit un appel au pays par tes élections, et qne celles-d répondent par une majorité tout à fait opposée anx idées ministérielles , alors tous sentent la nécessité de former un nouveau caUnet, et M. de Villèle le premier indique dans la combinaison qui doit le remplacer, le talent souple et facile de M. de Martignac.
Ici se présente pour Thomme d'État une double combinaison difficile, parce que la situation est ellennéme complète. Avec qui M. de Martignac Ira-t-fl s'associer ponr combiner cette nouvelle administration, née au milieu d'an mouvement électoral si tumultueux? Dans ces élections, plusieurs couleurs ont triomphé d'une façon saillante; si la gauche et le centre gauche ont obtenu une large représentation , à elles seules les deux nuances ne peuvent former, ni donner une majorité. Le centre droit et la droite de M. de Villèle comptent absolument le même nombre de voix que la gauche et son centre réuni ; ni l'un ni l'autre n'ont la majorité, et cependant cette majorité, il faut la trouver sans se jeter tout d'un côté. Au milieu donc de ces deux partis extrêmes , se trouve une opinion flottante qui
M. DE HARTIÔNAG. lU
peut se porter de droite on de gauche, et donner ainsi cette majorité recherchée, et M. de Martignac se trouve placé an centre de ces deux opinions. S'il va à droite, certaine^ ment il trouvera appui, peut-être même un vote facile, et à I aide de la défection Âgier qu'il entraînera avec lui-même, on pourra lutter avec la gauche et le centre gauche. Mais cette position, qui parait si rationnelle, n'était pas possible en l'état des opinions si profondément irritées. Si la gauche et le centre gauche réunis n'avaient pas la majorité numérique, ils avaient pour eux la popularité de leurs doctrines, la puissance des journaux, et puis ce sentiment général qn'en sortant du long système de M. de Villèle, il fallait an changement politique complet , vers le centre; gauche, de manière à donner satisfaction à l'opinion publiqoe. C'est ce qui détermina M. de Martignac à accepter pour collègue, dans un nouveau cabinet, des hommes honorables qui correspondraient à la fois aux opinions modérées et aux sympathies publiques. Si Ton étudie, en effet, le personnel de ce ministère de 1828, on y voit la volonté d'organiser UD cabinet de coalition qui marchera avec toutes les nuances modérées de la Chambre, combinaison généralement honnête, mais qui n'a jamais une grande portée en présence des partis irrités ; chaque opinion a la volonté et le droit d'obtenir une large part dans les affaires ; on ne peut pas, on ne doit pas lui imposer le sacriQce de ses principes , j'ai presque dit de son égofsme ; si elle se passionne
même il faut encore l'écouter. Un ministère honnête ne lui suffit pas; il faut encore qu'il mardie selon les lois qu'elle prescrit; la première condition du pouvoir, c'est d'être de son parti. Conunent pouvait marcher le ministère de M. de Martignacîet ici nous nous adressons aux royalistes qui l'ont accusé de tant de concessions imprudentes; ce ministère, je le dis haut, ne pouvait se soutenir que par les concessions, et voici pourquoi : c'est que H. de Villèle avait trop tendu l'aro, les royalistes au pouvoir avaient fait trop de fautes, imposé trop de conditions extravagantes^ et le cabinet qui succédait à M. de Villèle devait payer pour les fautes des royalistes. Supposez un ministère sans concessions, il aurait été brisé, et cette voie une fois ouverte, où devait-on s'arrêter?
M. de Mai-tignac, appelé à exercer une grande action sur ce ministère, jeta les yeux sur ses collègues et se prit d'une vive conGance pour At. Portalis; les opinions modérées et graves du magistrat, les mœurs parfaites de sa famille, et jusqu'à l'esprit timoré de M. Portalis, tout plut à H. de Martignac , et rien ne se Gt dans le conseil sans leur intervention shnultanée. Les autres ministres, MM. de Saint- Cricq, Vatimesnil, Roy, formaient des opinions à part, des spécialités, et M. de LaFerronnays s'absorbant dans les affaires extérieures , ne donnait au conseil des ministres que l'appui de sa loyauté. MM. de Martignac et Portalis furent donc les deux seuls ministres d'importance et d'action. Sur
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eux aussi devait tomber tout le poids politique de la session parlementaire.
A cette époque on était dans toute la naïveté des opinions'; l'expérience et la fatigue n'avaient point encore énervé les convictions robustes et natives des partis ; on croyait donc à la liberté chaste , à la pureté de la presse , à la sainteté des élections , à la nécessité d*nn gouvernement vierge de corruption conmie une jeune fille, pur comme nne nature intelligente. Les déceptions n'avaient point encore attiédi les âmes. li en résultait dès lors un embarras ibeessant dans le ministère ; pour éviter de corrompre un individu, on livrait un principe; chaque concession en appelait une nouvelle ; et H. de Martignac , à l'ouverture de la session, reconnut la nécessité de formuler quelques grandes lois qui pussent satisfaire les griefs de l'opinion publique ; la première était relative aux élections. L'esprit honnête de H. de Martignac ne se proposa qu'un seul but : repousser les fraudes électorales , qu'il ne faut pas confondre avec la légitime action que le pouvoir doit exercer sur les élections. La loi fut faite d'après un certain souffle de réaction qui s'étendait partout. L'administration publique fut mise en suspicion ; on dégrada l'autorité tant qu'on put : H. de Villèle rayait trop exposée 1 Qu'on se représente une pareille loi votée dans cette crise véritablement réactionnaire; elle produisit donc un grand mal Aux époques froides , désabusées jusqu'à l'épuisement , une loi de liberté «
même très^large, D*a pas de danger; on la laisse de cAté, on ne s'en occupe pas ; les masses alors abdiquent volontiers les droits qu'on leur donne; à peine la moitié des électeurs vient^elle aux collèges : que voulez-vous qu'on fasse d'un privilège qui importune? Mais aux époques ardentes, Q n'en est pas ainst Une loi de liberté devient un instrument de désordre , et telle était l'époque de H. do Hartignac.
▲ cette première concession le ministre ajouta bientôt le principe de la liberté de la presse sous des conditions larges et faciles ; liberté d'autant plus terrible qu'à ce temps od croyait encore à la vertu des journaux conune expressions et organes des convictions sérieuses» Chaque phrase était un coup de bacbe donné à l'édifice social. Les journaux, dirigés par des hommes habiles » par d'activés intelligences politiques, attaquaient avec persévérance les conseillers de la couronne. Les uns disaient : <f Vous êtes faibles, impuissants pour donner les libertés que le pays réclame; » les autres criaient à tue4ête : a Vous perdez la monarchie par des concessions révolutionnaires. » Qui donc entendre? A quel parti s'arrêter * ?
Les conséquences du système de M, de Martignac n'avaient point échappé aux observations attentives des royalistes dépossédés du pouvoir. Le parti qui dominait d'une façon absolue la confiance de Charles X ne manquait pas d'habi-