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M. m MAanGNAC. m

Hé ; aept uw aux affaires les lui ayaient apprises jusque

dans leurs détails , et un si bug passage au pouvoir crée des

intérêts qui se font entendre. Habitué à la cour, le parti

royaliste savait par quel o6té il fallait prendra le roi

Cbarles X ; de longs exposés sur la situation des affaires,

m le danger des concessious, parvenaient incessanunent

au roi ; on y parlait de la fausse tendance du ministère

Martignae. ie cabinet pouvait s'en apercevoir au conseil;

Cliarles X , parfaitement informé de chaque affaire , faisait

des observations judieieuses et précises snr les bommas et

sur les choses , sorte de résumé toutprépiiré par ie conseil

occulta qui entourait sa pereonne. Le vieux roi avait trop

de politesse , une trop bonne tenue , pour jamais laisser

apercevoir un mouvement d'humeur i ses ministres ; mais

avec la ^lus légère attention on pouvait se convaincre qm

le prince était vis à vis d'eux sans confiance; il hésitait,

refusait, retrait sans épanchement , sans abandon; ses

seules paroles étaient cdles<ci ; a Prenez garde de verser

tout d'an côté ; » ce qui signifiait : a vous allex à gauche ,

là est le péril de ma couronne ; quand j'en aurai fait assez ,

j'aviserai. » En vain M. de Martignac rappelait-il ses sou-^

venirs de dévouement à sa cause, le roi ne les désavouait

pas; mais il le supposait homme faible, enclin à des habi-*

tudes de conciliation et à des goûts de popularité qui

pourraient l'entraîner à des fautes* H faut ajouter que le

parti occulte qui exerçait sa puissance sur Charles X ,

avait perfidement agi sur la conscience du prince en scmtant les habitudes faciles et la vie privée de H. de Martignac. Avec des principes religieux très-arrêtés , le ministre n*était pas dévot; avec le respect le plus profond pour le toit domestique , il se laissait aller à ces entraînements de cœur presque publics, qui ôtent à la vie le caractère de chasteté et de pureté. Tout cela était dénoncé, exagéré auprès de Charles X (revenu des mondaines habitudes qui avaient pourtant marqué sa jeunesse), et quelques légèretés de théâtre nuisaient plus activement à la puissance morale, à la gravité de H. de Martignac.

A la seconde session , les dififcultés parlementaires devinrent plus grandes encore. Les alliances politiques ne se forment réellement que par les hommes. Les concessions de principes sont beaucoup sanstloute ; mais elles sont moins appréciées que celles qui s'adressent aux influences individuelles; celles-ci désirent et imposent des places pour satisfaire leur ambition légitime. Ici donc se présentait encore une difficulté nouvelle et plus grave que toutes les autres. Le centre gauche et la défection, qui soutenaient le ministère, imposait châtiment pour les uns , récompense pour les autres : châtiment pour toutes les créatures de M. de Villële qui , disait-on , avaient compromis le pouvoir dans les élections ou dans Fadministration publique; récompense ponr les amis nouveaux du cabinet , c'est-à-dire le centre gauche et la défection : deux nuances que Charles X n'aimait pas.

M. DE MARTIGNAG. Itl

Un travail formulé dans le sens de cette nécessité parlementaire fat donc présenté au roi dans son conseil , et commença la lutte la plus pénible , la plus longue contre les répugnances personnelles de Charles X : à chaque préfet que M. de Martlgnac voula'it faire renvoyer , le roi disait : a Mais à quoi bon I que vous a-tril fait?s'oppose-t-il à votre politique? Non. Eh bien ! est-ce parce qu*il est royaliste et sujet dévoué que vous le renvoyez? » Et M. de Martignac devait expliquer, pendant des heures entières , au roi trèsprévenu, les nécessités parlementaires qui exigeaient le changement ou la destitution de ce fonctionnaire trop compromis pour rester en place. Le ministre voulait-il faire passer un nom du centre gauche on de la défection au conseil d'État, dans la magistrature ou dans Tadministration , il trouvait Charles X parfaitement instruit de tous les antécédents du candidat ; il avait un portefeuille plein de notes : a cehii-€i était un Jacobin, un bonapartiste des Cent- Jonrs ; celui-là un rêveur, un carbonaro déguisé ; et voulait-on livrer radministration aux ennemis du roi?» Donc nouvelle lutte pleine de sueur et d'ennui' pour faire accepter un ami, un partisan du ministère. Les choses en vinrent à ce point, en commençant la seconde session , que M. de Martignac fat obligé de dire à Charles X, pour obtenir un remaniement de fonctionnaires : c( Si le roi veut avoir son budget , ces choses sont indispensables. » Tels étaient les rapports d'aigreur et les contestations perpétuelles qui

in DIPLOMATES BUaOPÉBNS.

s'élevaient entre le roi et son ministère ; ces dissidents éclatèrent plus fortement encore, quand il fallut apporter do nouvelles concessions à la Chambre des députés^

Ainsi était la situation de V. de Martignac vis^-vis le roi Charles X et le parti royaliite, et cette situation était aussi grave que menacée. A la Chambre des députés, sou talent de parole était hors ligne, sa ^uplesse d'éloquence polie fort admirée , mais le ministre ne ponviMt satisfidre toutes les nuances de la Chambre , qui aspiraient au gouvernement du pays. Si la gauche acceptait les concessions qoe la monarchie lui faisait, concessions nombreuiies, impm^ dentés, le parti révolutionnaire était loin d'être satisfait* On lui donnait l)eauipoup et il demandait ^ns cesse, ne rendant en échange au pouvoir qu'une adhéaiop temporaire, mécontente, souvent ingrate et irritée. Le centra pucbe, plus modéré» voulait légitimement prendre une position dans le pouvoir; les hommes émiaents qui depuis ont joa4 nn plus grand râle n'avaient pa« re^périence acquise an* jourd'hui; ils étaient taquins, orgueilleux, jamais satisfaits. Puis la défection, parti impératif, absorbait tout pour pré* parer une administration exclusivement dans sa couleur, composée de gens honorables trop compromia pour rester calmes ; voulant des positions pour s'assurer le pouvoir, H* de Martignac donc, harcelé par les royalistes, dominé par la défection, taquiné par le centre gaudie, accusé de mollesse et de trahison par la gauche extrême, n'avait plas

U. m MAETIGIUG. m

pour liii qa'un centre mou» impuissant, usé par Tadministration de M. de Yillèle, et cette situation mouvante se manifesta surtout à l'époque du débat sur la loi municipale. On sait que la majorité» composée des deux extrémeSp se prononça contre le cabinet» et dès ce moment, le ministère de H. de Martignac ne se tratna plus que d'une manière impuissante.

J'aborde la question de savoir si M* de Martignao et le comte de Portails contribuèrent , soit par leur complicité , soit par leur silence, à la formation du ministère du prince de Polignacy et j'afQrme que non. Ces deux ministres, profondément unis, pouvaient bien juger la position mauvaise, se pénétrer de cette pensée que le ministère ne pon^ vait pas tenir ; mais ils repoussaient comme une idée fort dangereuse, en l'état des esprits, la présidence de M. de Pob'gnac. Si donc le comte de Portalis, ministre des affaires étrangères» appela le prince de Polignac à Paris, ce fut daprès les ordres. exprès du roi lui-même, et avec le motif parfaitement avoué d'une conférence diplomatique avec M. le duc de Mortemart, à la veille de son départ pour la Russie. J'ajouterai que ni M, de Martignac ni M. Porta* lis ne croyaient la chute de leur pouvoir si prochaine, et H* de Martignac moins qu'un autre, parce qu'il se faisaitdes illusions sur les affections personnelles de Charles X. I^e roi le traitait avec une certaine bonté, et le cœur de M. de Martignac, si aimant, ne voyait pas que c'était souvent^

12i DIPLOMATES EUROPÉENS.

chez ie vieni roi, le moyen de cacher une disgrftce. Elle arriva d'une façon inattendue » et ce fut M. Portails, mandé à Saint-Cloud, qui apprit à son collègue la chute de son pouvoir. Il en fut profondément affecté, car c'était moins une démission donnée à la suite d'un désir spontané de retraite , qu'une complète destitution. Le roi même s*eiprima sur M. de Hartignac avec un bienveillant dédain , sur « ses bonnes intentions et son aveuglement des choses politiques, qu'il voyait petitement et mal. » C'était le langage habituel de Charles X.

Ce ministère avait duré dix-huit mois, et on ne pouvait lui reprocher qu'un désir de conciliation peut-être poussé à l'extrême, si Ton examine à cette époque la violence des passions et la vivacité des partis. Jamais administration n'avait été plus bienveillante, plus familière aux esprits élevés, à la littérature, aux arts. Il y avait de l'honneur d'y être associé, d'en partager les doctrines; si c'était de l'aveuglement, il était justifié par un sentiment de fusion et de patriotisme : tout ce qui était bien trouvait sa légitime récompense. « Nous étions, disait M. de Martignac plus tard à la tribune, des hommes de bonne foi, marchant à découvert dans une voie honorable, et à qui, si l'on peut disputer le titre de ministres habiles, on ne peut sabs injustice refuser celui d*honnêtes gens. »

Sous le ministère Polignac, M. de Martignac ne prit jamais la parole que pour défendre son administration, pins

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