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d'une fois attaquée par les royalistes extrêmes. 11 faisait partie de cette opinion tempérée qui croyait encore une conciliation possible , même sous M. de Polignac : c*est dire que, lors du vote de la triste et fatale adresse, M. de Martignac, qui ne voulait ni révolution par la gau-che, ni violence par la droite, fit partie des 181 votes fidèles à cet amendement remarquable qui adoucissait l'âpreté du refus de concours.
La révolution de 1830 ne le surprit pas ; elle l'affecta d'une manière profonde ; ces événements terribles sortaient si particulièrement de Tordre limpide et régulier de ses idées I Déjà, ses traits maladifs annonçaient le chagrin qui dévorait son cœur ; il aimait Charles X, malgré les injustes préventions du roi contre lui, il le plaçait au sommet de ses affections ; il aurait sacrifié sa vie pour sauver celle du noble prince , et néanmoins, tel était l'amour du pays chez M. de Martignac, qu'il n'hésita pas à prêter serment à la nouvelle dynastie, question alors grave et capitale pour le parti royaliste. Ce serment , motivé sur des considérations politiques et de convenance» il le prêta sans arrière-pensée, pour l'acquit sincère du mandat qu'il avait reçu; il ne pensa pas qu'il fût dans la condition et la destinée d'un parti de s'abdiquer ; la paresse perd les Ames , la mollesse les opinions. Tandis que d'ignobles clameurs s'élevaient de toutes parts contre Charles X, que les caricatures stupides , capables d'exciter le dégoût des honnêtes gens, étaient placai*dées
IM DIPLCMÂTEd eUROPÉËNS.
sur tous les murs, H. de Martignac osa faire à la tribune réloge du roi exilé , de son noble cœur, de ses excellentes Intentions pour son peuple ; il en paria avec le respect que commandait une si grande infortune; A cette époque de sombre irresseet de saturnales démocratiques, c'était du courage : ceux qui adulaient Charles X sur le trône , n'étaient pas les derniers à lui jeter des injures; et M. de Martignac choisissait précisément l'époque de ses malheurs pour louer ses vertus, sa magnanimité, sa grandeur d'âme. Ces cœurs d'élite sont assez rares pour qu'on en tienne un compte fidèle dans l'histoire.
Bientôt une circonstance plus importante se présenta comme un devoir; il devait pour ainsi dire y sacrifier sa vie. M. de Martignac connaissait peu de sa personne ie prince de Polignac; à vrai dire même, loin d'avoh* à s*en louer, il Tavait trouvé sur le chemin de sa vie politique d'une fiaçon étrange et fatale : M. de Polignac lui avait succédé, et souvent dans ses velléités de force et de vanité, il avait parlé avec injustice et dédain des actes du ministère qu*il remplaçait. Aujourd'hui, M. de Polignac était accusé, captif, appelé devant la juridiction de la cour des Pairs, sous le coup d'un procès capital : à qui s'adresse-t-îl pour le défendre î à M. de Martignac, c*est«à^ire à l'homme qu*il a renversé, au système politique qu'il avait plus d*une fois condamné. Le temps est gros d'émeutes; il y a grand péril à protéger un proscrit, le peuple est soulevé, la cour des
M. DE MilRTIONAC. ttf
Pain est en émoi ; qoi sait si cette foule immense respectei^ les défensetirs des accusés T qui sait si ce peuple insurgé ne brisera pas toutes les barrières ? Eh bien I devant tous ces dangers, M. de Martignac ne s'arrête pas ; il a le sentiment de son devoir, tin malheureux accusé demande son appui, il ne peut le refuser; un proscrit appelle la parole pour le justifier aui yeux du monde, H. de Martignac est là, le front hant ; Il ne se déguise pas comme un avocat célèbre et libéral en plaçant sournoisement et judaîquement son habit de garde national sons la robe du jurisconsulte \ afin de mettre bas la toque pour paraître en arme citoyenne. Lni traverse la fonle à pied avec ses insignes et ses ordres sur la poitrine; malade, il brave les fatigues; défenseur d*un accusé, il se soucie peu des hurlements de la rue. Le sentiment du devoir Texalte et colore son front; il reste le dernier b la barre, il parle sans s*émonvoir, sans s*inquiéter des bniits, des menaces.
Le plaidoyer de M. de Martignac, dans cette circonstance solennelle, ne se distingue pas seulement par ces phrases d*un aentfanent exquis si souvent citées, mais encore par un caractère de logique inflexible et de légalité invariable. Dans la biographie touchante du prince de Polignac, l'avocat prend à tâche de laver le prévenu de toutes ces ordures qu'ttn vil peuple lui jetait è la face ; il le montre brave, noble,
1. L'histoire de cet avocat libéral est délicieusement racontée par M. le chancelier, qui ne cache pas son nom.
dévoaé à la cause des Boorboos» incapable de toutes les machinations dont la police impériale avait voola le flétrir. Il le peint fidèle, obéissant à son prince, mais ne prenant jamais Tinitiative d'un fait ou d'an événement Pour lui donc nulle responsabilité. La partie de ce plaidoyer où Tavocat est beau» sublime, c*est dans le développement logique de ce dilemme : a Ou vous avez violé la constitution en expulsant le roi Charles X et sa dynastie, ou vous violez les lois en condamnant des ministres responsables d*un même fait. Non bù in idem. » Ce dilemme, il le reproduit sous mille faces , et si la vérité pouvait triom* pher à une époque de réaction, une condamnation était impossible. M. de Hartignac intéresse, entraîne ; c'est de b douceur et de la force. Je considère donc ce plaidoyer comme l'œuvre capitale de ce procès, et il fallut une raison, une nécessité politique pour ameaer une condanmation contre les ministres justifiés pas Texil du Boi.
Quand on relit encore ces séances de la cour des Pairs, il n'y a que deux nugnifiques choses : la harangue antique de M. de Peyronnet et le plaidoyer de M. de Hartignac. Les autres discours ne sont plus qu'une collection de phrases de barreau. Tant il est vrai que les honunes politiques agrandissent l'horizon de tout débat! ils élèvent une question personnelle à toute la grandeur d'une question d'État; le barreau devient toujours et pour tout une tribune.
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Ces derniers efforts dans des audiences orageuses, le froid triste et sec de Tliiver, avaient rapidement grandi les progrès de la maladie ; ses forces étaient épuisées; oui, la défense de M. de Polignac l'avait tué ; il paraissait de temps à autre à la Qiambre des députés avec son front pèle, son teint jauni, ses yeux ternes et fatigués, symptômes qui constataient la rapide marche de la mort. Cependant une fois encore il demanda la parole : un député (que Dieu et This* toire lui pardonnent) en formulant une loi de proscription contre la famiDe de Charles X, développait sa proposition en termes insultants, en vertu de maiimes de salut public; le débat avait révélé lâcheté et fureur dans tous ces ennemis dnnoUe et pieux Charles X. M. de Martignac monta lentement les marches de la tribune, et, d'une voix presque éteinte, il osa faire Téloge du roi proscrit; convoquant ainsi toutes les âmes gébéravses à la grande anmistie du passé, il s'écria : « Témoin des luttes intestines qui déchirent depuis longtemps mon pays, j'appelle de tous mes vœux le terme de ces dissensions funestes. Je n'espère pas que ma voix affaiblie se fasse entendre souvent au milieu da bruit des orages, mais je veux être absous par ma conscience du mal que je n'aurai pu empêcher. » Ces belles paroles, M. de Martignac les prononçait en présence de ceux qui votaient une loi de proscription et de mort contre la plus noble lignée qu'ait saluée l'histoire, la maison de Bourbon. Elles furent les dernières de H. de Martignac, qui
Vf. 9
{3q • DIPLOlfATSS EmOFÉSNS.
\t^van\\ k qaelqaea otois de Iji, Iq ^ i(\ril ^932, Ai^p tospble marQUée psqr riqvasiop du cbolèray et qujelquesîaim murii B«r la i^us terrible des éipeutes.
Je me ^is peu arrêté sur les détails d^ k) vi^nsurticulière de M* d^ Bl^rtigoiiç, si ^oone, si douce , s| qpiriitui^ne; en lui je p*ai vu que Tboipme 4'£tat ipii a ^mé son aoni à os sjst^nnp dout Ja probité est élevéç fiu-^essus de tout autir^. Daufii Wfli biçp cqyrte car cière politique, je me ^s rattaché à deux uqms daus Tbistoire moderue, et c'est ma fierté et mon bpuu^ur; c'est à ceux de M^. de R^hepeu * et de Martî(;uaC| deux grandes ombres que la génération présente connaît à peine, toute livrée qu'elle est au^ sanglante mélAoires et aux personnages de la I^évolutiqn françaiseï ses l)iérqsd^pré4ileçtionl
1 . M. de Richelieu ne rendit que le petit service de sauver le territoire <l*im BMimftlteBiefa pat Veaneua, Mqad le» révoluliomiaini é» Cini- Jours rayaient livr^.
HOMM£ D*tTAT BT DIPLOMATB
Dan& te mois de loai 1814| iondrjBs assistait à u* qteotacle qui avait son charme et,sa caiiosité pour le peuple an* giais, toujours fier de ses visiteurs; tes deux empereurs de Russie et 4* Autriche, Alexandre et François U, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III, suivi du vieux feld-maréchal Blucher» accouraient saluer la cité de tendres après la paix générale de TEurope. II. y eut des fêtes apleudides, des revues, des acclamalioBS populaires, et surtout de ces ban^ quets quela'mode anglaise affectionne; tous les souverains furent nommés men4>res des corporations marchandes, et Blikher lui-même reçut un grade d'université I Le peuple anglais était dans l'ivresse à la fin de cette lutte gigantesque qui venait de briser Napoléon.
Dans une de ces revues, au milieu des gardes anglaises, on pouvait remarquer, à la suite d'Alexandre, un jeune officier-général d*une figure assez martiale, qui ne se distinguait par aucun trait noble et beau. Il avait toute la roideur germanique, les façons des petits princes d'Allemagne, qui pleins de bravoure et d'activité, mais sans terres et sans fortune, se placent au service d'une des grandes puissances, la Prusse, TAutriche ou la Russie. Ce jeune ofQcier-général, Georges-Christian-Frédéric Léopold, prince de Saxe-Cobourg-Saalfeld , alors âgé de vingtquatre ans , venait de faire, à côté de l'empereur Alexandre, les dernières et sanglantes guerres d'Allemagne contre la France. Le prince Christian Léopold jouissait d'une grande faveur auprès de l'empereur de Russie, autant par sa bravoure que par ses liens de famille; une de ses sœurs avait épousé le grand-duc Constantin, et par conséquent il se trouvait presque beau-frère du tzar. Depuis quelques années, le prince Léopold servait l'empereur ; à peine âgé de dix-neuf ans (1808), il occupait déjà un grade dans l'année russe. Toujours à la suite d'Alexandre dans ses voyages diplomatiques, il assista à l'entrevue d'Erfurth.
A cette époque. Napoléon dominait sur l'Allemagne; il n'était sorte de caprices qu'il n'imposât aux petits princes; les uns il les grandissait démesurément, les autres il les réduisait à la mendicité. Ceux dont la politique se liait à l'Angleterre étaient proscrits sur un simple ordre de ca-
LE fiOI LÉOPOLD. ISS
bioet; on confisquait les domaines» on distribuait les propriétés patrimoniales ; tel était le caractère de ce despotisme sans frein et de ce gouvernement sans justice. Le prince Léopold fut donc la victime des caprices vaporeux de Tempire. Après Erfurth, il fut forcé de quitter le service de la Russie, et comme il ne voulait point entrer à celui de Napoléon, il vécut fort obscur, dans une terre de famille, se consolant par sa vive prédilection pour les sciences et rhistoire des rapports entre États, études qui le servirent admirablement pendant sa vie diplomatique. Il voyagea aussi en Suisse, en Autriche, et partout il recueillit des documents curieux sur Tesprit général des peuples, sur les espérances qu'on pouvait avoir d'un prochain réveil, et surtout sur la certitude qu'au premier revers de Napoléon, toutes ces nations si mal amalgamées , ces rois d'un jour, ces princes de la fortune, tomberaient dans une commune catastrophe, sorte de dissolu^on qui ressemblait à la ruine deTédifice carlovingien '.
Ces prévisions se réalisèrent vite et fort ; en 1813, la noble Allemagne se leva, et le prince Léopold se hAta d'accourir en Pologne auprès de l'empereur Alexandre pour rendre compte de ses propres impressions sur cette puissante réaction des peuples contre d'insolents étrangers. A cette époque la terre germanique frémissait d'indignation ; tout était en
1. Les livres écrits à Téloge de Napoléon n*oiit tenu aucun compte de ceUe sitoalion des esprits.
m DIPDdMAttt EUROPÉENS.
armed) depM» leRMn jusqu'à TElbe; la prédiction de Sehifler allait s'accomplir. A VarsoTie, le prince Léopold reprit son poste aoirès d'Alexandre^ et il le sMtit sur les champs de bataille comme dans les tiégociationë. Après la paiï de Paris, Tempereor de ftossie et lui étaient venus à Londres Afin de remercier ce cabinet et cette nation du gratld effort quils avaient fait pour la liberté du monde.
Dans lA revue dont j*ai parlé des gardes à pied et à cheval devant Windêor Catttéy on remarquait aussi une jeune flile, vêtue d*une amAzone d'éclatante couleur, qui maniait ttti cheval avec grAce. Un groupe d'officiers Fentourait d'une respectueuse obéissance ; car c'était la princesse Ciiarlotte, fille du prince de Galles, l'héritière présomptive ators de la couronne d'Angleterre ; le peuple environnait cette princesse d'un grand amour. La vie dissipée du prince de Galles, sa séparation d'avec sa femme, toute dévoaée aux radicAux, avait grandi la popularité de la prihceiK Charlotte, l'espérance de la réforme électorale et religieuse. Tous les patriotes anglais avaient les yeux fixés sur cette jeune princesse , tous les keepsakes avaient des vers pour die; les poëtes, sans en excepter Byron« ia compurAieiit aux fleurs de la verte campagne, ou aux étoiles sdntillaiifes au del. Lawrence dessinait son portrait, et trois grands Artistes, anglais, italien, allemand, Bacon , Turnereili et Hardenberg ciselaient son buste.
Cependant les tories, fort ennemis de la princesse de
us HOI LÉbPOLD. isi
Galles, et trèê-malldetix coimhe toute èristocr&tie, récitaient cerUiines lettres du prince d'Orange motivant sotl refus d*un mariage avec la priticesse Charlotte, isur des infirmités alors héréditaires dans la royale lignée. Le prince d*Ûrange , aide de camp dii duc de Wellington et qui le servait en Espagne, était l'époux destiné par les tories à rhéritiëre présomptive de la couronne ; dans cet espoir ils lui préparaient le beau royaume Hollando-Belge. Chose curieuse, le rival du prince d'Orange est devenu depuis roi des feelges , au détriment de ce même prince qui par absence de galanterie et de côtirtoisie, fhancpia d*étre l'époux de l'idole des whigs ; que serait-Il advenu si cette première combinaison s'était accomplie f Je reprends les faits. A cette revue la princesse Charlotte éprouva une vive sympathie pour le jeune duc de Saxe-Cobotirg, et cette inclination fut favorisée par Tempereur Alexandre luimême, qui repoussait le prince d'Orange ; la princesse aima avec la passion d'une Anglaise capricieuse, volontaire ; elle ne voulut rien entendre, ni observation, ni conseils des tories ; bientôt un acte fut présenté au parlement pour obtenir la sanction de ce mariage , si brillant pour Léopold. Remarquons qu'alors ce jeune officier-général n'avait pas 6,000 livres de rente en terres; toute sa fortune consistait dans le iraitement de son grade, et tout à coup il devenait le mari de la future reine Charlotte , qui avait 19 ans. Tout fut fait avec magnificence, conmie une affaire de parti ;
le bill passa quelques jours avant le débarquement de Bonaparte au golfe Juan (mars 1815) ; les noôes furent célâbrées, et le parlement vota au prince Léopold un subside de 50,000 liv. sterl. de pension annuelle; le pas sur tous les grands dignitaires, feld-maréchal, avec l'entrée au conseil privé. Les whigs soutenaient alors la princesse Cbiriotte comme une de leurs espérances « et les partis quand ils se fout une idole , la revêtent d*or et d'argent à foison. En général , leur parcimonie n'est réelle qu'envers les ennemis. Dès cette époque le prince Léopold, esprit sérieux, commença ses études ^ur l'état des partis en Angleterre; il y contracta des alliances actives, puissantes ; et j'ai besoin de bien dire tout cela afin d'expliquer l'importance actuelle du roi des Belges. C'est parce qu'il a l'amitié des hommes considérables , c'est parce qu'il inspire confiance qu'il se charge de négocier, conune médiateur, toutes les fois qu'un différend un peu grave s'élève entre grandes puissances, et surtout entre la France et l'Angleterre.
L'époux de la princesse Charlotte prit donc à Londres une admirable position ; sans rompre avec les tories, il se plaça de prédilection parmi les whigs, dans le salon de la duchesse de Kent, sa sœur, avec les Grey, les Durham, les Russell , qui tous attendaient de saluer tôt ou tard Tavénement de la princesse Charlotte, la véritable reine des whigs. Malheureusement la mort a ses impitoyables caprices , elle prend à tout rang, à tout âge, et la future
LE ROI LÉOPOLD. t«7
wayenine mourat à 21 ans , en couches , sans laisser d^enfants de son union; funèbre éyénement qui bouleversait Tordre successorial. Ce fut un grand désespoir dans le parti whig, et le prince Léopold reçut comme dotation annuelle, ce même subside de 50,000 liv. sterl. que le parlement avait voté à la princesse Charlotte. Il se retira tout le temps de deuil à la belle résidence de Qatemont, ponr s*y livrer à ses goûts d*étude et de science, il ne pouvait pas faire antre chose. On était alors en plein torisme, sous le ferme ministère de lord Castlereagh. Les wbigs n'avaient pua un grand espoir (au moins actuel) de prendre le gouvernement du pays, et le mari de la future reine, maintenant au tombeau, se faisait oublier en prenant pour prétexte sa douleur; elle fut réelle, car la jeune princesse avait des qualités éminentes, et un indicible amour pour son mari, alors de si élégantes manières. C'est dans cette retraite que le prince Léopold se préoccupa d'études constitutionnelles sur l'état des partis en Angleterre. Sa position était particulière; pour les principes, il appartenait à récole répressive; proche allié d'Alexandre , enfant pour ainsi dire des familles princières d'Allemagne, il devait par goût servir le système de la sainte alliance. Et pourtant, par position, par intérêt, il demeura lié à tous les whigs. De cette position contradictoire lui vint ce caractère de ménagement, cette élasticité de manières qui devaient faire du roi Léopold de Belgique un des honunes d'État les
m DIPLOlHAtESI ÈGAOPtÈNS.
plus capables pôar les négociations activéâ de la politique. Dans son château de Claremotit, toujours entouré d'une grande compagnie, Léopold négociait souvent des alliances de parti, cai* son est)Ht, éihinemment modéré, penchait potii* les termes moyens en politique ctthmie en diplomatie, chez lui ce setitiment se transformait en laissër-faire et eo Msser-allef.
Cependant l'esprit politique de TAngleteri-e se ihodifiait; le pouvoir sortait des mains du torysme pur ; le ministère Canning avait été comme la traqsition pour arriver à an cabinet wfaig, modéré ; et dès que la combinaison mixte de lord Goderîch vînt aux affaires (1829), lé prllice Léopold dut saisir une pltas ^ande action Mr la politique générale de TÉtati Cette faveur nouvelle dii prince Léopold , on la vit se révélef dans une circonstance remarquable : on était eh pleine question grecque ; l'enthousiasme avait procédé avec une telle énergie qu'il était impossible d'éluder le principe de l'émancipation hellénique. Ce principe admis, il fkllait techniquement etaminer quelles seraient les conditions politiques du nouvel État. En f)erait-on uhè république unitaire, fédératiVe, ou une monarchie? et le système monarchique triomphant, quel serait le prince élu de préférence dans la grande famille des royautés européennes. C'était en effet revenir au dfoît primitif des nations que d'élever un foi nouveau sur un trône nouveau, avec une couronne jeune de date, antique par ses souvenirs.
LE &0I UtOPOLD. \^
La difflcalté M compliquait bien antrement an point de vne diplomatique; ce royaume, en effet, formé d'tin commun accofd, créé comme une manifestation clirétienne eontre l'islamisme, était jeté dans une partie de la Itédttei^ ranée, la plus fréquentée par les marines de l'Europe, et chacun des grands cabinets voudrait tottserver sur le royaume de Grèce, une influence nécessaire pour sa force maritime et soil commerce; il y atait donc en lutte l'intérêt rtisse, anglais, français; la Prusse se tenait à l'écart, l'Atitriche boudait contre ce démembrement de Tempire ottotnan. Que fallait-il donc (kire poui^ amoindrir cette dit» flcttltéet dans quelle famille serait choisi le nottreau prince t n faut remarquer que duhint toute la lutte héroïque des Grecs contre les Turcs, le prince Léopold de Saxe-Cobourg, comme tons les whigs en général, et M. Canning en particulier, n'avait cessé de prendre un intérêt très-vif à la formation d'un État indépendant, d'une Grèce classique, en un mot, avec ses souvenirs, ses tfaditions, ses monumetits. Aprè^ le premier protocole de la Conférence à Londres, qui proclamait la. Grèce monarchie indépendante, on jetale^ yetix sur le prince Léopold, parce qu'avec ses principes, ses libéralités, ses sympathies helléniques, il serait favorablement accueilli par les populations grecques ; ensuite, de sa personne et de sa famille, il he pouvait déplaire à l'Angleterre ni à la Aussie ; la France, alors maîtresse de la Merée, accepta donc ce choix, et dès lors les protocoles fu-
reiit dressés entre les cabinets pour l'élection dn prince Léopold comme roi des Grecs.
Mais, ainsi que je Tai dit, le prince était un homme d'étude, d'un caractère sérieux, qui à l'aide des anciens avait médité sur ce qu'était la vieille Grèce, et à l'aide des modernes sur ce que devait être un nouveau royaume, dans les conditions d'avenir et de durée. Depuis deux ans, en rapports continus avec tous les chefs de l'insnrrectioD, avec M. E;nard de Genève surtout, si jdévoué aux intérêts helléniques, le prince Léopold de Saxe^obourg examina géographiquement la question des limites, et il les trouva étroites, étouffées. L'ami intime des whigs craignit de compromettre sa popularité, s'il n'obtenait pas pour la nouvefle patrie qu'il allait gouverner conune roi, une force de territoire suffisante, et des conditions de gouvernement capables de satisfaire les patriotes grecs. Avant d'accepter la couronne, le prince formula son programme * sur les limites, l'emprunt et l'état militaire : «t car, disaitril, il voulait avoir tous les éléments nécessaires pour arriver à un résultat facile de gouvernement ; i» esprit essentiellement pratique, ie prince Léopold savait qu'on ne pouvait aboutir à rien sans de vastes ressources pécuniaires, et que si l'on n'obtenait pas les moyens suffisants même de corruption visnà vis les chefs de ces bandes armées qui désolaient la Grèce, il n'y aurait pas moyen d'obtenir la pacification des âmes et la fin
1. Ce programme je Tai donné dau mon HUt<nre de la JReilaiirar&m.
des troubles. La Grèce n*étatt alors qu'une république sous des archontes barbares, pirates de mers, ou chefs de condottieri; la corruption seule pourait vaincre ces résistances aux progrès de Tordre ; telle était Topinion du prince de Saxe-Cobourg. Or, comme les puissances qui s'étaient déjà très avancées par rapport à l'Autriche et à la Porte, ne voulurent pas modifier leurs protocoles, le royal candidat Léopold se retira tout à fait, formulant son refus d'une manière nette, dans un résumé de principes clairement exposés; on pouvait y voir un homme d*étude, de pratique et d'expérience, et cette circonstance ne fut point ouUiée par le parti whig, qui devait pour lui retrouver plus tard une nouvelle candidature.
Le prince Léopold revint donc à sa retraite chérie de Oaremont; il y vivait de cette existence anglaise de chasse et de course, ou bien il allait passer ses journées chez la duchesse de Kent, sa sœur, la mère de la jeune héritière du trône, aujourd'hui la reine Victoria. Cette société était la même qu'il avait vue dans Torigine de sa fortune, chez là princesse Charlotte, sa fenune, et il jouissait d'une certaine renommée pditiqne, parce que whigde principes, il s'était montré esprit pratique de gouvernement. Également apprécié par les whigs et les tories, il se façonnait aux questions les pins sérieuses; ce n'était plus un jeune homme aux belles formes et aux fiiciles conquêtes; les habitudes de la famille royale d'Angleterre lui avaient donné une de ces
lis DIPLOMiTI» BimûPÉDfS.
compagnes 4e fmimie qpx marqaeut di«qiie lègM, et to prince Léopold, comme Georges III et Gecsi^ lY, étaU destiné à user s«i vie dans un oubli owral ék inMteotuel- Mais une grande réytf id^ion aUait lui auvrir une vaste cu^ riëre d'^plioatioii et de travail, et I0 prinee ua manqua pM k son esprit
Lorsque la question belge se pr^wita dans la ferme»^ tation de son origine» les partis errèrent d*abord une république; à la démocratie turbulente succéda la pensée de rélection du duc de NepQurs; toutes choses qui ne pouvaient répendre à l'equrit général de rtlurope, aux intértts des puissanees «uiagées, et c*est ce que )e roî Louift-PWUppa avait bien compris avec sa sagacité habituelle « la Belgique m pouvait être (san^ uue guian^ gépérale) une adhérence plus ou moins intime de la France s Anvers et Cherboni« ne pouvaient être dans les mêmes mains. G*était déjà beaaooup d*obtenir des puissances signataires des conventinas de Vienne ^ 18^^ la formation d^we Belgique iodëpradante de \a Hollande ; dislocation du royaume (tes PaTS-Baa» hir* riére autrefois élevée contre la prépondéranoe française. Le souverain de ce noiuveau rojauBK»^ par sa position et sa famille, devait correspondre à toutes les idées, à tous les nouveaux rapports, à tous les devoirs polHiques des Belges reconstitués vis^-*vis de Vi^urope, et voilà pourquoi les idées générales d'élection se fixèrent sur Léopoid de Saxe- Gobpurg. Allemand d'orig^iie, i| ne pMvait iéfidk^ aux
14? HOl I40P0(J>. 14^
îDtéréto geim^qnes , 8| complètement en nqpport ayec la Flapdre, les bouches 4« Rbin et TEacaut; rapproché par nne étroite parenté de l'empereur pîicolaa^ il ne pouvaU trouver d'ohstacle ni en Russie, ni en Prusse; on ^ saïaîl très-lié aux i^ées européennes, car il avait commencé s^ vie sur le^ chagips de but^ûUe, h cAté des souverains alliés contre Napoléon; enfin, sa position était hônue daus la famille royale anglaise^ p^r sa parenté de sang et 4*opinioa avec rhéntiëre présomptive de la couronpe. Ajoutez que la pensioi^ qu*il recevait du gouvernement anglais (et à laqieUt il ne renopçait pas) liait intimement son système k la ppH^ tique britannique ; dans cet^e drconstan^a, il m restait dojpç plus qu'4 lui donner le baptême français, fs( ce fat ^lors (|u'ou songea à son n^ariage avec la princesse Louise d*Orléfips, la fille flijlpée du i(OÎ V9iJ|is-pivUpfie« si pieuse, et qui serait si admirablement en rapport avec les principes çattKH liques des provinces belges. Ces idées une fois bien fixées, les difl^ujtés de Tavénement furent aplanies; le congrès de Bruxelles, après quelque tâtonnemept, ratifia la p^sée des protocoles, et le prince l^éopold fut élevé sur le tr<yne des. Belges.
Immédiatement après (;^t acte, le roi Léopold manifesta sa profonde habileté; le pays quil allait gouverner, pro^ fessi^t un catholicisme fervent, presque du moyen Ag»; c'était même pour préserver cette foi religieuse, qfk'H s*était violemment séparé de la Hollande. Le roi Léopold, bien
tu DIPLOMATES EUROPÉBNS
que protestant, comprit que la première èbndition de vie pour la royauté nouvelle , était d^efTacer autant qu'il était possible, cette antipathie, par l'abandon et la confiance la plus absolue dans le parti national; il laissa donc le pouvoir du gouvernement aux mains des catholiques sous rinfluence de Tarchevéque de Malines, son chef. Le mariage avec la princesse Louise d'Orléans révéla cette tendance; catholique, pieuse et sainte, elle correspondait à l'esprit religieux du peuple belge, elle était sa véritable reine. Si le prince Léopold, lié aux méthodistes d'Angleterre, ne pouvait abandonner la religion protestante, c'est parce que parent de Victoria d'Angleterre, sa conversion lut eût fait perdre la fiiveur du peuple britannique. Il chercha donc à tout concilier, soit par l'action de la reine sa femme, soit par un autre abandon du pouvoir aux mains des catholiques *•
Il avait parfaitement compris, en prince habile, l'esprit belge toujours mutin, désordonné, depuis les villes de métiers au XIV* siècle, très-désireuses des formes bruyantes de la représentation publique. Il laissa donc tout faire, toot dire aux Chambres, à la presse, sans s'inquiéter le mdns du monde de tout ce bruit; il devint une sorte de roi constitur tionnel et diplomate; aussi souvent à Londres, à Paris, qu'à Bmxelles, pour y apporter la concorde, la bonne harmonie, profondément pénétré de cette pensée qu'avec le peuple