‹ Les diplomates européensChapitre 73 sur 117 · Voit VEurope depuis Vavénement du roi Louii-PMHppt · texte numérisé non relu

Voit VEurope depuis Vavénement du roi Louii-PMHppt

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belge fl m fallait s'oocaper qoe des questions yéritaUement graves de politique générale, laisser ensuite le détail administratif à des ministres pris an sein des Chambres. Bientôt sa position devint très-délicate à la suite des protocoles qui fixaient les limites de la Belgique, et terminaient les différends avec l'Allemagne pour le Luxembourg, et avec les princes d'Orange pour le Limbourg. C'est alors que commence à se déployer cette dextérité de négociations qui fut si souvent employée au profit de la paix générale.

Voici quelle était la position du roi Léopold sous sa nouvelle couronne : les protocoles des grandes puissances ravalent reconnu et, pour parler plus exactement, l'a* Talent fait roi des Belges : il savait aussi que les cabinets étaient bien décidés à en finir avec les insolences de ftuxelles, si jamais elles échancraient l'Allemagne par le Luxembourg; les whigs eux-mêmes, les amis, les protecteurs de Léopold en Angleterre, avaient formulé ces proto* ooles que la conférence imposait à la Belgique et à son roi : pouvait-on imprudemment méconnaître ces forces prépondérantes et oser la guerre générale pour un caprice? Ceci était un c6té de la difficulté ; l'autre n'était pas moins grave : quand on gouverne une nation, il faut se garder de blesser trop profondément son honneur de peuple, sa dignité politique; or, le Sénat, la Chambre des représentants belges, toutes les opinions étaient soulevées contre les protocoles. Que devait donc faire ici le nouveau roi, placé entre les Vf. 40

iêê DIPLOMAtBS ËUROFËmfS.

conditlotis ImpéfatitM de TEtifope el les tovteê oplntoiifl de M Belgique profoodes et dessinées? S'il prenait parti pour TEtiro^e, il perdait sa popularité ; s'fi soutenait les opinions de la Chambre des représentants, c'en était fait de la bonne sittidtion etl Enrope. Ce fbt lè une des grandes diiBcaltés de raténédient du roi Léopold ; il s'en tira par nne patience flroldé et calme, par une stiite d'eiposés faits atec beanconp de Soin : le temps arrange beaaconp d'affaires ; de part et d'autre deS concessions furent faites , il démontra aux \m ses dangers de troubler la paiï européenne « aux autres la nécessité de donner quelque chose même aux exigences quand le but est utile et qu'il élite de tiolentêft secousses. Enfin l'affaire belge fut gagnée et les protocoles accomplis. A j[)Artir de cette époque i le roi Léopold conquiert une (loâition diplomatique importante; on a pu le voir et le juger à l'dËuvre, car il a conduit à bonne fin la négociation la pltis diffidie pour ceux qui savent et connaissent le caractère beige, têtu» emporté, inconsistant. Sans être parfaitement populaire, son gouvernement ne soulève aucnne haine ; on est indifférent à son égard^ et c'est beaucoup en Belgique; le caractère froid du roi Léopold, son éducation germanique^ contiennent parfaitement à son peuple ; il laisse faire et n'intervient que dans les cas politiques de quelqoe gravité ; à ses temps de loisir il allait visiter son cbdteau de Claremont, monument de ses souvenirs les plus diers; fl n'avait jamais cessé d'aimer ses habitudes anciennes; on

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excitait sa eolère en essayant de les briser; à cette aaarre bien de chastes déTOoements s'étaient brisés; il était chéri de la princesse Victoria, et son influence dnt grandir à Tavénement de la jenne reine.

Dès lors le cabinet des Tufleries vit en Ini nn moyen de rapprochement et d'intimité nouYcHe ayec TAngleterre; chaque fois que la question angkâse et française prenait une tendance aigre et sourent belliqueuse , on dut recourir à l'intervention amicale du roi des Belges. Depuis 1839 sortout ces différends avaient grandi ; tant qu'il y avait eu péril européen pour l'eiistence même de la Révolution de juillet» l'alliance anglaise avait été considérée comme un fait tellement nécessaire 9 que nul homme politique n'eAt osé s'en séparer. Mais, lorsque les périls fnreut passés , le cabinet français dut sentir que souvent il rencontrerait en face de lui l'Angleterre dans une ligne d'intérêts opposés; que , loin de s'éteindre par une 8ucoe»ion d'événements, les antipathies nationales prendraient têt ou tard plus de vivacité : qui pouvait répondre de l'avenir? Dans c«tte situation hostile et violente, il était heureux de trouver un intermédiaire calme, patient, un porteur de paroles trèsécoutées en dehors de la diplomatie régulière ; et c'est là ce qui créa une situation si belle, si capitale au roi Léopold. Quand il se présentait une difficulté qu'on ne pouvait aborder de front, le cabinet de Paris s'adressait au roi Léopold; celui-ci l'examinait sans préventions» avec beau-

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coup de justesse d'esprit , faisait les observations utiles, et il partait pour Londres où il était toujours accueilli. S'il n'avait pas un crédit immense parmi les tories, il connaissait le duc de Wellington, M. Peel, qui attachaient une grande importance à ses paroles ; ils les savaient l'expression da roi des Français; s'adressait-il aux whigs, panni eux il dominait en réveillant d'anciennes sympathies, et en commandant pour ainsi dire le respect de ses opinions.

La capacité du roi Léopold consiste surtout dans l'examen philosophique à la manière des publidstes allemands ^ il récapitule, avec une certaine précision, toutes les difficultés d'une question politique qu'il résout ensuite avec certitude; M. de Mettemich a dit de lui : a C'est quelque chose de M. Dupin parmi les rois , un bon légiste qui s'est adonnée l'arbitrage. d Dès 1808, l'empereur Alexandre l'employait comme un de ses aides de camp les plus habiles à bien connaître et explorer l'esprit des peuples et des cabinets; de fortes études l'ont mis à même d'aborder parfaitement les plus hautes difficultés de droit public. On sait qu'il parle des plus grosses affaires avec connaissance de cause; on l'écoute doue avec toute la gravité que mérite son opinion personnelle. La reine Victoria a toujours été impérative, colère, et comme elle porte une grande amitié à son oncle, on a besoin souvent de recourir à son intervention : personne en effet n'a exercé sur elle plus d'empire jusqu'à son mariage avec le prince Albert. Et, à son tour,

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qoaDd le cabinet anglais vent agir d*nne certaine manière snr l'esprit dn gouyemement français, c*est par Torgane du gendre du roi Louis-Philippe qu'il prépare les négociations les plus difficiles : le roi Léopold tient donc une posi* tioD admirable entre les deux gouvernements hostiles pour les rapprocher et les apaiser.

Je prends les afTaires à la plus grande crise d'alliance aoglo-firançaisè (mai 1839-août 1840). C'est Tépoque de la formation du ministère du maréchal Soult, au temps où la question d'Orient s'engage dans une voie tout à fait différente que celle de l'Angleterre et des puissances de l'Europe. Ce ministère tombe devant la crise, et il est remplacé par M. Tbiers; de là tant de 'folies*: ces armements, ce désordre d'idées, de principes, de mesures. La France se trouve dans le plus complet isolement. Au milieu de ces circonstances capitales, quel est le personnage qui s'engage i renouer les rapports presque éteints? encore le roi Léopold ; on le voit incessamment à Paris, à Londres ; la presse est hostile entre les deux pays ; on arme de part et d'autre; lord Palmerston jette ses dédains sur la politique française; tout cela inquiète, mais ne désespère pas le roi Léopold qui sait le dernier mot du souverain habile qui règne en France, et ce mot c'est la paix comme symbole de la civilisation : il ne veut pas la guerre; il en a préservé l'Europe durant dix ans; il ne prétend pas compromettre la sécurité des intérêts pour un caprice de ministre révolu-

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tiannaire. Ses paroles qu'il n'ose confier k penonne, tani )es esprits sont exaltés , il les exprime à son gendre, l'onde de la reine Victoria; 3 peut s'abandonner k lai afin de rassurer le gouvernement anglais, et lui dire qa*en défimtire toutes ces folies de If. Thiers n'aboutiront qu'au résultat nécessaire : les fortiGcations de Paris, expression symbolique d*un grand système répressif.

Ce ministère turbulent et niais du l'' mars txmbe comme un corps sans rie, et quand M. Guisot le remplaoe les choses marchent si naturellement que les liens d'une sériasse aliianoe se reforment. Alors la reine Yictoria, à FinstigatioB de Léopold, chose extraordinaire dans rbistcrire, mat visiter te château d*Eu comme témoignage de sympathie; c'est «ne entrevue que l'ancien liAte de dareraont a préparée comme un retour à l'entente cordiale. A Bruxelles, qu'elle visite ensuite, la reine Victoria est plus à rMse qa'i la cour d'Eu où pourtant on Ta si bien accueillie ; à Bruxelles elle est auprès d'un oncle chéri qui fa vue enfant , et dont elle se rappelle les paternelles bontés. Le roi Léopold Taccneille, la fête à la manière anglaise, comme elle le désire: et le palais de Lacken resplendit des armes de la reine : Allemagne, Angleterre, Belgique, symbolisent leur union par des chemins de fer et des traités de commerce '.

Presque immédiatement le roi Léopold vient à Paris; le prétexte est toujours d'accompagner la reine des Belges,

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