LB COMTE D*ABERDEEN
Napoléon. Ensuite elle proposait à l'Autriche une large frontière soit en Italie, soit en Allemagne, même la ligne de ristrie et de miyrie, de nature à considérablement l'indemniser de tous les sacrifices qu'elle avait subis durant les guerres de 1796 i 1809.
On comprend toute l'importance d'une telle mission pour le comte d'Aberdeen, qui avait alors à peine 33 ans. Le jeune tory apporta un zèle, une dextérité incontestables, dont lord Castlereagh lui sut un gré infini , car il agit avec adresse sur la question politique et financière. Sa correspondance est remarquable, non-seulement sous le point de vue des affaires , et l'appréciation de l'esprit général de l'Allemagne, mais encore comme résumé d'observations militaires : a L'empereur François II lui parait fort indifférent au parti de la guerre ; M. de Mettemicli est le temporisateur, comme toujours ; mais, selon lord Aberdeen, il y a an mobile qui agira malgré toutes choses et dominera tons les faits : c'est l'esprit ,.la tendance , la colère du peuple allemand. Ce peuple est justement indigné de la domination française; prêt à se soulever, il forcera la main à ses gouvernants s'ils ne se mettent à sa tète; désormais aucune digue ne pourra lui être opposée : l'astuce et la faiblesse de Napoléon, lui sont connus; il veut en finir avec le despotisme militaire. Ainsi c'est moins la corruption dans les cours qu'il faut favoriser par les subsides, que Tesprit allemand qu'il faut servir par une action habile, conijnue,
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enthousiaste. » C'est en se pénétrant avec profondear de cette pensée que le comte d'Aberdeen agit auprès du prince de Mettemich; il le presse et le détermine pour ainsi dire à une résolution que TAUemagne prendra sans lui, s*il ne veut pas la suivre. Chaque fois qu'il est question d'un traité , toujours le comte d' Aberdeen , ambassadeur d'Angleterre , parait dans les actes pour la Gxation des contingents et des ^sides.
A cette époque, dans la diplomatie, il fallait réunir trois conditions : (a science militaire, les habitudes financières, Tesprit négociateur. 1° La science militaire, parce que la plupart du temps, c'était en pleine campagne, sous les tentes, à côté des canons et des tambours , après avoir étudié la stratégie des généraux alliés, qu'il fallait négocier ou apposer le scel à un traité *. 2^ Les habitudes financières, parce que l'Angleterre, si puissante par ses ressources d'argent, allait, la bourse à la main, offrir partout des subsides, et qu'il fallait ainsi calculer les changes et les intérêts , stipuler le mode de paiement en écus, en marchandises manufacturées; assurer des conventions commerciales, le dernier mot des Anglais. Un traité de subsides était alors presque toujours accompagné
1. Rien ii*est plus curieux à consulter que les correspondances du duc de Wellington et de lord Londonderry; on peut y voir la triple action du goufernement anglais comme direction militaire, fliiancière, el diplona- Uque.
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d'une stipulation spéciale, qui ouvrait les ports des nations à l'industrie et à la marine britannique, de nuiniëre à compenser bientôt, par les bénéfices, ces sacrifices qu'on s'était imposés; presque toujours le change demeura favorable à l'Angleterre. 3"* L'esprit de négociateur; il fallait posséder à un haut degré, la dextérité, la ruse, la connaissance des hommes; et, à cette époque, le comte d'Aberdeen, jeune, actif, passait pour une des têtes les plus habiles, les plus complètes de la diplomatie.
Ce fut comme envoyé de la Grande-Bretagne que le jeui^e tory assista aux conférences de Tœplitz, si décisives dans l'histoire de ce temps ; il ne s'agissait pas seulement de préparer et de seconder les forces de la campagne contre Napoléon, mais encore de régler les diverses parts que chacune des puissances garderait, après la victoire obtenue sur Boni(>arte. Ce n'étaient certes que des éventualités, puisque le lion était debout encore ; mais il n'était pas sans difficultés d'amener l'Autriche, la Russie, la Prusse et la Suède à régler d'avance les bases d'un traité de frontières et de prépondérance, après les grands faits qui avaient bouleversé les rapports de FEurope ; en outre , il fallait fixer les contingents militaires, régler les subsides. Dans ces circonstances, les tories toujours généreux, parce qu'ils avaient avant tout le but capital d'en finir avec Napoléon , avaient presque donné carte blanche au comte d'Aberdeen.
Ces transactions, de 1813 et de 1814, qui remuaient
Mi DIPLOMATES EUROPÉENS.
TËurope, sont gigantesques quand on le3 compare ma petits traités accidentels de Tépoqae actuelle ; elles font agir, mouvoir le monde armé; elles décident de la paix ou de la guerre universelle. Dès cette époque , le comte d'Aberdeen ne quitte plus le quartier général où se trouvent les souverains en personne pour suivre la guerre ; il est accrédité auprès de leurs personnes à peu près au même titre que sir Charles Stewart (lord Londonderry) et le vicomte Gathcart.
La correspondance de ces trois agents supérieurs , aussi bien militaire que diplomatique, suit toutes les phases des événements, et lorsque le calme revient un peu , lorsque la victoire est assurée à la coalition , le comte d*Aberdeen reçoit le titre fixe et plus régulier d'ambassadeur extraordinaire près la cour de Vienne. C'est en cette qualité qu'il intervient en son nom dans les traités habiles qui font passer Murât des intérêts de Napoléon dans ceux de l'Europe armée, étrange oubli au cœur de Joachim, je ne dis pas seulement de la reconnaissance, mais de l'instinct politique. Le comte d'Aberdeen ne calcule rien pour obtenir un adhérent de plus à la coalition contre Bonaparte ; ici, afin de complaire au prince de Mettemich, il s'engage même au delà des instructions précises de son gouvernement et des prévoyances de l'avenir. Ce fut en effet une question trèsdélicate , soulevée dans le Parlement en 181ï, que celle de savoir si les traités avec Murât seraient maintenus ou si les
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Bourbons de Naples seraient restaurés *. Le congrès de Vienne décida la question contre Murât, et il fallut presque recourir à un subterfuge pour désavouer, en plein Parlement, les actes signés par le comte d'Aberdeen avec la cour de Naples. Son rang à Vienne, sa qualité d'ambassadeur d'Angleterre, lui donnèrent une importance considérable dans les événements de 1813; le comte d'Aberdeen, même tout jeune, était plutôt un esprit solide qu'une imagination brillante; sa tournure, ses formes, n'avaient rien de ces traditions aristocratiques qui distinguent le corps diplomatique anglais, et qu'on rencontre an dernier point dans le vicomte Patanerston et le marquis de Normanby. Son influence venait surtout de la fermeté de son esprit, d'une ténacité d'idées que lord Castlereagb appréciait beaucoup, et dans l'activité féconde qu'il avait déployée depub 1813 ; on le voit en effet assister à tous les traités, à tontes les transactions qui se préparent : le prince de Mettemicfa invoque son témoignage chaque fois qu'il veut rappeler et constater l'opinion de l'Angleterre en présence des plénipotentiaires de Napoléon.
Lorsque M. de Saint-Aignan à Francfort fut admis à écouter le dernier mot de l'Europe , sur les conditions imposées à Napoléon , le comte d'Aberdeen était présent, et donna son avis conune l'image de lord CasUereagb; chaque fois donc que le chef du ministère vient sur le continent,
t. Mont avait négocié avec Umt le monde.
le comte d'Aberdeen s'efTace : il ne se présente plus qae dans les négociations secondaires, dans ce que j'appellerai les apparences d*afraires destinées à masquer les desseins définitifs, et ce ne (ut réellement qu'une apparence colorée que ce congrès de Cbâtillon, qui aboutit à une rupture définitive et au traité militaire de Chàumont. Ce traité fixa les contingents et tes subsides dans lé cas d'une guerre prolongée avec la France ; le comte d'Aberdeen y représenta TAngleterTe , et lord Castlereagh , alors sur le continent, n*y intervint en nom que pour le ratifier.
Après les événements considérables de 181ï» durant la longue administration de lord Castlereagh (rhonmoe d*Ëtat éminent), le comte d'Aberdeen ne tint que la seconde Egne diplomatique , s'associant avec Fermeté à ce système répressif, que les tories alors considéraient comme un grand moyen de conservation pour l'Europe entière. 11 vécut i Londres, tout occupé de sciences, de fantaisies voyageuses, et il faut rappeler ici une circonstance qui entra plus dans le cercle de la vie littéraire, que dans la carrière politique de lord Aberdeen. Jeune homme, il avait fait le voyage de la Grèce antique; comme tous les Anglais de distinction, oiseaux mélancoliques , il avait visité les ruines et s'était assis sur les débris du Parlhénon de Minerve. A son retour dans sa patrie , le comte d'Aberdeen fonda une société d'élite appelée le club des Voyageurs athéniens^ c'est dire qu'elle ne devait se composer que des toariitet qui ênieat