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LE COMTE SÉBASTIANI

lence et une supériorité si grande, qu'ils posèrent enfin cet ultîmatumau sultan; «la Porte devra renvoyer l'ambassadeur de France» ou bien une flotte anglaise traversera les Dardanelles» et viendra foudroyer ConstantinopIe.0 Le divan hésitait encore, que déjà on vit apparaître Tescadre sous le pavillon britannique, hardie, magnifique, se déployant à Tembou* chure des Dardanelles; des vaisseaux de ligne, des frégates de toutes dimensions, arborèrent les pavillons de combat, sous les signaux répétés de l'amiral. Les Dardanelles forment un canal étroit, comme une longue rivière qui sépare la Méditerranée de la mer de Marmara, où s'ouvre le Bosphore, dont l'aspect splendide excite Tadmiration ! L'entreprise la plus périlleuse pour une escadre est donc de franchir ce long goulet, où des batteries à fleur d'eau croisent leur feu; l'escadre anglaise n'hésita pourtant pas; comptant sur l'apathie des Turcs, elle fila en canonnant à toutes bordées, les batteries abandonnées par les gardes-côtes. Bientôt la flotte britannique parut devant Constantinople pour soutenir l'ultimatum de l'ambassadeur d'Angleterre ; l'effroi était partout; Sélim, entouré de ses femmes et de ses esclaves, faiblissait à vue d'œil, lorsque le général Sébastiani, à l'aide dejiuelques officiers français, releva le courage du sultan et de ses troupes efféminées ; les janis«saires furent convoqués au bruit du tambour, et l'étendard du Prophète levé comme au temps des périls; on proclama la guerre sainte. En peu d'heures, des batteries formidables

tarent construites, et la canonnade commença contre Tescadre anglaise avec une .telle vigueur, que ces vaisseaux, si fiers naguère, furent obligés de regagner le détroit pour se mettre à Tabri ! Constantinople Tut sauvé I

Cette conduite du général SéiMstiani lui fit un grand honneur militaire et diplomatique * ; an fond , elle n*eol aucun résultat pratique; VAngteterre, toujours maltresse à Constantinople, dans le divan, parmi le peuple, prépara la révolution qui renversa Sélim du trône pour y placer un autre sultan. D'ailleurs les secrets des étranges entrevues de Tilsitt et d*Erfurth entre Alexandre et Napoléon, révélés par l'Angleterre à la Porte, contribuèrent à briser Talliance de la Turquie et delà France. Dans ces entrevues des deux souverains, en effet, on s'était partagé le monde ; Bonaparte accordait à la Russie la Moldavie, la Yalachie et même Constantinople; lui, prenait la MacédoineetTÉpire pour les réunir à la Dalmatie ; véritable démembrement de l'empire turc. L'Angleterre, toujours très-bien informée, s'était procurée un récit circonstancié de ces conférences, et à Pétersbourgce n'était pas difficile; elle communiqua au divan ces articles secrets, même en commentant le texte, et de telles révélations annulèrent l'ambassade du général Sébastiani, qui reçut un commandement pour l'armée d'Espagne, dans le corps destiné à occuper TAndalousie. dur cette campagne,

1. M. de Gli&teaubriaDd , dans son Itinéraire de Paris à Jérusakm, fait le plus grand éloge du général Sébastiani.

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dans un {mys tout de lauriers-roses, d'orangers, de citronniers et de figues d'Afrique, bien des chroniques nous sont reTenues. Dans l'Andalousie, le général trouvait encore les mœurs des Maures, les traces de cet Orient dont le souvenir caressait amoureusement son cœur et ses sens ; il vivait dans l'Alhambra, au milieu des parfums, mollement couché sur des tapis, dictant des bulletins de campagne qui excitaient an peu la colère de l'Empereur. Comme je n'ai pas mission de suivre la partie militaire, je me hâte de dire que le général Sébastiani servit avec distinction jusqu'à hi chute de FEmpire. Sous la première Restauration, le général rentra dans la vie privée, et il ne prit aucune part aux premiers actes d'un gouvernement qu'il n'avait pas souhaité et qui, de son côté, n'avait aucun désir de se rattacher le général Sébastiani,

La vie de négociations politiques et parlementaires com-> menfa de nouveau pour lui dans les Cent Jours; comme il arait un peu à se plaindre de Bonaparte, il se plaça dans le parti de l'opposition libérale, que dirigeait M. de Lafayette, parti eunuque, qui ne se souciait pas de l'Empereur, et ne voulait pas de Louis XYIII; il fut un des adhérents à cette opinion mixte qui déjà appelait la réalisation du chiffre de 1688. Il ne faut jamais oublier (pour s'expliquer les événements postérieurs) que des insinuations trèsactives, en 1815, voulaient assurer le trône à la branche cadette. UM. de Valence, de Pontécoulant, Sébastiani,

groupèrent un parti qui voyait dans Tavénement de la maison d'Orléans la solution du problème d'alliance entre les intérêts révol utionnaires et les idées de conservation ou d'ordre européen. C'est dans ce but très-avoué, je crois, que les plénipotentiaires de la Chambre des représentants vinrent à Haguenau; il y eut sur ce point des causeries fort explicites avec le duc de Wellington ; et de là datent les rapports du comte Sébastian! avec M. le duc d*Orléans, qui au reste, à cette époque , repoussait toute pensée d'avénement ; alors il eût été un complot, il fallait attendre qu'il fût une nécessité. Après les Cent-Jours accomplis la réaction de 1815 commença; le général Sébastian! s'exilant lui-même, habita l'Angleterre jusqu'en 1819, où son nom avait acquis une certaine renommée. Possesseur d'une fortune considérable que son alliance avec la famille des Coigny avait augmentée encore, il put y voir une société aristocrat ique, parmi les ^v^higs, spécialement lord Grey, lord Holland, lord Ponsonby . Il s'y fit des amis qu'il retrouva plus tard dans son ministère. En 1819, il rentra en France; on était alors en pleine voie dans le système libéral, et, sous prétexte de rallier les esprits, M. Decazes nomma M. Sébastiani président du collège électoral de la Corse, où il fut éhi député. Voici une nouvelle phase de la carrière de M. Sébastiani, celle de la tribune déclamatoire telle que la gauche la comprenait, sujet d'éternel repentir pour ceux qui depuis ont touché le sérieux des affaires ; c'est la partie la plus médiocre

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delane du comte Sébastian!, celle qui doit eiciter aujourd'hui en son Ame un sourire dédaigneux. Le député d*Ajaccio n'avait ni lorgane retentissant et méridional du vulgaire Manuel , ni la phrase pompeuse et sonore du général Foy, ni l'improvisation bilieuse et saccadée de M. Périer, ni la parole satisfaite d'elle-même du financier H. Laffitte. C'était un simple et un peu prétentieux orateur qui venait débiter chaque année les lieux communs de la gauche, en attaquant avec tant d'injustice la Restauration qui avait sauvé le pays livré à l'étranger par les Chambres des Cent-Jours. Il y avait chez lui une grande nonchalance « un dandysme de forme, an soin excessif de sa personne; il arrivait toujours à la Chambre en gants jaunes, en se posant drapé ; et comme il n'avait rien qui pût faire du bruit au dehors, il en était à soupirer après les éloges des journaux libéraux. Quand l'histoire impartiale viendra pour tous, elle fera un triste tableau de cette opposition de gauche pendant quinze années: elle empêcha le vote des projets les plus utiles pour le pays en déclamant contre tout ce qui était grand et généreux ; elle mentit à la France sur la noble destinée de cette maison de Bourbon qui; dans ses branches diverses, avait fait les grandeurs de la patrie et les ferait encore. Ainsi le général Sébastiani fit de l'opposition à la campagne d'Espagne (1823) destinée à renouer le pacte de famille contre l'Angleterre ; il s'opposa à la réduction de la dette publique ; les libéraux empêchèrent le développement des meilleures nr. 46

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pensées de diplomatie ; il ne dépendit pas d*eux que la conquête d'Alger ne fût manquée. Le général Sébastian! acquit de Timportance dans son parti. Je passe sur tous ces détails pour arriver à Tépoque du ministère de M. de Martignac, pendant lequel le comte Sébastian! fut appelé è jouer qd rôle de quelque puissance. Si le roi Charles X avait des répugnances personnelles, des opinions vives et très-prononcées, il estimait ceux qui avaient la franchise et la lo janté de leurs principes; ses colères , il les réservait pour les renégats, pour les royalistes défectionnafres qu'il croyait relaps à leur parti, et au roi qui s'en proclamait le chef. Aussi eût-il préféré M. Casimir Périer ou M. Sébastian! poor ministre , h MM. Chateaubriand, Agier, ultras naguère, et qui selon le roi étaient passés à d'autres opinions *. Toutefois , spécialement pour le général Sébastian! , il y avait on antécédent que Charles X ne pouvait pardonner , c'étaieot les négociations de Haguenau en 1815, destinées à repousser la dynastie légitime; puis la répugnance qu'alors le général avait montrée pour la maison de Bourbon. Ce souvenir, H de Martignac voulait le faire oublier; un rapprochement devait avoir lieu, et la paii se signer. M. delà Ferronays n'était pas éloigné de confier une ambassade au général Sébastian!, qui, je crois, se serait franchement rallié. La question d'Orient animait toutes les têtes, on savait les fermes antécédents du général Sébastian! à Con-

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