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LE COMTE SÉBASTIAN!, i43

stantinople, etCharies X, qui aimait tout oe qui pouvait faire respecter ia France et son n<Me pavillon , n'aurait pas hésité à conier l'ambassade de Turquie au général Sébastiani, si le parti de la gauche avait voulu accepter enfin son gouvernement. Je crois que la négociation se suivait par la famille de Coigny, si étroitement alliée au général Sâ>astiani ; et pour l'essayer, il fut désigné pour faire le rapport sur les crédits supplémentaires demandés par le comte de La Ferronays. A ce moment la position parlementaire était telle, qpe la négociation devint difficile, et la gauche unie au centre gauche montra tant d'exigence, une volonté si tenace , que toute transaction fut repoussée. Il s'agissait delà loi départementale; le projet du gouvernement conservait l'organisation actuelle, avec les conseils d*arrondissement tels qu'ils existent. La commission désigna le général Sébastiani pour rapporteur, et par une contradiction qui doit paraître aujourd'hui bien étrange, elle insista pour la suppression des conseils d'arrondissement, ce qui était bouleverser l'administration tout entière. Cette opinion eut la majorité; le projet fut retiré par le gouvernement, circonstance qui amena la chute du ministère de M. de Hartignac.

Ce qui jette à jamais un grand mépris sur les opinions de la gauche, c'est que le gouvernement d'aujourd'hui, composé en majorité de l'opposition au projet Martignac, précisément a maintenu les conseils d'arrondissement, et le

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général Sébastian!, qui les avait attaqués à ce point de faire tomber ie ministère, les a soutenus depuis avec un sens trë»droit et des raisons parfaites. Tant il est vrai que dans tons ces débats parlementaires , il s'agit moins de principes que de querelles politiques 1 Au demeurant, le système représentatif n*est qu'une lutte ambitieuse entre les hommes pour se disputer le pouvoir, et ce sont là les institutions qui ont remplacé notre forte et grande monarchie.

Je dois dire qu'à cette époque (et ceci à l'éloge du général Sébastiani), ii n'était point hostile à la branche atnée des Bourbons qu'il avait même complètement acceptée. Les tôtes sérieuses étaient revenues sur bien des illusions ; le général avait de la fortune, un grand besoin de luxe, un juste désir de prendre part aux affaires : une révolution nouvelle lui faisait peur, il en avait assez de la première; et comme elle l'avait comblé de faveurs, il voulait se reposer dans ses bras, un peu la caresser ; enfin prendre une position avec la dynastie, parce que l'existence de la maison de Bourbon lui paraissait un grand gage donné à la paix du monde. Aussi, à Favénement du ministère sous le prince de Polignac, le général Sébastian! a des inquiétudes, et je dois le dire, ce n'est pas pour la liberté publique; il sait bien que dans ce pays de France, cette liberté ni ne s'abdique, ni ne se perd; la liberté est dans nos mœurs, dans nos manières, dans notre façon d'être ; mais ce que le général craint surtout, c'est que M. de Polignacne soit entraîné parla

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force des choses è un coup d'État. Or, an coup d*État pour lai a deux inconvénients. S*il réussit, comme il sera fait contre les hommes de la gauche, les voilà de nouveau tous et pour longtemps hors de cause, rejetés de la tribune et de la presse , et alors que devient son importance? les révolutionnaires de 1829 seront un peu comme les jacobins après le 18 brumaire , cette journée que le général Sébastiani avait appuyée du sabre de ses dragons : de quoi pourrait-il se plaindre ? Si le coup d'État né réussit pas, alors conune conséquence naturelle il y aura une révohition , et le générai Sébastiani en a plus peur que du triomphe des royalistes; homme riche, élégant, et de bonnes formes, il redoute de voir encore cette grande carmagnole des rues, ces saturnales qui pourront se terminer par le pillage et le nivellement de toutes les fortunes. 11 en a peur, parce que une révolution porte toujours avec elle-même un avenir inconnu, un mystère de désolation et de sang. |

Cette conviction profonde explique la si honorable conduite du général Sébastiani au moment de la révolution de Juillet. Avec tous les hommes de valeur et de consistance, il redoute le renversement de la maison de Bourbon ; il |

voudrait un arrangement, une transaction ; tous ces systèmes inventés par le journalisme insurgé, les protestations, | les actes d'insolence contre le pouvoir, lui inspirent crainte | et dégoût ; il ne veut ni déchéance ni commission gouvernementale de l'Hôtel de Ville ; il invoque le pouvoir de

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Charles X, qu'il reconnatt comme seul légitime et légal. Honneur à luU il oe croit pas à la Chambre le droit de changer la dynastie, avant d*y être contrainte par la aupréme loi, la nécessité. 11 se pose en homme régulier, parce qu'an demeurant c'est on esprit d'ordre et de fermeté qui ne ve«t pas se compromettre ni compromettre le pays. Mais lorsqu'il voit tant de faiblesse dans la cause vaincue et le roi Charles X s'abandonner lui-même, lorsqu'il voit l'anarchie prête à déborder, quand tous les esprits sérienx et de baate politique cherchent une solution à la crise, une fin à cet état de danger et de désordre, le général Sébastian! adopte avec fermeté la lieutenance générale du royaume, pnis la royauté du 9 août qni fut longtemps on martyre avant d'être on pouvoir et une gloire.

J'ajoute que ce résultat lui platt de souvenir et d'affection; dès 1815, avec ses amis les plus intimes, il a désiré et préparé cet avènement ; c'est donc avec joie qn*il se rallie à l'idée d'une révolution calme, pacifique, de 1688, sons le prince habile qui est appelé à restaurer la monarchie. Sans doute, à mesure que la Restauration s'affermit (de 1818 à 1825) , cette idée s'est modifiée, altérée, perdue ; mais an moment où les circonstances d'un 1688 se produisent d'ellesmêmes comme une solution à la crise bouillonnante, le général Sébastian! l'accepte avec empressement et y pousse de tous ses moyens. A cet instant commence pour lui une vie active ; il se fait avec honneur le nepvésentant de la parole

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du roi 9oU auprès des Oiambres, soit auprès du corps diplomatique. S'il n'a pas ud esprit supérieur, spontané, il a le mérite de le reconnaître et de se .placer aux ordres du prince appelé à gouverner; il met sa renommée, sa gloire à le servir, à se faire l'interprète de ses volontés; et en cela il retrouve toutes les formes de l'école impériale de sa nature essentîelleoQ^eDt obéissante ; TEmpereur ne voulait pas d'observation; il élevait les hommes dans un culte d'admiration pour lui , avec cette résignation passive qui assouplissait les corps et les cœurs; c'était par un grand mensonge que, sous la Restauration , le parti militaire de l'Empire s*était fait libéral, lui si despote, si donneur de coups d'éperon et de cravache. Cette fois donc, en 1830, et dans ses rapports avec le nouveau prince, le général Sébastiani se trouvait en parfaite harmonie de caractère. Passif, il obéissait à une pensée plus haute que la sienne, et mettait toutes les facultés de son esprit à bien remplir les missions de confiance qu'on lui donnait; alors elles furent nombreuses, surtout auprès du corps diplomatique.

Le général se trouvait dans une position particulière et délicate à l'égard d'un homme d'État très-influent dans les premières négociations pour la reconnaissance de la monarchie du 9 août, je veux parler du comte Pozzo di Borgo. Lui et M. Sébastiani étaient Corses, voisins de montagnes, séparés d'opinions et de vendetta. Sébastiani s'était voué aux Bonaparte , Pozzo di Borgo s*était fait leur ennemi, et

cette liaine, en 1830, pouvait devenir une véritable affaire d'Etat, car Pozzo oubliait souvent la diplomatie quand il s'agissait de souvenir»^ de ressentiments» de sa Corse adorée et du grand Paoli. Ce fut donc une rude tAche du roi Louis- Philippe, que de concilier ces deux montagnards dont les yeux brillaient en se regardant, malgré les politesses et à travers les somptuosités des salons de Paris. Jamais même Pozzo n'oublia parfaitement sa première vendetta ; il se raillait du comte Sébastian!, le traitait d'une certaine hauteur d'esprit et d'habileté qu'incontestablement il avait sur son compatriote ; le comte Pozzo était une intelligence active , un des premiers diplomates de l'Europe, le comte Sébastiani une capacité de second ordre, esprit doux, conciliant, un peu trembleur dans toutes les situations belliqueuses ; et Tambassadeur aimait ft raconter combien de fois il avait vu le comte Sébastiani plein de crainte et de terreur devant les moindres événements européens. (Le souvenir de 1815 était là.)'Le comte Pozzo savait exploiter les craintes pour l'intérêt de son gouvernement '.

Dans le premier ministère formé par la révolution de Juillet, combinaison mixte et singulière qui faisait la part à tout le motide, le comte Sébastiani reçut le département de la marine, poste secondaire dans cet étrange cabinet où siégeaient, à côté les uns des autres, le duc de Broglie et M. Laffitte, M. Guizot et M. Dupont (de l'Eure): esprits

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