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tontes les fidâités aux dynasties : les pères demeurent inébranlables au milieu de toutes les ruines; leur vieille loyauté se complaît à suivre le système qui a fait le bonheur et je dirai aussi Thonneur de leur vie : qui pourrait s*eu plaindre? les vieux chênes bravent les tempêtes et résistent à tous les vents; mais les vieillards ne veulent pas, ne peuvent pas enqiècher leurs 61s de suivre une direction plus jeune, noieux en rapport avec leur intérêt et leur ambition. Si donc le marquis de Sainte-Aulaire restait fidèle à ses convictionst à ses princes, son fils, élève de TÉcole polytechnique, pouvait, devait s'associer au gouvernement nouveau, gouvernement, au reste, qui comblait de bienfaits Tandenne noblesse ralliée et laissait en dehors de lui-même peu de chance à la résistance d'opinion.
A ce moment où Ton formait une cour avec les débris de Tancienne aristocratie, le nom de Sainte- Aulaire n'échappa point à Tempereur Napoléon ; et, sans le désirer, peut-être même avec quelque répugnance, le jeune marquis fut nommé chambellan , poste de politesse et de cérémonie dans le palais. Je me suis souvent amusé à parcourir un petit livre, rare aujourd'hui, que Ton trouve dans quelques bibliothèques privilégiées; c'est la hiérarchie et l'ordre du palais impérial dressés avec un soin extrême par je ne sais quels grands maîtres des cérémonies. Jamais Louis XIV, dans toute sa splendeur, n*avait multiplié avec autant de soin les étiquettes, les dignités , les charges purement ho-
Mi DIPLOMATES EUROPÉENS.
norifiqnes da palais, depuis le grand maréchal et la coiinétablie jasqa*au dernier degré de l'écurie et de la Taletaille; tout cela était réglé, compassé ; les pas étaient marqués, les salutations indiquées; c'était merveflle de ?oir Cambacérès, Regnault de Saint-Jean d'Angély, parvenus de la veille , s'entourer de tous les souvenirs de la gentilhomerie que la Révolution avait brisés avec ce qu'ils appelaient les abus. Le titre de chambellan était de tradition germanique et de haute féodalité ; introducteurs dans le palais, hauts commissaires de l'étiquette, ils accompagnaient les rois d'un jour, les princesses de fortune ; témoin le marquis d'Aligre ! le représentant d'un vieux nom parlementaire obligé de porter les petits souliers de Caroline Bonaparte dans ses poches.
Aussi pour M. de Sainte- Aulaire le titre de chambellan ne put et ne dut être qu'un passage; il demanda bientôt à l'Empereur de servir dans l'administration, et il fut nommé préfet de la Meuse, département alors presque au centre de la France , dans les larges frontières de l'Empire. Les fonctions de préfet se résumaient à cette époque dans la conscription et l'impôt ; la levée nombreuse des conscrits était le premier devoir : fournir de la chair & canon, comme le disait madame de Staël dans son style amer et sanglant, c'était le premier devoir envers S. M. l'empereur et roi; avec les conscrits, l'impôt levé durement; puis venait le soin des administrés , et quelques-uns des préfets de l'Empire
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ftireot à ce point de vue très-supérieurs. M. de Sainte- Aulaire sot unir les devoirs rigoureux imposés à la situation aux formes polies de rhomme du monde. Il est une remarque déji fiiite : sous Napoléon, il y avait deux sortes de préfets : oeux qui venaient de la République et de la Convention même, sans politesse, sans indulgence, faisant leur devoir avec la rudesse du temps des proconsuls ; ceux qui venaient de l'ancienne aristocratie, tels que MM. de Sainte-Anlaire , Saint-Aignan, de Barante, et ceux-là « en faisant aussi leur devoir, y apportaient les ménagements qui pouvaient les adoucir.
Nommé préfet delà Meuse par TEmpereur en 1813, M. de Sainte- Aulaire y resta jusqu'à la Restauration, -qui le fit passer à la Haute-Garonne , un peu le pays de la famille Beaupoil du Limousin. Lorsque les Cent-Jours éclatèrent, M. de Sainte-Aulaire, très-prononcé pour les Bourbons, évita néanmoins la guerre civile, par la modération de ses actes, tout en envoyant sa démission, fondée sur le serment qu*il avait prêté à Louis XVIIL Dans la réaction royaliste de 1815, H. de Sainte-Aulaire ne reprit pas sa préfecture , le parti triomphant l'accusait d'équivoque et de tiédeur dans la dernière lutte ; alors il fut élu à la Chambre de 1815, et se plaça immédiatement sur le banc de la résistance qui appuyait la politique modérée de M. Détaxes, bien décidé à empêcher les folies et les excès des réactions : tel est le caractère d'indulgence de ceux qui
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ont beaucoup soufTert. M. de Sainte-Aulaire ayait vu le Midi si profondément agité, il avait assisté à quelqaes-4ines de ces scènes sanglantes du mois de juin 1815» dont le parti royaliste eut à s*accoser ; et ces scènes, il les avait hautement blâmées. De son côté , le parti royaliste ne lui pardonnait pas les expressions tempérantes et modérées de sa proclamation de préfet au retour de Napoléon , et bien qu*il fût par sa famille * et ses antécédents un des membres de Taristocratie du Midi , on le classa déjà parmi les nobles libéraux ; j'ai presque dit parmi les révolutionnaires.
Je rappelle que M. de Sainte-Aulaire avait épousé en premières noces mademoiselle de Seiglières de Soyecourt, la noble fille d'un gentilhomme de grande naissance, qui, comme dans les jours de l'ancienne chevalerie, avait gagné le cœur dune princesse et l'avait épousée; mademoiselle de Soyecourt mourut ne laissant qu'une fille (la duchesse Decazes actuelle), et M. de Sainte-Aulaire épousa en secondes noces tnademoiselle de Grimoard de Beauvoir du Roure-Brison , également d'une bonne famille. M. de Sainte-Aulaire devait donc naturellement prendre sa place dans la haute aristocratie. Son père n'était-fl pas l'ancien page du roi Louis XY , que Louis XVIII élevait à la pairie comme un bon et fidèle serviteur ; autour de lui tout était royaliste ou émigré; ses oncles, les Sainte- Aulaire, les Noyan Bretons ardents, avaient pris part à tous les complots contre la Révolution française ; mais la
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tempérance naturelie de son esprit, la nature Tatale des événements auqaels il avait assisté , son antipathie pour tous les excès , le firent constanunent asseoir sur les bancs de la résistance dans la Chambre de 1815, et de là les premières liaisons de IL de Sainte-Aulaire avec M. Decazes.
L'ordonnance du 5 septembre ayant ramené Tâge de quarante ans pour la députation , M. de Sainte*-Aulaire, qui n'en avait que trente-neuf, ne se mit pas sur les rangs ; il ne fut nommé qu'aux élections de 1818 sous l'influence ministérielle; il se montra esprit gouvernemental, très-apprécié par Louis X?!!! , qui voulut lui-même préparer le mariage de sa fille, et la désigna pour son ministre favori , le comte Decazes, alors ministre de l'intérieur. Mademoiselle de Sainte-Aulaire, je le répète, était issue du premier mariage, de mademoiselle de Soyecourt, et par conséquent héritière d'une grande fortune et d'une origine plus grande encore. Dès ce moment , M. de Sainte-Aulaire se plaça politiquement dans le système de M. Decazes , sur la lisière du centre gauche , où il siégea avec constance ; s'il ne prit pas souvent la parole dans la Chambre , il exerça une certaine influence par la modération de son caractère et la politesse de ses rapports. Dans une circonstance solennelle pourtant, lorsque M. Clausel de Coussergues, honnête homme certes, mais ardent de convictions comme tout le parti royaliste , vint formuler contre M. Decazes Taccusation d'être l'auteur ou ie complice de l'horrible attentat conunis contre le duc
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de Berry , M. de Sainte*Aulaire, à la tritmiie, lai dit anrec coarage : <r Monsieur, vous êtes un calomniateur. »
A cette époque d'ardente action royaliste, M. de Sainte- Anlaire fut donc en butte à tous les traits d'une opinion puissante, honorable et souleyée ; il n'était point un homme de lutte et de combats journaliers, et pour passer un temps d'épreuve, il se consacra aux lettres, tradition de sa famille. Dans toutes les époques de sa vie, il avait toujours eu un goût passionné pour l'histoire. On était alors à cette époque si brillante de sciences, de travaux, de belles et grandes œuvres (de 1823 à 1829), sous l'action de l'ordre, de la paii,de la légitimité. MM. Guizot, de Barante, Villemain» Chateaubriand, consacraient toute leur intelligence au service des lettres. M. de Sainte-Aulaire paya son tribut à la muse de la patrie en publiant Y Histoire de la Fronde, si piquante d'anecdotes , d'un indicible attrait de rédts, résumé de longues lectures : un gentilhoname se faisait le chroniqueur avec un charme indicible, de ceux que ses pères avaient connus, des événements auxquels ils s'étaient mâés; seulement, comme l'époque dans laquelle leur fUs écrivait était essentiellement parlementaire , il fit trop dominer l'esprit du parlement dans son livre '. II est impossible de détacher une œuvre du temps ou elle a été écrite, et l'on voit
1. On me reprochera peut-être à moi-même d*avoir trop été le partisan de Mazarin et trop dessiné contre Tesprit parlementaire dans mon travail sur RieheHêu et JfEi««rifi.