‹ Les directions pontificales, politiques et socialesChapitre 4 sur 8 · QI · texte numérisé non relu

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Romano ; au mois d'août, par une mission donnée auR. P. Sébastien, Abbé général de la Trappe, et au R. P. Picard, Supérieur général des Assomptionnistes, pour qu'ils redisent ses directions aux évêques et aux hommes influents du parti catholique.

La direction était toujours la même, répétée sous des termes différents. Le ier mars, le Saint- Père disait : « Vous venez de Nous rappeler, Monsieur le Cardinal, ce qu'un zèle prudent Nous a conseillé de faire, il y a quelques années, relativement à Nos fils de France. Dans les mesures prises à leur égard, Notre but, qui était d'assurer les grands intérêts spirituels, planait au-dessus de la politique et de ses querelles. Ce que Nous avions et ce que Nous avons uniquement à cœur, c'est de bannir la discorde des esprits, qui est non seulement inféconde, mais nuisible à la cause de la religion et de l'Eglise. A cet effet, un simple conseil général eût été insuffisant et inefficace ; il fallait le corroborer opportunément par des règles pratiques. C'est pourquoi nous indicâmes le terrain constiUitionnel et légal, où chacun devait coopérer au bien commun, religieux et moral.

Chez beaucoup, le bon sens et la bonne volonté secondèrent ces indications ; mais si la concorde était pleine et entière, si l'action était uniforme, quelle abondance de fruits n'en recueilleraient pas la France et l'Eglise ! »

Dans son mandement de Carême,, Mgr Mathieu, archevêque de Toulouse, avait dit : « Le Souverain Pontife a parlé avec une clarté et une autorité qu'aucun catholique ne saurait méconnaître. Rappelant la doctrine énoncée par les Apôtres et la conduite tenue par les premiers chrétiens, il nous détourne de prendre à l'égard des pouvoirs constitués une attitude d'opposition systématique, qui nous réduirait à l'impuissance en donnant à nos revendications les pius légitimes un air de sédition et en nous aliénant irrévocablement la foule, qui a manifesté tant de fois son attachement à la forme de gouvernement sous laquelle nous vivons...

« Notre attitude est donc nettement tracée : ni sédition, ni servilité, respect des convictions intimes de chacun et des grands souvenirs du passé, mais soumission sincère à la Constitution, voilà précisément le terrain sur lequel, tout dis-

sentiment politique mis à part, les gens de bien doivent s'unir comme un seul homme, pour combattre, par tous les moyens légaux et honnêtes, les abus progressifs de la législation. Voilà ce qu'on appelle la politique de Léon XIII. Nul ne saurait la lui reprocher, car c'est celle du bon sens, de la tradition et des intérêts sacrés dont la défense lui est confiée. »

Le Saint-Père avait goûté ce mandement, dont il avait reçu un hommage. Le 26 mars, il écrivit à Mgr Mathieu : « Vous l'avez compris et vous le faites bien entendre dans votre lettre, Nous n'avons jamais voulu rien ajouter ni aux appréciations des grands docteurs sur la valeur des diverses formes de gouvernement, ni à la doctrine catholique et aux traditions de ce Siège apostolique sur le degré d'obéissance dû aux pouvoirs constitués. En appropriant aux circonstances présentes ces maximes traditionnelles, loin de Nous ingérer dans les questions d'ordre temporel débattues parmi vous, Notre ambition était, est et sera de contribuer au bien moral et au bonheur de la France, toujours fille aînée de l'Eglise, en conviant les hommes de toute nuance, qu'ils aient pour eux

la puissance du nombre, ou la g-loire du nom, ou le prestige des dons de l'esprit, ou l'influence pratique de la fortune, à se grouper utilement à cette fin, sur le terrain des institutions en vigueur. y>

La note officieuse de Y Osservatore Romano, du 14 juin, est encore plus formelle et plus claire, s'il est possible. D'après cette note, le Pape nous permet de garder nos préférences relatives au meilleur système gouvernemental, s'il s'agit de préférences théoriques, & ordre spéculatif. Il ne nous défend pas non plus de conserver nos seiitiments intimes, concernant les souvenirs dupasse. Mais il déclare, contrairement aux assertions constantes des sectaires et des réfractaires, que les diverses formes du pouvoir, y compris la forme républicaine, sont compatibles avec les principes de la raison et les maximes de la doctrine chrétienne. Le bien commun, dit-il, impose aux catholiques V acceptation du gouvernement établi. Ce gouvernement nous ne devons le combattre, ni de façon directe, ni de manière indirecte. C'est sur le terrain constitutionnel qu'il faut nous placer. Nous enlèverons ainsi aux persécuteurs le prétexte qui

leur a tant servi pour opprimer l'Église en invoquant la nécessité de défendre la République, et nous travaillerons plus efficacement, unis aux citoyens honnêtes de toute nuance, à l'amélioration des lois.

Enfin, dans les instructions transmises aux évêques et aux plus notables catholiques par les Supérieurs généraux de la Trappe et de l'Assomption, le Saint-Père résume de nouveau ses enseignements sous cette formule abrégée :

« Accepter loyalement le pouvoir établi, par conséquent la République, et faire campagne au profit de l'Eglise et de Tordre social sur le terrain constitutionnel ;

« Contracter sur ce terrain les alliances nécessaires ;

« Comprendre que des réformes sont à faire en matière économique et sociale, aller au peuple, seconder les bonnes tendances de la démocratie chrétienne ;

« Approuver en principe les candidatures ecclésiastiques et dans la pratique n'en pas abuser ;

« Blâmer, au lieu de les écouter, les journaux qui, tout en se déclarant catholiques, contrecar-

rent plus ou moins ouvertement la politique pontificale. »

Voilà qui est clair et ceux qui désormais travailleront contre les directions du Saint-Père auront mauvaise grâce à se dire bons catholiques.

Justification de la direction donnée par le Pape à la France.

L'intervention du Pape dans les affaires politiques de la France était-elle légitime ? Le Pape a-t-ii parlé comme il devait le faire? Telles sont les deux questions qu'on peut se poser en face de l'opposition qu'ont rencontrée les directions pontificales.

Rappelons d'abord les conditions et l'étendue de l'autorité du Pape. Il a une autorité doctrinale et une autorité de juridiction.

Il est le juge et le docteur suprême de la foi et de la morale. 11 est le chef de l'Eglise, le gardien des grands intérêts religieux de l'Eglise et des nations.

Les termes dans lesquels a été définie l'infaillibilité doctrinale du Pape au Concile du Vatican sont connus; rappelons ici seulement le canon relatif à sa puissance de juridiction :

« Si quelqu'un ose dire que le Pontife romain,

qui est le vrai successeur de Pierre à la tête de l'Église du Christ, n'a pas la pleine et suprême puissance de juridiction sur l'Eglise universelle, non seulement dans les choses qui appartiennent à la foi et aux mœurs, mais encore en ce qui est de la discipline et du gouvernement de l'Eglise répandue par tout l'univers ; ou s'il ose dire que le Pontife romain n'a que la principale part et non toute la plénitude de ce pouvoir suprême; ou encore que ce pouvoir n'est point ordinaire et immédiat, soit sur toutes les Eglises et sur chacune d'elles, soit sur tous les fidèles et sur chacun d'eux, qu'il soit anathème. »

L'intervention du Pape dans les affaires de France rentre-t-elle dans les limites de son autorité d'enseignement et de juridiction? Absolument. Léon XIII a parlé comme docteur de la morale et comme chef de l'Eglise.

Il est indéniable que la politique relève de la morale, puisque tout acte humain passe au critérium de la loi naturelle et divine. Il y a une justice en politique comme dans tous les rapports des hommes entre eux. Que demandait denousle devoir de justice en face des diverses compétitions poli-

tiques? Qui donc avait autorité pour nous le dire, si ce n'est le Pape?

Il est clair d'ailleurs que si chacun de nous s'arroge le droit d'apprécier si tel jugement est bien de la compétence du Pape, l'autorité pontificale sera absolument annihilée. C'est donc à juste titre que le Pape revendique, soit dans sa lettre aux cardinaux français, soit antérieurement, dans l'Encyclique du 10 janvier 1890, sur les principaux devoirs civiques des chrétiens, le droit de déterminer lui-même les limites de son autorité.

Dans sa lettre aux Cardinaux, il nous dit : « N'est-ce pas pour nous une obligation pressante de parler, quoi qu'il advienne, dès qu'il s'agit d'affirmer notre droit divin d'enseigner, d'exhorter, d'avertir, en face de ceux qui, sous prétexte de distinction entre la religion et la politique, prétendraient en circonscrire l'universalité ! »

Dans l'Encyclique Sapientiâô chrïstiana?, au 10 janvier 1890, il avait dit : « Lorsqu'on trace les limites de l'obéissance due aux pasteurs des âmes et surtout au Pontife romain, il ne faut pas penser qu'elle renferme seulement les dogmes auxquels

l'intelligence doit adhérer et dont le rejet opiniâtre constitue le crime d'hérésie. Il ne suffirait même pas de donner un sincère et ferme assentiment aux doctrines qui, sans avoir été jamais définies par un jugement solennel de l'Eglise, sont cependant proposées à notre foi par son magistère ordinaire et universel, comme étant divinement révélées, et qui, d'après le Concile du Vatican, doivent être crues de foi catholique et divine. Il faut, en outre, que les chrétiens considèrent comme un devoir de se laisser régir, gouverner et guider par l'autorité des évèques et surtout par celle du Siège apostolique. Combien cela est raisonnable, il est facile de le démontrer. En effet, parmi les choses contenues dans les divins oracles, les unes se rapportent à Dieu, principe de la béatitude que nous espérons, et les autres à l'homme lui-même et aux moyens d'arriver à cette béatitude. Il appartient de droit divin à l'Eglise et, dans l'Église, au Pontife romain, de déterminer dans ces deux ordres ce qu'il faut croire et ce qti il faut faire. Voilà pourquoi le Pontife doit pouvoir juger avec autorité de ce que renferme la parole de Dieu, décider quelles doctrines concordent avec elles et quelles

doctrines y contredisent. De même, dans la sphère de la morale, c'est à lui de déterminer ce qui est bien, ce qui est mal, ce qu 'il est nécessaire d'accomplir et d'éviter si l'on veut parvenir au salut éternel; autrement il ne pourrait être ni l'interprète infaillible de la parole de Dieu, ni le guide sur de la vie humaine. » (II, 281.)

Avant même que le Pape n'ait formulé solennellement le devoir des catholiques français dans son Encyclique du 16 février 1892, dès les premières indications qu'il avait données sur la nécessité de l'union en dehors des partis politiques, l'opposition avait surgi et déjà en 1884, par deux lettres écrites, l'une au nonce Mgr di Rende, l'autre au cardinal Guibert, archevêque de Paris, le Pape avait dû rappeler les règles de l'obéissance qui lui est due.

« Nous ne pouvons voir, écrivait-il au Nonce, sans une vive douleur, se réveiller çà et là, parmi les catholiques, des querelles intestines,.. C'est au Saint-Siège, avant tout, et aussi, sous sa dépendance, aux autres pasteurs établis par l'Esprit- Saint, pour gouverner l'Eglise de Dieu, qu'appartient de droit le ministère doctrinal. La part des

simples fidèles se réduit ici à un seul devoir : accepter les enseignements qui leur sont donnés, y conformer leur conduite et seconder les intentions de l'Église. »

Au cardinal Guibert, le Saint-Père écrivait : « Parmi les catholiques, il s'en trouve, peut-être à cause du malheur des temps, qui, non contents du rôle de soumission qui est le leur dans l'Église, croient pouvoir en prendre un dans son gouvernement. Tout au moins s'imaginent-ils qu'il leur est permis d'examiner et de juger selon leur manière de voir les actes de l'autorité. Ce serait là un grave désordre s'il pouvait prévaloir dans l'Église de Dieu, où, par l'expresse volonté de son fondateur, deux ordres distincts sont établis de la façon la plus nette : l'Église enseignante et l'Église enseignée, les pasteurs et le troupeau, et parmi les pasteurs, l'un d'entre eux qui est pour tous le chef et le Pasteur suprême. Aux pasteurs seuls a été donné l'entier pouvoir d'enseigner, de juger, de diriger; aux fidèles a été imposé le devoir de suivre ces enseignements, de se laisser gouverner, corriger et conduire au salut ; de cette subordination, de cette obéissance dépendent l'ordre et la

vie de l'Eglise. Si, au contraire, les simples fidèles s'attribuent l'autorité, s'ils prétendent s'ériger en juges et en docteurs ; si des inférieurs préfèrent ou tentent de faire prévaloir, dans le gouvernement de l'Eglise universelle, une direction différente de celle de l'autorité suprême, c'est, de leur part, renverser l'ordre, porter la confusion dans un grand nombre d'esprits et sortir du droit chemin. »

Le Pape a donc usé de l'autorité qui lui appartient, et, dans son extrême condescendance, il veut bien nous expliquer lui-même à maintes reprises qu'il en a usé conformément aux règles communes de la justice et de la morale politique et pour le plus grand bien de la religion et de l'Eglise dont les intérêts sont confiés à sa garde par la divine Providence.

Et d'abord il n'a fait qu'expliquer à la France les principes généraux de la morale. « Tous les individus sont tenus d'accepter les gouvernements établis. » — « Lorsqu'après des crises violentes, de nouveaux gouvernements sont établis, ils représentent le pouvoir divin. Les accepter n'est pas seulement permis, mais réclamé, voire même imposé

— io4 — par la nécessité du bien social. » (Encyclique Au milieu des sollicitudes .)

Dans la lettre aux cardinaux français, le Saint- Père dit de même : « Lorsque dans une société il existe un pouvoir constitué et mis à l'œuvre, l'intérêt commun se trouve lié à ce pouvoir, et l'on doit, pour cette raison, l'accepter tel qu'il est. C'est pour ce motif et dans ce sens que nous avons dit aux catholiques français : Acceptez la République, c'est-à-dire le pouvoir constitué et existant parmi vous, respectez-la ; soyez-lui soumis comme représentant le pouvoir venu de Dieu. »

Dans sa lettre à Mgr Mathieu, le Saint-Père dit aussi : « Nous n'avons jamais voulu rien ajouter ni aux appréciations des grands docteurs sur la valeur des diverses formes de gouvernement, ni à la doctrine catholique et aux traditions de ce Siège apostolique sur le degré d'obéissance dû aux pouvoirs constitués. Nous n'avons fait qu'approprier aux circonstances présentes ces maximes traditionnelles. »

Le Saint-Père a donc tout simplement rappelé ces règles générales que les philosophes les plus rovalistes reconnaissent eux-mêmes dans leurs

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traités, comme nous l'avons vu au chapitre précédent.

LePape, agissant ensuite comme chef de l'Eglise et gardien des grands intérêts de la religion, nous a fait remarquer qu'en faisant de la politique d'opposition les catholiques soulevaient contre eux, non seulement le pouvoir, mais la classe populaire qui est très attachée aux. institutions modernes. Y a-t-il rien qui rentre mieux dans les attributions du Pape ? Il est le défenseur de l'Eglise , ne doit-il pas avertir les catholiques qui, dans un intérêt de parti et pour satisfaire des vues personnelles, provoquent la persécution? S'il se taisait, il faillirait à son devoir. Et comme les intérêts de la France catholique sont solidaires de ceux de l'Eglise, il nous rappelle que la politique de parti est aussi nuisible aux uns qu'aux autres.

Que la politique de parti de la part des catholiques irrite le pouvoir et le pousse à la persécution, c'est trop manifeste pour avoir besoin d'être prouvé.

Que cette même politique blesse le sentiment populaire, c'est un fait éclatant, qu'on ne peut pas nier sans aller contre l'évidence. Examinez, en

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effet, les résultats des élections populaires depuis vingt-cinq ans.

L'Assemblée nationale élue en 187 1 était en majorité monarchiste, mais les membres de cette majorité étaient divisés en impérialistes, légitimistes et orléanistes. Ils tentèrent quand même la restauration de la monarchie, M. Thiers, qui ne voyait pas que cela pût aboutir, se retira de la présidence le 24 mai 1873. Mac-Mahon se prêta pendant quatre ans aux tentatives de la droite.

En 1874, tout semblait près de se conclure, le Comte de Paris avait fait une démarche à Frohsdorf ; mais, malgré cette réconciliation des prétendants, les royalistes ne purent s'entendre. L'Assemblée découragée institua le septennat et quelque temps après, le 25 février 1875, elle vota une constitution républicaine sujette à revision, il est vrai, en ce qui concerne ses éléments organiques, mais pas sur la question du régime républicain.

Le peuple était fatigué de l'instabilité gouvernementale, il regarda le vote de cette constitution comme un acte de bon sens. Il admit la formule de M. Thiers : « La République est ce qui nous divise le moins. » Depuis vingt-deux ans, il

a marqué et accentué son sentiment dans toutes les élections, soit générales, soit partielles.

En 1876, il nomma une Chambre en majorité républicaine. Cette Chambre, dissoute par le ministère du 16 mai 1877, obtint une seconde fois la faveur populaire et revint au pouvoir. Mac-Mahon découragé se retira en 1879 après que les élections pour le Sénat eurent amené dans cette Chambre, comme dans celle des députés, une majorité républicaine.

Depuis lors, le groupe monarchiste à la Chambre est tombé à 200 membres, puis à 150 et à 100. La progression est la même au Sénat. L'observation détaillée des votes est saisissante. Par exemple il y a dans la Haute- Garonne, en 1888, 597 voix républicaines pour l'élection d'un sénateur; en 1889, 603. Dans le Gers, en 1888, 367 voix républicaines ; en 1896, 418. Dans l'Ille-et-Vilaine, 546 en 1888, 573 en 1893. Dans l'Indre, 296 en 1888, 319 en 1891. Dans les Landes, 417 en 1888, 456 en 1892. Dans la Loire-Inférieure, 341 en 1888, 386 en 1895. Dans le Lot-et-Garonne, 402 en 1888, 457 en 1890. Dans la Lozère, 210 en 1888, 253 en 1896. Et c'est partout de même.

Aux dernières élections sénatoriales, le 3 janvier 1897, les monarchistes ont encore perdu cinq des quelques départements qui leur restaient : ceux d'Ille-et-Viiaine, de ' la Mayenne, de la Nièvre, du Gers et de l'Indre.

Le fait est donc constant. Le peuple veut la République, il ne cesse de le prouver. Les monarchistes ont risqué une dernière partie en s'associant à l'aventure du général Boulanger. Après cela, il ne restait plus qu'à se rallier loyalement à la République pour ne pas irriter contre l'Eglise le pouvoir et la masse du peuple.

Il faut à tout prix mettre l'Eglise à l'abri du soupçon d'être hostile à l'Etat. Le pouvoir et le peuple ont nourri jusqu'à présent des préventions contre l'Eglise et les catholiques parce qu'ils les ont tenus pour inféodés au parti monarchique. C'est à cela qu'il faut remédier et Léon XIII nous a indiqué le seul moyen à prendre.

C'est d'autant plus urgent que nous sommes à une époque d'évolution et de crise sociale. Le peuple cherche à s'orienter pour trouver des amis et des protecteurs. Si les catholiques sont assez maladroits pour se confiner dans leurs recherches

— io9 — d'une monarchie introuvable, le peuple ira au socialisme. Nous sommes menacés d'une nouvelle barbarie. Le Pape s'est ému de l'effroyable péril vers lequel se précipite la société contemporaine, et c'est pour tenter un suprême effort qu'il fait appel à la France. L'àme saisie de ce sombre problème, auprès duquel pâlissent les misérables querelles des partis, le Pape essaie de réveiller de sa léthargie une génération désunie, distraite et amollie, qui, semblable à celle du siècle dernier, passe dans les fêtes et les grossières délices de l'argent la veille des catastrophes ; c'est pour une lutte suprême en faveur de la civilisation qu'il sonne de la trompette sacrée; et, désignant du doigt le champ clos des institutions républicaines où les ennemis de la religion et de l'ordre social cherchent à diriger seuls la démocratie contemporaine : « Voilà, dit-il d'un ton ferme mais attristé, voilà le terrain sur lequel, tout dissentiment politique mis à part, les gens de bien doivent s'unir comme un seul homme pour lutter par tous les moyens légaux en faveur de cette civilisation chrétienne qui a, par la main de la France, tracé dans les annales du genre humain des pages si glorieuses. »

Humainement, la politique du Pape est la dernière chance de salut : si tous les bons Français répudiaient devant le commun péril les divisions qui les affaiblissent, il pourrait sortir du prochain vote populaire une représentation vraiment nationale, profondément honnête, courageusement réformatrice. Le temps n'est plus aux expédients ni aux sauveurs d'aventure; c'est au pays à se sauver luimême par un suprême effort.

Ce serait une faute, une démence pour les catholiques de France d'arborer encore le drapeau monarchique aux élections prochaines. Ce serait faire échec à l'œuvre de salut entreprise par Léon XIII. Ce serait, par un funeste aveuglement, porteries factions ennemies à se rapprocher, et, du même coup, pousser la démocratie irritée dans le camp socialiste. (Conf. Léon Rolland : Appel aux Français, brochure éditée par la Bonne Presse.)

La résistance. — Objections et prétextes.

Bien que les directions pontificales soient manifestement conformes à la raison et à la tradition, bien qu'elles soient une application de la souveraine autorité doctrinale et disciplinaire du Pape, elles ont rencontré une longue et intraitable opposition, qui n'est pas encore vaincue.

Cette opposition, Léon XIII l'avait prévue. « Les attaques, nous les avions prévues, dit-il dans sa lettre aux cardinaux français. Partout où l'agitation des partis politiques remue profondément les esprits, comme il arrive maintenant en France, il est difficile que tous rendent de suite à la vérité cette pleine justice qui est pourtant son droit. »

Mais cette prévision n'a pas arrêté le Pape. Il a bravé les critiques pour procurer le bien de la religion et de la France, ce Fallait-il pour cela nous taire ! dit-il. Quoi ? la France souffre et nous n'aurions pas ressenti jusqu'au fond de l'âme les douleurs de cette fille aînée de l'Église! La France, qui s'est acquis le titre de nation très chrétienne

et qui n'entend pas l'abdiquer, se débat au milieu des angoisses, contre la violence de ceux qui voudraient la déchristianiser et la rabaisser en face de tous les peuples, et nous aurions omis de faire appel à tous les catholiques, à tous les Français honnêtes, pour conserver à leur patrie cette foi sainte qui en fit la grandeur dans l'histoire ! A Dieu ne plaise ! » (III, 123.)

Cette opposition a pris toutes les formes : insurrection ouverte et résistance déguisée, objections et prétextes, équivoques et subterfuges.

On a vu à l'œuvre les mobiles les plus divers : l'illusion, le doute avec un reste de bonne foi, les préjugés, les visées personnelles, la passion, l'attachement à un parti. Léon XIII lui même signale ces mobiles différents, soit dans sa lettre aux cardinaux, soit dans la note de YOsservatore. Il met en relief la mauvaise foi de ceux qui sciemment s'efforcent de dénaturer les conseils du Pape ou de les mettre en contradiction avec ceux de ses prédécesseurs; les subterfuges de ceux qui prétendent éluder les directions pontificales sous le futile et irrévérencieux prétexte qu'elles empiètent sur le terrain politique, ou qu'elles ne re-

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présentent pas la pensée du Pape, mais celle de ses conseillers; les habiletés de ceux qui, se basant sur des lettres particulières et des appréciations même d'éminents personnages, voudraient circonscrire et atténuer les instructions précises du Saint-Siège ; le mauvais esprit enfin de ceux qui, au lieu de s'employer à l'œuvre de la pacification religieuse et de la concorde des esprits, visent plutôt à créer des difficultés, à semer la défiance et le découragement.

On a rarement vu dans l'Eglise une lutte aussi passionnée contre la vérité. Cela rappelle les beaux temps du jansénisme et du pélagianisme. L'histoire des réfractaires est à écrire, elle sera d'un vif intérêt. Le côté plaisant n'y manquera pas, quand on y lira par exemple des choses comme cette assertion d'un journal réfractaire de Nantes : « La note de VOsservatore Romano n'est pas connue du Pape. L'entourage du Pape a fait faire ce jour-là, pour le Saint-Père, une édition spéciale de VOsservatore sans la note. » Après cela, il n'y a plus rien à ajouter.

Relevons cependant les principales objections qui ont été émises.

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i° C'est là une question de politique et non de religion. — Mais pardon, nous l'avons déjà fait remarquer plusieurs fois, c'est une question de morale doublée d'une question de religion. La morale exige que l'on accepte les gouvernements établis. L'intérêt de la religion exige que les catholiques ne se mettent pas en opposition avec le pouvoir et avec le vœu des populations.

2° La monarchie est de droit divin. — C'est le pouvoir établi qui est de droit divin : non est potes tas nisi a Deo. La transmission des pouvoirs est réglée par les hommes. Tantôt elle suit son cours régulièrement, tantôt elle est interrompue par des crises violentes et des changements inattendus. Ces changements peuvent n'être pas légitimes à l'origine, mais le critérium du bien commun et de la tranquillité publique impose l'acceptation de ces nouveaux gouvernements, établis en fait à la place des gouvernements antérieurs. Ainsi se trouvent suspendues les règles ordinaires de la transmission des pouvoirs, et il peut se faire même qu'avec le temps elles se trouvent abolies. (III, 126.)

3° La République est satanique dans son prin-

cipe. — Vous confondez la Révolution et la République. Toute révolution est ordinairement satanique, sauf le cas fort rare où il y a lieu de résister à la tyrannie, mais la République est une forme de gouvernement comme une autre. On peut en théorie discuter de la valeur relative des diverses formes de gouvernement. En pratique, il faut accepter le gouvernement établi, quand même on aurait une préférence spéculative pour un autre.

4° Mais la République actuelle est persécutrice de la religion. — C'est vrai, mais à qui la faute ? et quel est le remède ? La faute est aux catholiques qui, en 1875, se sont constitués en parti d'opposition et qui, par là, ont laissé le pouvoir aux mains des sectaires, des francs-maçons et des protestants. Et s'ils étaient excusables par leur bonne foi jusqu'en 1892, ils ne le sont plus après les enseignements si formels du Chef de l'Eglise.

50 Mais ce sentiment est-il bien celui du Pape ? N'est-il pas celui de son Secrétaire d'Etat ? — Le Pape, à qui un visiteur racontait un jour cette objection qui avait cours, répondit tout simplement : « C'est une manœuvre. » Oui, c'est une manœuvre déloyale que quelques-uns emploient pour couvrir

leur désobéissance. Un Secrétaire d'Etat ne dit que ce qu'on lui fait dire. Le Pape est renseigné, il lit les journaux, il reçoit des évêques et des personnages politiques, il sait ce que dit son Secrétaire d'Etat, et s'il n'en était pas content, il le corrigerait ou le changerait.

6 Le Pape ne donne-t-il pas une direction opposée aux Italiens en leur défendant de reconnaître le gouvernement établi? — Pas du tout. — Au point de vue religieux, il défend les intérêts de l'Eglise en Italie comme il les défend en France. En Italie, l'intérêt de l'Eglise est que le Souverain Pontife recouvre ses Etats et sa liberté ; en France, l'intérêt de l'Eglise est que les catholiques ne se fassent pas persécuter en faisant de l'opposition à la forme du gouvernement.

Au point de vue de la justice, les Français doivent accepter le gouvernement établi qui n'a rien d'immoral en soi et qui leur sera favorable s'ils y entrent. Les Italiens ne peuvent pas accepter un gouvernement issu d'une usurpation sacrilège et qui ne peut être guéri de ce vice essentiel qu'en se retirant des Etats pontificaux.

7 Et les lois républicaines ? — Le Pape nous dit

- ii7 — d'accepter le gouvernement républicain, il ne nous dit pas de louer toutes les lois qu'il a faites. C'est précisément à la réforme de ces lois qu'il nous convie ennous disant d'entrer dans la République pour y avoir notre mot à dire. Si nous nous cantonnons dans l'opposition, ces lois dureront indéfiniment et nous formeront une génération qui rendra la France inhabitable.

8° Mais le Saint-Père n'a-t-il pas entendu nous donner seulement un conseil qu'on serait libre de suivre ou de ne pas suivre ? — Non, il s'agit bien d'ordres formels et absolus. Le Pape nous l'a dit de cent manières différentes. Dès 1892, il nous dit que « les individus sont tenus d'accepter les gouvernements de fait, que les accepter n'est pas seulement permis, mais réclamé } voire même imposé'par la nécessité du lien social. » Il le répète dans la lettre aux cardinaux : « Le critérium du bien public impose l'acceptation des gouvernements établis. Qu'en serait-il de l'honneur et de la conscience , s'il était permis au citoyen de sacrifier à ses visées personnelles et à ses attachements de partis les bienfaits de la tranquillité publique? »

Au point de vue des intérêts religieux, la note de

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