II
VOsservatore est particulièrement nette : « Les catholiques ont une obligation spéciale de s'unir sur le terrain constitutionnel pour le bien de la religion. Ils seraient donc très coupables s'ils ne concouraient à cette œuvre de salut qu'avec tiédeur et indifférence, et surtout s'ils y opposaient de la résistance. Ils ont le devoir strict d'écouter avec respect la voix de leur Chef suprême, chargé par Dieu de la défense et du soutien de la religion... »'
C'est assez clair. Si le Pape a quelquefois parlé, dans cette question, de conseils à suivre, il s'agissait de conseils qui sont des ordres parce qu'ils nous invitent à accomplir, dans l'intérêt de l'Eglise et de la France, le devoir qui nous est d'ailleurs imposé par la morale sociale et par la volonté manifeste du Chef de l'Église.
Aucune objection ne résiste à l'examen. Toute cette opposition a été chez un certain nombre mêlée de bonne foi ; mais, chez la plupart et spécialement chez les journalistes qui s'en sont constitués les chefs, elle a été généralement une œuvre départi, une œuvre de mauvaise foi, une œuvre de sectaires.
Cas de conscience.
Y a-t-il donc péché à se montrer réfractaire aux directions pontificales ? — Mais incontestablement . Désobéir au docteur suprême de la morale et au Chef de l'Eglise est évidemment un péché. Il peut y avoir pour cette faute-là, comme pour toute autre, l'excuse de l'ignorance et de la bonne foi, mais en dehors de ce cas exceptionnel, il y a une faute manifeste et une faute grave.
Rappelons encore le devoir de l'obéissance due au Pape : « Il faut que les chrétiens considèrent comme un devoir de se laisser régir, gouverner et guider par l'autorité des évêques et surtout par celle du Siège apostolique. Il appartient de droit divin à l'Église, et dans l'Église, au Pontife romain, de déterminer, en ce qui concerne la fin de l'homme et les moyens d'y arriver, ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire. Dans la sphère de la morale, il appartient au Souverain Pontife de dé-
terminer ce qui est bien, ce qui est mal, ce qu'il est nécessaire d'accomplir et d'éviter, si l'on veut parvenir au, salut éternel; autrement il ne pourrait être ni l'interprète infaillible de la parole de Dieu, ni le guide sûr de la vie humaine.» (Enc. Sapienlise christianise } iojanv. 1890. — II, 281.)
« Dans la politique, inséparable des lois de la morale et des devoirs religieux, l'on doit toujours, et au premier chef, se préoccuper de servir le plus efficacement possible les intérêts du catholicisme. Dès qu'on les voit menacés, tout dissentiment doit cesser entre catholiques, afin que, unis dans les mêmes pensées et les mêmes conseils, ils se portent au secours de la religion, bien général et suprême auquel tout le reste doit être rapporté. » Ud.)
« Beaucoup s'arrogent un rôle qui ne leur convient pas. Ils prétendent subordonner la conduite de l'Église à leurs idées et à leur volonté, jusque là qu'ils supportent avec peine et n'acceptent qu'avec répugnance tout ce qui s'en écarte. Agir ainsi, ce n'est pas suivre l'autorité légitime, c'est la prévenir et transférer à des particuliers, par une véritable usurpation, les pouvoirs de la magistra-
ture spirituelle, au grand détriment de Tordre que Dieu lui-même a constitué pour toujours dans l'Eglise, et qu'il ne permet à personne de violer impunément. » (Id., 289.)
Ce sont là les règles générales de l'obéissance due au Pape, rappelées par le Souverain Pontife lui-même antérieurement à ses directions politiques.
Dans l'Encyclique par laquelle il applique positivement à la France les règles de la morale en politique, le Saint-Père déclare que l'acceptation des gouvernements établis n'est pas seulement permise, mais réclamée, et même imposée par la nécessité du bien social (III, 118).
Quand la lutte surgit, le Saint-Père signale les attaques passionnées auxquelles son Encyclique est en butte. Il espère que la vérité finira par se frayer un chemin jusque dans les cœurs qui lui résistent, peut-être avec un reste de bonne foi "(i). Je rappelle encore que le critérium du bien commun et de la tranquillité publique impose l'acceptation des gouvernements établis. « Qu'en serait-
1. S'il pouvait y avoir un reste de bonne foi en 1S92, peut-il encore y en avoir en 1897? (Cf. Encycl. aux cardinaux.)
il, en effet de l'honneur et de la conscience, s'il était permis au citoyen de sacrifier à ses visées personnelles et à ses attachements de partis les bienfaits de la tranquillité publique ? » (III, 126.)
Voilà qui est parler clair. Désobéir au Pape, c'est aller contre Tordre établi par Dieu, contre le droit divin de l'Église et du Souverain Pontife ; c'est manquer au devoir de se laisser régir et gouverner dans l'accomplissement des règles de la morale; c'est usurper les pouvoirs de la magistrature spirituelle ; c'est agir avec passion et mauvaise foi et contrairement à l'honneur et à la conscience. — Si ce n'est pas là pécher, il n'y a plus de péchés.
La lettre du Saint-Père à Mgr 1 evêque d'Autun, en date du 20 décembre 1893, n'est pas moins formelle :
« Puisque la miséricordieuse Providence de Dieu Nous a constitué la sentinelle de son Eglise, c'est à juste titre que, dans sa lumière, Nous revendiquons le pouvoir et le devoir de choisir les moyens les mieux appropriés aux circonstances des temps et des lieux pour procurer le bien de la religion au milieu des peuples, soit en la défendant là où elle est opprimée, soit en la faisant
- i23 — grandir là où elle s'exerce paisiblement... Mais si Nous sommes heureux de constater que le double devoir de l'obéissance et de l'amour est accompli dans des dispositions vraiment filiales par beaucoup de vos compatriotes, Nous ne pouvons dissimuler que Nous éprouvons une certaine peine de ce que d'autres, en trop grand nombre, rejettent ouvertement Nos conseils ou n'en tiennent aucun compte. Ils se font ainsi à eux-mêmes la grande illusion de croire qu'ils ont la piété filiale requise envers Notre personne, alors qu'ils se dérobent art devoir nécessaire de la soumission. » (IV, 48-49.) La note de Y Osservatore, du 9 juin 1897, est plus sévère encore. Le Pape y fait exprimer sa douloureuse surprise de ce que plusieurs, abusant de la bonne foi d'autrui et profitant des moindres incidents, cherchent à obscurcir la vraie signification de ses actes. Il déclare très coîtpables ceux qui opposent de la résistance à l'œuvre de salut qu'il a entreprise. Ils manqtient de respect à la voix du Chef suprême chargé par Dieu de la défense et du soutien de la religion. Il espère que les passions étant calmées, sa parole sera comprise et écoutée docilement par tous...
Mais il s'agit sans doute d'un péché véniel ? — Pas du tout. Ceux que le Pape déclare très coupables n'ont ipas commis seulement une peccadille.
Un docte et pieux théologien, M. le chanoine Perriot, dans Y Ami dît Clergé, du 27 mai dernier, a donné à ce sujet cette consultation fort exacte: «Ce ne peut être un péché véniel en soi que de s'opposer ainsi formellement et de se révolter contre la direction du Pape. La rébellion, en effet, tire sa gravité de la grandeur de la puissance à laquelle on résiste, de l'importance de la matière dans laquelle on résiste, et de la volonté qu'a le supérieur d'obtenir l'obéissance de ses sujets. Ici, l'autorité est suprême ; la matière est très importante puisqu'il s'agit du bien spirituel et du bien temporel de la société, en même temps que de l'accomplissement d'un devoir de droit naturel et divin ; enfin, le Souverain Pontife, par ses déclarations multipliées, a fait connaître de la manière la plus évidente sa volonté d'être obéi. »
Ainsi donc, quand bien même le Pape n'aurait pas parlé, il y aurait faute grave à ne pas accepter loyalement le gouvernement de la République, parce que cette acceptation est l'accomplissement
— «5 — d'un devoir de droit naturel et divin, et parce qu'elle est requise pour le bien spirituel et temporel de la société.
Que le bien général spirituel soit en jeu, c'est facile à comprendre. Il y a des lois mauvaises à réformer. En se plaçant sur le terrain constitutionnel on peut espérer y arriver. Au contraire, lutter contre ces lois à titre d'adversaires politiques, c'est faire prendre le change sur la nature de nos revendications, qui paraissent alors n'avoir d'autre but que de faire pièce au régime actuel, et c'est exposer les défenseurs de la vérité et de la justice, des droits de Dieu, de l'Église et de la famille, à être éconduits comme adversaires de l'ordre de choses existant.
C'est aussi travailler contre le bien temporel de la société, car il importe au bien temporel que la paix et l'union s'entretiennent au sein de la nation par le respect de la constitution ; tout ce qui se fait pour la mettre en échec est de nature à entretenir l'inquiétude et à compromettre la paix intérieure.
Les directions du Pape n'ont fait que donner aux lois communes une promulgation plus ma-
nifeste. Mais son insistance aggrave encore la faute de ceux qui désobéissent. Ce qui était déjà en soi un manquement à un devoir de droit naturel et divin, devient en outre un manquement à un devoir de droit positif ecclésiastique.
La lettre du Pape au cardinal Guibert, du t/. juin 1885, marquait bien nettement aussi la gravité de la désobéissance aux directions pontificales, et elle écartait tous les subterfuges. Il faut en citer quelques lignes.
« Il n'est pas nécessaire pour manquer à un devoir atissi sacré, de faire acte d'opposition ouverte soit aux évêques, soit au Chef de l'Eglise; il suffit de cette opposition qui se fait d'une manière indirecte, d'autant plus dangereuse qu'on cherche davantage à la voiler par des apparences contraires. — C'est également une preuve de soumission peu sincère que d'établir une opposition entre Souverain Pontife et Souverain Pontife. Ceux qui, entre deux directions différentes, repoussent celle du présent pour s'en tenir au passé, ne font pas
preuve d'obéissance envers l'autorité qui a le droit et le devoir de les diriger, et ressemblent sous quelque rapport à ceux qui, après une condamnation, voudraient en appeler au futur concile ou à un Pape mieux informé.
« Ce qu'il faut tenir sur ce point, c'est donc que, dans le gouvernement général de l'Eglise, en dehors des devoirs essentiels du ministère apostolique imposés à tous les Pontifes, il est libre à chacun d'eux de suivre la règle de conduite que, selon les temps et les autres circonstances, il juge la meilleure. En cela, il est le seul juge, ayant sur ce point non seulement des lumières spéciales, mais encore la connaissance de la situation et des besoins généraux de la catholicité d'après lesquels il convient que se règle sa sollicitude apostolique. C'est lui qui doit procurer le bien de l'Église universelle, auquel se coordonne le bien de ses diverses parties, et tous les autres qui sont soumis à cette coordination doivent seconder l'action du Directeur suprême et servir à ses desseins... De l'oubli de ces principes résulte, pour les catholiques, une diminution du respect, de la vénération, de la confiance envers celui qui leur a été donné
pour chef... Lorsqu'on oublie et qu'on n'observe plus ces principes, la voie la plus large s'ouvre aux dissensions et aux discordes parmi les catholiques et cela au très grave détriment de l'union, qui est le caractère distinctif des fidèles de Jésus- Christ. Cette union devrait être toujours, mais particulièrement dans ce temps, à cause de la conspiration de tant de puissances ennemies, l'intérêt suprême et universel, en présence duquel devrait disparaître tout sentiment de complaisance personnelle ou d'avantage privé... »
Le Pape, dans cette lettre, a voulu certainement donner comme un traité de l'obéissance qui est due aux directions du Chef de l'Eglise. Il nous en fait un devoir sacré, et nous montre que, dans les temps si graves que nous traversons, aller contre ces directions, c'est comproinettre l'intérêt suprême et tmiversel de l'Eglise. Comment soutenir après cela qu'il n'y a pas là une faute
Mais si tous les catholiques réfractaires man quent à un devoir sacré et offensent Dieu, n'y en
— i29 a-t-il pas parmi eux qui ont une responsabilité particulière? Oui, et le Saint-Père les signale luimême. Il y a d'abord ceux qui ont mission de « seconder l'action du Directeur suprême et de servir à ses desseins », tous les ministres sacrés, par exemple, et spécialement ceux qui sont chargés de l'enseignement des clercs. Si ceux-là se montrent réfrac i 'aires, s'ils opposent au Pontife présent un Pontife passé ou futur, s'ils prétendent que le Souverain Pontife n'a rien à voir à la politique ou à la question sociale, ils chargent leur conscience d'une faute. Si même ils témoignent seulement une indifférence accentuée pour ces questions, s'ils n'enseignent pas les directions pontificales à ceux qu'ils ont mission d'instruire, on ne peut pas les tenir pour exempts de faute.
Léon XIII l'a dit souvent, c'est sur ces collaborateurs surtout qu'il compte et qu'il a le droit de compter : « que les ministres sacrés, a-t-il dit, déploient toutes les forces de leur àme et toutes les industries de leur zèle et que, sous l'autorité des évêques, ils ne cessent d'inculquer aux hommes de toutes les classes les règles évangéliques de la vie chrétienne ; qu'ils travaillent de tout leur pou-
voir au salut des peuples. » (Encycl. Rerum novarum} III, 71.)
Mais il est une autre classe de personnes qui ont une responsabilité spéciale, plusieurs fois signalée par Léon XIII, ce sont les journalistes et les écrivains.
Dans sa lettre au Nonce, du 4 novembre 1884, Léon XIII nous dit que « la responsabilité des divisions entre catholiques revient pour la plus grande part aux écrivains, notamment aux journalistes ».
Dans la lettre au cardinal Guibert, le Saint- Père est plus explicite encore : « Un tel devoir, dit-il (celui de l'obéissance aux directions pontificales), s'il incombe à tous sans exception, est, d'une manière plus rigoureuse, celui des journalistes. S'ils ne sont pas animés de cet esprit de docilité et de soumission, si nécessaire à tout catholique, ils contribueront à étendre et à aggraver de beaucoup les maux que nous déplorons. L'obligation qti'ils ont à remplir, en tout ce qui touche aux intérêts religieux et à l'action de l'E-
— I31 — glise dans la société, est donc de se soumettre pleinement d'esprit et de cœur, comme tous les autres fidèles, à leurs propres évêques et au Pontife romain, d'en suivre et d'en reproduire les enseignements, d'en seconder de tout cœur l'impulsion, d'en respecter et d'en faire respecter les intentions. Les écrivains qui agiraient autrement, pour servir les vues et les intérêts de ceux dont nous avons réprouvé dans cette lettre l'esprit et les tendances, manqueraient à leur noble mission, et ils se flatteraient aussi vainement de servir par là les intérêts et la cause de l'Eglise que ceux qui chercheraient à atténuer et à diminuer la vérité catholique, ou à ne s'en faire que les soutiens trop timides. »
Si nous voulons savoir quels sont les journaux qui manquent ainsi à leur mission, voyons quels sont ceux qui méprisent journellement les directions du Saint-Siège, ceux par exemple qui se constituent les juges et les réformateurs des pasteurs de l'Eglise, ceux qui se montrent réfractaires aux enseignements politiques et sociaux du Pape.
Nous avons spécialement pour nous guider la
- i32 — lettre de Son Éminence le cardinal secrétaire d'Etat au journal la Vérité. Le cardinal écrit à ce journal, au nom du Saint-Père : « Je ne puis pas vous le cacher, le programme suivi jusqu'ici par les rédacteurs de la Vérité ne correspond en fait ni aux règles données ni aux désirs exprimés par Sa Sainteté. Et le fait qu'ils n'ont point reçu une parole d'approbation ou d'encouragement du Saint-Siège aurait suffi pour les avertir de l'errettr oit ils se trouvent. La Vérité se trouve en désaccord avec le Saint-Siège, elle contrecarre le mouvement que veut le Pape, elle ne suit pas la direction qu'il convient à la presse catholique française de suivre... »
Ne pas suivre les règles données, se tenir en désaccord avec le Saint-Siège, contrecarrer ce que veut le Pape, c'est évidemment faute grave.
Ce journal dira peut-être qu'il s'est amendé. Ce n'est pas exact. Le cardinal secrétaire d'Etat nous a donné le signe auquel on reconnaîtra que la désobéissance a cessé : « Le fait que vous n'avez reçu aucune parole d'encouragement ou d'approbation du Saint-Siège aurait suffi à vous avertir de l'erreur où vous vous trouvez. » Le fait subsiste.
— '33 — Aucune parole d'approbation n'est venue relever les coupables de la condamnation qu'ils ont encourue. Par conséquent, l'erreur continue, la désobéissance et le désaccord se perpétuent.
Or, le journal la Vérité n'est pas isolé. Bien des journaux de province et l'une ou l'autre Semaine Religieuse gravitent dans son orbite. C'est là cette presse réfractaire dont se plaignait encore récemment le Saint-Père dans les conseils qu'il nous a transmis par l'entremise des supérieurs généraux de la Trappe et de l'Assomption. Et le Saint-Père ne condamnait pas seulement les organes réfractaires, mais aussi ceux qui les soutiennent par leurs abonnements et surtout par des secours pécuniaires.
Faire cela, c'est aller contre la volonté du Chef de l'Eglise, contre les intérêts de l'Église et de la nation. C'est évidemment charger sa conscience d'une faute.
Nous n'agitons d'ailleurs ici qu'une question de doctrine. Nous savons que les rédacteurs de ces feuilles, et notamment de la Vérité, sont très honorables, mais nous pensons qu'ils se trompent sur ce point.
L'avenir. — Craintes et espérances.
Quel sera l'avenir de la France ? — Cela dépendra de l'attitude et de l'union des catholiques. Léon XIII ne cesse de nous le répéter dans tous les documents que nous avons déjà cités.
Des périls effrayants nous menacent si nous ne savons pas nous unir sur le terrain constitutionnel, pour remettre la vie nationale dans un courant chrétien.
« En pénétrant à fond, dit Léon XIII, la portée du vaste complot que certains hommes ont formé d'anéantir en France le christianisme, et l'animosité qu'ils mettent à poursuivre la réalisation de leur dessein, en foulant aux pieds les plus élémentaires notions de liberté et de justice, comment ne serions-nous pas saisi d'une vive douleur ? Et quand nous voyons se révéler l'une après l'autre les conséquences funestes de ces coupables attaques qui conspirent à la ruine des mœurs, de la religion
et même des intérêts politiques sagement compris, comment exprimer les amertumes qui nous inondenc et les appréhensions qui nous assiègent?... qui ne comprend que pour tous les Français qui professent la religion catholique, la grande sollicitude doit être d'en assurer la conservation; et cela avec d'autant plus de dévouement, qu'au milieu d'eux le christianisme devient, de la part des sectes, l'objet d'hostilités plus implacables? Sur ce terrain, ils ne peuvent se permettre ni indolence dans l'action ni division de partis; l'une accuserait une lâcheté indigne du chrétien, l'autre serait la cause d'une faiblesse désastreuse...
c Pauvre France, Dieu seul peut mesurer l'abîme de maux où elle s'enfoncerait, si la législation qu'elle subit, loin de s'améliorer, s'obstinait dans une telle déviation, qui aboutirait à arracher de l'esprit et du cœur des Français la religion qui les a faits si grands. Et voilà précisément le terrain sur lequel, tout dissentiment politique mis à part, les gens de bien doivent s'unir comme un seul homme, pour combattre, par tous les moyens légaux et honnêtes, ces abus progressifs de la législation. » (Encl. Ait milieu des sollicitudes .)
Dans la lettre aux cardinaux, Léon XIII exprime les mêmes angoisses : « Quoi ! la France souffre et Nous n'aurions pas ressenti jusqu'au fond de lame les douleurs de cette fille aînée de l'Église!
« La France, qui s'est acquis le titre de nation très chrétienne et n'entend pas l'abdiquer, se débat au milieu des angoisses, contre la violence de ceux qui voudraient la déchristianiser et la rabaisser en face de tous les peuples, et Nous aurions omis de faire appel à tous les catholiques, à tous les Français honnêtes, pour conserver à leur patrie cette foi sainte qui en fit la grandeur dans l'histoire ! A Dieu ne plaise ! Or, Nous le constations mieux de jour en jour ; dans la poursuite de ce résultat, l'action des hommes de bien était nécessairement paralysée par la division de leurs forces. » (III,
Que de temps perdu déjà, en effet ! La République n'a pas laissé que de faire quelques grandes choses. Elle a réorganisé l'armée, elle a développé l'enseignement, reconstruit la Sorbonne et multiplié les écoles, elle a conquis la Tunisie, l'Indo-Chine, Madagascar et le Soudan. Elle a dû
faire tout cela en dehors des catholiques, qui la boudaient et qui se livraient à la politique de partis, ou se laissaient aller à l'indolence et cherchaient une diversion dans le plaisir.
Après le retentissement des crimes anarchistes, Léon XIII écrivait à Mgr 1 evêque d'Autun : e L'âme est saisie d'horreur, quand on voit jusqu'où va l'audace d'hommes perdus, qui, foulant aux pieds tout sentiment de religion, de respect pour les lois de l'humanité, ne craignent pas de recourir au crime, à l'assassinat, pour ruiner le fondement et la majesté de la puissance publique. Il y a des motifs plus puissants que jamais, pour votre pays, d'accéder à Nos conseils et de renoncer aux divisions de partis afin de défendre le bien suprême... » (IV, 49.)
La secte maçonnique a puisé toute sa force dans nos divisions, et elle s'efforce de détruire en France la conscience et la liberté, la famille et la religion.
En même temps, la démocratie ouvrière, le peuple des usines, des mines et des ateliers, et bientôt celui des exploitations rurales, se tient frémissant et dans l'hésitation à l'entrée des deux
chemins qui conduisent l'un à l'Eglise et à la liberté, l'autre au socialisme athée.
Le Pape essaye de réveiller de sa léthargie notre génération désunie et amollie. Il veut faire refleurir la paix au sein de cette chère France qu'il a appelée un jour « la très noble nation » ; il souhaite qu'elle redevienne le « Sergent de Dieu » et qu'elle aide au salut de la chrétienté dans les luttes terribles qui vont s'engager contre la civilisation. Il fait appel à tous les Français honnêtes et sensés. C'est un nouvel Urbain qui prêche la croisade contre une nouvelle barbarie ; les temps ne sont pas moins menaçants qu'au XIe siècle et l'union est plus nécessaire encore.
Le socialisme matérialiste, maître déjà d'un grand nombre de positions, parle hautement d'une refonte totale de la société : plus de foyer, plus de famille, plus de patrimoine personnel, plus d'autel ! L'horrible niveau égalitaire sous le ciel de plomb d'un despotisme anonyme ! Pour nous réduire à l'état d'esclaves, il suffirait, dans le prochain parlement, d'une majorité socialiste et d'un texte de loi. (Cf. Rolland : Appel aux Français.) Humainement la politique du Pape est la dernière
chance de salut. Elle enlève sa raison d'être à l'ancienne concentration républicaine qui ne s'appuyait que sur l'hypothèse du péril constitutionnel, dès lors, en effet, que la République n'est plus menacée, pourquoi des hommes qui n'ont, en matière de gouvernement, aucune idée commune, s'uniraient-ils pour la défendre ?
Et ne voyons-nous pas déjà poindre l'aurore du succès ? Pour la première fois depuis vingt ans, le gouvernement actuel a nié l'existence du péril clérical et proclamé que, pour la défense de l'ordre social, la République pouvait et devait accepter tous les concours qui s'offrent loyalement à elle.
Lorsque nous ne laisserons plus de doute sur l'absolue droiture de nos intentions, la victoire de nos idées sera certaine, car la détestable législation que nous subissons n'aura plus un défenseur avoué dans la grande masse du pays, du jour où il ne sera plus permis de dire qu'elle a été forgée pour la défense de la République.
Garder quelque alliance avec le parti monarchique, ce serait faire douter de notre bonne foi, raviver la concentration républicaine et pousser la démocratie irritée dans le camp socialiste.
Que si, au contraire, l'Eglise et le peuple se rencontrent, comme le prévoyait Pie IX, ce sera le renouveau des siècles chrétiens, l'Evangile deviendra le code des nations et l'humanité verra luire des jours de vraie justice et d'une incomparable splendeur.