INTRODUCTION
à Lisbonne en présence du roi Jean V, ce physicien Gusman se serait dit-on élevé dans un panier d'osier recouvert de papier.
Un brasier, ditTurgan, était allumé sous la machine^ mais arrivé à la hauteur des toits, elle se heurta contre la corniche du Palais Royal, se brisa et tomba. Toutefois la chute eut lieu assez doucement pour que Gusman demeurât sain et sauf. Les spectateurs enthousiasmés lui donnèrent le titre d'Ovoador (homme volant).
A la même époque où Cyrano écrivait ses ingénieux romans, vers 1670, le P. Francesco Lana et Barthélémy Lourençao donnaient des solutions s'approchant de plus^ en plus de la réalité ; le P. Lana proposait d'enlever un bateau muni d'une voile par le moyen de quatre globes en cuivre très mince à l'intérieur desquels on aurait fait le vide ; Lourençao proposait de construire un navire aérien en forme d'oiseau et mû « par le moyen d'une pierre d'aimant et de la force attractive de l'ambre frotté ».
Il vasans dire que le bateau volant de Lana et le navire^ aérien de Lourençao (i) étaient des rêveries comme on en trouve tant dans les ouvrages de cette époque, où le fantastique tient trop souvent la place de la réalité scientifique.
Un autre religieux, le P. Galien d'Avignon a écrit en. 1755 un petit livre sur l'art de naviguer dans les airs. A l'époque de la découverte des aérostats, quelques personnes prétendirent que les frères Montgolfier avaient puisé le principe de leur découverte dans le livre oublié du P. Galien. Les inventeurs dédaignèrent de combattre cette assertion.
L'ouvrage du P. Galien n'est en effet qu'un simple jeu
(i) L*Impératrice Elisabeth de Brunswich, dans sa correspondance, affirme paraît-il avoir vu le « Navire volant de Lourençao^ s'élever triomphalement dans les airs, le 8 août 1709 ». Nous croyons difficilement à cette affirmation.
d'esprit : le moyen de navig'uer dans les airs à l'aide d'un immense bâliiiient cubique « plus considérable en volume que la ville d'Avignon » et rempli d'air puisé dans les hatiLes réiçions et par conséquent plus léirer que l'air de la surface de la terre. Cette rêverie aurait peut-être èlé amusante si l'auteur ne voulait appuyer sur des chiffres et des calculs les Fantaisies de son imagination.
Ainsi pas à pas, E'aérostalion préparait son avènement et l'époque de l'invention des ballons n'était pas loin. Cepeiulanl le vol aérien' avait toujours ses partisans.
En 1768, un mécanicien nommé Besnier, orig'inaire de Sablé (Maine-et-Loire) expérimenta à La Cuibréet àParis une machine à voler de son invention.
L'instrument était composé de quatre ailes ou pales de taffetas brisées en leur milieu et pouvant se plier et se mouvoir à l'aide d'une charnière, comme un volet de fenêtre. Le Besnier ne prétendait pas s'élever de terre, mais il assurait qu'en partant d'un milieu déjà élevé il pourrait se transporter d'un endroit à un autre de manière à franchir par exemple un bois ou une rivière.
Il parait que Le Besnier fit usage de ses ailes avec un certain succès, et qu'un baladin qui lui en acheta une paire s'en servit heureusement à la foire de Guibraj, Nous ne croyons aucunement à ces fantaisies qui n'on aucune raison de vérité.
En 177a, l'abbé Desforges, chanoine à Etampes, fil publier, par la voie des journaux, l'annonce de l'expérience publique d'une voiture volante de son invention Tout fier de sa découverte, le chanoine déclara qu'il ne tenterait l'expérience que s'il était assuré de toucher, en cas de succès, la somme de cent mille livres.
Une souscription fut ouverte et amena les fonds ; au jour indiqué on trouva 1« chanoine installé avec sa voilure sur la vieille tour de (jiuilel.
Le moment du départ venu, les ailes furent déployées
et mises en mouvement avec une Ji^raiide vilesse. Mais elles semblaient tenir d'autant plus au sol qu'il les remuait davantage, et cette voiture volante qui devait faire 3oo lieues par jour ne pul incme pas s'élever de terre. A propos de celle lenlalive avortée la Comédie italienne joua un vaudeville historique intitulé le Cabriolet volant qui fit courir tout Paris.
On parla beaucoup vers 1780 et 1783 d'un ^enre de bateau volant dont Blanchard faisait l'exhibition dans une maison de la rue Taranne. Blanchard travailla plusieurs années à son bateau volani, mais il n'en lit jamais aucune expérience sérieuse.
Il construisit aussi une machine volante, mais pour l'essayer il faisait usage d'un contrepoids de 28 livres qui glissait le long d'un mât. Pour voler, il aurait fallu supprimer le contrepoids : l'inventeur chercha pendant plusieurs années sans y réussir.
D'ailleurs à cette époque, en 1782, le savant géomètre Lalande, dans une lettre adressée au Journal des savants, démontra mathématiquement que pour s'élever et se soutenir dans les airs sans autre point d'appui que soimême, il faudrait un appareil muni de deux ailes de 180 pieds de long et autant de larjj:e, c'est-à-dire ayant les dimensions des voiles d'un vaisseau, masse impossible à soutenir et à manœuvrer avec la force humaine.
On rit beaucoup, au commencement du siècle dernier, de la tentalivt^ du marquis de Bacqueville qui voulut traverser la Seine en volani, au moyen d'ailes éntirmes. Le marquis s'élança de son hôtel, situé sur le quai des Théalins, mais au-dessus du milieu de la Seine, des mouvements incertains le firent tomber sur un bateau de blanchisseuses, et il se iit une fracture à la cuisse.
Tel était l'étatde la questionquandsurvînrentles frère» Montgolfierqui devaient donner la solution du problème et créer sinon le navire aérien, du moins la bouée almospiiérique ; le ballon mobile à volonté dans le sens verli-
■cal, el qui a rfliulu tnus les servict'S qu'il étail jtossîblft de lui cleniarKler.
Ainsi, par tous cps Iravnux, par tous ces essais, pa^ toutes ces recherches, le champ était ensemencti et forcéiijent, fatalement l'heure iHait arrivée où l'aéroslal devait^ apparaître.
Celte découverte était dans l'air, si l'on peut dîn devait éclater. Aussi les Montgoifier Hrent-ïls accomplie le premier pas à celte science rudimentaire en donnant l'I t'homme un coursier et un char pour visiter les plag«cfl aériennes el les profondeurs atmosphériques. On tou— ! chait à l'année lySS, l'aurore de la grande Révolution.! ébranlait sourdement les couches du vieux monde et l'oii'l prévoyait déjà une ère nouvelle et féconde en progrès.
Noos ne rappellerons pas les expériences des frères j Etienne, Joseph Montgolficr, dont la première eut lieu publiquement le 4 juin 1783.
Cette première ascension produisit une sensation immense et fui le point de départ de la science aérostatique.
Est-il besoin de dire que les deux fîls d'un fabricant de papier étaient doués d'une grande intelligence, qu'ils étaient déjà des savants dans les sciences mécaniques ?
A l'appui de ces qualités, ils étaient méthodiques et doués de brillantes facultés d'inventeurs, c'est pourquoi la grande découverte qu'ils firent dans l'aérostation «'arrêta pas l'essor de leurs autres travau.v.
Depuis les expériences d'Annonay, la science aérostatique a prospéré grâce aux hommes illustres tels que les (Jiffard, les Tissandier, les Yoo, les Renard qui n'ont pas peu contribué à l'amener au degré de perfection qu'elle alteintaujourd'hui.