L'EPOUVANTAIL
Catoblépas-ouvrier ne le cède pas en sottise à Catoblépas-paysan.
Rien de piteux comme les grèves actuelles. La Confédération générale du Travail donne trop la preuve de son impuissance. De moins en moins les ouvriers obéissent aux ordres de leurs chefs. Tant prêchée par ces antimilitaristes, l'indiscipline gâte leurs troupes d'abord.
A leur Bourse, la rivalité hargneuse des apôtres les dissuade toujours de s'aider franchement. Depuis vingt ans qu'il y a des socialistes et qui s'agitent, pas une grève générale ne fut réalisée. Les dockers de Marseille ne surent entraîner dans leur mouvement ceux de Bordeaux, ni ceux du Havre vers l'heure propice. A l'insu des meneurs, l'argent des financiers génois, en concurrence avec nos armateurs, soutenait la persistance des prolétaires manifestant aux alentours de la Joliette, tandis que les maigres envois des fédérations éparses assurèrent insuffisamment les débardeurs gascons ou normands contre la famine. A vrai dire, une grève ne s'éternise que si, dans les coulisses, quelques industriels, quelques
l'épouta:<t.ul 119
banquiers se liguent pour la sustenter prudemment, sans qu'elle s'en doute, afin de ruiner le patron en cause ou lui dérober sa clientèle durant l'arrêt de la production, des expéditions. De même, à Courrières, les charbonniers allemands ne manquèrent pas d'alimenter indirectement les caisses de secours, même de soudoyer certains agitateurs étrangers au pays. Les livres des fosses germaniques instruiraient l'observateur qui confronterait les dates de leurs livraisons croissantes et celles des dissensions entretenues à grands frais dans notre Flandre.
Bien entendu les socialistes ignorent absolument ces manœu^Tes très secrètes. Leur loyauté reste hors de doute. Quand on dispose de ces relations internationales et confidentielles propres à tout consortium de capitalistes sérieux, il n'est pas très difficile de faire circuler les valeurs entre une dizaine de comptoirs avant qu'elles arrivent à destination. Tel secrétaire de syndicat parisien acceptera de travailleurs anglais une somme venue d'un groupe américain, lequel la tient d'un compagnon qui est l'agent, plus ou moins averti, d'un cartel de patrons allemands, italiens, voire français. Impossible de vérifier, pour peu que la chose soit habilement conduite
Aussi peut-on croire dès maintenant que les grèves à longue durée deviennent un moyen de concurrence entre certaines industries rivales utilisant, par des intermédiaires à clairvoyance relative, le naïf enthousiasme des ouvriers. Le génie de la finance a découvert ce facteur nouveau. Il s'approprie l'arme la plus efficace que les masses laborieuses aient inventée pour l'attaquer lui-