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bouchon a consommé les heures d'une jeune fille ; elle souffrait de ne pas courir au soleil en compagnie de son amant ; elle se navrait de ne pouvoir l'aller surprendre avec un baiser. En vérité, la matière de ce flacon, c'est la douleur et l'agonie. Nul vestige de cela dans les pans limpides du cristal. Gaiement, la lumière étincelle aux arêtes de l'objet fragile et gracieux. Par avance, le dessin d'un artiste en avait prévu l'aspect qui commande l'oubli de la peine créatrice. Le prolétaire n'a le droit d'enseigner son destin que s'il tombe soldat, sous les balles étrangères. Le plus bref de ses risques, le combat, lui vaut d'être admiré ; cependant la vigueur de l'instinct agressif, l'ivresse du triomphe entrevu, la barbarie du sang mâle, le grisèrent à cette minute d'héroïsme. Mais toute sa vie d'abnégation impersonnelle et de dévouement sans espoir à la félicité publique ne mérite pas une consolation glorieuse.
L'oraison funèbre de Courrières a-t-elle mis fin à cette longue erreur? Il importe que le siècle nouveau répare les torts de la barbarie. Nous sortons de l'ère de la Force et de l'ère de la Ruse pour entrer dans l'ère de la Justice. Au moyen de leurs attitudes, les gouvernements doivent l'apprendre aux simples.
Pour le Président d'une république où tout repose sur la vigueur de la production nationale, ne serait-ce pas un devoir que de suivre le convoi des citoyens sacrifiés aux périls du travail ? Qu'il s'appelle Gré\'y, Carnot, Félix Faure,Loubet, Fallières, ce magistrat voyage beaucoup. Il inaugure, il couronne, il décore; il déclame. Il lui manque de participer au deuil de la nation, plutôt que d'amuser par sa présence les sports des jockeys, des bookmakers,
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les parades des courtisanes, et les passions des parieurs. Il lui incombera, quelque jour, de rendre hommage, tête nue, à la détresse des familles qui perdent leur soutien dans la bataille industrielle contre l'hostilité de la nature.
Les enseignements de l'histoire selon les méthodes monarchiques ont dévoyé le jugement vulgaire. A l'école, au collège, au lycée même, le maître et les livres restreignent l'histoire aux biographies des conquérants et de leurs lignées. Ils dissertent copieusement sur les coups donnés par Ramsès, Gambyse, Cyrus, Léonidas, Alexandre, Annibal, César, Attila, Tamerlan, Napoléon, sur les marches de leurs armées, les opérations de leurs stratèges, les incendies des villes, les massacres, sur leurs amours, leurs bons mots, leurs costumes et leurs passions ; mais les leçons deviennent brèves et vagues qui traitent, entre ces apologies, de l'œuvre des peuples. Auprès d'une guerre décrite en vingt chapitres, on ne trouve pas soixante pages consacrées à l'architecture et à l'agriculture des nations entr'égorgées, à la philosophie de leurs religions, au mouvement social de leurs cités, au développement de leur commerce, de leurs travaux publics, aux inventions successives de leurs sciences. Nous savons les phases de la guerre de Cent Ans, les coups de lance des chevaliers, les boulets de Crécy^ les boues d'Azincourt, l'oriflamme de Jeanne d'Arc, les farces d'Isabeau de Bavière ; mais nous ignorons à peu près le détail des miraculeux efl"orts de l'énergie communale, œuvre véritable de la France devant le monde.
Que pèsent les querelles de Charles-Quint et de Fran-