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LE SUPRÉMATIE DU TRAVAIL

drait Tasservissement des barbares vainqueurs au Code latin que les évêques leur imposèrent, et le triomphe moral de l'Église sur la force septentrionale des invasions. Gharlemagne, soldat du Pape, baptise les peuples saxons de la Germanie, le glaive au poing. Les hérétiques byzantins entreprennent d'unir les religions d'Orient à celles d'Occident. L'insuccès de cet admirable espoir est rompu lors du schisme orthodoxe. Rome lui substitue la propagande parle fait des croisades. Ensuite les Guelfes et les Gibelins luttent ; le Pape et l'Empereur. Enfin Byzance brisée, laisse répandre sur l'Occident son génie qualifié de « Renaissance » par la gratitude des siècles. Voilà l'histoire magnifique du peuple, tour à tour martyr chrétien égalitaire, moine communiste du v* siècle, civilisateur des barbares, hérésiarque byzantin mourant pour d'abstraites métaphysiques, prêtre obscur dont la pensée féconda l'esprit des conciles et l'élan des barbares croisés, artisan des Blaquernes qui prépara, en coloriant des cofifres, l'art de Giotto, de Pérugin, de Raphaël et du Vinci, rhéteur de r hippodrome qui conserva, dans ses rouleaux de papyrus, les raisonnements d'Aristote, les rapsodies d'Homère, les dialogues de Sophocle, les prosopopées de Platon, et qui, fuyant le cimeterre turc, les confiait à la terre de Virgile afin d'y faire germer le génie moderne. Confrontez avec ce labeur d'ouvriers anonymes ce que valent les bestiahtés des chefs mérovingiens, la niaiserie de Clovis, les fureurs de Frédégonde et de Brunehaut, les querelles des Lothaire et des Charles, les instincts ingénuement propriétaires des Henri, des Philippe, des Louis et des François royaux, leurs tournois, leurs gonfalons dorés, les Paul Adam. — Disc. lo

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vaudevilles de leurs alcôves, leurs indigestions et leurs intrigues? N'est-ce point ceci qu'il faut oublier, cela qu'il faut magnifier?

Aux anecdoctes de Saint-Simon, aux romans de La Pompadour, de la Du Barry, de Marie-Antoinette, les rhétoriciens ne préféreront-ils pas l'épopée de la commune née dans les républiques italiennes au souvenir de la cité latine, manifestée tout à coup par l'alliance temporaire des corporations et de la royauté dans les champs de Bouvines, grandissant chaque jour, aussi vite que ses cathédrales élevées de terre par les confréries de maçons, aussi vite que les murs de ses entrepôts, de ses fabriques, de ses imprimeries. La Commune devient les Etats-Généraux. Elle inspire les protestations du Parlement. Elle favorise les luttes pour la liberté spirituelle.

Augsbourg promulgue sa profession de foi. Londres fait la révolution d'Angleterre. Les communes des Flandres chassent l'Espagnol. Les Hollandais s'instituent République. Amsterdam et Paris s'enfièvrent. L'an 1789 éblouit le monde. Que sont alors les princes, les nobles, les rois? Un peu de sang dans un panier de son; quelques criailleries à Goblentz; la menace des souverains étrangers. La Commune s'arme; elle marche jusqu'à Moscou. D'elle est né un enfant ingrat. Il l'a trahie. Elle l'abandonne. C'est Leipzig et Waterloo. Un sommeil. Un réveil. i83o, la révolution des Imprimeurs; i848, la victoire des ateliers. Elle met un Carbonaro de ses amis sur le trône ; elle le choie : Sébastopol, Magenta, Palikao. Il la veut décevoir ; elle le menace : Sedan. Devant l'idéal du peuple toutes les œuvres sont

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misérables et fragiles. La force ne triomphe que si elle consent à servir.

Après trente-huit années de république nominale, la France hésite encore à reconnaître l'évidente suprématie du Travail. Les incontestables triomphes des civilisations hiératique, chrétienne, et sociale, la persuadent malaisément. Ses hommages continuent d'aller à la conquête par le moyen des bibliographies royales. Le pouvoir et la société l'écoutent. Le prolétaire n'est admiré que soldat. Travailleur il est méprisé.

Afin de consacrer le mode égalitaire, la République n'a trouvé qu'un moyen, la suppression de l'anobhssement. Il fallait, au contraire, pourvoir de surnoms héroïques l'ouvrier. Le mécanicien, dont le stable courage sauve la vie des voyageurs confiés dans l'express à sa garde, le mineur qui afi'ronte, après l'explosion, les gaz délétères de la galerie où gisent ses camarades, ne méritent-ils pas la qualité de « comte » qui signifie « compagnon par excellence », et cela aussi bien que le barbare dont la valeur soutenait les frères d'armes au fort du combat, ou protégeait la retraite ? Le titre de baron, « mâle, homme robuste, » convient-il moins à celui qui dompte le fer, la foudre et la vapeur, qu'au chevaher asservissant les populations faibles et sans armes.'' Si le titre de duc, « conducteur », et celui de marquis, « défenseur de frontière », appartiennent aux soldats, la dénomination de prince ou premier n'honorerait-elle pas l'inventeur, le savant, l'artiste, le législateur, l'ouvrier des tâches intelligentes .'^ La noblesse d'empire semble-t-elle aujourd'hui, cent ans après sa fondation, inférieure à la précédente? Au contraire,

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nous admettons mieux la gloire certaine de Murât, duc de Berg et roi de Naples, que celle toute confuse de tel gentilhomme anobli peut-être au dernier siècle parce que sa fille ornait le Parc-aux-Gerfs. La descendance d'Oudinot, duc de Reggio, nous inspire plus de sympathie que celle de la Du Barry, de la Pompadour, de la Ghateauroux, de la Montespan, qui doivent à la prostitution la célébrité de leurs armoiries. Avec quel respect ne prononcerions-nous pas les titres d'un prince Pasteur ou d'un prince Berthelot, tandis que le prince de Rohan nous rappelle surtout l'escroquerie du collier. Et la thèse de l'hérédité, maintenant confondue avec la théorie de l'atavisme, n'est plus un mot vain.

La noblesse républicaine ne déparerait pas l'ancienne. A des souvenirs de meurtres, d'exactions, et de crimes, elle joindrait ceux de la science, du travail, de l'abnégation sociale. Il ne messiérait pas de proclamer que la noblesse est l'apanage de ceux qui sacrifient à la collectivité humaine leur vie et leurs joies. A l'origine, elle ne fut que cela, la manifestation de la gratitude nationale espérant voir se perpétuer, dans le sang des fils, l'honneur de l'ancêtre pour le bien de l'avenir.

Nous sommes encore loin de cette justice rendue au Travail. Depuis la catastrophe de Gourrières, plusieurs années finirent. Le monument proposé par Rodin n'a pas été construit. Les colères du prolétariat se sont succédé. Plus que la pauvreté, ce mépris des grands offense le peuple. Peu lui importent les discours exaltant, sur les tréteaux politiques, la valeur de son aide électorale. Ge sont des mots. Les faits le briment indéfiniment. Sa

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propre ignorance l'asservit à toutes les erreurs mortelles. 11 rage et se rebelle. On doit le fusiller vigneron à Narbonne, carrier à Draveil, et en d'autres lieux. Rien n'a changé de sa misère depuis vingt ans. Je me rappelle la lugubre impression que fit sur ma jeunesse le spectacle des troubles à Carmaux, lorsque fut inaugurée la verrerie ouvrière d'Albi. Je voudrais la ressuciter ici dans le moment où de mêmes drames se répètent. Au lieu de porter remède à cette souffrance, on a chassé quelques moines de leurs établissements fondés par le communisme de leurs principes. C'est là tout le prix du sang versé dans l'Albigeois, et ailleurs, il y a quelques lustres.

Voici quel était le spectacle d'alors, et tel que je le décrivis dans l'émotion du moment.

« Des tas de boue grise alignés contre le trottoir étroit ; des ornières liquides dans la chaussée noirâtre ; des maisons carrées, basses, salies, faites d'un ciment sombre, qui lie les pierres brutes des murs : c'est Carmaux. En tristes perspectives les voies s'allongent vers les places. Très peu d'arbres. Des hommes se croisent, méfiants, s'espionnent de Toeil. Par deux, les gendarmes arpentent les rues. Mais au sommet d'une colline, après les pelouses ascendantes d'un parc, une sorte de villa se dresse et domine, par ses clochetons, ses girouettes, ses pignons blancs. Là demeure le gendre de M. Rességuier, le directeur de la verrerie Sainte-Clotilde, l'oeuvre capitaliste.

« Revolver au cœur, dans sa gaine vernie, les gendarmes vont, sinistres, par les ruelles, la face mauvaise. Ce n'est plus le bon gendarme solennel, très propre, et

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un peu ridicule. Leur visage est de sournoiserie terreuse. On les a choisis grands, formidables d'épaules et de bras. Auprès d'eux les ouvriers chétifs et las paraissent comme une race vaincue. L'impression vient d'un autre temps, d'un autre pays, d'une Sibérie lointaine oii des exilés agonisent sous la menace du sabre.

« Depuis des temps déjà, Garmaux vit sous le régime de l'état de siège. Chaque fois qu'une réunion publique est organisée selon la loi, les pelotons de gendarmes viennent de garnisons voisines renforcer la brigade permanente. Par les croupes des chevaux qui caracolent, les passants des rues sont repoussés dans les maisons. Au soir, les très rares becs de gaz éclairent mal la nuit, la boue, les hordes muettes de socialistes, le défilé lugubre de cette cavalerie fantastiquement drapée de ses larges manteaux sous quoi résonnent les sabots des lourdes montures. Dans les cabarets, on parle bas ; on épie ; on s'examine. Les gendarmes surviennent; et une nappe de silence ensevelit, avec les rues désertées, la tristesse de la ville.

« Les extraordinaires rédacteurs des journaux opportunistes écrivent sciemment des inexactitudes lorsqu'ils assurent que, depuis l'installation de la Verrerie ouvrière dans Albi, les Carmausins abandonnés par la clientèle de ces fondateurs ont retourné leur opinion, et se rangent au parti du Capital. Il n'en est rien. Le régime de terreur infligé par les ordres préfectoraux à la ville indique assez combien le pouvoir redoute l'explosion d'une révolte puissante.

« Carmaux abrite une population de huit mille âmes,

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composée de mineurs et de verriers. Or il y a tout juste mille à douze cents verriers employés à l'heure actuelle chez M. Rességuier. Es sont les seuls travailleurs hostiles à M. Jaurès. Peut-être une centaine de petits commerçants, et une cinquantaine de bourgeois, médecins, officiers ministériels, qui forment le noyau du Cercle républicain progressiste, les inspirent-ils. Ni les mineurs, ni le reste de la population ne désertent le parti du socialisme, pour la misère d'un intérêt local, qui, au reste, ne préoccupe que la petite boutique.

« Faut-il rappeler qu'au moment où le don de M™* Dembour permit de créer la Verrerie ouvrière et de rendre les grévistes maîtres d'un capital, d'un outillage, d'une usine, il fut d'abord supposé que les nouveaux bâtiments s'élèveraient face à la verrerie de « l'Affameur » , comme les socialistes dénomment M. Rességuier. Après études, il fut reconnu que construire dans Albi semblait préférable à cause de certaines facilités pour se procurer le sable, le charbon et l'eau ; sans doute afin d'éviter aussi les aventures d'un voisinage propre à entretenir la guerre immédiate entre les équipes concurrentes.

« Cette mesure lésa deux sortes de personnes à Carmaux. D'abord les débitants qui escomptaient un double afflux de consommateurs sur la place, et, en second lieu, les pohticiens du conseil municipal qui voyaient partir pour Albi les plus militants des grévistes, ceux qui entretenaient la ferveur révolutionnaire. Il convient cependant de le dire : le conseil municipal, toutes réserves faites, envoya des délégués à l'inauguration de la verrerie albigeoise, montrant ainsi qu'un parti à visées d'émancipa-

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tion générale ne peut, même si les intérêts locaux sont compromis, forfaire aux principes de ses convictions. Des paysans, de petits bourgeois à vues étroites peuvent admettre de pareilles rancunes, passer de la monarchie à l'opportunisme, et de l'opportunisme au radicalisme, selon que leur député obtient ou n'obtient pas, en faveur des communes électorales, l'établissement proche d'une voie ferrée, la construction d'un édifice utile ou un dégrèvement d'impôt. Il n'en est pas de même chez les travailleurs de Garmaux, Aujourd'hui le conseil municipal socialiste regrette fort le mécontentement qu'il laissa percer aux premiers jours. C'est lui qui envoya, pour recevoir MM. Jaurès, Rochefort et leurs amis, la fanfare municipale dûment autorisée par la mairie à saluer, de La Carmagnole, l'arrivée du train.

« Or, dès que retentit le sifflet de la locomotive, les ouvriers embauchés hors de Garmaux, depuis la grève, par la verrerie Sainte-Glotilde, et largement payés exécutèrent une salve de sifflets à roulette ; cela, dans la verrerie même, toute proche de la gare. La fanfare municipale entamait alors l'exécution de La Carmagnole. Le commissaire spécial d'Albi découpla une meute de gendarmes qui arrachèrent trombones, pistons et grosse caisse aux musiciens. Seuls donc les sifflets saluèrent la présence de la députation socialiste. Telle fut la manœuvre.

« Interrogé par les journalistes sur la légitimité de cette violence, le commissaire répondit :

— La fanfare ne possédait pas l'autorisation légale.

— Mais c'est la mairie qui doit donner cette autorisation, et elle l'a donnée.

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— Il était six heures un quart. En cette saison nous avions le droit d'intervenir pour empêcher le tapage nocturne.

— Et les sifflets ? Leur bruit ne constitue pas le délit de tapage nocturne ?

« Le commissaire, embarrassé, se garda de répondre. Il avait atteint le but prescrit par les ordres supérieurs : les sifflets seuls avaient été entendus. De même, toute la soirée, les gendarmes chargèrent les socialistes et les forcèrent à rentrer chez eux, laissant une minorité tumultueuse donner seule la note de la manifestation. Par de tels moyens, le pouvoir triomphe facilement.

« Au cours de la réunion publique, dès que la majorité évidemment socialiste eut expulsé de la Chambre syndicale les quelques siffleurs, la gendarmerie pénétra, carabine au poing. Elle sut dissoudre une assemblée qui fût restée inviolable si les siffleurs avaient eu l'avantage. Ceux-ci, refoulés hors du bâtiment, entourèrent, à leur sortie, la voiture de Rochefort, Rochefort lui-même, descendu pour se rendre à pied jusqu'à la tribune, et l'assaillirent, le lendemain du jour où il venait de donner lo ooo francs à la Verrerie ouvrière.

« Puis apparurent les pelotons fantastiques et le trot lugubre des chevaux. Chacun rentra. 11 n'est pas un Carmausin qui ne s'attende à ce qu'une fusillade prochaine ne fasse taire, dès le moindre prétexte, la voix des indignés.

« J'avoue ne point chérir les doctrines socialistes telles qu'on les présente aujourd'hui. La fameuse conquête des pouvoirs publics, et ce qu'elle entraîne de conséquences misérables, ne me semble pas digne d'un parti capable de demeurer un parti de lutte. En outre, la tyrannie des

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guesdistes me tente moins que l'état actuel de fausse liberté. Je ne parle donc pas pour les miens, en faisant remarquer l'état du mensonge politique.

« En cette ville, pourtant, la minorité ne triomphe qu'avec l'appui de la violence, des fausses nouvelles, de l'imposture quotidienne perpétuée dans les gazettes capitalistes. On ment. On ment.

« Il faut, si l'on peut se rendre à Carmaux, y vivre deux ou trois jours. Je ne sais d'où l'on rapporterait une plus terrible impression de deuil. La mort plane sur ces maisons grises, sur ces places de fange. Ce n'est pas qu'il y paraisse de la misère. Non. Les femmes et les hommes gagnent leur vie. Ils sont vêtus correctement. Les équipes de mineurs revenant du travail montrent des visages sains, fraîchement lavés. Les jeunes filles ne paradent pas sans élégance, non plus que les femmes, le long des façades ternes.

« Poutantune angoisse de cauchemar étreint l'air. On sent que chacun redoute la dénonciation, et se garde. Tous les regards sont mauvais sous les feutres. Tous les poings paraissent, à travers les poches, tenir des manches de couteau. Parfois une voiture arrive, amenant les délégués de syndicats au cercle des Etudes sociales. En paletots, en feutres durs, sur le siège et l'impériale, ils chantent la sourde Carmagnole :

Que faut-il au républicain, Du fer, du plomb, du pain :

Du fer pour travailler, Du plomb pour nous venger, Du pain pour nos frères !

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« Le chapeau levé, ils crient : « Vive la Sociale ! » et l'on aperçoit des calvities compensées par les larges barbes des quadragénaires.

« Revolver au cœur, dans sa gaine vernie, bleuâtres et argent, en costume funéraire, les gendarmes surveillent.

« Dans les réunions, les orateurs ne tiennent plus guère de discours. Que diraient-ils que tous ne savent? Qu'annonceraient-ils que tous ne prévoient ? Après quelques phrases, les assistants, debout, serrés les uns contre les autres, entonnent encore La Carmagnole. A voix basse, six cents, sept cents psalmodient en chœur la menace du prolétariat. Et cela retentit dans vos entrailles comme le roulement lugubre de mille tambours aux funérailles des grands :

Vive le son Vive le son

Vive le son du canon !

« Des femmes, des enfants, des adolescents et des hommes psalmodient. Les gendarmes entrent. Sans mot dire, sans protestation, l'assistance s'écoule, farouche. Elle repasse entre les tas de boue ahgnés contre les trottoirs étroits, le long des façades lézardées, des portes pisseuses, des maisons basses et salies. Elle traverse les place de fange, et va portant, au visage, l'attente de la catastrophe.

« De nouveau, la chevauchée fantastique en longs manteaux gronde dans l'ombre rousse que percent à peine, au loin, des lumignons. Les poings se serrent dans les

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poches. Les regards se dardent sous les feutres. Le son du malheur plane.

« Ces hommes de Carmaux sont des caractères.

« Sait-on que pour construire l'usine albigeoise, les verriers grévistes se firent maçons, charpentiers, serruriers, travaillèrent une saison, payés à raison de trente sous par jour, eux qui gagnent d'habitude des mensualités de deux cent cinquante ou trois cents francs ? Ils accomplirent ce sacrifice pour édifier un temple de production. »

Oui, tel était le spectacle à Carmaux, il y a une quinzaine d'années. Comparons le décor de Draveil aujourd'hui. Draveil écorché par les balles, éclaboussé par le sang. L'ouvrier a peu changé sa peine, faute décourage révolutionnaire.

Par ailleurs, un incident s'est produit qui montre les difficultés inéluctables jointes à l'application des nouvelles lois. Le tribunal correctionnel eut à réfléchir sur ce problème. Faut-il enjoindre à un propriétaire d'expulser un pauvre homme, sa femme et ses dix enfants, parce que la commission d'hygiène déclare le logis trop exigu pour la santé de cette famille. Le locataire proteste. Son maigre salaire ne lui permet pas le choix d'un appartement plus étendu. Cet honnête ouvrier supplie qu'on autorise son propriétaire à le garder. Les hygiénistes prédisent les maladies, peut-être la mort, si la nichée s'obstine à demeurer. Au nom de la science, ils demandent l'éviction du ménage prolifique. Évidemment l'Assistance Publique devrait intervenir et payer la majoration de loyer indispensable.

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