PREFACE XI
culose décime la classe ou\Tière. Ce mal dérive de l'alcoolisme nécessité lui-même par la hideur du logis qui chasse le prolétaire de son foyer et l'envoie demander aux tavernes la propreté, l'espace, le confort absents de son lamentable domicile. Mieux abrité, le travailleur échapperait à l'alcoolisme et à la phtisie qui dépeuplent, donc appauvrissent l'Etat moins défendu, moins pourvu de bras créateurs de son opulence, moins résolu à contredire la volonté politique, économique des nations ennemies. Aussi l'élite savante ressentit le besoin de favoriser le plus de vie par les lois sociales, puisque les lois scientifiques présidant aux affinités et aux sélections favorisent la multiplication des êtres.
A cette philosophie de la multiplication nécessaire, se substitue la philosophie du choix. Prêcher l'élimination des faibles ou leur asservissementà la force héréditaire des mieux adaptés ; démontrer la « lutte universelle » comme réalité primante, en oubliant l'affinité universelle; nier avec l'évolution progressive l'amélioration possible du sort commun ; développer le sophisme de Thomme pareillement malheureux dans la misère et l'opulence, dans la faim et la satiété, dans le désir et dans l'assouvissement, donc indigne d'une aise toujours inégale à ses appétits ; recommander, en conséquence, l'esclavage des foules au bénéfice de surhommes doués par un hasard aveugle ou par une longue chance héréditaire ; qualifier d'absurde toute aspiration vers la liberté, la justice, mots sans rapport avec la démonstration de laboratoire ; recommander indirectement ou franchement la cruauté comme moyen de gouvernement efficacej sous prétexte de seconder le principe de
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sélection : ce sont là presque des truismes qui, très subtilement et très doctement établis, commencent à régir les sentiments de la jeunesse diplômée, licenciée, agrégée, ou simplement laurée par certaines coteries littéraires, d'ailleurs tout éprises de classicisme et de tradition, toutes réfractaires aux conceptions romantiques, naturalistes, symbolistes, à l'acquêt du xix* siècle
Cette manière de penser devient une mode, et plus : un goût. Le mépris scientifique des idées républicaines et socialistes accapare les générations fraîches ; et cela d'une manière si certaine qu'elles se passionnent jusqu'à menacer, elles aussi, de leur action directe, l'indiscipline des grévistes.
La sottise de M. Homais comme l'cgoïsme ignorant de Gavroche ont, à la longue, exaspéré l'intelligence française.
A cette heure elle déteste le pauvre « trop bêtement incapable d'obtenir ce qu'il souhaite, trop lâche devant le risque de la grève générale et de la révolution en armes, trop pitoyable économiste dans l'Hérault et au Maroc, trop stupidement couard devant les Teutons qui déjà s'emparent de ses emplois, de sa clientèle, de ses débouchés, avant d'occuper son lopin rural, de lui rafler son salaire ouvrier, avant de le massacrer, de le conquérir et de le dompter sous la botte de leur caporalisme, sous l'espionnage de leurs fonctionnaires. »
L' « ineptie » de l'ouvrier, de ses meneurs, la « faiblesse des théories collectivistes » , tels sont les thèmes sur lesquels s'exercent les nouveaux érudits. Ils dirigent leurs recherches dans l'espoir de rassembler des preuves indiscutables contre les doctrines que propagèrent les élites antérieures libérales, pitoyables envers le peuple, hostiles
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aux hypocrisies bourgeoises et à l'égoïsme du capital. Ces nouveaux chercheurs sont des simplistes au même titre que les naïfs de la Confédération Générale du Travail. La vérité n'est point visible pour eux. Ils ne l'aperçoivent qu'à travers des lunettes colorées selon le dogme politique de leur milieu, celui surtout dont ils attendent quelques approbations utiles à leur destin d'opposants. Ils paraissent avoir oublié le total de catastrophes accumulé par les fautes, les sottises et les crimes de l'Ancien Régime, toute la déplorable expérience du xvm* siècle. Evidemment le système républicain n'a pas, en moins de cent ans, atteint la gloire obtenue, quelques lustres, sous Louis XIV, parle système royaUste, après un millénaire de fautes. Néanmoins ces fautes peuvent-elles être légèrement omises par un esprit logicien. Qui donc la monarchie a-t-elle rendu heureux ? — La Cour ? — Saint-Simon nous révèle abondamment les haines qui la divisaient. Ces haines d'individu contre individu, de famille contre famille ne dénoncent-elles pas d'extrêmes souffrances intimes.»* On déteste parce qu'on tient l'ennemi pour auteur des maux excessifs qui nous affligent. Haïr c'est s'avouer malheureux, et passionnément. Donc la Cour n'a pas connu le bonheur dans la plus belle période de l'autoritarisme. — Le peuple l'a-t-il connu? — Traçant des villageois un portrait célèbre, La Bruyère répond comme les toiles des frères Lenain qui fixent, sur les murs du Louvre, la vie des paysans. — Les Classes moyennes eurent-elles la félicité ? — Si peu qu'elles la cherchèrent dans l'ascétisme des protestants et des jansénistes, c'està-dire au ciel, tant était sûre la peine d'ici-bas. Corneille et Racine enserrent dans le cadre antique leurs