XIV PREFACE
poèmes dédiés tous aux tortures sentimentales, à la lutte de la passion et du devoir. Molière décrit la désolation du Misanthrope, l'infortune d'Orgon dupé par Tartufe, celle du Malade Imaginaire exploité par ses médecins, celle de Géronte bâtonné par Scapin, celle ses Femmes Savantes reléguées par la bêtise triomphale de Chrysale, celle des Précieuses bafouées par d'invraisemblables valets. Qui donc peut, dans cette société-là, trouver quelques parcelles de ce bonheur que nos réacteurs exigent de la République sociale pour la tolérer ?
Corneille, Racine, Saint-Simon, La Bruyère, Pascal et Molière instruisirent le procès de l'Ancien Régime en sa plus belle époque. Dira-t-on que l'honneur y brille d'un éclat superbe, lorsque Condé passe si lestement aux Espagnols, lorsque Bossuet, mercure galant, porte à La Yallière les billets du roi, lorsque le Palatinat est ravagé avec une cruauté tout asiatique, lorsque l'Edit de Nantes est révoqué contre tout principe de loyauté, lorsque les dragonnades saccagent la vie du paysan pour délit de pensée, lorsque les Jésuites font expulser les Jansénistes, plus rudement que M. Combes ne fit expulser les Chartreux, lorsqu'on enferme M. de Sacy à la Bastille, ce qui n'arrive plus à M. de Mun?
Il faut posséder la belle foi aveugle de Charles Maurras, et sa ferme certitude en la débilité de notre mémoire, pour nous vanter le retour à cet idéal dont la pieuse M"* Guyon eut tant à se plaindre. Que penser des savants qui s'évertuent pour louer l'autocratie, le droit d'aînesse, la fortune héréditaire, la servitude absolue du pauvre, et qui font dire à leurs électrons que Philippe d'Orléans nous sauvera?