‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 102 sur 175 · LETTRES -PATENTES ROYALES · texte numérisé non relu

LETTRES -PATENTES ROYALES

une preuve vous a été donnée de Mon respect pour votre attachement à cette patrie. Vous êtes incorporés dans Ma monarchie ^ sans avoir à renier votre nationalité. Vous participerez à la Constitution que J'ai l'intention d'accorder à Mes fidèles sujets,

— ce qui s'est fait —

et vous obtiendrez, comme les autres provinces de Mon Etat, une Constitution provinciale.

Votre religion sera maintenue intacte, et pour doter ses desservants conformément à leur situation le nécessaire doit être fait. Vos droits personnels et votre propriété rentrent sous la protection des lois, à la discussion desquelles vous serez désormais appelés.

Votre langue sera employée, à côté de l'allemand, dans toutes aifaires publiques, et à chacun de vous, dans la mesure de sa capacité, sera ouvert l'accès aux emplois publics du grand-duché, ainsi qu'à toutes fonctions, tous honneurs et toutes dignités de Mon État.

Mon Lieutenant, né parmi vous, résidera au milieu de vous.

— Est-ce là aussi peut-être une institution perpétuelle? —

Il Me fera connaître vos vœux et besoins, et vous transmettra les vues de Mon gouvernement.

— Ajoutez à cela l'introduction, dont j'ai déjà donné lecture.

Votre compatriote. Mon président-supérieur

— c'était M. de Zerboni —

organisera le grand -duché d'après les instructions qu'il recevra de Moi,

— donc une organisation précisément fixée n'a pas été non plus promise —

et l'administrera jusqu'à ce que cette organisation soit complète dans toutes les branches. Il emploiera à cet eifet les hommes entendus dans les affaires,

formés parmi vous, selon qne lenrs connaissances et votre confiance les rendront propres à donner ce concours. Une fois Torganisation achevée, les dispositions générales de ressort, telles qu'elles auront été prescrites, entreront en vigueur.

C'est ma volonté sérieuse que le passé soit mis en complet oubli.

— Ce n'a peut-être pas été le cas. —

Ma sollicitude appartient exclusivement à l'avenir, où J'espère trouver les moyens de remettre encore une fois dans la voie de sa prospérité le pays surmené au-delà de ses forces et profondément épuisé. De graves épreuves vous ont mûris. J'espère pouvoir compter sur votre reconnnsûssance.

£h bien! dans cette espérance-là le Roi s'est complètement déçu.

(Hilanté à droite.)

Il n'y a rien de plus dans cette pièce que le langage d'un cœur royal rempli de bienveillance pour ses sujets, exprimant de quelle manière le souverain voulait gouverner ses Polonais. Mais comment vous pouvez tirer de là le moindre titre juridique sur lequel se fonde une prétention quelconque, c'est ce que je voudrais voir encore. Je me suis à dessein, si fatigant que ce fût, donner la peine de lire le texte, afin que cet acte, — «lettres-patentes de possession» comme on l'appelle toujours, — enveloppé d'une sorte de nimbe obscur, fût mieux connu que jusqu'à présent.

Ainsi, je le répète, Vinvocation^ dont je parlais hier, se rapporte à cette affirmation que les Polonais peuvent faire dériver des droits de la proclamation royale. Pour la proclamation même j'ai tout le respect que je dois à mon souverain; là-dessus il n'y aura aucun doute.

De même, M. le député a essayé de faire douter de mes sentiments respectueux et reconnaissants pour le Roi Frédéric-

Gaillaume IV, — quand il a dit: «Déjà maintenant on appelle tout le règne de Frédéric- Guillaume IV une bévue». Or, Messieurs, où ai-je dit pareille chose? Ce que j'ai dit, le voici: «La croyance qui décida, en 1840, le feu Roi à rompre avec le système -Flottwell et à en inaugurer un autre plus agréable à l'aristocratie polonaise, fut Terreur d'un noble cœur»; — c'est à peu près ainsi que je me suis exprimé (*). Hais combien il y a loin de ces mots jusqu'à prétendre que maintenant — c*est-à-dire sans doute par moi — tout le règne de Frédéric - Guillaume IV serait qualifié de bévue! Ceci me rappelle de nouveau le «Avant de se mettre à table on a lu ça autrement». (-) — Mais peut-être semper hceret^ il en reste toujours quelque chose.

Nous avons, — M. le député Windthorst et moi — à lutter ensemble pour des choses toujours si graves et si importantes, nous sommes tous les deux de vieilles gens et nous nous connaissons depuis longtemps; je devrais croire que nous pourrions bien entre nous renoncer à de telles petites finasseries, à ces petites pratiques de nous accrocher quelque chose

l'un à l'autre.

(^Bruyante hilaritf).

Du moins protesterai-je n'avoir jamais pour ma part suspecté d'une telle façon les qualités personnelles de mon adversaire. Je n'ai combattu que sa tendance politique; pas une seule fois, en aucun temps, je n'ai soumis à une critique le sentiment avec lequel il regarde son souverain actuel. Q)

M. le député dit plus loin:

(') discours du 28 janvier, p. 198; — «un yieuz proverbe dit: «générosité de coeur engendre confiance. ...» etc.

(') V. la note p. 251.

(•) M. Windthorst, après avoir rappelé qu'il était Hanovrien d'origine et d'éducation, et qu'il avait longtemps servi la dynastie de Hanovre, — ce qu'il tenait à honneur, — ajoutait:

«liais je sais parfaitement quels sont aujourd'hui mes devoirs, et je mets M. le chancelier de l'Empire an défi de me prouver que sur n'importe quel point et en n'importe quel temps j'aie négligé ces devoirs.»

Dans la CoDstitution il est écrit: les Prussiens — donc aussi les Prussiens polonais — sont égaux devant la loi. La situation exceptionnelle proclamée ici est incompatible avec la Constitution.

Messieurs, cette égalité devant la loi souffre pourtant maintes distinctions. On pourrait aussi, avec le même droit, rappliquer au cas où un sujet prussien est exproprié à cause d'un chemin de fer; ce sujet-là pourrait donc demander que tous les Prussiens, qui sont en effet égaux devant la loi, fussent expropriés aussi.

(Exclamations au Centre.^

— Ceci est exactement d'accord avec la même logique. — J'ai parlé de la possibilité d'exproprier la noblesse polonaise,

— et je crois que c'est à cela que se rapporte cet t égaux devant la loi» allégué par l'orateur. Les démocratessocialistes, eux aussi, ont plein droit très certainement à l'égalité devant la loi; de là on pourrait maintenant arguer en sens inverse que les Polonais peuvent en dédaire aussi que nous prétendons avoir le droit de leur appliquer les lois comme on le fait à l'égard des démocrates-socialistes (*). Nous ne sommes nullement allés jusque-là. — Mais en réalité cette invocation de l'égalité devant la loi est simplement une phrase décorative et non point un argument topique.

Relativement à cette possibilité, dont j'avais parlé, d'exproprier la noblesse polonaise tout entière, l'orateur ajoute:

Où est donc alors la sûreté du droit en Allemagne et en Prusse?

On n'y a pas encore porté atteinte d'aucune façon. Ouï, (elle n'existerait plus) si nous voulions tout uniment confisquer, comme cela peut se faire en d'autres pays, si l'on enlevait à quelqu'un ses biens gratuitement! C'est beaucoup, infiniment meilleur marché.

(Hilarité.)

(') c^est-à-dire faire contre enx aussi une loi d^oxception.

Je ne vois pas comment Toratenr arrive à cette conclusion. Il s'agit ici d'an acte résultant de la nécessité où l'Etat prussien se trouve vis-à-vis de la noblesse polonaise. En guerre il se fait aussi mainte chose où Ton perd complétement de vue l'égalité devant la loi. Un Etat qui combat pour son existence n'est pas toujours à même en définitive, dans la guerre comme dans la paix, de suivre Tornière tracée; et qu'il ne puisse pas le faire, c'est précisément en cela que consiste la sûreté du droit. Si nous le concevions autrement, alors nous en arriverions à la situation qu'un homme d'Etat français, il y a quelque vingt ans, définissait en ces termes: da légalité nous tue 9^ — c'est-à-dire: «nous nous tenons strictement à la loi, lors même que nous périssons ainsi». — Ce «2a légalité nous tue* a justement son contrepoids dans le droit de défense que possède l'Etat, dès que son existence est mise en danger et en doute.

M. le député ne désire nullement, a-t-il dit, qu'en aucune partie du pays l'élément allemand rétrograde. Sans doute il y a une foule de choses qu'il ne désire pas; il ne souhaite pas non plus d'attentats contre ma personne; il ne souhaite pas que nulle part la nationalité allemande perde du terrain ; mais il le souffre, et en réalité il fait tout ce qui est propre à faciliter et à rendre possible ce refoulement de l'élément allemand. Aussi ne puis-je voir là une excuse complète de sa manière d'agir. Maintes personnes disent bien: faites d'après mes paroles et non d'après mes œuvres; mais M. le député demande même qu'on le juge d'après ses paroles et qu'on ne regarde pas ses œuvres. Je ne puis me payer de cette monnaie-là; mon habitude est de regarder les mains de l'adversaire.

Entre parenthèses seulement, je remarquerai que l'orateur ne peut pourtant me rendre suspect aux dames polonaises (^), comme si j'avais mis en doute leur amabilité; au

(^) snr les biens dont le gouvernement se rendrait acquéreur, des colons allemands devaient être établis; mais le ministre-président soumettait d^avance leur établissement à la condition qu^ils n^épouseraient

contraire cette qualité chez elles ne peut être plus hantement reconnue que par ce que j'ai dit sur Timportanc^ de leur influence politique et sur les dangereux effets de leur amabilité. Cette admiration des dames polonaises, je la partage entièrement; mais je voudrais cependant leur accorder aussi peu de part que possible au gouvernement de l'État prussien.

(^Vive hilarité.)

M. le député, rappelant ensuite, comme il Ta fait plusieurs fois déjà, que les Palonais se sont bravement battus (sous drapeaux prussien et allemand): le 18^™* régiment i Dûppel, et le 5*"« corps d'armée en France, — demande si on l'a oublié. (') Non, Messieurs, on ne Ta certainement pas oublié. Déjà M. le ministre de la guerre a parlé en ce sens (^), et je n'ai rien à ajouter à ce témoignage rendu par lui aux Polonais comme soldats. Oui, devant Dûppel beaucoup de soldats et paysans polonais (^) sont ensevelis, mais, je le demande y a-t-il là un seul noble polonais d'enseveli, y a-t-il en France un seul noble polonais d'enseveli?

(Une voix: oui!)

La noblesse polonaise a- 1- elle contribué de son sang, dans la même mesure que la classe des paysans et des bour-

pas des Polonaises (v. suprà, p. 240). — M. Windthorst, dans sa réponse, s^égayait sur cette interdiction matrimoniale; il ajoutait: «Je crains que cette idée de M. le ministre-président ne fasse pas fortune, car on m*a dit que les dames polonaises sont très aimables.»

(^) Déjà, après la guerre d'Autriche, le ministre-président avait publiquement fait Téloge de la bravoure et de la fidélité des Polonais sous les drapeaux prussiens. (Vol. ler des Discours, pp. 226, 309.) — Plus tard, le prince de Bismarck leur rendit le même témoignage public, après la guerre de France. (Vol. III, p. 12.)

(') dans cette même séance. — M. le ministre de la guerre avait dit: «que le Polonais soit de lui-même un bon soldat, cela est connu et n^a bas besoin d^être répété; mais sMl a été toujours, dans ces campagnes, un fidèle soldat, je vous en donnerai la raison: c^est que dans ces guerres il n^était pas accompagné do ces éléments qui ne cessent de Tinduire à violer le serment de fidélité, à déserter les drapeaux. . . .>

[^) c. à d. soldats recrutés dans la classe des paysans.

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