‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 103 sur 175 · LES PAYSANS POLONAIS -PRUSSIENS · texte numérisé non relu

LES PAYSANS POLONAIS -PRUSSIENS

geois polonais, à la défense de l'État prussien, à sa défense de tous côtés? J'attends encore qu'on me le prouve, et jusqu'à ce qu'on m'en ait fourni la preuve, je le conteste. Partout cette noblesse a élevé sa bravoure au-dessus de tous les doutes, elle l'a prouvée à tous les égards, mais, malheureusement, jamais ou rarement dans l'intérêt de l'Etat prussien, très fréquemment dans l'intérêt opposé.

Vous avez vu. Messieurs, par ce que j'ai dit hier, que les mesures proposées par moi ne sont pas dirigées contre les Polonais eu général. Je tiens au contraire le paysan polonais pour un fidèle sujet prussien, quand d'autres influences n'égarent pas artificieusement son opinion. Le paysan polonais sait fort bien quel fut le sort de son père et de son grand-père, — et ce qu'il en est dans d'autres pays(*); il ne souhaite point de revenir à une Pologne indépendante et à une nouvelle république aristocratique. C'est pourquoi en définitive il s'attache toujours à son Roi et Seigneur prussien; il n'a pas à s'en plaindre. — Nous ne voulons point faire acte d'hostilité contre sa langue, nous voulons seulement lui donner la possibilité de comprendre l'allemand, et, par l'organe de cette langue, par la lumière venant du côté allemand, rendre encore plus évidents à ses yeux les avantages d'appartenir à l'État prussien.

Je prie du moins de faire ici une distinction bien tranchée (*), de retenir celle que j'établis, et de ne plus venir

{}) comment lears compatriotes sont traités dans tel autre Etat qai possède aussi d^ancieunes provinces polonaises.

(*) cette distinction, le prince de Bismarck avait eu, plusieurs fois déjà, Toccasion de rétablir:

«. . . les nombreux Prussiens de langue polonaise, qui sont attachés à leur Roi comme fidèles sujets, qui fournissent à son armée de braves soldats, qui savent très bien apprécier les bienfaits de Tordre apporté dans leur pays par Tadministration prussienne, et qui, s^ils sont peut-être en minorité dans les hautes classes, ne forment pas moins la grande majorité de la population, notcanmeut dans la classe des paysans domiciliés — vis-à-vis d^une minorité troublée et excitée par les influences abusives de certains possesseurs de terres. ...» (Vol. W des Discours^ p. 82), — «Aux mouvements insurrectionnels (polonais) se sont

me répéter cet argument que les soldats polonûs ont versé leur sang pour la Prusse, et que ce serait de Tingratitade si, en reconnaissance de leurs services, on ne voulait pas prêter la main à poser pour eux-mêmes la première pierre du rétablissement de la République polonaise et de la domination des nobles.

L'argument est tout juste aussi faible que son analogue, qui nous est parfois^opposé du côté du parti-centre: c'està-dire que les soldats catholiques ont aussi bien combattu pour TAUemagne que les protestants. Messieurs, on n'a jamais attendu autre chose, et le fait est tout naturel. Avezvous jamais eu la crainte que, lorsque la patrie serait en danger, nos compatriotes catholiques restassent chez eus? Cette crainte, je ne Tai jamais eue à Tégard ni des catholiques ni des Polonais.

(Applaudissements à droite.) Mais je ne saurais tirer un argument pour notre législation de ce que tout soldat chez nous fait son devoir.

Je passerai sous silence les autres assertions de M. le député Windthorst; seulement, en tant qu'elles s*appuyent sur une parole dite, hier, au Reichstag, par M. le député Richter(*), il me faut encore revenir sur cette parole.

mêlés surtout la noblesse, les employés des biens seigneuriaux et la classe ouvrière. Quant aux paysans^ on les a toujours vus protester avec une grande énergie, et les armes à la main, contre toute tentative de ramener un état de choses qu^ils connaissaient pour avoir entendu leurs pères en parler, — protester, dis-je, avec une si grande énergie que le gouvernement fut obligé en 1848, par dos raisons d^humanité, de faire marcher contre les insurgés d*autres troupes que des troupes polonaises. ...• (Même Volume, p. 309.) — cf, encore sur ce sujet, Vol. I«f, p. 320; Vol. IV, p. 89.

(*) Le 28 janvier, la séance de la Chambre des députés, où le prince de Bismarck prononça son précédent discours, — ouverte à 11 heures, se prolongea jusqu^à 4. Pendant ce temps, le Reichstag^ en séance depuis 1 heure, discutait une proposition demandant que la langue danoise eût les mêmes droits que rallemande comme langue judiciaire dans certains districts du Schleswig.

Cette discussion fut interrompue par le député Richter, qui eut la parole pour une motion d'ordre. — Après avoir prononcé les promiors

Si le compte-rendn est exact, M. Richter a motivé la demande de compter les membres présents à la séance du Reichatag^ en disant que le chancelier de TEmpire, an Landtag^ menaçait d'un coap d'État, afin de faire passer le monopole de

Talcool.

V (Hilarité.)

Messieurs, tous aurez tous lu ceci comme moi. Je ne Tai pas entendu, il est vrai^ mais je le trouve dans tous les journaux, et aussi dans le compte -rendu que j'ai sous les yeux.

(Lisant): Le député Rickier (pour une motion d'ordre):

cEn ce moment, à la Chambre des députés, M.

le chancelier de l'Empire, au cas où le Reichstag fasse de la politique d'obstruction, c'est-à-dire ainsi qu'il rejette le monopole de l'alcool, — menace le Reichstag plus ou moins clairement d'un coup d'Etat. »

(Ecoutez!)

Messieurs, qu'il soit vrai que M. le député Richter ait ainsi parlé, j'en ai bien de trois à quatre cents témoins; ils attesteront que M. Richter a émis là une contre-vérité objective, une fausseté, — que sans doute il ne reconnaît pas lui-même pour telle.

(Très juste! à droite.)

Je n'ai nullement parlé de coup d'État. — M. le député Richter ayant rattaché ce thème aux débats qui nous occupent actuellement ici, je pourrais bien mieux l'accuser d'agir

mots, rapportés ici par le chancelier, M. Richter avait ajouté: «Dans CCS circonstances il ne me semble pas convenable que nous continuions notre débat concurremment à Pimportante discussion de la Chambre des députés, et que nous rendions ainsi plus difficile à 75 membres de cette Chambre qui sont en même temps membres du Reichstag^ de prendre part à cette discussion. Je propose donc que nous nous ajournions; et d^abord je demande, en vertu du règlement, que Ton compte ici les membres présents, pour s^assurer si rassemblée est en nombre.»

Le compte fait des membres présents ayant montré qu^effectivement rassemblée n^était pas en nombre, la séance fut levée.

pour sa politique de schnaps (*), — il s'est un jour servi de ce terme à mon adresse; mais je suis pleinement en droit ^e le lui renvoyer, maintenant qaMl s'avance à la tête de ses alliés, les débitants de boissons, contre des projets de loi du gouvernement que celui-ci n'a pas encore présentés ('), je pourrais, dis-je, l'accuser de vouloir agir en ce sens dans le pays, et de compromettre ainsi le bien du pays plus que je ne le ferais par ma prétendue menace de coup d'État.

Hier, je n'ai pas fait autre chose que jeter un regard inquiet dans l'avenir, tel qu'il sera pour nous si, au Reichstagj la majorité que nous y voyons aujourd'hui, continue d'y régner. — Du monopole de l'alcool je fais à cet égard complète abstraction. Si ces messieurs le rejettent, nous ne l'aurons pas, nous n'aurons pas non plus l'argent que nous attendions de ce monopole; nous ne pourrons pas satisfaire les besoins, comme nous l'avions espéré, nous ne viendrons pas en aide non plus aux communes qui sont en détresse, et nous ne diminuerons pas les impôts directs ('). Tout cela

(^) Scknapspolitiquey mot à effet dont le député Richter est raatear.

Les adversaires de la politique économique-douanière du chancelier soutenaient, en toute occasion, que cette politique fayorise uniquement les riches, Les grands- propriétaires. Comme ceux-ci ont ordinairement une distillerie y le mot de Schnapspolitiçue avait été lancé pour faire entendre que Tavantage de la grande - propriété était le but unique de la réforme douanière. Cette interprétation calomnieuse, dans certains discours électoraux, remontait même jusqu^au chancelier de PEmpire, comme si, en sa qualité de grand-propriétaire, il avait consulté ses propres intérêts pour faire élever les droits de douane sur le blé, le bois etc., tandis que d'autre part Timpôt intérieur sur Talcool n*était pas augmenté.

Le prince de Bismarck a plusieurs fois relevé Findignité de ce mot, ainsi entendu: Schnapfpolitigue; — v, notamment Vol. XII des Discours, pp. 181, 309.

(') Le ministre - président faisait allusion ici au projet d'élévation d'impôt sur Teau-de-vie, dans le cas où le monopole de l'alcool serait rejeté, — projet qui ne pouvait encore être annoncé que comme une éventualité; — v. sur ce sujet la suite du présent discours.

{*) La réforme fiscale poursuivie par le chancelier a toujours en pour but de substituer les impôts indirects, dans une aussi grande mesure que possible, aux impôts directs, qui, avec leurs taxes commn-

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