COALITION DE PARTIS AU REICHSTAG
intransigeants, qu'on pourrait bien appeler nos Fénians, vu qu'ils ne reconnaissent pas et ne poursuivent pas, au point de vue de TËtat, le même but que nous. Â la vérité, ils ne sont pas assez puissants par eux-mêmes, ni les Pamellistes en Angleterre, ni, chez nous, les Polonais et les autres amateurs de l'étranger; mais il vient s'adjoindre à eux d'autres éléments qui, sans doute, ne poursuivent pas le même but du nihilisme etc., mais qui cependant préfèrent encore marcher un certain temps avec eux plutôt que de rendre possible ou plus facile à d'autres le gouvernement. C'est ainsi qu'en Angleterre, le parti progressiste — je ne peux le nommer autrement — le parti progressiste anglais marche à côté des Pamellistes ; de là se forme une majorité qui, nous l'avons vu ces temps-ci, amène un changement de ministère. — Chez nous se présente une situation tout-à-fait analogue; nous avons en face de nous un certain stock d'intransigeants, sorte de piédestal sur lequel se hisse quiconque veut préparer des difficultés au gouvernement actuel et l'attaquer. Celui-là, en pareil cas, a toujours à sa disposition ces messieurs (de l'intransigeance).
Maintenant, que chez nous le Centre ne résiste pas à cette tentation, je n'en suis pas tellement surpris; car dans les questions confessionnelles les passions s'exaltent si fort qu'elles troublent à un très haut point le jugement sur la position que l'adversaire occupe. Mais d'autant plus suis-je étonné de voir notre parti progressiste, — et surtout, dans ses rangs, ces messieurs qui précédemment réclamaient pour eux ce beau nom de «libéral-national» (^), — de les voir marcher ainsi avec de tels alliés, et, je peux bien le dire, se livrer à un tel manège sur les assises légales de l'Empire allemand que je me réjouirai si cet Empire peut y tenir à la longue(').
(}) Il B^agit des séceêsionnigies^ aile gauche da parti libéral-Dational, qai, après s^être détachés de ce parti, ont fini par se fusionner avec les progressistes; — t?. Vol. X des Dûcour^, pp. 48, 54, 74, 348; Vol. XI, pp. 47, 86; Vol. XU, p. 54.
O Déjà, en 1880, le chancelier disait dans le même sens: «Je ne sais si le terrain de la Constitution est assez solide, ou si Tarbre quHl
En Angleterre, le moyen de résister à nne opposition de ce genre a été très facilement tronvé; on dit au chef dé Topposition engagée dans cette latte: «c'est bien! je me retire, soyez assez bon pour prendre le ministère». Là-bas on considère comme un manque de patriotisme, je dirai même comme un manque de convenance, de faire de l'opposition si Ton n'est pas prêt à prendre le gouvernement de la main de ceux que Ton combat, et à s'en charger soi-même pour le réformer.
Or, voici bientôt un quart de siècle que je me trouve en face exclusivement d'une stérile critique négative, et jamais encore je n'ai été à même d'adresser, avec quelque apparence de succès, cette invitation à mes adversaires: cbien! essayez donc du pouvoir une bonne fois; je veux, à mon tour, m^asseoir sur les bancs de l'opposition;
(Mouvement) — continuez de jouer la pièce sur la scène; moi, j'irai au parquet, j'y serai spectateur, et j'applaudirai ou sifflerai». — Chez nons donc les choses sont tout autrement qu'en Angleterre. Il est si facile, si stérile, de nier tout, de trouver tout mauvais, ~ chaque chose a ses deux côtés, — et d'être sûr que jamais on ne peut être mis à l'épreuve, jamais mis en demeure d'essayer soi-même de corriger ce qu'on blâme! La critique est aisée et Vart est difficile Q^ Un critique comme Lessing ne s'est jamais flatté, quand il critiqua le Laocoon (^), de pouvoir être lui-même un sculpteur. La politique, je puis l'assurer, n'est pas une science, qu'on peut apprendre, c'est un art, et celui qui ne possède pas cet art, fait mieux de ne pas toucher à cela.
(UilaHté.)
a produit est assez fortement enraciné poar soatenir les combats de parti et les lattes particularistes qui peuvent aujourd'hui se livrer sur ce terrain.» — Vol. IX des Discours^ pp. 31, 35; — v, aussi Vol. XI, p. 69.
(}) Le vers de Destonches est cité en français.
(') On sait que le Laocoon (ou traité des Limites de la peinture et de la poésie) est un des principaux ouvrages de Lessing.