‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 107 sur 175 · SEANCE DU 15 AVRIL · texte numérisé non relu

SEANCE DU 15 AVRIL

Projet de loi ayant pour but de favoriser rétablissement de colons allemailds dans les provinces de Pimsse- occidentale et de Posen.

Ce projet de loi, — soumis à la Chambre des Seigneurs tel que déjà Tautre Chambre Tavait adopté (v. ci-dessus), — et renvoyé d^abord à Texamen d'une commission spéciale, fut discuté dans la séance du 15 avril.

M. Miguel, rapporteur, n'avait qu'à exprimer Tavis de la commission, avis favorable sur tous les points du projet; mais, ne se bornant pas à un simple rapport verbal, il traita complètement la question dans un discours très étendu et très compétent, qui aurait pu servir d'exposé des motifs au projet de loi.

Apres lui, M. de Koscielski (polonais) contesta Tatilité et jasqu^à un certain point la possibilité même de cotto colonisation allemande que Ton avait en vue d'introduire dans les provinces de l'Est.

«Qaels colons anrez-Toas?» demandait-il; «cenx à qui leur argent on lear habileté comme artisans permettent de s'établir avec avantage, en Amérique par exemple, tous ne les déterminerez pas à yenir coloniser la Prasse- occidentale et Posen. Il ne tous reste donc comme personnel colonisateur que des éléments qui ne sont guère ntilisables ni matériellement ni moralement, et qui semblent bien peu propres à représenter dignement ou à servir le germanisme dans FEst. Considéré à ce point de y ne le projet est une sorte de prime offerte à la démocratie-socialiste, combattue partout ailleurs. Vous introduisez en effet dans ces proyinces les éléments douteux et dangereux, yous j augmentez le prolétariat, en chassant de leurs biens les indigènes.»

L'orateur ajouta: tLe but de la loi est d'expulser du pays cette méchante noblesse polonaise, qui est, à yos yeux, la yéritable criminelle. En supposant que yous y réussissiez, le paysan, reconnu bon et loyal par le gonyernement lui-même, se trouvera tout-à-coup privé de pain, sans avoir d'ailleurs le moyen d'émigrer. Telle est la logique du projet En réalité, personne ne peut sérieusement croire à la possibilité, par ce moyen, d'une extermination définitive du poUmisme. On n'a réussi autrefois à détruire les Vendes, qu'en employant contre eux le fer et le feu; aujourd'hui encore, sans le fer, For ne suffira pas.... Je n'essayerai pas de vous dissuader de voter cette loi d'exception. Nous, (Polonais) nous attendrons avec patience que votre œuvre ait produit ses effets. Peut-être le grand homme d'État de l'Europe aura-t-il essayé contre nous quelque chose qui finira par tourner à notre avantage. ...»

Le ministre-président prince de Bismarck répondit:

Je me bornerai à dire quelques mots en réponse à l'exposé que l'orateur précédent a fait de la nature et de la portée de nos projets de loi.

II les représente comme essentiellement agressifs, comme destinés à l'extermination — c'est le terme dont il s'est servi — de l'élément polonais. Je crois qu'il n'aura pas suivi avec l'attention désirable les discussions de la Chambre des députés; autrement^ il ne lui aurait pas échappé que nos projets sont de nature essentiellement défensive. Nous voulons non point exterminer le polonisme, mais préserver l'élément allemand d'être lui-même exterminé. Il est bien évident que la destruction de ce dernier élément ne s'opère point de la façon que M. l'orateur indiquait comme l'unique possibilité: — par le fer et le feu, — ainsi que les Vendes, dans leur temps, furent anéantis, — mais par les moyens

de la douceur, de l'Ecole, du service divin, de Tinstpruction religieuse, et par la prépondérance de la situation sociale du polonisme. Cette destruction est lente, à peine visible, mais elle n'a pas cessé de suivre une marche progressive, depuis que le système-Flottveell (*) eut été rais de côté par le discours d'adieu ^Vl Landtag de 1842 (^).

Le précédent orateur nous a, hors de propos et sans raison, dépeint le triste sort de la population ouvrière polonaise, qui, à l'entendre, ne trouverait plus d'occupation là où l'Etat acquerra des biens. Or, nous n'avons pas une surabondance d'ouvriers, surtout d'ouvriers de la campagne; ce qui le prouve, c'est le renfort considérable de maind'œuvre qui arrive toujours de la Pologne russe. Les ouvriers de nationalité polonaise trouveront amplement de Toccupation sur les biens qui pourront être achetés.

Je le répète, et c'est l'unique raison qui m'a fait prendre la parole, la tendance du gouvernement n'est point de détruire ou simplement d'éliminer la nationalité polonaise; nous voulons seulement préserver les Allemands de continuer encore, comme cela leur est arrivé jusqu'ici durant trente années de paix, sous l'empire et par l'effet de nos institutions constitutionnelles présentes, lesquelles ont été exploitées avec une grande habileté par la noblesse polonaise à ses propres fins, — de continuer, dis-je, à être refoulés et détruits.

J'ai donc pris la parole uniquement pour protester que notre projet de loi a un caractère défensif, et pour bien établir que son but est de mettre un terme, d'imposer un

(^) sar le systëme-FlottwelI, v. mpra la note p. 196; — discassion du mémo projet do loi à la Chambre dos députés.

(-) Par le mot do Landtag il faut entendre ici le Comité rétmi des différents Landtag ou Etats provinciaux.

Le premier Landtag -réuni^ sorte de représentation générale da pays, et formé par la réunion des délégués des hait Diètes provinciales, ne date que do 1847.

r. dans le Volume intitulé M, de Bismarck député^ p. 28, un extrait du discours d^adicu adressé par le Roi, le 10 novembre 1842, aux membres du Comité -réuni des États provinciaux.

«jusque- là et pas plus loin!» à la polonisation toujours croissante — sous la direction du clergé et de la noblesse — de l'homme du peuple dans nos provinces de langue polonaise. Nous voulons opposer une digue de population allemande à cette œuvre de polonisation en augmentant sensiblement le nombre des Allemands qui se trouvent dans les provinces polonaises, et en prenant des mesures pour nous garantir de la polonisation.

Nous ne voulons nullement enlever aux Polonais leur nationalité, mais prévenir désormais, au sein de FEmpire allemand, ce phénomène, je peux bien dire scandaleux ^ ce fait que dans des communes entières^ où les noms encore aujourd'hui sont purement allemands, — comme on peut le vérifier par les signatures données en masse, — il n'y ait plus un seul habitant qui dise être Allemand, que ces gens ne puissent plus être Allemands, tandis que leurs grandspères ont pris pour une oifense et repoussé énergiquement toute proposition d'être quelque autre chose qu'Allemands.

Par la présente loi et par l'emploi dQs fonds que nous demandons nous espérons opposer une digue et mettre un frein à cette polonisation qui ronge autour d'elle, à la façon d'un cancer, les habitants allemands de ces provinces; mais quant à l'intention d'exterminer la population polonaise, il n'en est nullement question en ceci ; il ne s'agit que de conserver et d'entretenir la population allemande.

ÇApplaudmements,)

Le comte Frankenberg continua en quelque sorte et développa cette réplique du ministre-président à l'orateur polonais:

«M. de Koscîelski», dit- il, «nous a dépeint les établissements de colons allemands dans les provinces dd TEst comme une nouvelle espèce de colonies pénitentiaires, pour lesquelles nous n'aurions que le .rebut de Témigration américaine. Puis, il a fini par nous dire qu'en somme les Polonais seuls ^profiteraient de la nouvelle loi. Je ne peux comprendre la liaison de ces idées. Après le discours de M. de Koscielski nous étions sous la même impression que Técolier, dans Faust^ à la fin du coUegium logicvm de Méphisto. . . .

«Les pays, aojoQrd'hai occupés par les races slares ont été habités avant elles par des Germains Nons ne serons nnllement embarrassés de troaTer des colons, et n^aarons plutôt qae la difficulté de choisir les bons éléments dans la masse des demandeurs. Ce serait une heureuse idée d'attirer là- bas des paysans des provinces pauTres, par exemple d*y transplanter la population nécessiteuse des tisserands silésiens. On aurait ainsi le double avantage d'avoir une population rurale animée de sentiments allemands et de soulager dans sa détresse cette loyale province de Silésie qui a toujours résisté aux tentatives du polonisme. — Le plus nécessaire, ce sera de mettre Texécution de la loi aux mains d'un homme capable et énergique.»

Apres une très courte discussion des articles du projet, la loi fut votée à l'unanimité (moins les membres polonais).

Dans la suite de la session, les Chambres du Landtag votèrent encore deux autres projets de loi relatifs aux provinces poloiaîsesprussiennes, et que déjà, entre autres mesures projetées, le ministreprésident avait annoncés dans son discours à la Chambre des députés (v. p. 289).

La première de ces lois concerne la nomination et «la situation de service» des instituteurs et institutrices des écoles primaires publiques dans les provinces de Posen et de Prusse-occidentale; — la seconde est relative à l'établissement et l'entretien d'écoles d'adultes dans les mêmes provinces.

CHAMBBE8 PRUSSIENNES.

LOI MODIFIANT LA. LEGISLATION PRUSSIENNE QUI RÈGLE LES RAPPORTS ENTRE L'ÉTAT ET L'ÉGLISE.

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